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Séminaire des Trenie-lVois.
Le séminaire de la Sainte-Famille , dit de»
Trente-Trois, fondé pour un nombre égal de pauvres jeunes gens, en l'honneur des années que Jésus-Christ a passés sur la terre, dut son origine à Claude Bernard , appelé le pauvre prêtre, en i638. C'était cet ecclésiastique si charitable, si détaché des choses terrestres, qui, pressé par le cardinal de Richelieu de lui demander une grâce quelconque, lui répondit ingénument, après avoir assez long-temps cher-
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chë : (( Moaseigueur, je prie Votre Eminence « d'ordonner que Ton mette de meilleures <c planches au tombereau dans lequel je con* « duis les patiens au supplice ^ afin que la <c crainte de tomber dans la rue ne les empêche <c pas de se recommander à Dieu avec attente tion. » Ce serviteur de Dieu n'est pas moins connu par sa tendre dëvotion envers la sainte Vierge, en l'honneur de qui il composa, d'après les sentimens du grand saint Bernard, une oraison intitulée Memorqre. Son coUëge à Paris ëtait situé hôtel d'Albiac, rue de la Montagne- Sainte-Greneviève ; sa maison de campagne se composait de la propriété appartenant aujourd'hui à M. Rivière, qui, en i8i5, y avait fondé une raffinerie de sucre , de la propriété de M. de Pemety , ainsi que de deux plus petites qui la suivent. La maison actuelle de M. de Pemety, dont l'entrée forme une demi-lune renfoncée, en avait été détachée , et fut bâtie peu de temps avant la révolution.
On a dit qu'au fond des jardins se trouvait un chemin souterrain qui , passant sous la rue des Tournelles, communiquait à un vaste clos converti actuellement en un groupe de petites maisons et de petits jardins, appelé vulgairement le quartier des Acacias ; on s'est trompé.
J'ai acquis la certitude que ce passage avait été pratiqué au fond des jardins de la seigneurie laïque, sise un peu plus bas que les Trente- Trois, mais toujours avant la rue des Vignes. Le i5 juin 1627, une permission fut accordée à Mathieu Mareschal , seigneur du lieu , pour ouvrir derrière sa maison une communication souterraine qui passerait sous la rue des Tournelles (Arch., L. i3o). Le clos auquel elle aboutissait ne formait qu'un seul terrain sinueux, plante çà et là de bouquets d'arbres et de vignes, ayant une superbe glacière dont on vient de découvrir les restes près du jardin de M. de Bouille. Au milieu se trouvait une chapelle gothique que les nouveaux propriétaires n'ont point détruite , mais qu'ils ont convertie en chambre habitable ; c'est M. Tassin qui occupe ce lieu.
Ce que la propriété des Trente-Trois renfermait de plus remarquable existe encore : ce sont les jardins appartenant à M. Rivière. Il n'y en a pas de plus grandioses à Yaugirard. Les anciens titres portent qu'ils ont été plantés par Lendtre. Après un parterre symétriquement dessiné, rient un bois de raaronniers dont les troncs sont masqués par des ifs de trente pieds de hauteur, et dont la grosseur accuse cent ans
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de vieillesse. Au centre des maronniers est une salle ovale, immense, formée par ces arbres séculaires, dont les longues branches retombent depuis la cime jusque sur le sol, la coignëe les ayant toujours respectées. C'était dans ce lieu qu'était le jeu de paume fréquenté par l'élite du clergé. Le bois s'élève ensuite en amphithéâtre, puis revient sur la droite en sentiers très-sombres vers la maison , et offre à l'admiration une autre salle de verdure, non moins remarquable dans son genre que la première. On dirait un cirque, dont les banquettes sont une pelouse à double étage, et dont la voûte est un berceau de feuillage, impénétrable aux rayons du soleil. Rien de plus beau que ce lieu disposé par le génie de l'horticulture.
A l'extrémité droite de la propriété, se voit un pavillon qui domine d'une manière pittoresque toutes les campagnes voisines : il était parfaitement propre aux expériences astronomiques. M. de Lalande, dit-on, et M. Chevalier, l'opticien, y sont venus plusieurs fois observer le ciel pendant de belles nuits d'hiver. Deux dames pieuses, propriétaires de la maison voisine, qui, depuis , a appartenu successivement à M. Guillot, le compositeur de l'encre renommée, à M"*' Bonnemain et à M. Perret,
l'avaient donné à la communauté, à la condition que Ton y prierait pour elles après leur mort. Ce pavillon est connu sous le nom bizarre de la Maison du diable, et il le doit à la crëdulitë du peuple, qui prétendit, depuis la révolution, que des esprits revenaient la nuit dans ce lieu solitaire et y faisaient tapage. La complaisance des nouveaux propriétaires a pu, sans le vouloir, donner prétexte à cette erreur. En effet , ils ont bien voulu souvent recevoir chez eux quelques anciens élèves de cette pieuse communauté, qui demandaient comme une faveur de revoir le séjour de leur jeunesse, et de parcourir les lieux où elle s'était écoulée avec tant de paix. Plusieurs, en retrouvant ce pavillon, Font fait retentir par amusement des mêmes sermons qu'ils y apprenaient à déclamer dans des temps plus heureux.
