RUE SAINT -HONORÉ
La rue Saint-Honoré faisait partie autrefois du Parcaux-Cerfs. Dans la Révolution elle portaitle nom de rue de la Paix. En 1806, elle reprit le nom de rue Saint-Honoré. Elle est dirigée du nord au sud, de la rue de l'Orangerie à la rue des Rossignols. Elle a 641 mètres 19 centimètres de longueur, sur 9 mètres 60 centimètres de largeur.
Du n° 35 au n° 41 compris, se trouvait une petite place appelée place Saint-Louis, s'étendant jusqu'aux n0i 4 d'un côté et 7 de l'autre, de la rue Saint-Louis.
COTE GAUCHE
N° 9. — Maison bâtie par un sieur Morlay, sur un terrain qui lui fut concédé par le roi Louis XIV. En 1785, elle fut achetée par Mlle Josselin, dans une des chambres de laquelle on a dit la messe pendant tout le temps de la fermeture des églises, à l'époque de la révolution.
N° 13. — A la Croix-Rouge.
N° 15. — Au Lazare. — Maison où logeait le docteur Guiïlotin, député du Tiers aux états généraux, en 1789.
N° 17. — A la Fontaine de Jouvence.
N° 19. — Au Soleil- Levant.
N° 21. — A la Croix- Blanche.
N° 25. — Dans cette maison mourut, le 28 janvier 1807, Antoine Richard, jardinier du Petit-Trianon sous Louis XVI.
En parlant dans une autre occasion des eaux de Versailles, j'ai fait remarquer que le nom de Francine, auquel nous devons les magnifiques effets hydrauliques de notre parc, était complètement oublié aujourd'hui, et que pas un, peut-être, de ceux qu'on voit accourir en foule pour les admirer, ne s'enquérait du nom de l'habile ingénieur qui avait su les combiner avec tant de talent. Il en est de même des véritables créateurs du charmant jardin du Petit-Trianon.
La botanique était une des sciences qui avaient fait partie de l'éducation de Louis XV, et il conserva toute sa vie le goût de la culture en général et particulièrement du jardinage. Ce prince n'avait pas les goûts de faste et de grandeur de son bisaïeul. Pour se dérober à la représentation nécessaire dans le château de Versailles, il allait fréquemment se réfugier à Trianon. Mais le Trianon de Louis XIV, c'était encore Versailles avec ses grands appartements et ses jardins réguliers. Ce que Louis XV désirait, c'était une maison bourgeoise, avec des jardins où il pût à son gré se livrer à son amour des
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plantes. En 1751, Marigny, frère de MmedePompadour, devint surintendant des bâtiments du roi. Admis fréquemment dans l'intimité du monarque, il fut à môme de connaître ses goûts et résolut de les satisfaire. 11 confia le soin de l'exécution à l'architecte Gabriel. Gabriel se mita l'œuvre, présenta son plan à Louis XV, qui l'adopta, et l'on commença vers 1753 les premiers travaux du Petit-Trianon.
Les différents genres de jardins qui devaient entourer le pavillon carré de Louis XV, décoré depuis du nom de palais du Petit-Trianon, formaient une sorte d'école de jardinage. Jardin à la française et à l'italienne, jardin anglais et jardin botanique, devaient s'y trouver réunis.
Mais à qui confier l'exécution et le soin d'un pareil jardin ? Il fallait pour le soigner et y créer, comme le disait le roi, une véritable école de botanique, non-seulement un habile praticien, mais encore un savant botaniste. Louis XV eut le bonheur de rencontrer cet homme, et c'est à lui, à son talent, que le jardin de Trianon dut sa réputation européenne. Cet horticulteur distingué fut Claude Richard.
Jacques II, roi d'Angleterre, forcé de chercher un refuge en France par suite de la révolte de ses sujets, habitait le château de Saint-Germain que Louis XIV lui avait généreusement offert pour résidence. Parmi ses serviteurs se trouvait François Richard, l'un de ses jardiniers. Un des personnages de la cour de Jacques, qui avait suivi le roi dans son exil, grand amateur de fleurs, comme la plupart des riches anglais, acheta une propriété à Saint-Germain. Il s'adressa à François Richard pour avoir un jardinier capable de diriger son jardin ; François lui donna son fils Claude.
Claude Richard était doué d'une grande intelligence et d'un rare esprit d'observation. Mis à même, par les goûts de son riche protecteur, de donner un libre cours à ses facultés naturelles, il fit bientôt du jardin confié à ses soins une véritable merveille. A peine connaissait-on alors en France l'usage des serres chaudes; Richard en établit, les perfectionna, et y cultiva ces belles et curieuses plantes exotiques que la rigueur de nos climats ne nous permet pas de voir chez nous en pleine terre.
