LIVRE DEUXIÈME. Si
contre lequel il s'était même précautionné , et qu'il ne sut pas néanmoins éviter. Car, comme ses troupes , fatiguées de tant de mouvements , d'actions et de marches , lui demandaient à aller dans les petites places des environs pour s'y reposer et subsister plus commodément , il le leur refusa , quoique jamais aucun capitaine ne se soit fait un plus grand plaisir que lui de procurer à ses soldats toutes sortes de commodités ; mais en cette occasion il appréhendait que les ennemis ne fussent encore assemblés en correspondance , et que , retournant sur leurs pas , ils ne vinssent attaquer ses quartiers lorsqu'ils seraient séparés.
Cependant les officiers le lui redemandèrent avec de nouvelles instances; et, comme le général-major Rose le pressait sur cela jusqu'à l'importunité , il lui donna un détachement de cavalerie , pour aller reconnaître ce que faisaient les ennemis , et il envoya encore quelques autres officiers en partie pour le même sujet. Tout le monde lui rapporta que l'armée ennemie était séparée , et que les Bavarois se fortifiaient dans les diverses places où on les avait mis en quartier , comme des gens qui ne songeaient à rien moins qu'à en sortir. Il céda donc enfin à l'importunité de Rose, sur le rapport duquel il crut qu'il devait compter, parce que c'était un vieil officier; n'y ayant pas d'apparence que des gens qui fuyaienUdevant nous dussent venir sitôt
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nous attaquer ; et que , quand ils le voudraient , ils le pussent faire si subitement que nous n'en fussions pas avertis, étant à plus de seize lieues de nous. Néanmoins le vicomte de Turenne , appréhendant toujours quelque surprise , retint autour de lui le canon de l'infanterie , et ne voulut pas que la cavalerie s'éloignât de plus de deux ou trois lieues de Mariandal dont il fit le quartier-général , commandant aux officiers de s'y rendre en diligence au premier ordre qu'ils en recevraient.
Le lendemain du jour auquel il disloqua ainsi son armée , ne se tenant pas assuré de la séparation de celle des ennemis , quelque chose qu'on lui en pût rapporter , il fit rapprocher de Mariandal tous les autres quartiers. Plus il y réfléchissait, plus il se reprochait d'avoir cru trop légèrement que les ennemis se fussent séparés , sur le rapport de quelques officiers qui pouvaient s'être acquittés de leur commission avec négligence.
Voulant donc s'en éclaircir par lui-même, il prit la grande garde de l'armée : il s'avança trois lieues dans le chemin par où on le pouvait venir attaquer ; et , n'ayant rien découvert , il envoya un parti encore plus loin , avec ordre à l'officier qui le commandait de ne point revenir qu'il ne lui apportât des nouvelles bien certaines des ennemis , et ce fut cet officier qui , le lendemain , dès cinq heures du matin , vint lui dire que le général Mercy s'avançait