CHAPITRE XII
Etat actuel de Vaugirard,
Vaugirard, borne à Test par Montrouge, touche au sud à Vanves et à Issy ; il a Grenelle à l'ouest, et au nord les murs de Paris, depuis la barrière de TÉcole-Militaire, celle des Paillassons, de Sèvres, de Vaugirard, des Fourneaux, jusqu'à celle du Maine, dont la chaussée de ce nom, situëe à droite de la route départementale, lui fournit une agglomération d'habitans que Ton peut regarder comme un annexe à la commune principale. Nous avons déjà noté le chiffre de la population sédentaire ; quant à la population mobile, elle monte à peine à trois ou quatre cents personnes ; mais la circulation journalière des habitans de Paria à travers Vau-
girard peut être facilement ëvaluëe à cinq ou six milles.
On y trouve tout ce qui caractërise les villes : ëtude de notaire, étude d'huissier, commissariat de police, audience du juge-de-paix ^ qui vient une fois la semaine siëger à Vaugirard, afin d'éviter aux babitans des courses trop pénibles ; marëcbal-de-logis de gendarmerie, grand bureau de poste affranchi ssant pour Paris et les départemens, trois boîtes aux lettres dépendantes de ce bureau, bureau de papier timbré, imprimerie lithographique et librairie, quatre établissemens de bains , voitures publiques dites /açoriles, parisiennes, iricyles, correspondantes à de légers frais avec tous les quartiers de Paris; plusieurs médecins, pensions multipliées, soit de garçons, soit de demoiselles ; pension bourgeoise ; enfin, les états de tous genres.
On y compte neuf cents gardes nationaux divisés en six compagnies , qui font partie du 6® bataillon de la 3^ légion de la banlieue, dont Vaugirard est le chef-lieu, les autres compagnies étant fournies parissy et Grenelle. C'est à Vaugirard que réside le lieutenant-colonel de la légion, M. Gautier d'Uzerche. Les sapeurspompiers y sont au nombre de trente-huit, pour le service de la pompe à incendie, achetée par
la commune I Quoique comprenant une superficie de quinze cents arpens environ, Yaugirard est rarement trouble par aucun événement grave ; le calme le plus parfait y règne par suite de l'esprit d'ordre et de travail qui distingue ses habitans. Comme les guinguettes sont nombreuses aux barrières du Maine, de Sèvres et de TËcole , il est vrai que des gens étrangers à la commune apportent dans ces trois localités un peu de tapage, et quelquefois des excès, mais le reste du pays semble être un faubourg de la capitale. L'industrie seule y fait retentir le bruit de ses utiles travaux, ou bien le jardinier, classe de mœurs pures et amie de la paix, y cultive ses vastes marais. Rien d'agréable à l'oeil du promeneur comme ces jardins potagers, où le cultivateur établit une propreté, une symétrie si parfaites. Les états les plus nombreux ensuite sont ceux des carriers, des nourrisseurs et des blanchisseurs. Le commerce se soutient et s'alimente à l'aide des fréquentes relations qui unissent ces métiers avec Paris ; c'est lui qui enrichit Vaugirard, en retour des services que lui rendent ses industrieux et infatigables habitans. A côté de ces classes actives et exposées aux fatigues les plus dures , vous comptez un grand nombre de modestes bour*
gcois attires par la pureté de l'air, la facilite à se procurer de petits jardins , le taux modéré des loyers, la moindre cherté de certaines denrées, telles que le vin, le bois et.la viande. QueU ques-uns vivent tranquillement de leurs médiocres revenus ; beaucoup d'autres sont commis dans les divers ministères du gouvernement, dont les bureaux sont situés près de Yaugirard. Les impôts directs s'élèvent, année commune, au chiffre de 5o,ooo fr. Quant à la consommation , il serait difficile de l'estimer, faute de renseignemens certains, car les droits d'entrée ne frappent uniquement que les liquides ; mais c'est précisément l'affranchissement des autres denrées qui rendent à Yaugirard le vivre plus, économique que dans la cité, et y attire la population. On y compte habituellement, chaque année, une. entrée de six cents hectolitres d'alcool , et de quarantetrois mille hectolitres de vin, ce qui peut produire en impôts indirects ou d'octroi, en faveur de la commune, la somme de 45,4oo fr., dont il faut déduire les frais de gestion , et ensuite le dixième revenant au trésor.
