CONCLUSION
du jour suivant : <i Nos armées approchent du lieu où périt, frappé d'un « boulet, le grand capitaine Turenne : désireux d'honorer la mémoire « du héros, j'ordonne à la deuxième division d'infanterie de la garde, a placée sous mon commandement, de se réunir autour de son monu- <i ment en ordre de bataille, de défiler ensuite et de rendre les hon- <r neurs à ce grand homme. i>
« L'ordre fut ponctuellement exécuté. Les régiments de la deuxième division défilèrent par pelotons devant le monument. L'illustre Ermolof se tenait près de l'arbre desséché que la vénération des habitants avait conservé. Il saluait à haute voix les pelotons qui passaient. Puis les régiments s'arrêtèrent, un grand silence s'établit. Ermolof fit un signe, et la seconde division fit entendre trois fois un hourra, saluant ainsi, sur la terre ennemie, le grand capitaine.
<r Après la parade, les officiers se réunirent dans une maison qui s'élevait non loin du monument. On présenta un registre à Ermolof, et celui-ci y écrivit que tel jour le général Ermolof, avec tous les officiers de la deuxième division, avait rendu à la cendre du capitaine français les honneurs militaires qui lui étaient dus^ »
Et nous, Français, inclinons-nous devant ce glorieux capitaine, auquel des étrangers, nos ennemis, se sont fait gloire de rendre de pareils honneurs.
Le nom de Turenne, qui sauva l'Alsace, amène forcément à l'esprit, avec de nobles et glorieux souvenirs, un amer et douloureux rapprochement. Que tous ceux qui ont encore au cœur la mémoire de nos récents désastres, que tous ceux qui aiment la patrie, meurtrie et mutilée, prennent pour modèle ce guerrier patriote qui ne voulait pas qu'il y eût un homme de guerre en repos en France tant qu'il y aurait un Allemand en Alsace. Que notre jeune génération, appelée tout entière à porter les armes, imite cette vie de devoir et de dévouement; elle ne peut se proposer un plus noble exemple. L'illustre et modeste Turenne sut allier les vertus privées au génie militaire. Ce grand homme fut un homme de bien.
' Roudakof, Istoria Pavlovskago polka, oité par M. Rambaud dans son ouvra ^-e : Français et Huisfu. Paris, 1877.