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RUE DU HASARD

Une des rues du Parc-aux-Cerfs. Elle est dirigée de l'ouest à l'est, de la rue Saint-Médéric à la rue Saint-

Martin. Elle a 198 mètres 50 centimètres de long, sur 9 mètres 75 centimètres de large.

N° 14-. — Maison dans laquelle est mort, en 1840, le maître de chapelle Matthieu.

Jean-Baptiste Matthieu est né le 2 janvier 1762 , à Billom, en Auvergne. Initié à l'art musical par Cardot, maître de musique de la collégiale de sa ville natale, Matthieu fut d'abord simple exécutant dans le corps de musique des Gardes-Françaises, en 1779. Le jeune et pauvre Matthieu, ne pouvant suivre les leçons des maîtres de composition, se livra à un travail opiniâtre, et seul, avec le secours de l'algèbre, il parvint bientôt à connaître toutes les lois et à s'approprier toutes les ressources de cet art difficile.

Il quitta les Gardes-Françaises pour entrer dans le chœur de Saint-Eustache de Paris, où il resta jusqu'à la fermeture des églises.

Lorsque la|loi du 16 thermidor an III (1795) eut créé le Conservatoire de musique, Sarrette, le directeur, appela autour de lui tous les artistes distingués que les troubles révolutionnaires n'avaient point éloignés de Paris. Matthieu fut nommé l'un des premiers professeurs.

En 1809, il vint se fixer à Versailles, comme maître de chapelle de la Cathédrale. Ce fut dans ce poste honorable qu'il composa ses plus belles œuvres; par ses savantes leçons, il forma toute une génération d'excellents musiciens.

Ses compositions sont nombreuses; outre cinq messes solennelles, très-appréciées des artistes, on a de lui un grand nombre de messes brèves, de motets, plus de dix mille leçons de solfège et plusieurs recueils de musique instrumentale. Il a traduit le Dodécacorde de Glaréan et

a mis en partition une grande quantité de musique ancienne et du moyen âge. Enfin, dans ses dernières années, il a publié une Méthode de Plai?i-Chant, adoptée par l'Université.

Le 14 janvier 1840, ce bon vieillard s'éteignit dans cette maison de la rue du Hasard, entouré de sa famille et des nombreux amis qu'il avait eu le don de conserver jusqu'à ses derniers jours. Ses amis Jet ses élèves lui ont fait élever un monument dans le cimetière de la paroisse Saint- Louis, où il est inhumé.

La rue des Bourdonnais faisait partie de l'ancien Pare-aux-Cerfs. Elle va de l'ouest à l'est, de la rue Satory à la rue Saint-Martin, et a 577 mètres 70 centimètres de longueur, et 9 mètres 75 centimètres de largeur.

CÔTÉ GAUCHE

Nos 1 et 3. — Couvent des Dames de la Sainte-Enfance. Cette congrégation est destinée à l'éducation des jeunes filles et à former des institutrices. 11 y a dans cette maison une charmante chapelle exécutée sur les dessins du père A. Martin, jésuite, qu'une mort rapide enleva à la science de l'archéologie, dont il était, en France, l'un des plus illustres interprètes.

N° 7. — Bailly, le président de l'Assemblée nationale, habita cette maison en 1789.

N° 21 . — Maison appartenant, sous Louis XV, au musicien Michel de La Lande.

Michel-Richard de La Lande, né à Paris en 1647, l'un

des premiers musiciens français et des plus habiles organistes de l'époque de Louis XIV, fut nommé surintendant de la chapelle du roi, en 1683. Louis XIV aimait la personne et les talents de de La Lande, et le combla de faveurs. En 1684, il lui fit épouser Anne Rebel, la meilleure cantatrice de sa chambre, fit les frais de la noce, et dota la jeune femme. Outre les émoluments de sa place déjà fort considérables, le roi ajouta le don de plusieurs pensions, dont une de six mille livres sur l'Opéra, et le décora du collier de l'ordre de Saint-Michel. En 1723, de La Lande ayant perdu sa première femme, l'année précédente, se remaria à mademoiselle de Cury, fille d'un chirurgien de la princesse de Conti. Il mourut dans sa maison de la rue des Bourdonnais, le 18 juin 1726, à l'âge de soixante-sept ans.

