LIVRE DEUXIÈME
blement attaché à nos intérêts : promesses frivoles, dont on ne se contente, ainsi que nous avions fait au commencement de la campagne, que quand on n'est pas en pouvoir d'exiger d'autres sûretés ; mais comme nous étions alors en état de lui donner la loi , nous l'obligeâmes à nous remettre entre les mains Lawinghem ,' Gundelfinghen et Hochstet, dont il était le maître, afin que, s'il venait encore à nous manquer de parole , nous pussions nous en faire raison , par le «moyen de ces places , qui nous ouvraient passage dans ses états. Ce fut en partie à l'occasion de ces conquêtes que la France lit frapper une médaille , où Ton voit Mars portant un javelot chargé de plusieurs couronnes murales. La légende, Mars expugnator, signifie Mars preneur de villes. L'exergue , xm. urbes dut arces captœ. M. D. C. XLVI , veut dire, treize tilles ou forteresses prises en 1646.
La paix ayant été ainsi faite avec le duc de Bavière , et les Suédois étant assez forts pour soutenir eux seuls la guerre contre l'empereur en Allemagne , le cardinal Mazarin envoya ordre au vicomte de Turenne de mener ses troupes en Flandre , où notre armée n'était pas à beaucoup près si forte que celle des Espagnols, qui était commandée alors par l'archiduc Léopold. Le vicomte de Turenne quitte donc la Bavière ; et , avant que d'aller à Philisbourg pour passer le Rhin , prend
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Béblighen et Tubingue, dans le duché de Wirtemberg ; Stennein et Hochstet , sur le Mein ; Darmstadt, Ghetsbeim , et quelques autres places qui pouvaient assurer dos conquêtes le long du Rhin , et nous ouvrir divers passages dans le reste de l'Allemagne.
Cependant les Allemands, qui étaient à notre solde dans son armée , ayant témoigné assez ouvertement la répugnance qu'ils avaient à aller en Flandre; Rosen , le plus accrédité d'entre eux, pensa à se rendre maître de ce corps de troupes de la même manière que le duc de Weimar l'avait été de son armée. Pour cela , il eugagea les étrangers à se refuser à aller où on les voulait mener , sous prétexte qu'il leur était dû cinq ou six mois de leur paie; si bien que lorsque l'armée, qui avait passé le Rhin à Philisbourg, fut arrivée à Saverne , on vint dire au vicomte de Turenne que les Allemands ne voulaient plus marcher, et qu'ils disaient tout haut qu'ils ne passeraient pas outre.
Ce prince , qui était bien éloigné de croire que l'auteur de cette révolte fût Rosen , à qui il venait tout récemment de procurer le grade de lieutenantgénéral de cavalerie , l'envoya vers ses compatriotes pour les porter à faire leur devoir; mais , bien loin de le faire , il demeura avec eux , et envoya dire au vicomte de Turenne qu'il était retenu par force ; et , commençant à donner des ordres comme un
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général qui ne reconnaissait plus de supérieur , il lit marcher jour et nuit les Allemands , et les mena au-delà du Rhin , qu'il passa au-dessous de Strasbourg.
Le vicomte de Turenne le suivit aussitôt , avec tout ee qui lui restait de troupes, et, quoiqu'il eût trois mille hommes d'infanterie , il lit quatorze lieues en un Jour, et joignit bientôt les rebelles. Rosen fut bien étonné de voir le vicomte de Turenne ; il ne pouvait guère douter que son infidélité ne lui fût connue: néanmoins, s'imaginant qu'il pouvait encore la lui déguiser, ou plutôt n'ayant ni assez de temps , ni assez de liberté d'esprit , dans une si grande surprise , pour réfléchir sur le parti qu'il devait prendre : Vous voyez > h" dit-il , comme on m'emmène malgré moi.
Le vicomte de Turenne parut croire ce qu'il lui disait de la prétendue violence qu'on lui faisait. Il était en droit de donner sur les rebelles, et, comme il était beaucoup plus fort qu'eux , il pouvait les firire passer au fil de l'épée ; mais , considérant le besoin que la France avait alors de ces troupes , il aima mieux essayer de les ramener à leur devoir. Il pria Rosen de persévérer dans l'attachement qu'il avait pour la couronne, au service de laquelle il s'était dévoué depuis si longtemps , et d'employer sas bons offices auprès de ses compatriotes. Il renvoya toutes ses troupes , pour ne donner aucun
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ombrage aux. Allemands ; il ne prit avec lui que quatre de ses domestiques, et marchant toujours avec Rosen , sans le quitter d'un pas , cet officier n'eut bientôt plus aucun crédit parmi ses propres soldats, qui le soupçonnèrent de tramer quelque chose contre eux avec le vicomte de Turenne. II voulut lui persuader qu'il y avait peu de sûreté pour lui parmi ces étrangers, afin qu'il retournât à son armée; mais Turenne lui répondit d'un ton qui lui fit comprendre qu'il n'avait nul besoin d'être rassuré. Il continua donc de marcher. On arriva i Edlinghen, petite ville du marquisat de Bade, à huit lieues de Pbilisbourg , et là , le vicomte de Turenne , voyant que Rosen avait perdu toute la confiance des Allemands, fit venir de Pbilisbourg cent mousquetaires, qui l'enlevèrent, et qui le conduisirent dans cette forteresse.
Alors deux régiments entiers vinrent se joindre au vicomte de Turenne , et le reconnurent pour leur généra] ; tous les officiers de ce corps de troupes , jusqu'aux caporaux , se rendirent aussi auprès de lui , protestant qu'ils lui obéiraient en toutes choses. Les autres, ayant choisi des cavaliers pour commandants , prirent le chemin de là Franconie, et le vicomte de Turenne, voyant qu'il n'y avait plus rien à ménager avec eux , les poursuivit à la tête de ceux qui étaient rentrés dans leur devoir, et les ayant atteints à Konishoven, dans la