Il reste peu d'élèves de ce séminaire, qui a donné d'excellens sujets, dont les uns ont consommé leur vie dans les missions chez les infidèles, les autres ont utilement travaillé pour l'Eglise de France. Nous citerons M. Legros, ancien curé de Saint-Nicolas, vicaire-général à Paris, avant la révolution, et mort à Saint-Firmin; M. Frasey, actuellement curé de Saint- Nicolas-des-Champs ; M. Auge, archidiacre de
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Paris ; M. Dehansi, prêtre vénérable de Saint* Sulpice ; M. de Vins de Versailles, M. Voillot, cure d'une église qu'il a fait construire luimême près de Londres i en Angleterre.
Institut des Filles de la Croix.
En i64o» M"' Marie Lbuillier, femme de Gaude Marcel de Villeneuve, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi, ayant perdu son mari, rint a Vaugirard, et se fixa dans une maison situëe presque en face des Trente-Trois, près r église, qui depuis devint campagne des Petits- Augustins, et aujourd'hui appartient à M, Valette, professeur de la Faculté de Droit. Son dessein était d'y établir une communauté de veuves et de demoiselles pieuses peu fortunées. Cette dame s'appliquait aux bonnes œuvres, et était du nombre de celles qui secondaient saint Vincent -de -Paul dans ses charitables entreprises. Elle avait connu intimement saint François-de-Sales, et vécu longtemps sous sa direction. Cet illustre prélat l'avait engagée souvent à fonder un institut de filles séculières qui s'employassent à Tinstruction des
personnes de leur sexe. Cédant à une si noble impulsion, elle recueillit d'abord chez elle, 2i Paris, quatre dame de Roye, en Picardie, qui avaient élevé une maison de ce genre dans cette ville, dès i625, et que l'invasion des troupes forçait de fuir leur domicile en i636* Ayant réuni à celles-ci quelques autres filles Terfueuses et dérouées, elle vécut dans leur société, s'appliquant aux vertus propres à ses desseins; puis, cédant à plusieurs d'entre elles une maison qu'elle possédait à Brie-Comte- Robert, elle-même se fixa avec les autres à Yaugirard : elle obtint de Tarchevéque de Paris une autorisation pour ce double établissement, qui prit le nom de Filles de la Croix, à cause des traverses qu'elles eurent à essuyer ayant de se constituer. Jalouse de le faire marcher dans les voies de la plus grande perfection , elle voulut les assujettir à faire des vœux : dès ce moment les religieuses se divisèrent. L'abbé Guérin, curé de Roye, qui avait été leur premier directeur, n'approuva pas ce changement, et les sœurs qui demeurèrent à Brie-Comte-Robert, continuèrent à se diriger par ses conseils. Elles formèrent des maisons à Roye, à Rouen, à Barbezieux, et ensuite à Paris, sur la paroisse Saint- Gervais, reconnaissant toujours l'abbé Guérin
pour Tauteur de leurs règles. Quant à l'autre branche, protége'e par M"* de Villeneuve, elle reconnaissait pour supérieur Louis Abelli, évéque de Rhodez, qui dressa ses rëglemens suivant les inspirations de cette pieuse veuve, dont rame dtait encore comme cmbaumëe des avis de saint François-de-Sales, et qui puisait dans ses entreliens avec saint Vincent-de-Paul, une ardeur de plus en plus vive pour les bonnes œuvres.
Ces filles passèrent plusieurs années à Vaugirard, s'appliquant à acquérir les vertus et les taiens nécessaires pour la direction des écoles dans les campagnes et les hameaux. Réunissant à cet effet les enfans.du village, leur faisant le catéchisme et la classe, soignant aussi les malades, afin de se disposer à devenir plus tard leurs servantes dans les hôpitaux. M"' de Villeneuve acheta pour ses religieuses rhôtel des Tournelles, rue Saint- Antoine, et la duchesse d'Aiguillon se déclara fondatrice de cette maison, à laquelle elle donna 3o,ooo livres. L'institut se propagea ensuite à RueK à Moulins, à Narbonne, à Saint-Flour, à Limoges, etc., sans compter plusieurs hospices qui leur furent confiés; car toutes ces filles, tant celles qui faisaient des vœux que celles qui restaient libres,
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s'exerçaient aux œuvres de charité spirituelle el corporelle envers les personnes de leur sexe, et surtout envers les pauvres.
M"** de Villeneuve eut de graves maladies tandis qu'elle habitait Vaugirard, mais elle n'y mourut pas. Ce fut dans sa fondation de Paris qu'elle termina sa vie, et elle fut inhumée, le i6 janvier i65o, dans l'église des religieuses de la Visitation, rue Saint-Antoine ; sa sœur, Angélique Lhuillier, qui était fondatrice ^le ce. mo« nastère, lui en avait cédé le titre. Après sa mort, les personnes les plus intéressées à la congrégation des Filles de la Croix, furent d'avis qu'on la supprimât à cause de sa pauvreté; mais saint Vincent- de -Paul empêcha qu'on n'en vint à cette extrémité. Il engagea Anne Petou, dame de Traversai, veuve d'un conseiller au Parlement, à protéger cet institut. Cette pieuse femme surmonta tous les obstacles qui eussent été capables de décourager un xèle moins ardent ; elle soutint les religieuses de la Croix de son crédit et de sa fortune. Ce fut, dit l'abbé Lebeuf , en 1 669 que Vaugirard perdit tout-à-fait cette communauté, M*"' Hélène de Voluyre de Ruffec du Bois en étant supérieure. (J^ies des fondatrices d'ordres religieua:, par Ju-
bin. — Arch. hist. Visit. de Saint-Ant., 987.)