‹ Histoire de TurenneChapitre 33 sur 33 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

wtôt en Lorraine , ou qu'il reculerait au moins jusqu'à Sa ver ne ; mais ils furent bien surpris lorsqu'ils tirent qu'il les attendait de pied ferme. Us Tinrent jusqu'à Spire , d'où ils envoyèrent reconnaître son camp. Ils avaient cinquante mille hommes , et il n^n avait que seize à dix-sept mille. Néanmoins , ayant vu l'avantage du poste qu'il avait choisi , «t la fermeté avec laquelle il les attendait, ils ne jugèrent pas à propos de l'attaquer , et dirigèrent • leur marche vers Strasbourg , attendant l'électeur de Brandebourg, qui amenait vingt mille hommes, - et qui n'était plus qu'à quelques journées de Stras* 7 bourg. Turenne , considérant les entreprises que les ennemis pourraient faire dans le royaume , qui était ouvert de ce côté-là» lorsqu'un si puissant renfort les aurait joints, résolut de les combattre avant cette jonction , et vint se poster à Ensheim , à une lieue de l'armée allemande.

Quoique le vicomte de Turenne eût été renforcé de quelques régiments , son armée était encore pitre de la moitié plus faible que celle des Impériaux. Néanmoins , connaissant la valeur de ses officiers et la confiance qu'avaient en lui les soldats , il persista dans le dessein d'attaquer les ennemis y malgré tous les avantages qu'ils avaient du côté du nombre et du côté du poste.

Le résultat répondit à sa confiance : les ennemis furent défaits et prirent la fuite en désordre , lais-

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sant plut de trois mille des leurs sur le champ de bataille.

Les ennemis , malgré la perte qu'ils avaient faite, xp paissaient pas d'avoir encore près de quarante initie hommes en état de combattre , et ils vinrent sabriler sous les murs de Strasbourg, où Turenne ne jugea pas a propos de les aller attaquer ; aimant mieux donner tous ses soins à rétablir ses troupes , il les mena à Marbeim , qui était à trois lieues de là, et où il y avait du fourrage , et toutes aortes de munitions en abondance.

Cependant le duc de Bournonville fut joint sous les murailles de Strasbourg par quelques troupes des cercles de Souabe et de Fraaconie. L'électeur palatin y vint ausssi à la tête de deux mille chevaux; le duc de ZeH lui amena encore trois mille hommes, et rélecteur de Brandebourg arriva enfin avec son armée.

Pour résister à de si grandes forces , le vicomte de Turenne n'avait pas tant de troupes , que l'électeur de Brandebourg seul venait d'en amener aux ennemis. C'est pourquoi on lui envoya cinq ou six mille gentilshommes de la noblesse , dont on avait convoqué l'arrière-ban. Hais comme ces gentils- .hommes, n'étaient point disciplinés, et qu'ils n'estaient point accoutumés à camper , il ne les garda pas longtemps* . Le roi fit aussi marcher & son secours deux ren»

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forts dé troupes , Tira de six à sept mille hommes , sous les ordres du marquis de Genlis , et l'autre de quatorze à quinte mille hommes , soufc les ordres du comte de SaulL Le vicomte de Turenne laissa venir le marquis de Genlis; mais «il envoya ordre au comte de Sault de demeurer en Lorraine a\ec le corps qu'il amenait, ce qui étonna tous ceux qui savaient le peu de monde qu'il avait, et le grand nombre des ennemis, car leur armée était alors de plus de soixante mille homme*.

L'électeur de Brandebourg , à la tête de tant de forces réunies , décampa d'auprès de Strasbourg , passa la rivière d'Ill, et s'avança vers Marheim , où nous étions encore. Le vicomte de Turenne , le voyant approcher, se retira à Dettwiller sur la Soot, à trois lieues de Marheim. Cette retraite augmenta la surprise de tout le monde , et l'on avait d'autant plus de regret pour sa réputation qu'il fit de pareilles démarches devant les ennemis, faute de troupes, qu'on savait qu'il n'avait tenu qu'à lui d'on avoir davantage.

Turenne laissa parler, resta dans une inaction apparente ; pois , dans le fort de l'hiver, fit des moavement* si habilement combinés , qu'il chassa les ennemis de l'Alsace ; puis , joignit le comte de Bonrnonville à Turckeim et le mit en pleine déroute.

