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ARCH1TECTI ET D. D. MANSART COMITIS

DE SAGONNE CONSISTORIANI

SUPREMI ^DIFICIORUM PR.EFECTI,

TRONEPOS ET NEPOS.

L'église de Saint-Louis ne fut achevée qu'en 1754, c'est-à-dire onze ans après la pose de la première pierre. Elle fut bénite cette même année parle curé Rancé, avec l'autorisation de l'archevêque de Paris, le 2-V août, veille de la Saint- Louis. Le lendemain, on y célébra avec une grande solennité la fête, du saint. Le panégyrique de saint Louis, premier sermon prêché dans cette église, fut prononcé par le père Courterot, supérieur des Barnabites de Passy.

L'église Saint-Louis est la plus grande de celles de Versailles. La critique en a beaucoup attaqué l'architecture intérieure et extérieure. Quels que soient cependant les défauts que peuvent y signaler les hommes de l'art, on ne peut lui refuser un air de majesté qu'elle doit au grandiose de ses dimensions et à l'élégance de la coupe de sa croix latine.

Le portail est décoré de seize colonnes, dont six corinthiennes et dix doriques. Au milieu du fronton qui le couronne on voyait autrefois les armes de France. Les deux campanilles placées aux deux angles sont ornées de pilastres ioniques; on peut leur reprocher, comme à celles de l'église Notre-Dame, d'être dominées par le fronton. Le clocher pyramidal et de forme un peu orientale surmonte la coupole, et contribue à donner à l'extérieur de cette église quelque chose de léger et d'original. La hauteur de Saint-Louis, depuis le sol de l'église jusqu'à la boule du clocher, est de 60 mètres 60 centimètres.

Les pilastres de l'intérieur de l'église sont d'ordre ionique. La chapelle de la Vierge, construite en rotonde derrière le chœur, touche au retable du maître-autel, au lieu d'en être séparée par le bas-côté, qui devait, dans le projet de l'architecte, tourner autour du chœur, comme on le voit à Saint-Roch, à Paris. Le marquis du Muy, directeur des Economats, effrayé de la dépense déjà faite pour les fondations de l'édifice, exigea la suppression du bas-côté et l'adossement immédiat de la chapelle contre le chevet. De là les raccordements des cintres des bascôtés, au tournant du rond-point, dont l'effet désagréable aurait dû plutôt être reproché à l'économe qu'à l'architecte qui en a été la victime.

La tribune de l'orgue, d'une construction hardie, a cependant l'inconvénient d'être beaucoup trop élevée pour l'instrument dont les sons, en frappant dans la voûte, perdent ainsi de leur ampleur et de leur justesse. Cet instrument a été fait par Glicot, le plus célèbre facteur de Paris à cette époque. Il a coûté 60,000 livres.

Cet orgue avait besoin de nombreuses réparations. M. Cavaillé-Coll, célèbre facteur de Paris, vient de le restaurer et en a fait un instrument hors ligne, joignant à une grande puissance de son, une variété infinie de timbres nouveaux.

Cet orgue est maintenant un grand seize-pieds en montre, avec pédales de trente-deux. 11 compte 46 jeux complets; 3 claviers, 1 pédalier, 12 pédales de combinaison, et 3,131 tuyaux.

Cette réparation a coûté 44,500 fr. (1).

Excepté le maltre-autel et la chapelle de la Vierge, dans laquelle se voyait le tableau de la Présentation de la Vierge au Temple, par Collin de Vermont (2), tableau fait exprès pour cette chapelle, l'église de Saint-Louis resta sans aucun ornement intérieur jusqu'en 1764. Cette même année, le nouveau directeur des Economats, l'évèque d'Orléans, De Jarentes, ordonna la décoration des chapelles et de la sacristie, et en confia l'exécution à l'architecte Trouard, contrôleur-général des bâtiments du roi.

Voici la liste des tableaux qui décoraient cette église avant la révolution, et dont plusieurs lui ont été rendus :

Une Descente de Croix, par Pierre, premier peintre du

(1) Voir : Notice sur le grand orgue de la cathédrale de Versailles, par Schemit-Marêchal,

(2) Collin de Vermont est né à Versailles en 1693.

roi; — V Adoration des Bergers, par Restout; — sainte Geneviève recevant une médaille des mains de saint Germain, par Vien ; — saint Pierre délivré de prison, par Deshaies; — saint Vincent de Paul prêchant, par Halle;

— le Sacré-Cœur de Jésus, et le Songe de saint Joseph, par Jeaurat; — saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert, par Boucher; — saint Louis en prière, par F. Lemoine; — le bon Pasteur, par Eustache Lesueur, tableau qui décorait avant le maltre-autel de Port-Royaldes-Champs; — saint Roch, par Milet Francisque; — saint Christophe, par Vien ; — Le Baptême de Jésus par saint Jean, par Amédée Vanloo.

Dans la sacristie, on voyait : saint Augustin écrivant, par Monnet; — saint Ambroise rendant grâces à Dieu d'une victoire remportée sur les ennemis, par Lagrenée;

— saint Grégoire en oraison, par Vien ; — une Chute de saint Paul, par Deshaies ; — saint Jérôme, par Deshaies;

— saint Pierre sur les eaux, par Boucher.

