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CHAPITRE XX

De la médecine à Tunis; — les médecins tunisiens; — leur ignorance; — préjugés sur le mauvais œil; — amulettes, talismans;

— vertus attribuées aux pierres précieuses ;

— eaux minérales et thermales de la Régence.

La médecine est exercée à Tunis soit par des Européens, soit par des Juifs ou des Maures. Je crois superflu de parler des premiers , les seuls chez lesquels se trouvent les connaissances indispensables à l'exercice de l'art de guérir; mais je crois nécessaire de donner sur les

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médecins indigènes quelques détails qui la suite duquel ils ont l'habitude de le puissent faire connaître en quel état est voir : ils lui demandent des conseils hymaintenant l'art de la médecine chez les giéniques , et finissent par lui accorder Orientaux en général, et en particulier les mêmes titres qu'à son mattre; souciiez les Maures. vent même ils préfèrent aux consulta- Sans passer individuellement en revue tions du docteur celles du valet-médeles membres de la faculté tunisienne, je cin, parce qu'elles sont d'abord gratuime bornerai d'abord à cette seule obser- tes , mais ensuite elles sont payées par vation , qu'il en est en Barbarie à l'égard quelques légers cadeaux, puis enfin elies des indigènes qui se vouent à l'art médi- ont leur rétribution fixe et leur tarif au cal, comme dans beaucoup d'autres pays, rabais.

même de notre Europe; ces prétendus Le titre de médecin ainsi acquis par docteurs forment, dans la Régence et les le drogman juif devient dans la faautres États barbaresques, un bizarre mille un titre héréditaire; le fils est méassemblage d'empiriques sans instruc- decin {kakim) parce que son père l'étion et sans théorie , ne se soutenant tait, et il a dû transmettre ce titre à ses parmi les populations qui leur fournis- descendants, sans qu'aucun d'eux ait bêlent des patients, que par la tolérance soin de plus d'études et d'instruction d'un Prince ignorant l'importance qu'il qu'il n'en a fallu à son père et à luidevrait mettre à surveiller une classe même : on sent par conséquent que j'ai dont l'ineptie peut occasionner des maux bien peu de chose à dire sur les médeincalculables a ses sujets. cins juifs.

Les empiriques juifs ou maures de On compte parmi les Maures de Tunis Tuuis n'y deviennent qu'accidentelle- au moins vingt-cinq soi-disant médement médecins; leur titre de doctor me- cins. Cette faculté a un chef, qu'on apdicus leur échoit sans étude, sans pré- pelle él-Hakim-Bâchy, et qui n'est pas paration, et absolument par cas fortuit, plus instruit que ses collègues. Tout leur Pour mieux faire connaître les causes savoir ne consiste qu'en un empirisme de cette éventualité accidentelle, il est grossier, et dans la plupart des cas ils à propos de faire observer qu'un mé- ne connaissent d'autres remèdes que le decin européen qui vient s'établir dans cautère actuel, ce pays doit avoir nécessairement, pour Quoique les médecins européens ne le conduire dans la ville et faciliter ses soient pas subordonnés à ce chef, il est relations avec les gens du pays, un drog- cependant convenable qu'ils fassent sa man ou courtier interprète, qu'il trouve connaissance; car il peut quelquefois assez aisément parmi les Juiis. leur être utile, et son inimitié les expo- Ce cornac médical, qui dans le fond serait à quelques désagréments, n'est qu'un domestique, marche devant Les médecins maures ne connaissent son maître dans ses visites chez les mala- en fait de livres que celui tfAvicenne ( I ). des, lui indique les rues, les demeures des S'ils ont, outre cela, quelquefois d'autres clients, est l interprète et l'intermédiaire