Turenne reçut alors une lettre du roi , par laquelle M lai mandait qu'il avait impatience de le

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.revoir, pour lui témoigner la satisfaction qu'il avait •du service important qu'il venait de lui rendre. Ce r général , ayant donné tous les ordres nécessaires pour la sûreté de l'Allemagne et pour les quartiers d'hiver de son armée, prit le chemin de la cour. Il trouva sur toute sa route un concours : de gens de toutes sortes d'âges et de conditions , : qui venaient au-devant de lui pour le voir. Il y en eut en Champagne qui vinrent de dix Jieues sur le chemin partiu il devait passer ; et les habitants de cette province, persuadés qu'ils lui étaient redevables .de tout le bien et de tout le repos dont ils jouis- . saient , versaient des larmes de joie en le voyant. Le roi Je reçut d'une manière qui faisait assez connaître qu'il n'y avait personne dans son royaume qu'il estimât plus que lui. On ne parlait à la cour que de la conduite qu'il avait tenue pendant cette dernière campagne, dont l'éclat semblait surpasser 'celui de toutes les autres. Chacun le regardait .comme un homme qui venait de sauver l'État. On s'arrêtait dans les rues de Paris pour le voir passer; il ne pouvait plus aller dans les églises qu'il ne fût environné d'une foule de peuple qui semblait ne pouvoir se rassasier de le voir; la plupart des ' princes étrangers faisaient venir son portrait. Personne n'avait 'peut-être jamais joui d'une réputation ~ si pure et si étendue ; et il ne tenait qu'à lui d'accroître encore sa gloire #n continuant de commander

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lès armées. Nais, au contraire t il souhaitait fort alors qu'on eût bien voulu l'en dispenser : son âge déjà avancé , et ce fond de religion , dont il avait le cœur rempli , le pressait fortement de se dégager -de toutes les affaires du monde, pour passer le reste de ses jours dans la retraite. Cependant , persuadé que tant que la guerre durerait, il ne pourrait quitter le service sans manquer à ce qu'il devait à son roi et à l'état , il accepta encore Je commandement de l'armée qui devait agir cette année-là du côté de l'Allemagne. Schelestadt fut le rendez -vous qu'il marqta *aux troupes , et il alla se remettre à Jeur tête sitôt qu'elles y furent assemblées.

Les grands avantages qu'il avait remportés , la rcampagne précédente , avaient fait perdre aux divers corps de l'armée impériale la contiance qu'ils avaient en leurs chefs , et la terreur était répandue parmi toutes leurs troupes. Pour les rassurer, l'empereur en donna le commandement au comte de Monté^ cuculli.

- Les deux plus grands généraux de l'époque étaient alors en présence , toute l'Europe était attentive. Turenne prit bientôt la supériorité, et, poursuis vaot toujours les ennemis à mesure qu'ils se retb- ' raient, il voulut les forcer à accepter le combat H prit lui-même tes dispositions pour livret 1 bataille , visita tous les postes , se transporta sur jjne éminence pour reconnaître encore mieux les

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endroits par où U voulait faire attaquer les Impériaux.

Il voyait que les ennemis ne pouvaient plus liri échapper» et que, se l on toutes les apparences, il allait enfin recueillir le fruit d'une si pénible campagne, lorsque, les ennemis ayant fait tirer une volée de canon vers Tendrait où il était, il fut atteint d'un boulet qui lui donna au milieu de l'es- # tomac, et le renversa mort par terre....

Ce même boulet de canon emporta un bras à M. de Saint-Hilaire, lieutenant-génépi de l'artillerie ; et eomme ses deux enfants ptedhient de le voir dans cet état : Ce nest pas moi , leur dit-il , qu'il faut pleurer, c'est ce grand homme , en leur ^montrant le corps du vicomte de Turenne; c'est la perte irréparable que la France vient de faire. La plupart de ceux qui virent ainsi tomber le vicomte de Turenne demeurèrent tellement éperdus qu'oa eût dit qu'ils avaient été frappés du même coup. Cependant un d'entre eux , qui sut mieux se posséder que les autres, jugeant de quelle conséquence il était de cacher un accident si funeste, jeta prompteaunt un manteau sur le corps du vicomte (te Turenne, et le fit emporter le plus secrètement qu'il pat, de manière que cette mort fut plus tôt sue dans l'armée des ennemis que dans la nôtre; un de ceux qui en avaient été témoins étant aussitôt fasse dans lour camp pour la leur apprendre. A

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cette nouvelle , le comte de Montécuculli , qui iTignorait pas les avantages qu'il pouvait retirer de la mort du vicomte de Turenne , ne parut néanmoins sensible qu'à la douleur qu'il avait de ta perte de ce générai , duquel il dit ce beau mot, qui renferme un sens si profond : Il faisait honneur à l'homme. Ainsi périt Tua des plus grands hommes de guerre qui aient illustré la France. Turenne réunissait toutes les qualités émmentes qui font les grands hommes* et les héros , et il pourra être présenté à toujburs, comme un modèle, à ceux que la divin* Providence appelle à la tête des armées et déflations.

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