‹ Histoire de Tunis; précédee du̕ne description de cette régenceChapitre 55 sur 77 · IIS · texte numérisé non relu

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l'empire de l'islamisme, et les règnes des khalyfes successeurs de Moaouyah 1 er , c'est-a-dire Yezyd / cr (2), Moaouyah II e du nom (3) , et Merouân I er (4) , furent presque toujours signalés par une nouvelle extension donnée à l'islamisme dans les parties occidentales de cette vaste contrée.

Sous le règne du khalyfe Abd-ûU Melek-ben-Merouân (5), l'an 69 de l'hégire ( 689 de notre ère) , sous la conduite d'un de ces gouverneurs, nommé Hassan - ben - Noumân , les Musulmans, après avoir pris Tunis, qui ne put se défendre, avaient enlevé la ville de Carthage , et les Grecs qui l'habitaient, abandonnant la ville conquise, étaient allés chercher un asile en Sicile et en Espagne.

Ceux (jui étaient restés en Afrique se cantonnèrent à Safat-Kousrah et à Bizerte , où ils ne tardèrent pas à être poursuivis par les Musulmans et battus de nouveau. Ces Grecs étaient les seuls restes des milices impériales en Afrique, et un bien petit nombre put échapper au cimeterre des Musulmans. Pendant qu'ils éprouvaient cet échec décisif, celles des tribus berbères qui étaient

(i) Yezyd, fils de Moaouyah /* r du nom, succéda à son père, l'an 6o de l'hégire (68o de notre ère); il régna seulement quatre ans, jusqu'à l'an 64 de l'hégire (634 de notre ère).

(3) Moaouyah II 9 du nom était fils de Yezid / er du nom et petit - fils de Moaouyah / er . Ce prince, appelé au trône par le droit d'hérédité après la mort de son père, hésita d'abord à accepter l'autorité souveraine ; puis après l'avoir exercée pendant six semaines seulement , se sentant trop faible pour diriger les rênes du gouvernement, il abdiqua, et se renferma dans une retraite, où il mourut la même année.

(4) Merouân I", surnommé Ben4l-Rakem t succéda à Moaouyah II aussitôt après l'abdication de celui-ci , l'an 64 de l'hégire ( 684 de l'ère chrétienne ) , mais sou règne ne fut que de dix mois , et il périt empoisonné , l'an 65 de l'hégire ( 684 de notre ère ).

(5) Abd-il-Melek, fils de Merouân I* r , fut inauguré au khalyfat aussitôt après la mort de son pore, l'an 65 de l'hégire (684 de notre ère). Son règne futde vingt et une années, jusqu'à l'an 86 de l'hégire ( 7o5 de l'ère chrétienue ) , et il laissa le trône à son fils Ottalyd I tr du nom.

LUJSIVERS.

restées fidèles à leur cause se concentrèrent à Bounah (Bône ), où les troupes musulmanes dédaignèrent d'aller les poursuivre : toutefois ces tribus étaient loin d'être des ennemis méprisables. Les Berbères ne restèrent pas longtemps tranquilles dans cet asyle, et bientôt ils reprirent l'offensive, ayant à leur tête une femme de leur nation , nommée Damyûh.

Cette héroïne battit les Musulmans en plus d'une rencontre, et vint à bout de les chasser non-seulement de la portion orientale de la cote mauritanique ( A/rica proprie dicta), mais encore d'une partie du Moghreb-ét-aqsâ , c'està-dire de la partie occidentale de ces mêmes côtes.

' Hassan-ben-Noumâni\i\ contraint de faire sa retraite sur Barqali, et il se tint renfermé dans cette ville, jusqu'à ce que le khalyfe lui eût fait passer des renforts suffisants pour qu'il pût à son tour reprendre l'oflensive.

Grâce à la nouvelle armée que lui expédia le khalyfe, il alla au-devant de Damyâh, jusques alors partout victorieuse, l'attaqua, la battit en plusieurs combats, et parvint a reconquérir tout ce que cette femme belliqueuse avait enlevé aux Musulmans de leurs premières conquêtes.

Ce gouverneur eut pour successeur Moussâ-ben-ÎVassir, qui, non content de la vaste étendue de côtes qui étaient sous sa puissance , laissa a sou (ils aîné, Abd- Allah y le gouvernement de l'Afrique, et tenta avec succès, l'an 91 de I hégire ( 708 de l'ère chrétienne ) une conquête bien autrement importante, celle de l'Espagne, où, sous le khalyfat de Oualyd 1 er (1), Tan 92 de l'hégire ( 711 de notre ère ), il porta désarmes et la religion de l'islamisme.