Les pauvres y sont secourus par un bureau de charité, dont les ressources varient de 4 ^ 5ooo fr., et suffisent, dans les temps ordinaires.
aux besoins de la classe indigente ; d'ailleurs, la proximitë de l'hospice Necker et de l'hospice des Enfans-Malades est d'un grand secours pour les malheureux.
Une ëcole gratuite d'enseignement mutuel pour les garçons y a été fondée depuis i83o.
D'annëe en année, elle a fait des progrès remarquables, encouragée par le conseil municipal, qui n'a négligé aucune dépense afin de la faire prospérer, et par le zèle des principaux habitans, qui n'ont cessé de se montrer bienveillans envers le digne instituteur, M. Flamanon, qui la dirige.
Les filles pauvres furent long-temps disper-* sées ; elles allaient demander l'instruction gratuite aux vénérables sœurs Saint-André, dont la maison, située rue de Sèvres, à Paris, offre un asile naturel aux familles indigentes. Que de grâces n'a-t-on pas à rendre à ces bonnes institutrices, qui, depuis i825, chaque année, reçurent généreusement dans leurs classes plus de quatre-vingts enfans de Vaugirard! Le bureau de bienfaisance plaçait bien , il est vrai , une douzaine d' enfans de ce sexe chez d'estimables maîtresses, moyennant une légère rétribution ; mais combien ce bienfait était-il res* treint pour une si grande population? Pendant
trois ans les sœurs de Nevers essayèrent de for*^* nier un pensionnat dans la maison de M. Grouk; elles y ouvrirent aussi une école gratuite, aidëes dans cette œuvre par le bureau de bienfaisance, par quelques allocations communales et par les dons de personnes charitables ; mais en 1 838 elles se retirèrent, et la classe gratuite faillit tomber à leur départ. Cependant, soutenue pro* visoirement par quelques dames du Sacre Oeur, ensuite transitoirement confiée à deux sœurs de la Providence, cette école fut définitivement placée en i84o sous la direction des sœurs Saint-André. Personne n'ignorait la bonne réputation dont a toujours joui cet institut, et les services que sa maison centrale de Paris rendait gratuitement et depuis long-temps à la commune ; c'était naturellement sur lui que devait se porter par estime et par reconnaissance le choix des administrateurs éclairés. On sollicita donc, par l'entremise de M. le curé, auprès de la supérieure des Filles-de-la-Croix, trois sœurs, qui seraient vouées à l'instruction, et visiteraient au besoin de pauvres malades. Par ce moyen , on fixait le sort de celte école, si chancelante depuis cinq ans , et l'on n'était pas inférieur à Issy, à Sceaux, à Meudon, oii des sœurs de cette congrégation exer-
calent depuis long-temps avec honneur. Un traitement honorable pour leur entretien , qui vient encore d'être augmente, fut accordé en partie par le conseil communal, en partie par le bureau de bienfaisance ; un local convenable pour les classes et pour la demeure des humbles Filles-de-la-Croix fut disposé provisoirement au rez-de-chaussée de Tbôtel de la mairie. Il ne restait plus qu'à compléter le mobilier qu'elles doivent trouver dans les lieux qui les appellent, ainsi que le matériel des classes. Quelques habitans charitables, unis à M. le curé, se firent un honneur de concourir à cette bonne œuvre, et Vaugirard posséda une fondation qui doit produire avec les années les résultats les plus satisfaisans.