obligé de ses conversations, achète les (i) Le nom $Avicennee%\ tellement connu, provisions journalières du ménage , pré- même en Europe , par sa science médicale, pare, SOUS les yeux du docteur, les tisa- q» e je regarde comme inutile d'entrer dans nés, les infusions, les décoctions, les « ucu » détail às ° n « u jet; cependanr je crois médecines, etc., et fait dans la ville et nécessaire d'ajouter ici une particularité gèles environs les commissions de toute «eialement ignorée des Occidentaux : ci»t esnèi»*» 1 I,e 06 philosophe célèbre n était pas moins l-,» • • „,, o i„,. O0 versé dans les sciences mathématiques que En suivant ainsi pendant quelques dans ^ ^ méd ,cales. La belïe collecannees le médecin au service duquel il tioll dc manuscriu que j. ai npï>ortét <j'Éest attache, le Juif acquiert nécessaire- le , e ^ nuiC rit d'un -ouvrage ment une connaissance empirique et corop05 é par lui sur la science des nombres, superficielle des remèdes, des formules dont j'ai inséré un extrait dans le Diction-

et des maladies dans lesquelles Ses près- naire des Sciences mathématiques pures et

criptions ont été utiles; les Maures le appliquées, publié par Montferrier et édité

confondent bientôt avec le médecin à par Denain, à Paris, x835. ( J. J. M.)

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manuscrits sur la matière médicale, on peut être assuré que la teneur en est toujours basée en grande partie sur les théories de cet ancien auteur.

Pour eux , le classement général des maladies comprend deux grandes divisions : celles qui sont occasionnées par excès de chaleur ou d echauffement, et celles qu'ils attribuent à des causes froides. La pituite ou l'âcreté du sang, considérées par la médecine arabe comme les causes principales des maladies chroniques, sont accusées par elle, peut-être aussi souvent que par la médecine euro-

Séenne, des désordres qui se manifestent ans l'organisation humaine.

Les médecins orientaux connaissent, comme beaucoup de nos médecins, un certain nombre de formules hors desquelles leur savoir ne les fait jamais sortir, et qu'ils appliquent souvent sans motif dans les cas les plus divers.

Après avoir parlé des médecins, je crois devoir faire la remarque que dans aucun pays les Chrétiens, les Maures et les Juifs ne sont plus empressés qu'à Tunis à demander une consultation :

ces consultations sont quelquefois formées d'un si grand nombre de médecins, soit européens, soit indigènes, qu'elles ressemblent bien plus à une assemblée populaire qu'à une société de gens instruits, réunis pour l'avantage du malade.

Ordinairement chacun lui parle quand bon lui semble, souvent même plusieurs y parlent à la fois ; et si à la fin on désire connaître le résultat de la conférence, il est presque toujours impossible de ne pas s'apercevoir qu'il se réduit à rien par la nature et l'incohérence des opinions. C'est en vain qu'on prétendrait faire consulter ces médecins à la manière d'Kurope : ils se refusent obstinément à suivre une méthode, qui est pour ainsi dire la pierre de touche par le moyen de laquelle on distingue facilement l'homme instruit de celui qui ne l'est pas.

Aussi je dois avouer que ces consultations m'ont toutes paru plus dignes de la scène comique que de la chambre d'un malade : l'un propose des corroborants, 1 autre des désobstruants, sans que ni l'un ni l'autre motive d'une manière raisonnable les prescriptions opposées ; le troisième opine pour une multiplicité de remèdes compliqués, dont il explique les

vertus par les théories les plus absurdes et les moins logiques ; un autre enfin

|)rétend qu'on administre exclusivement es remèdes qu'il propose, sans damner donner la moindre explication , ni soumettre aucun raisonnement au jugement de ses confrères.

Pour peu qu'on ait de l'instruction et de l'expérience, quand on est témoin de semblables scènes , on ne peut que se sentir humilié de cette dégradation de l'art médical; mais il serait inutile de chercher à mettre ces guérisseurs de la Barbarie sur le bon chemin ; car leur profonde ignorance est d'autant plus présomptueuse, qu'ils n'attribuent qu'à leurs mérites et à leurs talents la confiance dont ils jouissent , et croient toute science entièrement inutile pour assurer leur succès.

Le prix ordinaire d'une consultation est de 7 fr. 50 cent. Les malades aisés payent 3 fr. 50 cent, par visite ; et sur cette somme le médecin, qui est aussi en même temps pharmacien-droguiste, est obligé de fournir les médicaments nécessaires dans le courant de la journée, étde faire même une seconde visite s'il le juge indispensable. Si la maladie est de longue durée , il est assez ordinaire de stipuler une convention à forfait, pour la totalité du traitement; la moitié du prix convenu doit être payée d'avance. Si on n'insiste pas sur cette dernière condition, on a fréquemment les plus grandes peines à obtenir le payement de ses soins.

