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POIDS

Les poids portent en général le nom de ouezn.

L'unité pondérale en usage à Tunis a la même dénomination que celles qui sont usitées en Égypte, à Tripoli, à Alger et à Marok : on lui donne le nom de rottle ou rottl (1), correspondant à celui de rotolo , que les Maltais donnent à leur livre.

On connaît à Tunis trois espèces différentes de rottles, savoir : le rottl-attâry, le rottl-souqy, et le rottl-khwiddry.

1° Le rottl-attâry (c'est-à-dire la livre des droguistes) , dont la dénomination est formée du mot âttâr (épicier-droguiste), équivaut à 506 grammes 88 centigrammes de nos poids métriques.

Cent rottles-attârys équivalent à 103 et 23 centièmes de nos anciennes livres poids de marc.

Cent livres anciennes poids de marc va-

(i) Pluriel rottàl ou értâl. Pour exprimer Jeux roltles , on dit rottlèyn ou zoudj-trtâl.

L'UNIVERS

lent 96 rottles-atlârys , plus 88 centièmes. Ce rottl sert à peser toutes sortes de drogues (ottryah), les matières précieuses, les pierreries , les perles , le corail, le thé, l'opium, le musc, les parfums de toute espèce ; il sert aussi à peser les métaux , tels que le fer, le plomb , l'étain , le cuivre, l'argent, l'or, ainsi que les substances minérales connues sous la dénomination de demi-métaux.

Le roitl-attâry se divise en 16 onces :

et je ferai ici la remarque que la division en seize parties est employée communément à Tunis, non-seulement pour les poids , mais encore pour les mesures de longueur et de capacité, comme nous le verrons ci-après, à l'égard du deraa ou pyk (coudée), du qâfyz, du meUàr\ cette division est même usitée à l'égard des monnaies , et la piastre se divise en seize qarroubes (1).

Les mesures des anciens peuples admettaient aussi fréquemment la division en seize parties : parmi elles on peut citer le pied romain et le pied philétéréen, qui avaient adopté cette division (2).

Lorsqu'on emploie ce poids à peser l'or et les pierres précieuses , il se divise en qyrâtts (3), d'où vient notre mot carat; ou en mithqâl pour les essences, l'argent et les perles.

Le qyrâtt vaut en poids décimal 2,670 millionièmes de gramme, et le mekqâl 4,169 millionièmes.

2° Le rottt-souqy (c'est-à-dire la livre du marché) équivaut à 568 grammes 445 milligrammes des poids du système décimal.

Il correspond à 18 onces, et sert à peser la viande de boucherie, l'huile, le beurre, le savon, les olives, le miel, le bois à brûler, le charbon , et les fruits secs de toute espèce.

3° Le rottl- khoddâry , mot à mot la livre des verdures , équivaut à 639 grammes 453 milligrammes de nos nouveaux poids français , et correspond à 20 onces.

Il sert à peser toutes sortes d'herbages, de légumes verts, de fruits frais ou cuits,

(i) Voytz ci-apres la Notice sur les monnaies de Tunis.

(a) Vilruv. lib. m.- — Greavea, on the Roman foot. — Hero, in Isa gage.

(3) Pluriel qarârytu

et de tout autre aliment de même nature.

Les divers poids de ces trois espèces différentes de livres employées par le commerce de Tunis sont en général exécutés d'une manière grossière et bien éloignée d'une exactitude rigoureuse; cependant leur rapport est fixé par l'usage dans les proportions de 8 à 9 et à 10, et ce rapport serait celui qui devrait être établi par un étalon régulier ; mais cet étalon n existe pas , et parmi les poids employés vulgairement dans le commerce habituel on en trouve qui ont près de deux grammes en moins, et un plus grand nombre qui ont près de six grammes en plus.

L'once (ouqyah, pluriel ouqyàt) équivaut à 31 grammes 68 centigrammes de notre poids décimal ; elle se divise en 8 parties , dont chacune est encore subdivisée en 20.

Il existe trois espèces différentes de quintaux (qontdr, pluriel qenâttyr ou qenâtter).

La première est de 100 rottles , et sert à peser toutes les marchandises , à l'exception du fer, du coton tilé , et du coton brut ou en laine.

Ce troisième article se pèse avec un quintal particulier, qui comprend 1 10 rottles.

Enfin le fer et le coton filé se pèsent avec un quintal qui se compose de 150 rottles.

Indépendamment de ces quintaux, il en existe plusieurs autres de convention spéciale dans les transactions sociales , et dont l'emploi est particulier à certaines marchandi SCS.

MESURES DE LONGUEUB.

Les mesures en général , soit de longueur, soit de capacité , portent le nom de ayàs.