Le cimetière de Vaugirard est remarquable par sa grandeur, par le soin avec lequel il est entretenu , par le nombre et la beauté des monumens qu'il renferme ; les concessions temporaires de dix ans y coûtent 4^ fi*v celles qui sont perpétuelles 270 fr. Nous avons dit que le premier cimetière fut placé dans l'origine au lieu qu'occupa autrefois la communauté de Laon; devenu trop petit , il eut pour supplément un terrain situé derrière le parc de l'École, puis un, autre situé rue Saint-Lambert. Un siècle avant la
révolution , on enterrait devant Tëglise, au lieu qui est aujourd'hui une place publique; enfin, on choisit plus tard pour cimetière un clos situé dans le haut de la rue de Sèvres, où il existe maintenant ; c'est celui que nous venons de citer comme un modèle du respect que Ton doit à la cendre des morts. Il n'occupa d'abord qu'une portion de terre fort ëtroite. En 1798, M. Parrain abandonna à la commune un terrain qui servit à l'élargir, sous la condition que les familles Parrain et Desrues y auraient un carré réservé à perpétuité. Sur ce terrain donné,, on fit une allée ; c'est celle qui se trouve à droite en entrant, et l'on acheta de l'autre côté une pièce à peu près égale, où l'on perça une allée de gauche parallèle à la première. Enfin, en 1827, eut lieu l'agrandissement qui repoussa les limites du cimetière jusqu'au chemin des Vaches, pour ainsi dire ; il fut béni solennellement par M. Jacolet, curé du lieu. La gravité religieuse qu'on y trouve, non moins que les souvenirs dont nous avons fait mention dans le cours de cette histoire, l'ont fait choisir par plusieurs familles étrangères à la commune, pour dernière demeure des défunts qu'elles ont à regretter. On s'en convaincra en lisant les principaux noms que nous avons relevés.
Parmi les ecclésiastiques.
Genvet-Bonnet, Docteur de Sorbonne i8o5
MoLiN, Prêtres et frères jameaux. 1806
Pîerre-Paul i
Jean-Joseph j
Eléonore MoNTANisa de Bellemont, Evéque
de Saîm-Flour. iSoS
Claude-André, Eyéque de Quimper. x8i8
J.-Qaudtt Leblanc de Beauueu, Archevêque
d'Arles i8a5
Plusieurs élèves du séminaire Saint-Sulpice.
D.-F. Hâmok, Supérieur des Lazaristes 1816
M.-C.-E. Vehbert, id. 1819
P.-J. DE Waillt, id. i8a8
CL Cathelin-Boojard, id. x83i
Dominique Salhorgne, id. x836
Parmi les séculiers.
Esprit L. RousSET, ancien Secrétaire de l'Académie
des Inscriptions.
La famille Toping, descendante des Stuarts.
Jacques-Denis DE Kermadié, Capitaine d'artillerie. La famille Paten, ex-substitut du Procureur du roi^
fondateur de la fabrication de sel ammoniac et de la
soude en France.
Le comte DE Beattfort, Capitaine de cavalerie. J.-B. Le Febure^de Saint-Maur, Notaire.
La famille Salomoty, dont deux religieuses ursuiines,
et une antre, Ursule Hameau, femme d'un cëièbre
banquier.
Marie de la Fruglate de Beccaeia, femme de Bois-
sard, et ses filles.
Thomas de la Hâte, Commissaire des guerres.
Catherine- Adèle du Crès, vicomtesse de Sainte-Hcr-^
mine.
Enfin les familles et les descendans de nos anciens
seigneurs, que nous avons nommés dans le chapitre
qui les concerne.
On se plaint de la malpropreté des rues et des boues qui les encombrent dans certaines saisons de Tannée; peut-il en être autrement, quand on considère la proximité de la capitale^ la faiblesse des ressources que peut employer une commune dont la population principale se compose de classes ouvrières, l'énorme quantité de voitures qui ne cessient de parcourir les rues, surtout de charettes et de tombereaux chargés de pierres qui, sortant jdes carrières et des chemins défoncés, en rapportent une quantité d'immondices qu'ils promènent et déversent le long de leur route P Cette malpropreté est le lot de tous les villages commerçans qui ayoisinènt la capitale , et elle est moindre peut -être à Yaugirard que dans beaucoup d'autres parties de la banlieue. En effet, on y remédie tous les jours ; et
sans parler des pavages nouveaux et des routes récentes dont nous ferons mention avant de terminer, voici des mesures, déjà courônnëcs d'un certain succès, que l'on a tentées.