Un événement curieux et rare dans la vie des hommes rendit bientôt Richard propriétaire de toutes ces richesses. Après quelques années de jouissance, le riche amateur, dont malheureusement l'abbé Caron, qui raconte ce fait et dont nous citons les propres paroles, ne nous a pas conservé le nom (1), « le riche amateur, par un de ces mouvements d'une conscience timorée qui honorent la piété, éprouvant quelques scrupules de consacrer annuellement des sommes considérables à la satisfaction de ses désirs, forme le projet de renoncer à ce luxe qu'il se reprochait. Ne croyant pas avoir assez fait pour l'acquit de sa conscience , s'il n'expie cette passion par quelque grand sacrifice, il se détermine à abandonner sa propriété, et en fait don à Claude Richard, qui avait si heureusement secondé ses goûts.» Quel fut l'étonnement de Richard de se voir tout à coup propriétaire de ce beau jardin ! mais comment soutenir un pareil établissement? Richard n'avait aucune fortune, et cependant il ne pouvait laisser périr ces belles collections qui faisaient l'admiration des amateurs. Il redouble alors d'énergie et de courage, s'impose les plus dures priva-
(1) Notice sur Ant. Richard, par L'abbé Caron.
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lions, se réfugie, lui et sa famille, dans un coin de ses senrs chaudes, et, comme le dit si bien l'abbé Caron, fuit du foyer de leurs fourneaux le foyer de sa famille. Le succès vint bientôt couronner ses efforts : tout prospère et se perfectionne sous son habile m.iin, et la renommée proclame ses talents et ses heureux résultats.
A cette époque, un célèbre botaniste, dont le jardin de Versailles devint plus tard une véritable école d'horticulture (1), Lemojiîiier, venait d'être appelé à la place de médecin de l'infirmerie royale de Saint-Germain. Emerveillé des résultats obtenus par Richard, de son intelligence, il s'attache à lui, initie le praticien à tous les détails de la science botanique, lui apprend le latin dont il sut si bien profiter dans sa correspondance avec Linné, comme on peut le voir dans les lettres de ces deux savants conservées dans les archives de la Société d'agriculture de Versailles, et du jardinier intelligent et habile il fuit un savant distingué.
La réputation de Richard allait toujours grandissant. Le duc d'Ayen, qui venait de succéder è son père le maréchal de Noailles dans le gouvernement de Saint-Germain, était au nombre de ses admirateurs. Grand amateur d'horticulture, il parla souvent au roi, dont il connaissait les goûts, des talents de Claude Richard, et lui donna l'envie de le connaître. Louis XV va voir ses cultures, les admire, et lorsque enfin il fait son Trianon, c'est à Richard qu'il veut en confier la direction. Mais ce n'était pas chose facile que de faire quitter à Richard le jardin objet de ses soins depuis tant d'années, et dont il affectionnait, pour ainsi dire, chaque plante
(1) Voir : rue Champ-la-Garde.
comme son propre enfant. Ce fut une véritable affaire diplomatique. Des conférences eurent lieu entre le roi et le jardinier, et Richard ne céda qu'après avoir fait avec Louis XV un traité, dont l'une des principales conditions était que le jardinier ne recevrait d'ordre que du roi.
Une fois Richard installé à Trianon, on s'occupa de réaliser les désirs de Louis XV et d'y créer le jardin botanique. C'est là, dans l'établissement de ce jardin botanique, que Bernard de Jussieu, aidé de l'habile jardinier, essaya pour la première fois, dans le classement, la réalisation des grandes idées sur les rapports naturels des plantes, qui ont rendu si célèbre le nom de cette famille.
Bientôt la réputation du jardin de Trianon devint universelle, et avec elle celle de l'habile jardinier. Les plus savants botanistes de l'Europe vinrent visiter Trianon et établirent des correspondances avec Richard. Trianon était alors le lieu où se résumait, en quelque sorte, toute la science botanique de cette époque. L'amour du roi pour toutes les plantes nouvelles, et le zèle de son jardinier pour le satisfaire, y faisaient arriver les produits de toutes les parties du monde. Trianon était alors un véritable jardin d'acclimatation, et une foule d'arbres et de plantes exotiques, qui ornent aujourd'hui nos jardins, y prirent d'abord naissance.
Louis XV venait fréquemment à Trianon, se promenant et causant familièrement avec Richard. Il suivait avec intérêt le développement des plantes, écoutait avec curiosité les observations de son jardinier, et aimait surtout à jouir de la vue de ces plantes méridionales si différentes par leur aspect de celles de nos climats. Des serres chaudes, construites sur le modèle de celles que