Michel de La Lande était, sans contredit, le plus grand compositeur de musique religieuse qu'il y eût en France, sous Louis XIV. Il composa, pour la chapelle royale de Versailles, soixante motets avec chœurs et orchestre, que la Bibliothèque de Versailles possède réunis en dix volumes in-folio, copiés de la main de Philidor, dédiés au roi et reliés aux armes de France. Il a écrit aussi la musique de Mélicerte, comédie de Molière mêlée de chants, le Ballet des Eléments et celui de la Jeunesse, en manuscrit à la Bibliothèque de Versailles.

A l'occasion de cette maison, Narbonne raconte une anecdote assez plaisante. La reine Marie Leckzinska eut de nombreux enfants. Pérard, célèbre accoucheur de Paris, accouchait la reine. Cette princesse était sur le point de mettre au monde sa cinquième fille, et, depuis six semaines, Pérard était installé au château de Versailles, attendant le moment où la reine pourrait avoir

besoin de son secours. Le lundi 11 mai 1733, il s'était rendu plusieurs fois auprès de la reine, et rien ne semblant annoncer un accouchement prochain, il profita de la soirée pour aller, dans la rue des Bourdonnais, chez la veuve de de La Lande, avec lequel il avait été extrêmement lié.

11 venait à peine de quitter le château, lorsque la reine ressentit les premières douleurs. « On le fit chercher partout, dit Narbonne (1), et comme on ne savait où il était allé et qu'on ne pouvait le trouver, on eut l'idée de faire battre la caisse par toute la ville afin de lui faire savoir qu'on réclamait ses soins au château. Tout cela fut inutile et l'on ne put pas le trouver. »

Pendant que l'on courait ainsi de tous côtés après l'accoucheur, la reine mettait au monde une nouvelle princesse. Fort heureusement, Helvétius, son médecin, était auprès d'elle et recevait l'enfant, tandis que la demoiselle Loisel, garde-malade, opérait sous ses yeux la délivrance. Pérard, que l'on découvrit enfin, se hâta d'accourir, et l'on put juger de son désappointement lorsqu'il vit l'accouchement terminé et la reine remise dans son lit.

« Il se présenta aussitôt chez la reine, ajoute Narbonne, lui demanda pardon, et voulut s'assurer par lui-même si tout était convenablement arrangé; mais la reine refusa ce service après coup.

« Pérard alla ensuite chez le roi pour lui présenter ses excuses ; mais le roi ne voulut point l'écouter et lui tourna le dos.

« Le pauvre accoucheur se croyait complètement disgracié. Heureusement Marie Leckzinska était excellente. Elle ne conserva aucune rancune contre Pérard et s'empressa de le faire appeler dans sa grossesse suivante.

(1) Journal des règnes^de Louis XIV et de Louis XV.

« Depuis cet événement, dit Narbonne en terminant, Pérard était plus attentif aux couches de la reine. On conçoit qu'il eût été assez désagréable pour lui de ne plus faire des accouchements pour lesquels il recevait chaque fois deux cents louis d'or, et qui lui procuraient l'avantage d'avoir, pendant tout le temps qu'il restait à Versailles, une table de huit couverts, qui coûtait plus de quatre-vingts livres par jour. »

N° 33. — Maison habitée dans les dernières années de sa vie par notre poëte versaillais Ducis, et dans laquelle il est mort, en 1816.

Depuis plusieurs années, Ducis était retiré à Versailles, et, quoique parvenu à un âge fort avancé, il jouissait d'une excellente santé.