Autrefois les eaux du ciel et les eaux ménagères avaient peu d'écoulement, et se rendaient dans des mares voisines de plusieurs habitations de Grenelle; mais l'odeur infecte et les exhalaisons méphitiques de ces mares, ainsi que la présence insalubre des eaux stagnantes dans les rues, faute d'écoulement, fixèrent l'attention de l'autorité. On combla la mare principale, on dessécha quelques marais environnans, on exécuta les réparations nécessaires dans les rues dont la pente n'était pas assez déclive, on construisit un aqueduc qui aujourd'hui mène toutes les eaux de la commune et des environs jusqu'à la Seine, en les recevant au lieu dit le Pont des Allouettes , et en les faisant ensuite traverser Grenelle. Ces opérations, qui datent de i83o, laissent encore à désirer ; mais elles' ont toutefois de précieux résultats.
A ces moyens d'assainissement on en a joint un autre très-utile, je veux dire le lavage des 'rues. L'eau étant rare à Vaugirard, faute de fontaines, l'autorité locale s'est empressée de traiter avec la société Vergniaux et compagnie, établie
à Passj, et qui s'est engagée à lui fournir arec abondance l'eau de la Seine. Sept bornes-fontaines, alimentées par les soins de cette compagnie, ont été établies dans la Grande-Rue ; deux jaillissantes sont en projet. Engagés par cet exemple, un grand nombre de particuliers prirent alors des concessions qui leur permirent d*aToir chez eux, chaque jour et à volonté, Teau nécessaire aux besoins du ménage ou aux travaux de l'industrie. Le réservoir général est établi sur le point culminant de la rue du Haut- Transit : elles viennent des bords de la Seine, élevées au moyen de trois pompes à feu, dont deux sont auprès d'Auteuil, et la troisième à Neuilly, près du pont; elles sont conduites dans des canaux qui traversent le pont de Grenelle, et ensuite les deux communes. Voici le tarif de ces concessions journalières :
Le t*' muid d'eau. • . . par an, 70 fr.
Le 2* 70
Le 3* 65
Le 4* 60
Le 5*. • .• 55
Le 6* jusqu'au lo* .5o
Chaque muid en sus 4^
Le nraid d'eau contient huit pieds cubes, ou
^ingt-huit seÀox de mesure ordinaire, et il est toujours fourni en vingt -quatre heures, l'eau coulant constamment dans un réservoir construit chez chaque particulier.
Le lavage des rues avait ëtë précédé , depuis long-'temps, d'un éclairage aussi soigné que le permettent les devenus de la commune. Deux établissemens de gaz sont venus accroître cette mesure d'utilité générale : l'un, confectionnant par le charbon de terre, est situé rue Mademoiselle, et a gratuitement accordé six becs, dont * quatre éclairent la rue de Sèvres, et deux la rue de l'établissement ; l'autre , confectionnant par la résine, est situé Chaussée-du-Maine, et ne tardera pas à se montrer aussi généreux.
L'importance de Vaugirard est devenue incontestable dans ces dernières années, par suite de trois opérations majeures et exécutées avec un rare succès ; j'entends parler i^ de la percée d'une route de vicinàlité de la plaine de Passy au Petit - Montrouge ; 2^ de l'établissement du chemin de fer, partant de la barrière du Maine, et conduisante à Versailles par la rive gauche de la Seine ; 3^ de l'achat d'une place publique, au centre de la commune.