Au reste, comme les malades se las-/ sent quelquefois du traitement, ou!

quand ils viennent à mourir, il est bon que le médecin ait quelque payement d'avance en main , d'autant plus qu'il éprouve souvent les plus grandes difficultés pour retirer après la cure le restant de ses honoraires ; car il arrive souvent qu'un Maure délivré de son mal n'en rapporte laguérison qu'aux secours de la divinité, et non aux soins qu'il a reçus du médecin.

J'ai parlé dans le chapitre précédent de i'ophthulmie comme d'une maladie assez fréquente à Tunis ; elle l'est pourtant beaucoup inoins qu'en Égypte, car au Kaire, sur dix personnes que l'on rencontre dans les rues , on peut être presque assuré d'en trouver trois aveu-

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gles , trois borgnes , et trois ayant mal aux yeux ; de manière qu'à peine en voit* on une sur dix qui soit exempte de l'ophthalmie ou des suites fatales de cette maladie.

rai entendu la plupart des Européens attribuer cet état morbide des yeux aux sables du désert, dont, disaient-ils, les vents portent au loin la poussière, etdont les molécules impalpables s'insinuant sans cesse entre la paupière et le globe (Je l'œil y causent ces lésions incessantes devenant peu à peu par l'irritation une multiplicité de petits ulcères, d'abord presque invisibles, mais finissant par envahir la totalité de l'organe visuel.

Les observations que j'ai été à portée de faire soit à Tunis, soit antérieurement en Egypte, me persuadent qu'on doit disculper les sables du désert de cette accusation : en effet, si elle était fondée, ce serait parmi les Bédouins, qui habitent constamment le désert, et dont les tribus nomades le sillonnent continuellement dans tous les sens, que le fléau de roplitbalmiedevraitétendre plus particulièrement ses ravages : or, il est incontestable que ces populations offrent beaucoup inoins de cas ophthalmiques que les populations urbaines ; bien plus on a observé que la plupart des ophthalmies contractées dans les villes se guérissent presque spontanément lorsqu'une circonstance quelconque transporte le malade dans le désert.

Il faut donc chercher une autre cause aux affections ophthalmiques, et je crois qu'on doit plutôt la trouver dans les émanations humides s'exhalant par l'effet de la chaleur atmosphérique des lacs , des canaux, et des autres réceptacles aqueux qui avoisinent les villes, et souvent y produisent des marécages d'eaux stagnantes et putréfiées : en tV.vpte c'est surtout au voisinage des lacs , des étangs et des canaux , et principalement à l'époque des débordements annuels du Nil, que les ophthalmies prennent un caractère endémique; nul doute que ces maladies ne soient produites et entretenues à Tunis par les émanations putrides du grand lac aux bords duquel la ville est située, et des marais salants qui l'avoisinent; l'eau de ces divers réceptacles , vaporisée incessamment, remplit l'atmosphère de molécules aqueuses

dont chaque gouttelette a emporté avec elle un atome salin ; cette gouttelette, introduite entre la paupière et les tuniques du globe oculaire, s'y volatilise de nouveau , mais en se volatilisant elle laisse dans les pores où elle s'était insinuée la molécule saline dont elle était chargée, A cette gouttelette en succède une autre , apportant une nouvelle particule saline, dont la multiplicité s'agglomérant successivement forme autant de petits coins aigus pénétrant et déchirant la surface dans laquelle ils sont implantés : augmentant de plus en plus l'irritation par leur action incisive, ils amènent l'inflammation, et finissent pardonner à la maladie une intensité capable de détruire l'organe tout entier.

