‹ Histoire de VersaillesChapitre 48 sur 99 · SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD

Heureuse solitude,

Seule béatitude,

Que votre charme est doux !

De tous les biens du monde,

Dans ma grotte profonde,

Je ne veux plus que vous.

Qu'un vaste empire tombe, Qu'est-ce, au loin, pour ma tombe, Qu'un vain bruit qui se perd?

Et ces rois qui s'assemblent, Et leurs sceptres qui tremblent, Que les joncs du désert?

Mon Dieu ! ta croix que j'aime, En mourant à moi-même, Me fait vivre pour toi.

Ta force est ma puissance, Ta grâce ma défense, Ta volonté ma loi.

Déchu de l'innocence, Mais par la pénitence

(1) Cet autographe a été donné à la Bibliothèque par M. Ghevalot.

Encor cher à tes yeux, Triomphant par ces armes, Baptisé dans mes larmes, J'ai reconquis les cieux.

Souffrant, octogénaire (1), Le jour pour ma paupière N'est qu'un brouillard confus ; Dans l'ombre de mon être, Je cherche à reconnaître Ce qu'autrefois je fus.

0 mon Père et mon guide !

Dans cette Thébaide Toi qui fixas mes pas, Voici ma dernière heure !

Fais, mon Dieu! que j'y meure Couvert de ton trépas.

Paul, ton premier ermite, Dans ton sein qu'il habite Exhala ses cent ans :

Je suis prêt ; frappe, immole, Et qu'enfin je m'envole Au séjour des vivants.

Par Jean-François Ducis; S. S. T. (2)

A Versailles, le 20 janvier 1814.

Au n° 37, est né, le 19 avril 1785, Alexandre-Pierre- François Boëly, éminent musicien, fidèle et constant admirateur des œuvres des Haydn et des Mozart, dont les siennes, graves et sévères, se rapprochent à plus d'un titre.

(1) Ducis avait quatre-vingt-un ans lorsqu'il composa ces stances.

(2) Depuis plus de seize ans, Ducis ajoutait ces trois lettres à son nom. M. Campenon pense que, ayant traversé bien des jours sans reproche, il voulait se rendre intérieurement témoignage qu'il n'était pas mécontent de lui-même, et que ces trois lettres, S. S. T. voulaient dire : senex sine tabe, vieillard sans tache! Ducis n'en a jamais voulu donner l'explication.

Son père, musicien ordinaire de Ja Chapelle-Royale, l'avait initié de bonne heure aux principes de la musique et au culte des auteurs classiques. « Une étude assidue des œuvres de J. S. Bach, de Haendel, de Scarlatti, et des autres anciens maîtres, a donné à son talent comme pianiste, dit M. Fétis, un caractère particulier presque entièrement ignoré de nos jours et très-différent de la manière des autres pianistes. Comme compositeur, ajoute M. Fétis, Boëly n'a pas recherché les succès populaires, mais il a conquis l'estime de tous les connaisseurs. Sa musique est grave, correcte, profondément pensée, et l'on y trouve partout le sentiment consciencieux de l'artiste qui obéit à son instinct au lieu de suivre les formes à la mode. » A cette appréciation du mérite de Boëly, faite par l'un des plus savants critiques musicaux de notre époque, ajoutons quelques mots prononcés sur sa tombe par M. d'Ortigues, qui peignent d'une façon rapide et vraie l'homme et l'artiste que regrettent vivement ceux qui ont pu le connaître et l'apprécier :

« De toutes les vies d'artistes, on ne saurait en citer une plus simple, plus modeste, plus humblement et plus énergiquement dévouée que celle de Boëly. Il était l'artiste des anciens jours, l'homme dupasse; et je suis de ceux qui pensent que cette qualification d'homme du passé, malgré ce qu'elle présente d'exclusif, est son plus bel éloge. Profondément pénétré des beautés des grands-vieux maîtres, des Jean Sébastien et des Emmanuel Bach, des Haendel, des Gouperin, des Scarlatti, Boëly n'estimait ses propres œuvres qu'autant qu'elles lui semblaient découler de cette pure source de l'art classique. Aussi portent-elles le cachet d'un esprit peu soucieux des approbations de la multitude, et Ton sent qu'elles ont été conçues d'après un idéal qu'il s'était fait lui-même dans le silence de ses méditations et tout à fait indépendant des données de l'art contemporain. Peut-être sa pensée n'a-t-elle pas entrevu les beaux développements auxquels l'art devait atteindre entre les mains de Bee-

