L. LEFORT, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
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Baittence de Tnrenae. — Son édncatien ; son caractère. — Il i
an siège de La tfothe. — Beiraife de Tnrenne dans l'affaire de Mayence. — Siège de Savenie. — Frise de Landrecies , de Maubeuge , de Beaumont et de Brissac. — Combat de la Rente. — Glorieuse campagne contre Turin.
Henri db la tour d' Auvergne , vicomte* de Tu* renne , naquit à Sedan y le 41 septembre de Tannée 1611. Il était le second fils de Henri de la Tour d'Auvergne , duc de Bouillon , prince de Sedan , et d'Elisabeth de Nassau , fille de Guillaume de Nassau, premier du nom , prince d'Orange. Ainsi , du côté paternel , il tirait son origine des anciens comtes d'Auvergne , dont la maison, par ses alliances , tient à ce qu'il y a de plus grand en Europe pour la nais-
#.' *'" *•* ÈfSTOIRE DE TURENNf.
sançe ; et , du côté maternel , il descendait de la maison de Nassau , qui a donné un empereur à l'Allemagne , plusieurs capitaines généraux à la république de Hollande , et un roi à l'Angleterre. ' Gomme les parents du vicomte de Turenne étaient de la religion prétendue réformée , ils le tirent élever à Sedan dans les principes de cette religion. Sitôt qu'il fut en âge d'avoir des maîtres, le duc de Bouillon, son père , mit auprès de lui des gens capables de lui donner une éducation digne de sa naissance et des grandes vues qu'il avait pour lui. Dès ses premières années , il fit voir une maturité si fort au-dessus de son âge , un si grand empire sur lui-même, et une disposition d'esprit si préparé à embrasser tout ce qu'on lui proposait de raisonnable , qu'on jugea bien dès-lors qu'il était né pour donner au monde de grands exemples de vertu.
Le temps de l'éducation domestique étant fini , ' et le duc de Bouillon étant venu à mourir , la duchesse de Bouillon , chargée de la conduite de ses enfants , envoya le vicomte de Turenne en Hollande, pour y apprendre le métier de la guerre , sous le prince Maurice de Nassau , son frère , qui passait à juste titre pour un des plus grands capitaines de son siècle.
Sitôt que le vicomte de Turenne fut arrivé en Hollande , le prince Maurice , son oncle , voulut savoir quel était son caractère , et il l'entretint long-
temps pour cela sur toutes les choses qui pouvaient le lui faire connaître à fond. Le vicomte de Turenne avait naturellement je ne sais quel embarras dans la langue, qui faisait que , lorsqu'il voulait parier, il demeurait quelquefois un petit instant sur la première syllabe de certains mots avant de les achever ; mais tout ce qu'il disait était si sensé et si juste, que cette petite difficulté, qu'il avait à s'énoncer , n'empêcha point que le prince Maurice ne conçût de lui une idée très-avantageuse. Il lui fit aussitôt prendre un mousquet , et voulut qu'il servît comme simple soldat avant de l'élever à aucun grade.
Le vicomte de Turenne , qui ne respirait que les fonctions du métier, n'en refusa et n'en dédaigna aucune; il ne trouva rien de bas pour lui, ni de trop pénible. Le capitaine , sous qui on le mit, était vassal du duc de Bouillon , son père , et le vicomte de Turenne lui obéissait comme au moindre soldat de la compagnie; il ne se plaignait ni des incommodités du climat , ni des injures des saisons. Enfin il Ht paraître, dans tous les exercices, tant de fermeté et de patience , et une si grande application au service , que le prince Maurice , charmé des heureuses dispositions qu'il lui trouvait pour la guerre , se proposait de prendre soin de les cultiver , et s'en faisait déjà un plaisir par avance, lorsque par malheur il vint à mourir.
Ainsi Ton peut dire que le vicomte de Turenne s'est formé lui-même , n'ayant plus servi depuis sous aucun capitaine , de qui Ton puisse avoir lieu de croire qu'il ait rien appris de tout ce qu'il a exécuté de grand dans l'art militaire. .
Après la mort du prince Maurice de Nassau , les Hollandais ayant remis le gouvernement général de leurs armées au prince Frédéric-Henri , son frère , ce prince donna au vicomte de Turenne une compagnie d'infanterie, à la tête de laquelle il servit au siège de Groël et de Bolduc , où il montra qu'il n'était pas moins bon officier que bon soldat. On ne voyait point , dans toute l'armée , de compagnie plus belle ni mieux disciplinée que la sienne. Tout jeune qu'il était , il ne s'en reposait point sur les soins d'un lieutenant ; il faisait lui-même faire l'exercice aux soldats , il les dressait avec patience > il les formait avec bonté , il les corrigeait à propos , et sa bourse leur était ouverte dans tous leurs besoins. Il allait toujours le premier à la tranchée et aux attaques. Son gouverneur , qui était un ancien militaire , s'efforçait en vain d'empêcher qu'il ne s'exposât comme il faisait ; hors de là , il le respectait comme son père ; mais quand il s'agissait de donner l'exemple à ceux à la tête de qui il était , il n'avait égard qu'à ce que demandait son honneur.
Le prince Frédéric-Henri , son oncle , crut même devoir lui reprocher , comme une ardeur immodé-