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et rendre avec usure au Bey les sommes au'il avancerait pour les réparations indispensables. Cet endroit serait véritablement charmant si on y faisait des plantations d'arbres, des allées qui conduisissent au bord de la mer, et surtout si Ton y construisait une maison où l'on pût se procurer facilement des aliments, des rafraîchissements, et les autres objets nécessaires.
Une observation qui m'a semblé singulière et devoir appeler l'attention des naturalistes, c'est que dans les bains d'étuves , même dans ceux du Bey, et dans les eaux qui en découlent , j'ai vu plusieurs tortues qui semblent se plaire beaucoup dans ces eaux minérales. Je remarquai avec quelque étonnement que ces animaux se distinguaient des autres individus de leur espèce par une queue de la longueur et de la grosseur du doigt indicateur. Je crus d'abord que cette espèce de tortue, qui n'a pas ré* caille aussi convexe que celles de terre , était spécialement particulière à ces eaux et à cette localité; mais des personnes qui connaissaient mieux le pays que moi m'assurèrent qu'on en voyait une quantité de cette même espèce dans tous les étangs de la Régence qui contiennent de l'eau saumâtre.
A deux cents pas environ des bains d'étuves, vers le sud, on trouve une seconde source, qui n'est pas aussi considérable que la première, et que les Maures appellent Hammâm-él-arydn, c'est-à-dire la source nue (2).
L'eau oui en découle a à peu près le même degré de chaleur que la première ; son goût est plus salé , les indices du principe ferrugineux y sont plus sensibles , et l'acide citrique lui procure une légère effervescence. On en obtient par l'évaporation une petite quantité de sulfate de soude, plus ou moins pur, et qui combiné avec les acides est aussi effervescent que la soude elle-même.
Un bassin formé par la nature reçoit l'eau de cette source; mais l'écoulement en est obstrué par toutes sortes d'immondices, et l'on est d'autant plus
(a) Cette dénomination parait lui avoir été donnée parce qu'elle n'est garantie ni par aucune toiture, ni par aucune enceinte conservatrice.
L'UNIVERS
répréheosible de tolérer un pareil abus, que cette eau est très-fréquemment employée en boisson. Tandis que des valétudinaires s'y rendent pour y boire l'eau de ce bassin , il n'est pas rare d'y trouver des Bédouins qui s'y baignent, ce qui ne peut manquer d'être très-désagréable et répugnant pour lés buveurs.
Avec une dépense de 100 francs au plus on pourrait couvrir cette source d'une petite toiture et en fermer l'enceinte avec une porte pour empêcher ces inconvénients; mais l'insouciance, ce vice le plus constant de cette nation , vice qu'on ne pourra jamais déraciner que par une impulsion extraordinaire, s'opposera longtemps encore à une amélioration aussi urgente et aussi peu coûteuse.
Quelques malades sont convenablement purgés par deux livres (un kilogramme ) de ces eaux ; d'autres, pour obtenir ce même effet, ont besoin d'en boire jusqu'à six livres( 3 kilogrammes ) ; elles procurent souvent des dé|ections alvinesune heure après qu'on les a bues.
Immédiatement après le jeûne du mois de Ramaddàn, on voit une quantité extraordinaire de valétudinaires, et surtout des Juifs, se rendre à Ilammâm-él- •f.yf; comme ils ont une confiance aveugle, tant à l'efGcacitédes bains dans ces eaux qu'à celle de leur boisson , il en résulte que, la plupart usant avec excès, et à la fois, de l'une et de l'autre manière d'administrer ce remède, ils n'en obtiennent cependant pas tout l'avantage qu'ils pourraient retirer d'un emploi mieux raisonné et surtout en isolant les deux modes de traitement.
Dans les maladies vénériennes, cutanées, dartreuses, etc., les bains seuls opèrent admirablement ; plusieurs affections du bas- ventre se trouvent soulagées sensiblement par la boisson de l'eau de la seconde source; mais je pense que l'état de certains malades est plus souvent amélioré par le changement d'air, que par les bains et la boisson des eaux, auxquelles on attribue leur guérison.
Une autre source d'eau minérale qui jouit d'une grande réputation dans la Régence de Tunis est celle que les Maures appellent Hammâm'él-Gourbos(\) :
elle est située à l'est de Tunis et en face
(i) Voyez ci-dewus, page 3o.
de Garthage. Une partie du chemin qui y conduit est fort agréable; l'autre, sur les bords de la mer et à travers des précipices, offre beaucoup de difficultés. Si ia curiosité m'eût porté à visiter derechef cette source , j'aurais pris le parti de m'y rendre par mer, en m'embarquant à la Goulette.
Près de Gourbos est enterré un personnage réputé saint par les Maures, et le domaine de l'oratoire élevé sur sa sépulture s'étend sur les eaux minérales voisines; aussi sont-elles révérées comme un saint lieu , et les Musulmans n'y souffrent aucun infidèle. Quoique je fusse accompagné par le domestique d'une personne considérée , de la petite ville de Souleymân, chargé de me protéger, j'aurais peut-être essuyé le désagrément de ne pouvoir visiter ces sources, si le juif-interprête qui était à ma suite n'eût déclaré hautement que j'étais lèpremier médecin (Hâkim-Bachy) du Bey, envoyé par ce prince pour faire un examen officiel de la qualité des eaux.