thowen, de Weber, et d'autres compositeurs modernes. Non, sans doute, Boëly ne les a pas vus. Mais aussi, de quelle main ferme n'a-t-il pas tenu seul ou presque seul le drapeau des traditions classiques de l'école d'orgue et de 1 école de piano ! Il n'a pas seulement tenu ce drapeau, il a souffert encore pour la cause qu'il représentait. Nous l'avons vu, plus que sexagénaire, quoique encore dans la force du talent et de la santé, obligé de résigner les fonctions d'organiste dans une des plus anciennes paroisses de Paris, pour céder la place à de jeunes artistes dont les improvisations étaient, avant tout, suivant ce goût brillant, léger et mondain, qui a fait invasion dans la plupart de nos églises. 11 se retira calme et souriant, sans murmurer, sans proférer une plainte; il se contenta de dire, avec cette pointe de raillerie qui prêtait à sa bonhomie un nouveau charme, que son goût, à lui, n'était plus à la hauteur du siècle, et qu'il était un peu trop vieux pour en changer... Avec quel soin il se dérobait à ces applaudissements, à ces triomphes qui seraient venus le chercher d'eux-mêmes pour peu qu'il eût voulu s'y prêter! Avec quelle indifférence il parlait de ses compositions, dans lesquelles nous admirons pourtant une facture si riche et si habile, un style si large et si plein, souvent une expression si noble et si élevée!... C'était vraiment un artiste patriarcal. J'ajoute, c'était un maître. 11 a été maître dans tous les sens, et avant tout, maître de lui-même. Il a eu la renommée qu'il voulait avoir. Il a tenu à rester ignoré des gens superficiels. L'estime et l'approbation de l'élite lui a suffi, et c'est ainsi qu'il a gardé sa propre estime. 11 n'a pas eu de vanité; il a eu la vraie fierté, la légitime fierté des forts. »

Boëly est mort à Paris, le 27 décembre 1858.

Les œuvres manuscrites de ce maître ont été données à la Ville de Versailles, pour être déposées dans la Bibliothèque publique.

CÔTÉ DROIT

N° 6. — Maison de charité de la paroisse Saint-Louis.

Aussitôt que la paroisse Saint-Louis eut été créée, on fonda une maison de charité dans le nouveau quartier. La direction en fut confiée aux sœurs de Saint-Vincent

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de Paul. Elles furent aussi chargées, comme les sœurs de la Ville-Neuve, des écoles des jeunes filles pauvres.

En 1791, les sœurs quittèrent la maison, par suite de la suppression des ordres religieux. L'administration de la maison de charité fut alors donnée aux Dames Economes, dont nous avons parlé, à l'occasion du même établissement dans le quartier Notre-Dame (1).

Cette maison fut de nouveau confiée aux sœurs de Saint- Vincent de Paul, à l'époque du Consulat. Presque aussi important que celui du quartier Notre-Dame, cet établissement a la même organisation.

Dix sœurs, dirigées par une supérieure, voient les malades pauvres à domicile, pansent ceux qui peuvent se transporter au bureau, distribuent les médicaments, le pain, la viande et le bouillon, le bois et le linge à ceux qui en ont besoin. Quarante orphelines, couchées dans la maison, sont confiées à leurs soins. Il y a de plus un ouvroi?1, pour les jeunes filles pauvres du quartier, et quatre classes, dans lesquelles sont reçues plus de trois cents enfants.

Trois médecins sont attachés à cette maison, et vont voir gratuitement les pauvres malades du quartier.

Enfin, comme à Notre-Dame, plusieurs œuvres charitables s'y réunissent, entre autres l'œuvre des Jeunes Economes, et celle des Dames des Pauvres malades.

N° 10. — Ancienne pension de Gorsas, avant 1789.

Vers 1778, Gorsas établit au n° 10 de la rue des Bourdonnais, une maison d'éducation, sous les auspices du gouvernement, disait-il dans ses prospectus (2).

(1) Voir rue de la Paroisse, nos 12 et 14.

(2) Voirie Journal des annonces, affiches et avis divers de 1773 et 1781.

Corsas était grand partisan des idées nouvelles. 11 publia en 178C un écrit satirique, dont le titre curieux indique assez la nature : L'âne promeneur, ou Crues promené par son âne; chef-d'œuvre pour servir d'apologie au goût, aux mœurs, à l'esprit, et aux découvertes du siècle; — à Pampelune, chez Démocrite, imprimeur-libraire de son Allégresse Sérénissime Falot-Momus, au grelot de la Folie. — A Versailles, chez l'auteur, rue des Bourdonnais, maison de Mme veuve Bourgeois, et les libraires de la ville. — Et aux quatre coins du monde. In-8°, 1786.