Mais avant qu'un demi-siècle fût écoulé cette conquête, faite au nom des khalyfes d'Orient, leur échappait déjà irrévocablement, pour devenir le domaine d'une nouvelle dynastie de

(i) Oualj d I er du nom, fils à' Abd ' él-Melek, fut le septième khalyfe de la dynastie Ommyade ; il .succéda » sou père, l'an 86 de l'hégire ( 7o5 de notre ère). Son règne fut de dix années environ , jusqu'à l'an 96 de l'hégire (714 de l'ère chrétienne).

khalyfes, dits Seconds- Ommyades, ou Ommyades occidentaux (2).

Ce fut peu de temps avant cette dernière époque, sous le règne du khalyfe Abd-él'Melek ben-Merouân, qu'eut lieu la seconde descente des Arabes d'Afrique en Sicile; parti des côtes mauritauiques, Mohammed- Abou-Édry s vint porter Je ravage et la désolation sur ces contrées, encore soumises à l'empereur grec ; ces descentes furent suivies d'autres excursions désastreuses.

, Mais la Sicile était trop voisine de l'Afrique pour n'inspirer aux Arabes, maîtres de celle-ci, que des désirs de désastre et de dévastation : ils la regardèrent bientôt comme une annexe indispensable de leur domination africaine. Déjà, sous le règne du khalyfe Hechâm (3), quatrième fils tfAbdél-Melek.

un gouverneur musulman nommé Bâcher, fils de Safouan, surnommé él-Kelâby t avait commencé à former un établissement fixe en Sicile, et l'an 122 de l'hégire ( 739 de notre ère ) f/abyb , fils à'Obeydah, vint assiéger la ville même de Syracuse (4).

Cette même année est signalée par la première sédition qui eût éclate en Afrique depuis la défaite des Berbères et de Damyâh : Màyrsarah , surnommé él- Mattaghûhy, s'y déclara en révolte ouverte contre l'autorité des khalvfes, et se proclama indépendant de leur puissance.

Sept ans plus tard, Tan 129 de l'hégire ( 746 de l'ère chrétienne ), de nouveaux troubles vinrent encore agiter l'Afrique; ils étaient suscités par le chef de la tribu des Zenctes, ou Benu-Meryn, nommé Abou-Qara-él~Maghyly , qui ameuta contre les Arabes toutes les tribus de l'Occident, et prétendait fonder dans le Mogh reb un empire dont Telmes-

(a) Voyez ci-dessus la noie a de la page 1 56.

(3) Hechàm ben-Abd-él Melck , onzième khalyfe de la dynastie des Ommyades orientaux, succéda à son frère Yèzyd //* du uuin, l'an io5 de l'hégire ( 7*4 de notre ère) ; son l ègue fut de vingt années environ, et se termina l'an ia5 de l'hégire (743 de l'ère chrétienne).

(4) Huit ans après, le lils de ce Habyb, nommé Abd-êr-Rhaman , était le chef de l'expédition que nous verrons ci-après exécuter une nouvelle descente eu Sicile.

TUNIS

san ( Tremeçen ) devait être la capitale.

Ces deux séditions ne tardèrent pas à être comprimées ; et il ne parait pas qu'elles aient inspiré des inquiétudes bien sérieuses au gouverneur de l'Afrique, puisque dès l'année suivante, 130 de l'hégire ( 746 de notre ère ) , il consentait à détacher une partie de ses forces, qu'il envoya ravager en Sicile les provinces dont les Musulmans n'avaient encore pu se rendre maîtres. Mais un danger plus réel menaçait déjà l'autorité du khalyfat; c'était l'esprit d'indépendance des gouverneurs qu'ils envoyaient administrer leurs provinces africaines.

Le khalyfe Yezyd II ( 1 ), troisième fils tfAbd-êl- Melek, avait d'abord nommé Bàcter-ben-Sajouàn , dont nous avons parlé ci-dessus, au gouvernement de 1 Égypte : puis, le soupçonnant d'ourdir âaus cette contrée *des trames contre sa suzeraineté, il lui avait fait échanger ce gouvernement , l'an 101 de J 'hégire (720 de l'ère chrétienne ) , co ntre celui des provinces africaines; mais cette mutation ne lit qu'accélérer l'exécution des projets de Hdcher. Plus éloigné en Afrique qu'en Egypte du centre de l'autorité , il put développer sans crainte l'essor de ses vues ambitieuses , et le nouveau gouverneur ne tarda pas à y réaliser les craintes dont peut -être injustement il avait été l'objet dans son premier gouvernement.

11 conserva en effet quelques apparences de soumission pendant le règne de Oualyd; mais à la mort de ce prince, l'an 105 de l'héeire ( 724 de l'ère chrétienne ), et à 1 avènement de son frère Hecham , le changement de souverain avait paru à Bâcher une occasion de secouer une autorité devenue importune; dès lors il avait cessé de prendre les ordres du khalyfe, et son expédition en Sicile, mentionnée ci-dessus, avait été faite non-seulement sans le consulter, mais même sans lui en donner avig.

