CHAPITRE VI
Domination des Aghlabites; — Dirait) m* bea-Aghlab; — révolte des Berbères; — prise de Tunis par Hamdys, leur chef ; — Édrys-ben-Édrys; — princes Aghlabites, — Abou-l-Abbas Abd- Allah, Zyadét-Allah 1 er du nom , Abou-el-Aqqâl-èl-Aghlab, Abou-1- Abbas - Mohammed , Zyadét - Allah II e du nom, Abou-Ishàq-Ibraym, Abou'-l-Abbas Abd-Allah II, Zyadét- Allah III, Ibraym-ben-Aghlab; — conquête de la Sicile; — révolte d'Abd- Allah; — destruction de la monarchie Aghlabite par les Fatymites. — Règnes des khalyfes de cette dynastie.
Ibrahym-ben-Aghiab avait été présenté au célèbre Haroun-ér-Rachyd (1) , khalyfe de la dynastie des Abbassides; les bons témoignages qu'on rendit d7bra/iym, et les qualités éminentes que le prince crut reconnaître en lui , le déterminèrent à confier au fils iïAghlab le gouvernement de l'Afrique , espérant de trouver à la fois en lui un administrateur habile et un sujet Gdèle, incapable de suivre les mauvais exemples par lesquels s'était signalée l'insoumission des précédents gouverneurs.
L'espoir du khalyfe fut déçu. Les prédécesseurs du nouveau gouverneur
(i) Haroun-êr-Racliyd, cinquième khalyfe de la dynastie des Abbassides, était fds du khalyfe él-Mahady , et succéda l'an 170 Je l'hégire (786 de nuire ère) à son frère él-Hâdy, dont le règne n'avait été qu'environ d une année. Uaroun-êr-Rachyd régna vingt-trou ans, c'est-à-dire jusqu'à l'an 193 de l'hégire (809 de l'ère chrétienne), et laissa en mourant le trône du khalyfat à ses deux fils, èl-Amyn et al-Mamoun , qui régnèrent successivement après lui. Contemporain de Charlemague, Haroun-êr-Raclûd avait envoyé des ambassadeurs à ce prince avec de riches présents, et avait recherché son alliance, dans le but d'obtenir son concours pour l'attaque qu'il préméditait contre les khalifes d'Espagne. L*é tablissement de la puissance aghlabite sur les côtes d'Afrique, enlevant aux khalyfes d'Orient la souveraineté sur ces contrées , fit avorter les projets de cette expédition.
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avaient, il est vrai, été insoumis, mais cinquante-six ans, Tan 196 de l'hégire non ouvertement rebelles; ils ne tenaient (812 de Père chrétienne), aucun compte des ordres du souverain Victorieux de ses ennemis à Tinté* de l'Islamisme, et n'envoyaient au trésor, rieur, n'ayant rien à craindre du khaimpérial aucune des sommes qu'ils pré- lyfe, trop éloigné des provinces afrilevaient en tribut sur les provinces caines pour y tenter une répression soumises à leur administration; mais difficile, Ibrahym-ben-Aghlab était parcependant ils étaient restés ostensible- venu à rendre héréditaire son pouvoir ment dans les formes du vasselage , et sur l'Afrique ; et il le laissa en mourant n'avaient pas cessé de reconnaître dans à son fils aîné, Abou-l-Abbâs-Abd-allah. tous leurs actes les khalyfes de Bagh- A la mort de son père ce prince se ctàrfpour leurs suzerains de droit. trouvait dans la ville de Tripoli; pro-
Ibrahym-ben-Aghlab alla plus loin fitant de cette absence, son irère Zyâ-
qu'eux , et ne se contenta pas d'une po- dêt-JUah se fit proclamer à Qayrouân
sition mixte, qu'il regarda comme fausse roi de Tunis; mais l'année suivante,
et précaire : à peine arrivé dans son 197 de l'hégire (813 de notre ère), il
gouvernement, il osa secouer le joug rendit la couronne à son frère, qui n'en
purement nominatif du khalyfat , en se jouit que pendant cinq années, ayant
déclarant maître absolu et indépendant été tué à Qayrouân, dans le dernier
dans la ville de Qayrouân, à la fin de mois de Tannée 201 de l'hégire (817 de
Tan de J'hé&ire 184 (800 de Tère chré- Tère chrétienne),
tienne); il tut ainsi le fondateur de la Zyâdêt-AUah F* du nom, second
première des dynasties qui , s'arrachant fils d'Ibrahym-ben-Aghlab, avait le