Il y a lïne dixaine d'années, M. Groult ayant percé une rue sur le terrain de sa propriété, en
fit don à la commune , à la <*onditioi| qu'il lui imposerait son nom : il vendit ensuite par portion les deux arpens restes libres du côte oppose à son habitation. Si $a spéculation lui fut avantageuse , elle ne le fut pas moins à Yaugirard : elle donna lieu de songer à établir une route de grande communication qui, partant du Petit-MontroQge^ traverserait la plaine, couperait Vaugirard et Grenelle, fie dirigerait par Pàssy pour venir aboutir en ligne presque droite à TArc-* de -Triomphe y oà elle rejoindrait la route de Rouen et du Havre. C'est ce qui fut exécute, et c'est ce qui donna origine aux rues du Haut et du Bas*Transît^ qui communiquent à Grenelle. Qui ne comprend combien cette route favorisera le commerce et le facile transport de toutes les marchandises? Qui ne voit les immenses produits que recueillera Vaugirard de ce vaste plan aujourd'hui réalisé? Déjà de nombreuses habitations sont construites sur cette ligne ; et il arrivera une époque où la plaine disparsutra de ce côté, remplacée par une multitude de rues et de maisons nouvelles.
Le chemin de fer prend les voyageurs à la Chaussée- du-Maine , près de la barrière de ce nom, oii s'élève un magnifique embarcadère : il traverse!' extrémité nord-est de Vaugirard, pour
atteindre les plaines de Montrouge et de Vanves , et transporte à Meudon en donze , à Versailles en vingt - cinq minutes. Les immenses travaux que son éxecution a exiges ont fixe l'attention des spéculateurs sur ce quartier de Yaugirard ; dès le 'principe , des rues ont été percées, les alentours se sont peuplés de maisons neuves, l'industrie de tout genre s'est jetée dans la nouvelle carrière qui lui était ouverte, et maintenant un quartier nombreux, sous le nom de village de Plaisance , occupe les derrières de la Chaussée-du-Maine.
En iSSy, la commune a acheté un terrain de deiix arpens , contigu à la mairie ; c'est la propriété occupée autrefois par le collège de lisieux, et la plus proche de la communauté de Laon , qui semblait plus que toute autre , avant la révolution, offrir des convenances pour les bâtimens communaux. A cette époque , on fit bien des démarches pour acquérir cette dernière , comme le relatent les procès - verbaux du temps ; mais on ne put y parvenir, quoique les assemblées du peuple déjà se tinssent dans sa chapelle : plus heureux que ses prédécesseurs, le conseil actuel a réussi à se rendre propriétaire d'un terrain non moins vaste et non moins central.
J*aî d^ieint Yaogirard tel qu'il est à la fin de cette annëe 1842; probablemeiit il sera bien différent ayant on quart de siècle. Sans compter les mutations^ les progrès qae le temps amène, qui peot prévoir les conséquences des fortifications qoi yont l'entonrer? Henreosement, la ligne des trayaox respecte partout le territoire de la commune; nulle part elle n'en rétrécit les limites ; même elle laisse en dedans, soit dans la plaine, soit yers la Seine, des petites portions du sol d'Issy, qui plus tard, et par la force des circonstances, s'uniront à Yaugirard. Déjà les murs de l'enceinte continue s'élèvent au ras de terre, depuis le chemin de fer jusqu'au bord de l'eau ; déjà une grande route stratégique plantée d'arbres se déploie depuis le même point jusqu'au moulin. Les renseignemens déposés dans ce livre serviront au moins à nos neveux , conmie point de départ , pour apprécier les cliangemens qui auront peut-être alors fait deVaugirard un faubourg de la capitale«
Avant de clore ce chapitre et cet ouvrage, pour donner une connaissance plus exacte des améliorations exécutées depuis peu de temps et des améliorations en projet, j'ai cru ne pouvoir mieux £aiire que de transcrire une partie du dis-»
cours jpronQDç^ en assemblée générale par notre digne maire , le i3 octobre i84o» jour de son installation. Il a bien voulu m'en laisser pren* dre communication , et cette allocution complétera l'historique que nous nous sommes pro* posé d*ofFrir au public»
<c La commune» dit-il, a fait les premiers pas « dans la voie des améliorations ; elle s'est im- « posé des sacrifices» elle en recueillera le fruit. « Déjà une salle d'asile est ouverte aux enfans « de la classe journalière, et devient pour cette « classe d\in avantage inappréciable. On n'a- « vait point d'école communale proprement dite « pour les filles ; un local a été préparé pour cet « effet, et près de deux cents élèves y reçoivent « l'instruction qui convient à leur âge , à leur « position. Ce local n'est que provisoire ; un bâ- « timent plus Spacieux, et mieux approprié à sa « destination, doit être élevé parallèlement à la « salle d'asile : mais auparavant il importait de (c s'occuper de Técole des garçons, qui menace K ruine de toutes parts» et qui d'ailleurs ne se « trouve plus en rapport avec les besoins de la « population. Chaque jour on se trouve dans la « dure nécessité de refuser des enfans, faute de « place ; et il est douloureux de penser que ces <f enfans restent privés d'instruction. Dans cet
« étài de choses , il a ëtë arrête qu'une aile de ce bâtiment serait construite sur l'emplacement c( même de l'école actuelle , et qu'elle se pro- « longerait jusqu'à la rue deVaugirard ; qu'une « partie serait destinée pour l'école , qui devra « contenir au moins trois cents élèves , et que <c l'antre partie serait pour la justice de pait.