Il existe à Tunis trois différentes mesures linéaires ou de longueur, et on les comprend toutes les trois sous la double dénomination de deraa ( coudée ) , qui signifie en même temps le bras, ou plus exactement Vacant-bras , et de pyk f nom d'origine grecque, dérivé de celui de 7rw&ç (coudée).

Les règles dont on se sert pour déterminer les mesures des coudées sont faitei ordinairement de fer ou de cui-

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vre , quelquefois même de bois pour les maies est seulement de 488 millimètres,

plus pauvres débitants; mais toutes en et sert à mesurer les toiles et les étoffes

général, et surtout celles qui sont em- de coton : cette coudée, qui porte aussi

ployées à Tunis pour le mesurage des le nom de pyk-araby ou pyk-beledy

grosses toiles et autres étoffes corn- (coudée du pays), est aussi désignée fort

munes, sont d'une exécution tellement souvent par l'appellation de deraa, sans

grossière , et d'une graduation si peu aucune épitbète.

exacte, qu'on ne peut que difficilement Cette coudée arabe paraît être iden-

{>arvenir à une appréciation précise de tique avec celle qui fut autrefois emeur longueur totale, et du rapport cor- ployéepar les astronomes du khalyfe^//rélatif que devraient avoir entre eux les Mamoun ; car en supposant cinquantepoints de leur division , de manière à sept milles arabes au degré terrestre établir un échantillon régulier qui puisse qu'ils mesurèrent, eten attribuant quatre servir d'étalon unique et légal. mille coudées à chacun de ces milles, on Pour cela il serait nécessaire de faire trouve avec une différence très-miuiine la comparaison entre eîles de la plupart la coudée arabe de Tunis pour résultat de ces règles, et d'en fixer le résultat de la coudée qu'ils ont dû employer dans moyen, en éliminant celles qui pèchent leurs calculs astronomiques, soit en plus, soit en moins; et il est à En effet, cette valeur de la coudée remarquer que ces dernières forment gé- arabe donne pour celle du mille 1 ,949 néralement le plus grand nombre. mètres ou justement t ,000 toises de nos Chaque règle porte seize divisions, anciennes mesures; ainsi la coudée qui devraient être égales; mais il est arabe se trouve être avec la toise dans rare que la plupart se coordonnent ré- la proportion de 14 à 15, avec le pied angulièrement entre elles; on remarque cien comme 3 est à 2, et avec le mètre, même généralement que les deux divi- presque exactement comme I est à 2; rapsions qui terminent de part et d'autre ports utiles pour simplifier les calculs du chaque extrémité de la mesure sont plus commerce, et d'autant plus importants à longues que les divisions intérieures, remarquer que l'emploi de la coudée et cet excès est trop considérable pour arabe ne se borne pas seulement a Tunis, pouvoir être attribué au hasard ou à la et que son usage est gênerai sur toutes maladresse ou à la négligence de Pou- les côtes barbaresques, à Tripoli, à Alger, vrier qui a établi ces mesures : il parai- etméme dans l'empire de Marok, où l'on trait plutôt que cet excès est introduit à ne se sert d'aucune mesure turke. dessein, et qu'il est toléré par le gouver- On ne doit pas s'étonner de vojr connectent comme nécessaire aux besoins servées ainsi jusqu'à nos jours parmi ces du commerce de détail. peuples les mesures du temps du khaly- Quoi qu'il en soit de ces imperfec- fat; la position géographique de ces tions et de ces inexactitudes, les trois contrées, l'isolement des Orientaux dans mesures de longueur usitées à Tunis leurs croyances, leurs mœurs, leurs usasont les suivantes : 8 es » f° Dt véritablement de cette popula- 1° Deraa-él-hendâzéh , nommé aussi tion un peuple monumental, chez lequel vvk-hendazéh, qui équivaut à 673 milli- tout se conserve et se transmet de mètres de nos mesures décimales; cette siècle en siècle : lois, coutumes , habUcoudée sert à mesurer les draps et les lements, mesures, et toutes les choses étoffes de laine de la vie, qui sont si variables dans notre 2° Deraaêt-tourky (coudée turke), Europe, sont stables dans l'Orient, et à oui correspond à 637 millimètres de l'abri de tout caprice de mode et de nos mesures métriques. Cette coudée changement. Ainsi on trouve encore ausert à mesurer les étoffes de soie ou de jourd'hui sur les côtes barbaresques les fil On donne aussi à cette coudée le lois, les habitudes, les costume^ et les nom de pyk-tourky , et souvent même préjugés qu'y ont introduits les Arabes à elle est designée par le nom seul de pyk, l'époque de leur première invasion et de sans épithète. leur conquête.

