‹ Histoire de TurenneChapitre 32 sur 33 · LIVRE CINQUIÈME. 2dt · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. 2dt

qtf il avait à soutenir leur faisaient craindre qu'il ne Tînt enfin à y succomber. S'ils étaient seulement une demi-journée sans le voir , ils couraient à sa tente pour apprendre de ses nouvelles ; quand il passait à la tête du camp, ils sortaient de leurs baraques ou de leurs canonnières, comme s'il y avait eu longtemps qu'ils ne l'eussent vu , et un les entendait se dire Jes uns aux autres : Notre pèr* te porte bien , nous n'avons rien à craindre. Il ne se passait guère de jours qu'il ne les vît tous; il le» saluait et leur parlait avec une noble familiarité , et il prenait plaisir à voir combien il en était aimé.

Cependant l'armée de l'empereur et de ses confédérés avait été jointe par les troupes de tous les cercles de l'empire ; et comme il semblait que cette multitude d'ennemis allait inonder tout le royaume, Louvois manda au vicomte de Turenne d'abandonner au plus tôt l'Alsace , et de se retirer sous Nancy , pour sauver l'armée du roi , et défendre , s'il était possible , la Lorraine. Les ennemis ayant passé le Rhin à Mayence , le roi envoya lui-même les ordres les plus pressants à Turenne , pour venir couvrir la Lorraine. Si le vicomte n'avait pas eu un aussi grand zèle pour son service, il n'aurait pas différé un moment à les exécuter; mais, comme il était incapable de faire une chose qu'il savait être contraire au bien je l'Etat , il demeura encore en Alsace, nonobstant

c#s ordres , après avoir toutefois écrit une lettre au rpi , pour lui rendre raison de sa conduite.

a Les ennemis , dit-il dans cette lettre , quelque graqd nombre de troupes qu'ils aient, ne sauraient # dans la saison où nous scyuynes, penser à aucune autre entreprise qu'à Qffik^ de me faire sortir de la province où je suis , n'ayRit ni vivres ni moyens pour passer en Lorraine , que je ne sois chassé de l'Alsace ; et si je m'en allais de moi-môme , comme votre majesté me l'ordonne , je ferais ce qu'ils auront peut-être bien de la peine à me faire faire. Quand on a un nombre raisonnable de troupes , on ne quitte pas un pays , encore que l'ennemi en ait beaucoup davantage ; et je suis persuadé qu'il vaudrait mieux, pour le service de votre majesté, que je perdisse une bataille que d'abandonner l'Alsace, et de repayer les montagnes, d II finit cette lettre en offrant de prendre tout sur lui , et de se charger des événements ; si bien que le roi , satisfait de ses raisons , et se confiant d'ailleurs à la capacité et à l'expérience du vicomte de Turenne, lui envoya, cinq à six mille hommes de renfort, et Je laissa-" maître de faire ce qu'il voudrait.

; Le duc de Bournonville et les autres généraux qui commandaient les troupes de l'empereur et celles de l'empire t crurent qu'ils n'avaient qu'à s'avaneçr vers le vicomte de Turenne , et qu'à la première ou seconde marche , il se retirerait aus- .

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