La médecine arabe ne s'est pas donné la peine de remonter à ces causes physiques : suivant les populations orientales , et même d'après l'opinion des médecins arabes eux-mêmes, l'ophtlialmie aurait pour cause unique un mauvais regard, un regard malfaisant , jeté par un ennemi sur le malade; et le seul remède employé par eux contre la maladie est un petit morceau de drap éearlate, ou de toute autre étoffe rouge, suspendu par un fil devant le globe de l'œil , « afin disent-ils, d'attirer l'attention du « mauvais œil y et d'en recevoir la'pre- « mière influence, ainsi détournée de « l'œil malade. » Je laisse à penser combien ce moyeu ridicule est au contraire nuisible à la guérison de l'œil attaqué d'une affection ophthalmique, dont l'Intensité ne peut que s'accroître par la présence continuelle et immédiate d'un lambeau rouçe , source immanquable de fatigue et d'irritation pour le globe de l'œil.

Le mauvais œil ou Vœil envieux est également accusé par les Orientaux de toutes les maladies et de tous les événements fâcheux qui leur surviennent :

aussi , si un Européen ou un Maure caresse un enfant, semble le regarder avec plaisir, ou en fait l'éloge, ses parents se hâtent de l'arracher brusquement à ces caresses et à ces regards, craignant que fœil mauvais ne devienne fatal à leur famille; si on vante un beau cheval devant son propriétaire , il le regarde comme perdu d'avance, et comme devant bientôt être victime d«

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quelque maladie ou de quelque accident imprévu (I). . . .

Un des moyens curatifs qui jouissent de la plus haute réputation parmi les médecins arabes et leurs clients consiste dans des amulettes, c'est-à-dire en morceaux de papier, ou fragments de parchemin, sur lesquels sont inscrits , soit les noms de Dieu (2) et des Prophètes (3) y soit certains versets du Koran , soit quelques formules composées de mots sans aucun sens et de caractères

magiques.

Ces talismans, nommés telsem par les Arabes (4), sont ordinairement l'ouvrage des Marabouts, qui les vendent fort cher, et les Nègres, non moins crédules que les Maures, donnent à ces sortes d'amulettes le nom de gris-pris.

Je possède plusieurs de ces échantillons de la pharmacopée talismanique annoncés comme spécifiques préservatifs contre la galle, la fièvre, l'ophthalmie, la

( i) Les anciens Grecs et les Romains croyaient aussi à l'influence du mauvais œil. On Ut daus Virgile, Eglog.lll, io3 :

Ntscio quit teneros oculus miM fascinât agnos.

Voyez aussi Hèliodore, JEthiopic. lib. III.

Ils croyaienl même que des éloges exagérés attiraient quelque malheur à ceux qui en ctaieut l'objet. Voyez Virgile, Êglog. VII, 27 ; Pline, lib. VII, a. (J. J.M.) .

(a) Suivant les mystiques musulmans, on connaît quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu, dont chacun a sa vertu particulière : c'est en l'honneur de ces quatre-vingt-dix-neuf noms qu'ils portent des chapelets ayant un pareil nombre de grains , sur chacun desquels ils récitent un des noms divins : ils ajoutent que Dieu a effectivement cent noms , mais que le centième nom est resté caché aux hommes , et que celui qui parviendrait à le connaître en recevrait la puissance universelle, le don des miracles, et deviendrait le maître souverain de tout l'univers, commandant même aux génies , aux anges, et aux autres intelligences célestes : suivant eux, ce nom n'a jusqu'à présent été révélé qu'à Adam, à Salomon et à Mahomet. ( J. J. M. )

(3) Les Musulmans comptent soixante et dix prophètes , dont Mahomet est le dernier et le plus parfait : c'est par cette raison qu'ils lui donneut le titre de Khdtcm il-ônbyd , qui signifie U sceau des prophètes. ( J. J. M. )

(4) C'est du mot arabe tel sent, le même que le grec T&e«u,a, qu'est dérivé notre mot français talisman. ( J. J. M. )

peste , l'avortement, Fépilepsieet même contre les chutes de cheval et les blessures de toute espèce (5).