On connaît sa vie politique. Aussitôt la réunion de l'Assemblée des Notables, il créa un journal intitulé le Courrier de Versailles. En rendant compte dans ce journal du fameux repas des gardes-du-corps dans la salle de l'Opéra, et le peignant sous les couleurs les plus sombres, comme une orgie contre-révolutionnaire, Gorsas fut l'une des causes les plus actives des journées des 5 et 6 octobre. Il quitta Versailles après le départ du roi, fut nommé député de Seine-et-Oise à la Convention nationale, et adopta le parti des Girondins. Obligé de se sauver après la journée du 31 mai, et revenu plus tard à Paris, il y fut arrêté et condamné à mort le 7 octobre

N° 38. — Ecole communale.

La maison dans laquelle se trouve cette école était l'une des plus vieilles du quartier Saint-Louis. Elle fut construite vers 1712, pour y loger les frères de la Doctrine-Chrétienne. Ces frères y établirent une école qui dura jusqu'à l'époque de la Révolution. Rétablis sous la Restauration, ils furent de nouveau remplacés dans cette

maison en 1830 par un instituteur laïque. Depuis cette époque, c'est une école communale; on y a joint un asile pour les petits enfants. Cette maison a été entièrement reconstruite en 1859, sous l'administration de M. Remilly, par M. Paris, architecte de la ville.

Elle est aujourd'hui parfaitement appropriée à sa destination.

Les nouvelles constructions ont coûté à la ville 45,000 francs.

N0S 40 et 42. — De 1740 à 1770, tout ce terrain était occupé par le jardin d'un commis de la guerre, nommé Devienne, grand amateur de fleurs; sa culture chérie était l'œillet. Les amateurs d'horticulture ne seront peutêtre pas fâchés de savoir qu'il avait obtenu de semis un magnifique œillet, nommé œillet-pavot, violet et blanc, à double bouton, portant plus de 13 centimètres de traverse ; et une tulipe, Valphay la première où se soient trouvés réunis le beau rouge et le jaune d'or.

La rue Saint-Louis, une des rues de l'ancien Parcaux-Cerfs, s'étend de l'ouest à l'est, de la rue Satory à la rue Saint-Martin. Elle a 579 mètres 80 centimètres de long, sur 9 mètres 75 centimètres de large. En 1793, on la nomma rue Caton. Elle a repris celui de Saint-Louis en 1806.

Dans la longueur de cette rue se trouvaient autrefois deux petites places. La première donnait sur la rue Saint-Honoré; elle était formée, à gauche, des maisons nos 5 et 7 de la rue Saint-Louis et des nos 35, 37 et 39 de

la rue Saint-Honoré ; et, à droite, des n0' 2 et h de la rue Saint-Louis et du n° M de la rue Saint-Honoré. Elle se nommait place Saint-Louis. La seconde s'appelait place de Bourgogne; elle donnait sur la rue Saint-Médéric, et était formée, à gauche, des n03 21, 23 et 25 de la rue Saint-Louis, et, à droite, du n° 20 de la même rue. Ces deux places disparurent en 1750.

CÔTÉ GAUCHE

N° 25. — Maison habitée, en 1778 et 1779, par Charles Donaparte, père de Napoléon Ier.

En 1777, Charles Bonaparte s'était franchement rallié au gouvernement français. Il fut nommé député de la noblesse de Corse auprès du roi. Pour traiter les importantes questions dont il était chargé, et se mettre facilement en rapport avec les ministres, il sentit la nécessité d'avoir une habitation dans la ville, séjour habituel de la cour. Il s'installa dans cette maison de la rue Saint- Louis, dont l'entrée était alors sur la rue Saint-Médéric, et y resta plusieurs années. Charles Bonaparte, dont la fortune avait été fortement endommagée par les changements survenus dans le gouvernement de son pays, profita de son séjour à la cour de France pour demander l'entrée de quelques-uns de ses nombreux enfants dans les établissements français. C'est de cette maison de la rue Saint-Louis que sont datées ces demandes, et les réponses adressées à d'Hozier, juge d'armes, sur les titres de noblesse nécessaires pour entrer dans les écoles royales. Les trois bourses demandées lui furent alors accordées, l'une pour Napoléon à l'école militaire de Brienne; une autre pour Joseph, au séminaire d'Autun; et la troisième pour sa fille Marie-Anne, depuis Elisa,

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princesse de Lucques, à la maison royale de Saint-Cyr.

CÔTÉ DROIT

N° 10. — Maison dans laquelle est mort, le 3 mai 1811, le docteur Pierre-Edouard Brunyer, ancien médecin des enfants de France.

