RUES DE POIX ET D'ARPAJON
Ces deux rues forment la limite de l'ancienne place des Grands Champs. Elles se dirigent toutes deux du nord au sud, de la rue Saint-Antoine à la rue des Rossignols. La rue de Poix fut appelée ainsi en l'honneur du prince de Poix, gouverneur de Versailles, et la rue d'Arpajon, du maréchal de Mouchy, marquis d'Arpajon,, gouverneur en survivance. En 1793, la rue d'Arpajon se nommait rue Fénelon, et la rue de Poix, rue Solon.
La rue d'Arpajon a 139 mètres 70 centimètres de longueur, et 9 mètres 75 centimètres de largeur; et la rue de Poix, 1 49 mètres 70 centimètres de long, sur 9 mètres 72 centimètres de large.
La rue Saint-Martin s'étend du nord au sud, de l'avenue de Paris à la rue du Sud. Elle a dans tout ce parcours 979 mètres 19 centimètres de longueur, et 9 mètres 42 centimètres en moyenne de largeur. Elle occupe à peu près l'endroit où se trouvait, sous Louis XIV, l'allée s'étendant de l'avenue de Saint-Cloud à l'avenue de Sceaux, limites de la ville à l'est. Avant la Révolution, elle était divisée en trois rues : celle prenant de l'avenue de Paris à la rue des Chantiers se nommait rue Saint-Martin; la portion de la rue des Chantiers à l'avenue de Sceaux, rue d'Artois, et celle qui commence à l'avenue de Sceaux et se termine à la rue du Sud, rue des Mauvais-Garçons. En 1793, la première de ces trois portions prit le nom de rue del'Assemblée-Nationale; la seconde, rue Guillaume- Tell, et la troisième, rue Corneille.
Le côté gauche de la portion de la rue Saint-Martin, de l'avenue de Paris à la rue des Chantiers, appartient au quartier de Mon treuil.
CÔTÉ GAUCHE
N° 3. — Caserne d'Artois.
Ce vaste bâtiment a été bâti vers la fin du règne de Louis XV, pour les écuries du comte d'Artois. Depuis la Révolution, on en a fait une caserne pouvant loger 333 hommes de cavalerie, 530 hommes d'infanterie, et possédant des écuries pour 22i chevaux. Son entrée et sa façade sont tournées vers le nord-ouest. Ces divers bâtiments sont séparés par de vastes cours. C'est une des plus grandes casernes de la ville; sa position est des plus favorables. Elle n'est dominée d'aucun côté; les habitations particulières sont' peu nombreuses dans son voisinage.
Au mois de novembre 1823, une ordonnance royale créa à Versailles une école d'application de cavalerie pour les officiers de cette arme, et une école de trompettes. Ces deux écoles furent placées à la caserne d'Artois, où elles ne restèrent qu'une année. Quelques disputes s'étant élevées entre les élèves officiers de l'école de cavalerie et des habitants de Versailles, une nouvelle ordonnance royale, du 11 novembre 1824, transféra les deux écoles à Saumur.
• N° 31. — Maison bâtie par un apothicaire du roi, nommé Prat,sur un terrain qui lui fut donné par Louis XV en 1757. Cette maison passa successivement à un agent de change du nom de Besson, à Mme de Lamoignon-Malesherbes et à l'abbé Picot, chanoine de Versailles, mort en 1830. Depuis elle fut habitée par le marquis de Foudras, dont les
poésies charmeront pendant longtemps les sociétés littéraires et les salons de Versailles. Aujourd'hui elle appartient à l'un des plus grands propagateurs de l'instruction populaire, au fondateur du Magasin pittoresque et du Tour du monde, à M. Edouard Charton.
N" 33. — Entrée des Réservoirs dits de Gobert.
En 1681, Gobert, l'un des intendants des bâtiments du roi, auteur d'un Traité sur les forces mouvantes, fut chargé par le ministre Colbert d'examiner s'il était possible de réunir les eaux des plaines de LSaclay et de les amener sur un des points culminants de Versailles, comme Pavait si habilement fait, en 1675, l'abbé Picard, pour les plaines de Trappes et de Bois-d'Arcy. Gobert explora donc toute cette partie des environs de Versailles et nivela plus de 23 lieues. Il fit alors le plan des étangs, rigoles, aqueducs et réservoirs nécessaires à la réussite de son projet, et le soumit au ministre. Malgré tous les contradicteurs que rencontra ce projet, Colbert en ordonna l'exécution, et l'année 1683, l'eau ayant été rassemblée dans ces étangs, fut chassée dans les aqueducs, traversa la vallée de Bue dans deux conduites en syphons, et arriva dans les deux réservoirs qui portent encore aujourd'hui son nom.
En 1685, Vauban fit élever le grand aqueduc de la vallée de Bue, et supprima les syphons (1).
Les réservoirs de Gobert, l'un de 103 m. sur 94, l'autre de 137 m. sur 62, et environ 10 déc. et demi de hauteur, contiennent ensemble près de 69,500 m. cubes d'eau. Cette eau, réunie d'abord dans les étangs de Saclay
(!) Voir l'ouvrage des Eaux de Versailles, par J.-A. Le Roi.
et de Trou-Salé, par les rigoles commençant près de Palaiseau, arrive aux réservoirs en passant sur l'aqueduc de Bue, après avoir ainsi parcouru 18;800 m. ou près de 2 myriam.
Ne 41. — Couvent des sœurs Augustines-Hospitalières. En 1792, les frères Gallerand, vaguemestres de la Maison du roi, c'est-à-dire entrepreneurs des roulages de la cour, créèrent dans cette maison une manufacture de draps. Nous avons expliqué dans un autre ouvrage (1) comment les eaux des étangs de Trappes sont beaucoup plus élevées que celles de Saclay . Les bouches d'arrivée de ces eaux se trouvent dans le clos réservé aux réservoirs de Gobert, les plus hautes se rendant de là dans les réservoirs de la butte de Montbauron, et les plus basses dans ceux de Gobert. Les frères Gallerand profitèrent de cette différence, qui est de 13 m. et demi, pour établir une chute où ils purent placer une foulerie.
Cette manufacture, d'abord assez prospère, finit par faire de mauvaises affaires et fut remplacée, en 1801, par une filature de coton ; celle-ci réussit assez longtemps et cessa d'exister peu de temps après la révolution de Juillet.
Aujourd'hui, il s'est établi dans cette maison un couvent d'Augustines-Hospitalières, dans lequel on reçoit des dames pensionnaires.
Dans le terrain en face de la caserne d'Artois se trouvait, avant la Révolution, un dépôt de chevaux anglais appartenant au comte d'Artois.
Au point de jonction de la rue Saint-Martin et de la rue du Sud, on vient de placer, depuis quelques années,
(1) Travaux hydrauliques de Versailles sous Louis XIV, par J.-A. Le Roi.
III !•; DB MiAll.I.KS. 271
une barrière avec bureau d'octroi, pour la nouvelle roule qui va à Bue par le bois de Satory.