« La dépense pour cette construction est évaa luée 32,ooo fr. Malgré la pénurie des fonds , « le conseil I vu l'urgence , n'a pas hésité à se « prononcer en faveur de l'instruction , qu'il <x considère comme étant le premier besoin des « peuples. En consultant ses ressources, il a pu «voter 21,000 fr.; et il les a votés dans cette « confiance que l'autorité supérieure lui vien- « drait en aide.
« Ainsi , bientôt on aura la satisfaction de « voir réunies, groupées autour de l'administra- <f tion toutes les parties qui s'y rattachent, et qui « ontbesoindesa surveillance et de sa protection.
« Le corps-de-garde était dans le plus triste « état, délabré, mal situé, .manquant d'air et de «jour : il vient d'être refait; et quoiqu'il laisse «peut-être quelque chose à désirer, il parait « réunir les principales conditions voulues dans (( l'intérêt des hommes et dans l'intérêt du service.
« Depuis un an , six rues ont été pavées ; ce
« qui a beaucoup contribue à assainir le pays, à <c faciliter les communications, et ce qui a proa fité aux propriétaires , qui d'ailleurs avaient <i participe à cette amélioration par une cotisa- « tion volontaire qui s'est ëlevée à i3,ooofr.
« Antérieurement, des bornes-fontaines ont « été ëtablies,aussi en vue d'assainissement; mais « les résultats n'ont pas justifié les espérances. « Il est maintenant reconnu que le bon effet a qu'on en doit attendre ne peut se faire sentir « que lorsqu'il sera possible de faire marcber tf d'ensemble ce service avec le balayage et l'en- « lèvement des boues. La coïncidence de ces « différens services a toujours fait le désespoir a des administrations qui se sont succédées, et « toutefois les dépenses qu'ils exigent sont con- « sidérables. On paie 1 200 f. pour les six bornesce fontaines , et 8200 fr. pour l'enlèvement des « boues : or, si à ces chiffres on ajoute l'éclai* « rage, porté au budget pour 36oo fr. , et tous « les frais d'entretien, on trouvera pour ces seuls « articles un total de plus de 8000 fr.
« Il est d'autres améliorations qui préoccu- «( pent le conseil : c'est le tracé et l'établisse* te ment des chemins vicinaux, pour faciliter les « relations de commune à commune ; c'est le « pavage et l'éclairage de quelques rues qui sont
« encore inabordables dansda mauvaise saison; « c*est l'alignement, le redressement dé plua sieurs autres par voie d'expropriation ; c'est « l'ëtablissement de trottoirs par voie d'encou- «cragement; c'est' l'essai d'un éclairage mieux «r entendu et d'un plus bel effet par le moyeu «c du gaz; c'est encore le percement d'une rue, « en prolongement^de la rue des Vignes , pdi^r . * « arriver à faire disparaître un ëgoût aussi insa- « lubre que dangereux , et qui se trouve prëci- « sëment dans la partie la plus habitée, la plus « frëquentëe, la plus resserre'e de la grande rue « de Yaugirard.