successivement le pouvoir, enlevèrent prénom d' A bou- Mohammed, et lesur-
pour toujours aux khalyfes d'Orient la oom $ Ébn-Chiklah : la mort de son
domination de. l'Afrique. frère le fit remonter sur le trône, qu'il lui
Cependant l'autorité du nouveau maî- avait restitué. Son règne fut signalé par tre des provinces africaines ne s'établit plusieurs événements remarquables, et pas sans contestation et sans secousses; surtout par la conquête de la Sicile, et son règne fut d'abord agité par des Le pat ri ce Constantin, nommé par troubles et des attaques réitérées ; plu- Tempereur de Constantinople au gousieurs des émirs placés sous ses ordres, vernement de la Sicile, avait envoyé son suivant son exemple, se révoltèrent à lieutenant Phima avec quelques vais- )eur tour contre lui, dans plusieurs par- seaux ravager et piller les côtes d'Afrities de son gouvernement , et refusèrent que. Zyâckt- Allah, résolu à venger cette de reconnaître son pouvoir, croyant agression , profita des troubles qui agiavoir les mêmes titres que ce prince à tcrent alors la Sicile(2), et y envoya l'an l'usurpation et à l'indépendance. Ham- 212 de l'hégire (827 de notre ère) une dys, fils d' Abd'ér-Rahman-él-Kendy, à flotte forte de 100 vaisseaux (3), qu'il avait la tête d'un grand nombre de Nègres et fait construire à Soussah , et dont il de Berbères, parut devant la ville de confia le commandement à Assad-ben* Tunis à T improviste, s'en empara, et Farath, s'efforça de s'y établir, tandis que, d'un
autre côté, Edrys-ben-Édrys, descen- (») Phima, ayant appris que m destitution
dant â'AboUrTaleb (1), essayait égale- avait elé décidée à Constantinople, s'était em-
ment de se rendre indépendant, et mé- I« ré de Syracuse; et, après avoir battu le
connaissait à la fois l'autorité de fait V>™*™*™ Constantin, s était proclame roi
d'/braàum, et l'autorité de droit du f» U f.* b»entôt un des complices
kha.yfe f mais ces compétiteurs, et d'au- * - ^STf^
très plus ou moins redoutables, furent phima s , etail al< ; rs réfllgi / en Afrique , 0 ù il
battus par les troupes d lorahym et tor- avaU imp i orc lesecours de Zyddèt- Allah pour
ces a se soumettre. èlre ré^ii 8Ur | e trone qu >n avait usuri ,é et
Après un règne d environ douze ans dont un autre usurpateur venait de le chasser,
et demi, Jbrahym mourut, à l'âge de (3) Ces vaisseaux portaient dix mille hommes d'infanterie et environ sept cents de eu-
(1) Père d'Aly et oucle de Maliomet. valei ie.
11 e Livraison. (Tunis.) 11
Les Musulmans battirent à Mazzarct
l'armée sicilienne; et Platha, forcé de prendre la fuite, se retira en Calabre, où bientôt après il fut tué ; le général musulman était également mort; et son successeur, Mohammed- A boulr Dj ou âry , qui, l'an 213 de l'hégire ( 828 de notre ère) avait été assiéger Syracuse, fut forcé par une flotte envoyée de Constantinople, non-seulement de lever le siège, mais encore de se replier dans Tintérieur de rtle, où les Musulmans, battus sur plusieurs points, privés de vivres, se virent réduits à manger leurs chevaux ; après deux années de combats .
qui n'avaient été pour eux que des défaites continuelles, ils s'attendaient à une perte inévitable, quand, l'an 216 de l'hégire (830 de notre ère), des secours inespérés leur arrivèrent d'Espagne, amenés par Asbayben-Ouakyl. Dès lors les affaires changèrent de face ; la victoire favorisant de plus en plus les Musulmans, les Grecs furent enfin forcés de leur abandonner la possession de File, dont le premier gouverneur, Mohammed-ben-Abd-AUah-ben - Aghlab , prit le titre de roi (1).
C'est ainsi que la Sicile passa sous la domination d'une branche de la famille des Aghlabites : ce domaine leur fut ensuite enlevé par les Fatymites, qui la possédèrent jusqu'à ce qu'ils en lurent expulsés à leur tour par les armes des Normands, que commandait le célèbre comte Roger (2).