3» Enfin , deraa-êl-araby ( coudée Quoique j'aie donné le rapport des

nrnbe \ dont la valeur en mesures deci trois coudées tunisiennes avec les me-

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sures métriques , j'ai cru qu'il ne serait Tellement très-arbitraire, et son

peut-être pas désagréable au lecteur de tude est susceptible d'être contestée,

trouver ici le rapport de ces trois espèces Cette mesure, faite en bois, a la forme

de coudées avec l'ancienne aune de d'un cône tronqué , à l'ouverture duquel

Paris. une barre prismatique en fer soutient

Cent coudées hendâzéh équivalent à une croix également de fer, placée dans

56 aunes et 61 centièmes; le plan du bord supérieur.

Cent coudées turkes, à 53 aunes et 60 Le sâa ne sert qu'au mesurage du

centièmes ; blé , de l'orge , de toutes les espèces de

Cent coudées arabes, à 41 aunes et grains qu'on apporte au marché , et

9 centièmes ; des légumes secs , ainsi que du sel et de

Cent anciennes aunes de Paris équi- la farine; le lait, l'huile, le vinaigre

valent à 176 coudées hendâzéh et 64 et autres liquides se mesurent dans un

centièmes; à 186 coudées turkes et 57 sâa en grès, qui contient un litre et

centièmes; à 243 coudées arabes et 38 26 centilitres, en mesures décimales,

centièmes. Douze sâas forment un oueybah,

Il y a encore deux autres mesures de équivalant à 30 litres 996 millièmes de

longueur qui sont quelquefois employées litre, et le poids d'un oueybah de bon blé

à Tunis , et dont l'usage remonte incon- de Tunis s^évalue au poids de 50 rottles.

testablement à la plus haute antiquité Seize oueybah s, ou cent quatre-vingt*

chez les peuples orientaux. douze sâas, font un qâfyz, correspon-

La première de ces mesures est celle dent à 495 litres et 93 millièmes de litre,

du chebr ( l'empan ou palme ) ; mais Une autre évaluation du qàfyz le

cette mesure est plutôt approximative fait équivaloir à environ trois charges et

que rigoureusement applicable. demie de Marseille; la charge étant

Huit empans forment une canne, que de 1 hectolitre six dixièmes , cette éva-

l'on évalue ordinairement à la toise an- luation porterait le qàfyz à 5 hectolitres

cienne ou à environ deux mètres : la 6 dixièmes.

mesure de la canne paraît, au reste, Les relations commerciales qui existent

avoir été introduite à Tunis parle eom- habituellement entre la France et la

merce de Provence. Régence de Tunis y ont introduit l'u-

Une autre mesure également assez en sage de plusieurs des mesures usitées

vogue , et sans détermination bien pré- anciennement en Provence ; telle est

cise , est celle de la hauteur d'homme : surtout pour le jaugeage des tonneaux

cette mesure porte le nom de qâméh; la mesure provençale nommée millerole,

c'est celle que la plupart de nos voya- et qui équivaut à 64 litres 32 centi-

geurs traduisent le plus ordinairement litres.

par toise, ce qui peut occasionner habi- Cette mesure se divise en quatre es-

tuellement une erreur d'environ un candaux pour le mesurage des huiles,

sixième dans leurs calculs. et pour celui des vins en 60 pots , dont

MESTIBRS T>lï CAPACITÉ 88 SUbd ' ViSe e ° 4 9™** , qui

mesubss de capacité. établit 240 quarts pour la contenance

La principale mesure de capacité à totale de la miUerole.

Tunis est le sâa ( pluriel sâân ) , qui Le pot équivaut à un litre et 72 mil-

équivaut, mesure rase, à 2 litres 583 lièmes de litre,

roillièmesdelitreen système décimal. Ce- Les rapports continuels et immédiats

pendant dans l'usage ordinaire on ne de Tunis avec Pile de Malte ont aussi

part hors de la mesure, au-dessus de la- équivaut à 2 hectolitres plus 897 milquelle il forme un cône ou une pyramide, lièmes. qu'on appelle kemelah, et dont la circonférence repose sur l'épaisseur même mesures agraires. des parois du sâa. La mesure agraire usitée habituelle- Par conséquent ce mesurage est natu- ment dans la Régence est celle qui est

nommée feddân, comme en Égvpte, ou messâhah, comme à Alger, espèce d'arpent, dont la valeur est variable suivant les localités.

On emploie aussi l'expression zoudjeh-fered (une paire de bœufs) pour désigner un espace d'environ 25 arpents de nos anciennes mesures, ou à peu près 13 hectares, mesure décimale.

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