« Le vendredi 28 mars, dit M. Campenon dans sa notice sur Ducis (1), sa famille ne s'aperçut d'aucune altération, ni dans l'état habituel de sa santé, ni dans la gaieté de son humeur ; il se fit lire, le soir, les Précieuses Ridicules, et il rit beaucoup à ce tableau si fidèle des travers du faux bel-esprit; mais le lendemain, le froid étant très-vif, il voulut sortir de bon matin, malgré les instances de ses nièces, pour aller entendre la messe à sa paroisse. Rentré chez lui, il se plaignit d'un violent mal de gorge. Aussitôt tous les secours de l'art lui furent prodigués, sans qu'il en reçût aucun soulagement. Il paraît qu'en trois heures de temps le mal avait fait d'affreux progrès. Dans la nuit il appela près de son lit son neveu, M. Georges Ducis, lui parla sans trouble de quelques petits arrangements intérieurs ; et, après lui avoir dit qu'il touchait vraisemblablement à sa fin, mais qu'il était résigné, il le pria de lui lire un chapitre de V Imitation.

« Le dimanche soir ses souffrances avaient cessé ; on le crut beaucoup mieux ; le médecin même donnait quelque espérance ; mais ce mieux apparent n'était causé que par la gangrène qui s'était jointe à l'esquinancie. Il se coucha vers 10 heures, prit une position sur le côté, comme pour s'endormir ; quelques instants après,

(1) Œuvres posthumes de Ducis.

sa famille, le voyant calme, crut qu'il reposait; il avait cessé de vivre.

« Tels furent les derniers moments de cet homme vertueux, de ce poëte éloquent qui, durant une carrière longue et soumise à d'assez rudes épreuves, ne laissa jamais fléchir ni l'indépendance de son caractère, ni la fierté de son âme, ni la dignité de son talent; qui montra la foi d'un chrétien au milieu d'un siècle travaillé par tous [les genres de doutes, et le désintéressement d'un sage à une époque d'amhition et de cupidité presque universelles; qui, ayant reçu de la nature le cœur le plus affectueux et le plus tendre, laissa pourtant s'y enraciner une de ces haines profondes, une de ces aversions implacables que lui-même avait retracées sous de si terribles couleurs dans les deux personnages de Capulet et de Montaigu; qui, poussé par une secrète vocation de son génie hasardeux et souvent sublime, se précipita dans l'école désordonnée de Shakespeare, quoiqu'il appartînt par son âme à la sage et pure école de Corneille et de Racine ; et qui enfin, comme pour compléter tous les contrastes de sa destinée, sut goûter ensemble les deux biens les plus difficiles à réunir, les plus désirables pour l'homme de lettres, la gloire et le repos.

« Ses obsèques, qui eurent lieu à Versailles, réunirent un assez nombreux concours de ses parents, de ses amis et de ses confrères à l'Académie française.

« M. Voisin, son médecin, prononça quelques paroles touchantes sur sa tombe ; et, avant de quitter le cimetière, nous entretint du projet qu'il avait de faire frapper, au nom de la ville de Versailles, une médaille où seraient reproduits les traits de l'auteur d' Œdipe chez Admète, projet qui se réalisa bientôt , grâce à l'activité de son zèle (1). »

Depuis, le roi Louis XVIII a donné à la ville de Versailles un très-beau buste de Ducis, en marbre, exécuté par le sculpteur Raggi. Ce buste est placé dans l'une des salles de la Bibliothèque publique de la Ville.

(1) Cette médaille fut faite par le graveur Michaut, encore aujourd'hui habitant de Versailles. 11 en existe un très-bel exemplaire à la Bibliothèque de la Ville.

Peut-être nous sauia-t-on gré de rappeler ici des stances composées par Ducis, dans cette maison de la rue des Bourdonnais, deux années avant de mourir, et dans lesquelles, suivant la pensée si vraie de M. Onésime Leroy, « plus que jamais détaché de la terre, et mort à lui-même, il semble déjà s'élever dans les cieux. »

Nous les copions sur le manuscrit, écrit tout entier de la main de Ducis, placé dans la collection d'autographes de la Bibliothèque de Versailles (1).

0 BEATA SOLITUDO! 0 SOLA BEATITUDO!

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