(i) Il mourut l'an «56 de l'hégire ( 85o de f ère chrétienne), aprèsun règne de dix-neu f ans .
(a) Roger I er du nom, le dernier des douze fils de Tancrède , seigneur de Hauteville en Normandie, naquit en l'année zo3i de notre ère ; il était venu en Italie vers Tan 1048 : devenu mai ire de la Sicile par la prise de Païenne et la conquête des autres places de cette ile , il en chassa les Musulmans, et y rétablit la religion chrétienne. L'an 1096 il prit le titre de grand Comte de Calabre et de Sicile. Tous les historiens attestent que le règne de ce prince fut signalé non-seulement par les conquêtes brillantes qu'il remporta sur les Musulmans, mais encore par une administration sage et éclairée, qui rendit heureuses les populations sur lesquelles ses armes venaient d'établir son pouvoir.
Roger mourut au mois de juillet Tan 1 101, âgé de soixante-dix ans, laissant pour succes-
Zyàdêt-AUah mourut à l'âge de cin-
?uante-un ans et demi (3) , l'an 223 de hégire (888 de l'ère chrétienne), laissant le trône à son frère Abou-l-Aqqâlêl- Aghlab. Ce prince se rendit surtout recommandable par la vigilance qu*il mit à préserver ses États de toute attaque , et par les largesses qu'il répandit sur les milices : son règne, qui ne fut que d'un peu moins de trois années, fut exempt de toute espèce de trouble ; et il mourut (4) Tan 226 de l'hégire (841 de notre ère).
Son fils A bou-l-Abbds- Mohammed étant mort jeune , il eut pour successeur son petit-fils Ahmed-ben-Abou-tr Abbûs, auquel on doit la construction du grand aqueduc et de la mosquée qui sont près de la porte de Tunis. Après un règne d'environ vingt-trois années, il laissa, l'an 249 de l'hegire (863 de notre ère), le trône à son frère Abou-Mohammed-Zyâdét- Allah II e du nom , qui ne régna que six mois , et eut pour successeur son neveu Mohammed-ben- Ahmed, surnommé Abou-l-Gharanyk , âgé seulement alors de quatorze ans.
Ce prince, monté si jeune sur le trône, y mourut également bien jeune encore, car il n'avait que vingt-quatre ans lorsque la mort le frappa, après un règne d'environ onze années t5), l'an 261 de l'hégire (875 de l'ère chrétienne).
Cette mort transmit le pouvoir royal à AboU'lshûq-lbrahym, fils de Ahmedben-Abou-l-Abbâs : le règne de ce prince se signala par deux événements remarquables; l'an 264 de l'hégire (877 de l'ère chrétienne ) la ville de Syracuse fut prise par les Musulmans, que commandait Ahmed-ben- Aghlab ; et l'an 281 de l'hégire (894 de notre ère) la résidence royale fut transférée à Tunis, où Abou- Isndq fit bâtir un palais , dans lequel il mourut l'an 289 de l'hégire ( 902 de no tre ère ), après un règne d'environ vingt huit années.
Son fils, Abou-l-Abbâs-Abd- Allah IF du nom, avait été proclamé roi du vivant de son père; mais il lui avait à peine succédé qu'il fut tué dans le mots de
seur au trône de Sicile son fils Roger II, dit le Jeune.
(3) Le mardi r4 du mois de Redjeh.
(4) Dans le mois de Raby-él-dkiter.
(5) Dans le mois de Djcmddy-él doueJ,
TUNIS
Chaabân de Tan 590 de l'hégire (l'an 908 de notre ère) : il avait régné conjointe* ment avec son père un an et cinquantedeux jours , et seul neuf mois et treize jours.
Le fils d'Abou-l-Abbâs, nommé Abou- Nasr, et surnommé Zyadét- Allah III* du nom , succéda à son père : le règne de ce prince fut signalé par les plus grands désastres : un rebelle, nommé Abd- Allah, se mit à la tête d'un parti nombreux, défit en plusieurs rencontres les troupes royales , et , s'emparant d'une grande étendue de pays, força Zyadét- Allâh à abandonner ses États, après un règne seulement de cinrj années et dix mois. Le prince détrône s'était retiré en Égypte, d'où il avait dessein de se rendre à Baghdâd; mais l'entrée dans cette ville lui fut refusée.