La paroisse Saint-Louis était desservie autrefois par des prêtres de la Mission de Saint-Lazare, au nombre de douze, réunis en communauté, comme à Notre-Dame. On a vu que la reine s'était placée à l'une des fenêtres du bâtiment de la Mission, afin d'assister à la pose de la première pierre de la nouvelle église. Lorsque celle-ci fut terminée, on abattit l'ancienne, ainsi que le bâtiment attenant, et l'on construisit, en 1760, un nouveau bâtiment pour le logement des Missionnaires, sur l'emplacement de cette ancienne église. C'est aujourd'hui l'évèché. Quelques années plus tard, en 1764, on éleva, de l'autre côté de l'église, sur les dessins de Trouard, un petit bâtiment destiné aux catéchismes. Il est composé de deux galeries répondant à une chapelle centrale, dont la coupole

carrée, éclairée par le haut, est portée par douze colonnes ioniques. A l'extérieur, ce bâtiment est décoré de plusieurs bas-reliefs exécutés par le sculpteur Pajou. Ils représentent la Religion avec ses attributs , la Justice, la Force, la Prudence et la Tempérance.

Malgré la formation de la nouvelle paroisse, Notre- Dame n'en resta pas moins la paroisse du château; mais les deux curés eurent le privilège d'assister au lever du roi, ce qui leur donnait l'avantage de pouvoir lui parler et de recueillir quelques aumônes pour leurs pauvres. Dans l'une de ces visites eut lieu, en 1769, entre le curé de Saint-Louis, Baret, et Louis XV, une conversation rapportée par plusieurs écrivains de cette époque (1). Elle montre à quel degré d'indifférence le roi était arrivé, dans les dernières années de sa vie, sur tout ce qui ne le regardait pas personnellement et qu'il croyait être à la charge de l'État :

« Un matin à son lever, Louis XV, apercevant le curé Baret, vient à lui, et avec ce ton de bonté qu'il a toujours conservé, s'informe de l'état des ouailles du pasteur. 11 demande s'il y a beaucoup de malades, de morts, de pauvres. A cette dernière question, le curé pousse un grand soupir, répond qu'il y en a beaucoup. Mais, répliqua le roi avec intérêt, les aumônes ne sont-elles pas abondantes, n'y suffisent-elles pas, le nombre des malheureux est-il augmenté? — Ah ! oui, Sire. — Comment cela se fait-il ? se récrie le monarque, d'où viennent-ils? — Sire, c'est qu'il y a jusqu'à des valets de pied de votre maison qui me demandent la charité. — Je le crois bien, on ne les paye pas, dit le roi avec humeur. Il fait une pirouette et rompt la conversation, comme fâché d'apprendre ces maux qu'il ne pouvait soulager. Quelqu'un qui, sans savoir la question, n'eût entendu que la réponse, aurait cru que le roi parlait des gens du grand-seigneur ou de l'empereur de la Chine. »

(1) Vie privée de Louis XV, t. IV; et l'Observateur anglais, t. Ier.

ÊGLIBB SAINT-LOUIS. 317

Lorsque Monsieur, comte de Provence, fut grandmaltre des ordres royaux, militaires et hospitaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, il choisit l'église de Saint-Louis pour la tenue du chapitre de ces ordres. La première réunion dans cette église se fil le 19 avril 1774.

Le h mai 1789, la procession des états-généraux se rendit dans l'église Saint-Louis. On y célébra la grand' messe. Lorsque l'évêque de Nancy, De La Fare, eut fini son discours, des applaudissements retentirent sous les voûtes du temple, et choquèrent plusieurs des assistants; ce qui fit dire le lendemain à un député que, puisqu'on avait applaudi, dorénavant on pourrait bien siffler.

L'évêque de Nancy avait alors quelques prétentions à la feuille des bénéfices, vacante en ce moment. Mirabeau, dans un des premiers numéros du Courrier de Provence écrit sous sa direction, critique assez amèrement le discours de l'évêque, et lui reproche d'être plutôt fait en vue delà place qu'il désire, que de la grande solennité qui préoccupait tous les esprits. Des amis de l'évêque de Nancy lui adressèrent, à cette occasion, l'épigramme suivante :

D'un dur pamphlet le virulent auteur Reprochait au prédicateur D'un sermon, par sa plume accusé d'artifices, Trop dépendance et trop d'ardeur A la feuille des Bénéfices ; Mais n'est-ce pas un pareil goût Qui créa cet écrit que tout méchant accueille; Et Mirabeau n'immole- t-il pas tout Aux bénéfices de sa feuille?

En parlant du Jeu-de-Paume, nous avons rappelé la fameuse séance du 20 juin 1789. On sait que la séance

royale, pour les apprêts de laquelle on avait fermé les portes de l'Assemblée, devait avoir lieu le lundi 22. A deux heures du matin de ce jour, Bailly reçoit un billet lui annonçant que la séance royale est remise au 23. — Les députés du Tiers se dirigent alors vers le Jeu-de- Paume. Le comte d'Artois avait fait retenir la salle pour toute la journée, et on leur en refuse l'entrée. Us veulent d'abord se réunir dans l'église des Récollets, mais ils vont ensuite dans celle de Saint-Louis, beaucoup plus vaste, et y tiennent la séance remarquable dont nous allons donner la description d'après le Moniteur :

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