« Dans une commune qui peut justement se ce considérer comme un des faubourgs de la « capitaïe, et qui compte près de dix mille âmes, « la piétë demanderait une église plus au centre ' ce du pays, plus en rapport avec le nombre des « fidèles ; d'un autre côté, la salubrité demande derait un abattoir, mais il a fallu songer au <c plus pressé.
« Le bel établissement du chemin de fer et « les grands travaux d'embeilissemens de nos (( boulevards extérieurs, depuis la barrière de « Sèvres jusqu'à la Chaussée-du-Maine, ayant te changé toute la physionomie de ce quartier, « il était nécessaire de s'occuper des moyens
« d'eu faciliter Taccès ; aussi le produit des ce prestations de cette annëe sera-til employé « au trace , au pavage d'un chemin qui sera « bordé d'arbres, et qui conduira directement u de la rue de la Procession à la barrière des « Fourneaux.
« Tout cela réalisé, il restera sans doute en- « core quelque chose à (aire, pour atteindre les * c( tommunes qui nous ont devanc ésdans la voie <( dus améliorations ; mais toujours, avec le bience veillant appui de l'autorité supérieure et la « persévérance dans les premiers efforts des « habitans, la commune prospérera comme les « autres. Antant qu'elles, et plus peut-être, elle « se trouve dans les conditions les plus favo- « râbles de progrès. Nous voyons ici , et sur « tous les points, des abords d'une facilité ex- <( trême, de nombreux moyens de transports et « de communication, un commerce, une in- « dustrie qui ne le cèdent point à l'industrie, « au commerce des communes qui sont sur la « même ligne. Nous voyons des habitans doués « d'activité , d'intelligence et de patriotisme : « tout nous promet un degré supérieur de pros- « périté et d'importance. »
Dans la même réunion, présidée par M. le sous-préfet, M» le curé demanda la permission
d'exprimer aussi ses vœux ; et, après avoir rendu un hommage sincère au zèle du conseil-municipal, aux bienfaits de l'administration supérieure, aux ëminentes qualités du maire nouvellement nomme y il ajouta ces paroles qui constatent l'ëtat actuel de Vaugirard sous un rapport bien important :
c( Par mes fonctions et par l'agrément de Sa « Majesté, je sais le représentant et l'interprète <x naturel au milieu de vous , Messieurs , des « besoins de la morale et de la religion dans « cette commune. Cest en cette qualité qu'il ce m'est permis de vous les recommander....
« aux catholiques, et nous le sommes tous ici , « il faut un temple tel par sa position , son « étendue, sa noblesse, qu'il convienne à la po- « pulation : or, ce bienfait nous l'attendons de« « puis dix ans et plus. Il nous faut une autre « église, c'est le cri général : c'est celui de l'ami « des arts, qui rougit de notre misère, en regar- « dant les monumens que possèdent les corn- (c munes environnantes; c'est celui de l'industf triel, qui voudrait un édifice religieux autour « duquel viendraient se groupper des établis- « semens nombreux ; c'est celui des hommes « prévoyans, qui se souviennent de la séparation « de Grenelle ; c'est, enfin, celui d'une multi-
i< tude qui, vingt et trente fois Tannde, rëclame, a sans pouvoir l'obtenir, une place dans le temc< pie qui doit être la maison de tous.
({ En vain , prêtres , nous avons genëreuse- « ment double nos fatigues par l'ërection d'une « chapelle qui ne doit son origine, son entrece tien qu'à notre zèle ; en vain nous multiplions <c nos rapports avec les peuples , mille besoins « sont en soufiEîance. Le pauvre, l'enfance, la « vieillesse , le commerçant économe de son (( temps , sont là pour vous l'affirmer. »
Puisse donc au plutôt une ëglise être bâtie dans Vaugirard ! Cette construction est d'un intérêt qui l'emporte sur toutes les autres nécessités de bien-être ou de prospérité matérielle désirées dans la commune.