A la nouvelle de la défaite et de la fuite de Zyâdet-Allah, un autre prince de sa famille, nommé Ibrahym-ben-Aghlab, avait tenté de relever le trône agblabite; il était entré à la tête d'un parti dans la ville de Qayrouân, avait rassemblé les habitantsdispersés, et s'était emparé du palais; il avait ainsi rétabli la tranquillité dans cette province, et se flattait du plus heureux succès, lorsque Abd- Allah vint l'attaquer , le battit en plusieurs combats successifs, et, l'ayant forcé de prendre à son tour la fuite, prit possession de toutes les provinces qui avaient appartenu aux Aghlabites.
C'est ainsi que fut éteinte , l'an 296 de l'hégire (908 de l'ère chrétienne), cette dynastie puissante, qui avait régné pendant plus d'un siècle sur l'Afrique septentrionale et avait conquis la Sicile.
Toutefois le rebelle Abd- Allah ne jouit pas longtemps de la double victoire qui semblait assurer son usurpation.
Dans la même année, un adversaire, bien autrement formidable que les deux ennemis qu'il venait de vaincre, vint fondre sur lui et lui arracher la belle proie qa'il avait envahie. Le fondateur du khalvfat fatymite, Abou-Mohammed- Obcyd- Allah, surnommé él-Mahadu y qui avait déjà convoité les dépouilles du royaume de Tunis et s'était emparé de Qayrouân, porta ses armes puissantes contre Abd- Allah, le mit à mort, et recueillit la riche succession de la dynastie
aghlabite, dont il était devenu le vengeur (1).
Bientôt la puissance des successeurs tfél-Mahady se trouva trop resserrée dans les limites de ses possessions d'Afrique : les khalyfes fatymites allèrent en Egypte fonder une nouvelle capitale, qui devint la seconde ville (2) de l'Orient, et établirent un nouvel empire, qui divisa l'islamisme en deux schismes s'anathématisant l'un l'autre.
Dès lors les khalyfes du K aire eurent plutôt les yeux tournés vers leur rival de liayhdad que vers leurs provinces barbaresques, dont ils abandonnèrent te gouvernement à différents princes, grands feudataires plus ou moins indépendants, plus ou moins soumis à la suzeraineté du khalyfat (3).
(i) Si le lecteur désire connaître plus en détail l'histoire de la dynastie des Aghlabites, il pourra se satisfaire pleinement en lisant la traduction de YHistotre de C Afrique sous la domination des Aghlabites, publiée avec le texte arabe d'Ebn-Khaldoun, et det noies aussi sa vantes qu'intéressantes, par M. A. JVoèl Desvergers ; Paris, imprimerie de MM. Firmin Didot frères, 1841 , gr. in-8°.
(a) Le Kaire fut fondé par Diouhar, général du khalyfe %loëz-le-dinlUah, l'an 36a de l'hégire ( 97a de l'ère chrétienne ).
(3) Quoique les khalyfes fatymites aient conservé, au moins nominativement, le titre de souverains de l'Afrique septentrionale, je crois devoir m 'abstenir de tout détail à leur sujet, leur histoire étant trop connue, et étant d'ailleurs devenue à peu près étrangère à celle de l'Afrique proprement dite depuis leur transmigration en Egypte.
Je me bornerai donc, à l'égard de ces princes, et pour compléter la série chronologique des souverains auxquels furent soumises Tunis et l'Afrique septentrionale, à donner seulement ici la liste des khalyfes qui composent cette dynastie :
i° Obeyd- Allah Êl-Mahady monta sur le trône du khalifat l'an ag6 de l'hégire (903 Je notre ère ).
a° Êl Qayembe-dmr-lllah, Tan 3a 4 (933).
3° Et-Mansour-b-illali, l'an 334 (945).
40 Êl-Moez-le-dyn-Illak, Tan 341 (95a).
5° Êl-Azyz-b-illah, l'an 365 (975).
6° Èl-Hakem-be-àmr-Illali, l'an 38 7 (996).
70 Êd-Dâher-U-dzdz-dyn-lUah, l'an 41 1 (ioao).
8° Êl-Mostanser b-iflah, l'an 4a? (io35).
9 *>£l-Mostaat r -b-iUah f V&n 487 (1094).
L'UNIVERS