Le docteur Brunyer était un de ces hommes loyaux et énergiques qu'aucun danger n'effraye lorsqu'il s'agit de rendre hommage à la vérité. Appelé à déposer devant le tribunal révolutionnaire lors du procès de l'infortunée reine Marie-Antoinette, et interpellé par le président sur ce qu'il savait de la femme Louis Capel, Brunyer répondit : que pendant quinze ans, il avait été médecin de ses enfants; que possédant toute sa confiance, elle l'avait souvent chargé d'être son intermédiaire secret près de la pauvreté honteuse et de lui porter des secours pécuniaires, des consolations et souvent les conseils de la médecine, et qu'il ne connaissait de Marie-Antoinette que la bonté de son cœur qui la faisait compatir à toutes les infortunes ! On doit penser qu'une telle réponse ne dut pas le faire bien venir des membres de ce terrible tribunal; aussi fut-il obligé de se cacher et d'attendre des jours plus calmes pour venir achever sa carrière dans ces mêmes lieux témoins des bienfaits qu'il était chargé de distribuer.

N° 14. — Ce terrain fut donné en 1710 à Binet, huissier de la Chambre de Mme la duchesse d'Orléans. 11 n'y fit faire aucune construction. Binet mourut en 1732; sa veuve, Anne-Christine Collin, se fit attribuer ce terrain pour ses reprises matrimoniales. Au décès de celle-ci, il passa au sieur Collin, son neveu et son héritier.

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Collin agrandit le terrain et fit bâtir la maison en 1752 (1).

Suivant l'avocat Barbier (2), Collin devint le factotum de Mme de Pompadour, en 1748.

« C'était, dit-il, un procureur au Châtelet, garçon fort aimable, âgé de quarante ans, qui, par hasard, était depuis longtemps procureur des père et mère de madame de Pompadour, c'est-à-dire de M. et madame Poisson. Il était extrêmement employé et considéré dans Paris. Comme madame de Pompadour a beaucoup de confiance en lui, elle lui a demandé le sacrifice de son état avec toutes les grâces possibles, en lui disant qu'elle s'était adressé à elle-même toutes les objections qu'il pouvait lui faire, c'est-à-dire sur l'incertitude de la durée de la faveur où elle est. Collin était déjà connu directement du roi pour des affaires particulières de la marquise qui s'étaient traitées à Crécy, ou dans les petits appartements, en sa présence. Collin a de l'esprit, parle bien et est aimable de figure. Il n'a pas laissé que d'être embarrassé et de balancer s'il quitterait un état sûr et qui ne pouvait qu'augmenter. Mais, d'un autre côté, la manière dont cela lui a été proposé, la parole de l'indemniser, l'idée d'une fortune brillante si cela continue, l'ont déterminé à accepter, et il a vendu sa charge. On verra ce que cela deviendra, car il faut convenir que le crédit est au plus haut degré, quoique ménagé avec esprit et prudence, et que c'est à présent la porte pour toutes les grâces. »

Nous croyons en effet que Collin ne fit pas une mauvaise affaire. Il resta attaché à Mme de Pompadour jusqu'à la mort de la marquise, arrivée en 1764. Cette même année, n'ayant plus aucune raison pour rester à Ver-

(1) Les détails que nous donnons aujourd'hui diffèrent un peu de ceux de notre première édition. Nous devons cette rectification à l'obligeance de M. Jeandel, qui nous a communiqué un travail très-intéressant sur ce sujet. Nous avions confondu, d'après Moufle d'Angerville (Vie privée de Louis XV), ce Binet, avec Georges-René Binet, valet de chambre du Dauphin, ami de Lebel, dont nous avons parlé, à l'avenue de Paris.

(2) Journal historique du règne de Louis XV, tome III.

sailles, il vendit cette petite maison à une dame Robert. Collin avait fait décorer sa maison avec élégance, et y recevait fréquemment Mme de Pompadour. Ces visites de Mme de Pompadour ont entretenu jusqu'à nos jours l'opinion qu'elle lui avait appartenu. On voit, par les détails dans lesquels nous venons d'entrer, que c'était une erreur. Cette maison conserve encore aujourd'hui de nombreux restes des ornements qu'elle avait lorsque Mme de Pompadour y venait rendre des visites à son secrétaire intime (1).

La rue Saint- Antoine faisait aussi partie du Parc-aux- Cerfs. En 1793, on l'appela d'abord rue Antoine, puis quelque temps après, rue des Sans-Culottes. Elle reprit son nom de Saint-Antoine en 1806. Elle a 582 mètres 5 centimètres de long, sur 9 mètres 75 centimètres de large, et s'étend de l'ouest à l'est, de la rue Satory à la rue Saint-Martin.

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