Les dépouilles de ces déprédations ,

( i) YezjJ-ben-Abd-él-Melek fut le dixième khalyfe de la dynastie onimyadc; il succéda l'an iui de l'hégire (720 de notre ère )à son cousin Omar-beii-Abd él Azyz i mais il ue régna que quatre aimées, jusqu'à Tau io5 de l'hégire ( 7*4 de l'ère chrétieune ).

au lieu d'être versées dans le trésor du khalyfe , furent toutes portées dans les villes de la côte, c'est-à-dire à Tripoli, à Qayrouân, à Afryqyah, à Cartilage et à Tunis.

Cette dernière ville avait toujours, depuis l'invasion arabe, partagé la destinée générale des provinces, conquises et perdues tour à tour, et successivement reprises par les Musulmans, pendant les vicissitudes que subirent entre leurs mains leurs conquêtes africaines : elle fut dès lors gouvernée par des émyrs , que nommaient les gouverneurs généraux des provinces du Moghreb, et qui , comme ceux-ci , reconnurent d'abord la suzeraineté des khalyfes.

Mais bientôt les souverains de l'islamisme, trop occupés de leurs conquêtes orientales , ne pensèrent plus qu'à leurs trophées de la Perse , de l'Inde et de la Transoxiane, et relâchèrent imprudemment le frein dont ils retenaient encore, du moins en apparence, les hauts fonctionnaires de leurs domaines de l'occident : bientôt les gouverneurs généraux de l'Afrique, bientôt les gouverneurs

f particuliers des villes africaines, à 'exemple des gouverneurs généraux, profitèrent de Veloignement et de la négligence des chefs de l'État musulman ; abusant surtout des dissensions intestines auxquelles fut en proie le khalyfat , lorsque la dynastie des Ommyades fut renversée par celle des Abbassides, ces gouverneurs particuliers eux-mêmes ne tardèrent pas à chercher à s'affranchir non-seulement de la suzeraineté des khalyfes, mais encore de l'autorité immédiate des gouverneurs généraux.

Ceux-ci, trop occupés à leur tour de leurs propres révoltes envers leur souverain, négligeaient de réprimer ces révoltes partielles , et les émyrs des principales villes des côtes barbaresque? purent impunément s'arroger eux-mêmes un pouvoir indépendant à la fois des khalyfes et des gouverneurs généraux , pouvoir que plusieurs d'entre eux essayèrent même de rendre héréditaire.

Des compétiteurs nombreux s'élevèrent successivement, dépouillant leurs prédécesseurs, dépouillés à leur tour par une suite de catastrophes partielles quo l'histoire a dédaigne d'enregistrer

L'UNIVERS

et de nous transmettre, au milieu des catastrophes de la grande révolution qui imposait un changement de maîtres à la population musulmane tout entière.

Les choses en vinrent au point que l'autorité des khalyfes n'était plus guère reconnue qu'à la mort du feudataire insoumis, ou à son renversement par un rival plus heureux mais non moins rebelle : alors seulement ceux qui s'emparaient du pouvoir semblaient se sou venir qu'il existait à Baghdâd un kha- Jyfe, souverain de l'islamisme; mais le seul acte de souveraineté qu'ils lui permettaient à leur égard se bornait a la délivrance du diplôme impérial d'investiture qui donnait à l'usurpation les apparences légales d'une vassalité illusoire et tout à fait lictive.

L'établissement d'une branche de la famille des Ommyades en Espagne avait contribué encore a encourager les gouverneurs envoyés par les khalyfes d'Orient pour administrer l'Afrique , à s'arroger ainsi peu à peu une puissance presque souveraine, n'obéissant aux ordres de ces khalyfes qu'autant que ces ordres étaient favorables à leurs desseins.

Néanmoins, les kalyfes orientaux continuèrent d'être les maîtres nominatifs des côtes africaines , et d'y nommer des gouverneurs à chacune des vacances qui leur permettait d'exercer ce droit, jusqu'à 1 époque où la plus puissante des familles de la Mauritanie, celle des Aahlabites,yé\e\aun nouvel empire rival a la fois des 'khalyfes d'Orient et des khalyfes d'Occident, ét qui , pendant un siècle entier, sut entre ces deux puissantes monarchies conserver sur toute la côte africaine sa domination indépendante.

Cette indépendance n'eut alors à redouter aucune attaque , ni des khalyfes d'Andalousie, occupés à résister aux tentatives des rois espagnols pour ressaisir leurs anciens domaines , ni des khalyfes orientaux, pouvant à peine lutter contre leurs puissants vassaux asiatiques, qui s'efforçaient de détacher quelques provinces du grand Empire musulman.

Le chapitre suivant exposera en peu de mots l'origine et les progrès de cette domination nouvelle, qui, s'établissant d'abord sur les côtes de la Cyrcnaique,

s'étendit bientôt sur Tripoli d'Occident, sur Tunis, et sur le reste des provinces mauritaniennes, jusques aux rivages de l'océan Atlantique.

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