Ces talismans consistaient aussi quelquefois en pierres précieuses , soit chargées de caractères et de légendes magiques, soit non gravées : c'est ainsi que les Orientaux , les Maures regardent la topaze ( Yaqout-astar) comme un spécifique souverain contre la jaunisse et les affections bilieuses; le jaspe sanguin et la gemme rouge nommée par nous cornaline ou s ar daine, et par les Arabes Hadjar-ed-dam , c'est-à-dire pierre du sang, contre le flux de sang et l'hémorragie. Les nourrices croient augmenter l'abondance et la qualité nutritive de leur lait en portant des bagues dont les chatons sont des turquoises , etc.

Un des moyens curatifs qui mériteraient d'être les plus répandus dans la Régence serait l'usage soit en bains, soit en boisson, des eaux minérales que reuferme son territoire.

Je n'entrerai pas dans des détails étendus sur ce qui concerne les sources thermales qu'offrent les contrées qui avoisinent Tunis (6) ; je me bornerai a rapporter les notions les plus générales qui les concernent, telles que j'ai été à portée de les recueillir, et qui in ont paru devoir fixer l'attention sur un objetjusqu'à présent trop ignoré, ou presque totalement néglige.

Le docteur Shaw et les autres voyageurs qui ont parcouru ces pays ue

(5) Après les batailles de Sédimao, des Pyramides et d'Héliopolis , on a trouvé s»

les cadavres d'un grand nombre de Mamlouks et de soldats lurks des amulettes de cette espèce, dont la vertu devait les mettre à l'abri des coups de sabre et des balles ; quelques-uns même portaient pour le même but des petits Korans de forme octogone , pendus à leur cou et renfermés dans une boite d'argent : si ces préservatifs magiques se sont trouvés impuissants pour défendre ceux qui les portaient, c'est que sans doute ceux qui les avaient fabriqués n'avaient pas prévu les cas des baïonnettes françaises et de la mitraille >1< nos canons. (J. J. M. )

(6) Voyez ci-dessus ce que j'ai dit sur les eaux thermales de Hammâm-U-Arn , <je Hammam êl-Lyf t de Hammdm-él Ê"f, * Hammdm-Gourbos, pages a 9 et 3o; de H<w màm-êl-Gabs , page 46.

parlent que fort vaguement de deux de ces sources, qu'ils n'ont vraisemblablement pas visitées ; les médecins du pays paraissent même à peu près ignorer ce qui les concerne, car les renseignements que j'ai pu en recevoir à ce sujet ne diffèrent en rien de ceux qui m'ont été communiqués par le vulgaire.

On compte dans la Régence de Tunis douze à quinze différentes sources minérales; mais je n'ai eu la possibilité de visiter que les deux principales, dont parle le docteur Shaw, et qui sont trèsaccréditées pour la guérison de beaucoup de maladies chroniques. La première est appelée Hammam-él-I.yf(\) ; elle est située près de la mer, à trois lieues au sud de Tunis, et au pied d'un groupe de montagues assez élevées.

La première source fournit l'eau pour les bains et les étuves, qui ont naturellement à peu près la même température, que celle que l'on donne artificiellement aux bains chauds des différentes villes du Levant. Ces eaux sont claires et limpides, médiocrement salines et tant soit peu âpres. La teinture de noix de galles leur donne une couleur violette ; ce qui indique assez qu'elles renferment du ter en petite quantité; d'ailleurs on peut, sans cette épreuve, se convaincre de la présence du métal , par l'examen du terrain quil'avoisine,et qui est évidemment ferrugineux.

L'édifice construit sur cette source est assez vaste , et appartient au Bey, qui en réserve la moitié pour son propre usage , ou pour celui des riches particuliers auxquels il veut faire une politesse; l'autre moitié est destinée au public, et est affermée 1500 piastres par an ; c'est une espèce de caravansérail , ayant une cour au milieu et un grand nombre de petites chambres assez mal tenues. Les deux bains d'étuves sont mesquins, obscurs, et rendus fétides par leur proximité avec les latrines.

Les eaux qui découlent des bains s'arréteit dans le voisinage , y croupissent, et exhalent une puanteur malfaisante qui augmente à mesure que Pété s'approche.

Voilà le triste tableau d'un établissement qui pourrait présenter beaucoup plus d'avantages à l'humanité souffrante,

(i) Voytt ci-dessus , page ay.

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