Bientôt aux murmures des Musulmans succéda ledésirde me consulter.et je ne tardai pas à être entouré parles malades, et même les gens valides, qui se trouvaient là , ou qui venaient des environs, attirés, soit parla eu riosi té d'assister à mon examen, soit par le besoindeme demander mon avis sur leurs maladies.
Je trouvai dans une large gorge plusieurs sources d'eau, beaucoup plus chaudes que celles (Je Hammâm-él-l^j; on m'avait même assuré que le degré de chaleur avait assez d'intensité pouf cuire des œufs; mais l'expérience m'a fait trouver cette assertion fausse , car les œufs mis dans cette eau et retirés après une demi-heure n'avaient pas subi de changement sensible.
Les eaux de Gourbos contiennent uœ grande quantité d'alumine; il s'y eo cristallise même sur les rochers parlésquels l'eau passe. Les pièces aargent u'on y plonge et qu'on frotte un peu, eviennent d'une propreté et d'une blancheur étonnante. La teinture de noix de ailes ne leur fait subir aucunealtératiou, acide citrique aucune effervescence.
II y a à ces sources des bains d'étuves très-médiocres; mais, de plus, on a creusé dans le rocher plusieurs baignoires, qu'on remplit et vide à volonté; pour
TUNIS
CCS dernières baignoires il est indispensable d'avoir une tente; on se trouve ainsi tout à la fois dans un bain chaud , à l'air libre , et jouissant de la vue pittoresque de la mer. Quel endroitdélicieux on pourraitfaire deces bains, s'ils étaient entre les mains des Européens, et si l'art suppléait à l'aridité naturelle des roches qui environnent les sources?
Les eaux de Gourbos sont fortifiantes; mais quand on en boit en trop grande quantité elles irritent le canal intestinal, et occasionnent des purgations violentes; elles sont d'ailleurs d'une efficacité supérieure dans bien des cas , en raison de leur plus haut degré de chaleur ; car je pense que les effets salutaires attribués souvent exclusivement aux différentes substances contenues dans les eaux minérales dépendent peutêtre davantage du calorique, qui jusqu'ici n'a pas été suffisamment apprécié, quoiqu'il soit reconnu que c'est l'agent le plus actif de la nature.
Bruce assure avoir visité à Terianah des eaux minérales qui , quoique trèschaudes, contiennent beaucoup de petits poissons vivants et qui paraissent s'y trouver très-bien. Comme ce voyageur a avancé beaucoup d'autres faits peu croyables, ou même reconnus pour faux, j'avais aussi conçu quelques doutes sur ce qu'il dit de ferianan; mais je dois avouer que j'ai trouvé plusieurs habitants du pays , dignes de foi , qui m'ont confirmé la réalite de cette particularité remarquable.
A la distance de cinq milles de Zaghouân il y a encore des eaux minérales, que tas gens des environs emploient contre plusieurs infirmités; mais je n'ai pas eu le loisir de les explorer.
On en trouve également près de l'an-, cienne Utique, ainsi que dans l'île située au milieu du lac de Bizerle. N'ayant pu visiter qu'une seule fois les thermes naturels de Hammam- Trouzzaà et de Hammah-èl-Gabs, je n'ai rien à ajouter ici à ce que j'en ai déjà dit, sommairement, ci-dessus pages 42 et 46. Mais, indépendamment des sources dont je viens de parler, ceux qui voudront se livrer î la recherche des eaux minérales dans & pays, y trouveront un grand nombre
d'autres sources, sur lesquelles je ne puis donner des notions positives, et que je regrette de n'avoir pu aller examiner.
Je terminerai ce chapitre par une observation , plutôt cosmétique qu'hygiénique, que je n'ai pas trouvé l'occasion de placer dans les chapitres précédents.
L'usage des bains chauds est généralement recherché dans tous les pays orientaux. 11 y a beaucoup de bains d'etuves établis dans la ville de Tunis s mais il n'y en a que bien peu qui soient élégants et propres , et l'eau des bains est désagréablement saumâtre. Pour laver la tête, pour dégraisser les cheveux, les Tunisiens se servent d'une terre argileuse particulière qu'ils apportent du royaume de Marok, et qu'ils appellent Tijjet.
Ici s'arrêtera cette Description de Tunis , pour laquelle je regrette de n'avoir pu recueillir les notes plus étendues que m'auraient, sans aucun doute, fournies un séjour plus prolongé dans la capitale de la Régence et quelques excursions dans l'intérieur du territoire; je m'étais promis d'explorer plus en détail toutes les parties du pays , et j'aurais exécuté ce projet si plusieurs circonstances ne m avaient forcé, d'abord à l'ajourner, puis ày renoncer entièrement.
Je regrette aussi , surtout , de ne pas avoir possédé la langue arabe avec assez d'étendue pour pouvoir me livrer aux recherches historiques , dont je ne puis me dissimuler que le manque se fera sentir à mes lecteurs, comme je l'ai senti moi-même; mais je mets à ce sujet mon espoir dans l'active obligeance de mon ami et compagnon d'Égypte M. J. J. Marcel, dout personne n'ignore les travaux sur l'Orient , et qui a bien voulu s'engager, non-seulement à revoir et corriger mon texte avant sa publication , mais encore à y joindre le complément indispensable d'un Précis historique sur Tunis et ses révolutions diverses, dont les matérieux lui seront fournis, je l'espère, par quelques-uns des manuscrits arane* dont il a rapporté d'hgypte une si riche collection.