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RUES DANS LA DIRECTION DU NORD AU SUD

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La rue de la Bibliothèque est placée sur une partie dé l'ancien village de Versailles. Louis XIV s'étant décidé à venir habiter le château, chargea Mansart des embellissements qu'il voulait y faire exécuter. La plupart des maisons de l'ancien Versailles furent achetées et démolies, et de nouvelles rues tracées sur le terrain occupé par le village.

L'ancien bâtiment de la Surintendance fut le premier

construit sur l'alignement de la rue de la Bibliothèque, ce qui fit donnera cette rue, dès son origine, le nom de rue delaSurintendance.Elle conserva ce nom jusqu'en 1793, qu'elle fut appelée rue de l'Union. En 1806, elle reprit le nom de la Surintendance, et le conserva jusqu'au moment où la ville ayant fait l'acquisition de l'hôtel dans lequel se trouve placée sa Bibliothèque publique, elle en prit le nom.

La rue de la Bibliothèque s'étend du nord au sud, de la cour du château à la rue de l'Orangerie. Elle a 341 mètres de longueur, sur 18 mètres 50 centimètres de largeur.

COTE GAUCHE

N° 1. — Hôpital militaire.

Les premiers agrandissements exécutés par Louis XIV au château construit par son père furent les deux ailes qui s'avancent sur la cour Royale, dont l'une, celle du nord, a été refaite sur un nouveau plan, à la fin du règne de Louis XV, par l'architecte Gabriel, pour y mettre un grand escalier. Dès 1670, on plaça dans ces deux ailes ce que l'on nommait les Sept Offices du Roi. Ces offices se composaient du Gobelet et de la Cuisine- Bouche, pour le roi, et de la Paneterie-Commun, de l'Echansonnerie-Commun, de la Cuisine-Commun, delà Fruiterie et de la Fourrière, chargées d'apprêter et de fournir la table des officiers de la maison. En 1678, quand le roi voulut faire son séjour habituel de Versailles, on fit de nouveaux travaux dans ces deux ailes, de façon à y établir d'une manière fixe, non-seulement les Offices du roi, mais encore ceux de la reine et du dauphin. On

s'aperçut bientôt que ces divers Offices tiendraient une place considérable, et qu'il y aurait surtout un grave inconvénient à avoir ainsi, à l'entrée du palais et presque sous les fenêtres du roi, cette armée de valets de bas étage composant en grande partie la cuisine du roi et des princes. On résolut alors de les placer dans un bâtiment à part, et assez proche du château pour que le service n'en souffrit point. Mansart venait de construire l'aile du Midi et les bâtiments contigus qui donnent sur la rue de la Bibliothèque : ce fut en face de ces bâtiments, sur la place occupée par l'église de Saint- Julien et par le cimetière de Versailles, qu'il construisit, sous le nom de Grand-Commun, l'édifice consacré à tous les services de la Bouche du roi, de la reine et du dauphin. L'église fut abattue, reportée dans la Ville-Neuve, ainsi que nous l'avons déjà dit, et, en 1682, l'on commença les premiers travaux du Grand- Commun achevé en 1684.

Cet énorme bâtiment forme un carré dont les quatre faces sont libres et tournées vers les quatre points cardinaux. 11 a 83 mètres de longueur, sur 76 de profondeur, et de hauteur 19 mètres sous les chenaux, et 26 jusqu'au faitage. Au milieu est une grande cour de 46 mètres sur 39. La surface occupée par la totalité du bâtiment et de la cour est de 4,514 mètres carrés. La sculpture des quatre frontons a été exécutée par Mazeline, Jouvenet, Lecomte et Mazière. Avant la révolution, plus de 2,000 personnes logeaient dans le Grand-Commun.

Le Grand-Commun, comme toutes les dépendances du château, faisait partie de la paroisse de Notre-Dame, ce qui n'empêchait pas les offices célébrés tous les jours dans la chapelle de ce bâtiment d'être très-suivis par les plus grands personnages de la cour. Cette chapelle était

ioO HISTOIRE LE VERSAILLES.

desservie par les aumôniers de la Maison du roi, ou chapelains de Saint-Roch, établis à la cour par le roi François Ier. Voici, d'après Dupeyrat (1), ce qui donna lieu à leur établissement et à ce nom de chapelains de Saint- Roch :

« François Ier était occupé, en 1545, à chasser les Anglais de la ville de Boulogne. Il était campé entre Abbeville et Montreuil, où régnait depuis quelque temps une maladie contagieuse. Le duc d'Orléans, son second fils, à cet âge où l'on traite souvent la prudence de poltronnerie, voulant se moquer de ceux qui redoutaient la maladie, alla avec d'autres jeunes gens dans une maison où il était mort depuis peu huit personnes. Ils y renversèrent les lits, se couvrirent de la plume qu'ils en tirèrent, et parcoururent dans cet équipage plusieurs tentes du camp. Le prince, fort échauffé, but en rentrant un grand verre d'eau froide et se coucha. Deux heures après, une Gèvre chaude s'empara de lui, et alors, saisi d'effroi, il s'écria : C'est la peste ! j' en mourrai. Les médecins voulaient empêcher le roi d'entrer dans sa chambre ; mais François Ier, malgré le danger, se refusa à toutes leurs instances. A peine franchissait-il le seuil de la porte que le duc d'Orléans, se relevant un peu, lui dit : Ah ! Monseigneur, je me meurs; mais puisque je vous vois, je meurs content! Et un moment après il expira. Le roi jeta un grand cri et s'évanouit. Les officiers de sa maison, épouvantés de ce terrible événement, et dans la crainte de la contagion, prièrent le roi de leur nommer certains ecclésiastiques pour leur dire la messe tous les jours : ce qui leur fut accordé. Ces chapelains de Saint-Roch (2), au nombre dé six, étaient obligés de suivre les officiers de la Maison du roi partout où le roi allait. »

La dévotion à saint Roch avait commencé à s'intro-

(1) Antiquités de la Chapelle des rois de France.

(2) La légende de saint Roch dit que ce saint s'occupa toujours de soigner les pestiférés, et qu'il a été guéri par Dieu de la peste dont il fut atteint lui-même en les soignant. De là vient qu'on invoquait son secours chaque fois qu'il apparaissait quelque maladie épidémique ou contagieuse.

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duire à la cour en 1533. Paris était alors ravagé par une maladie épidémique, dont plusieurs grands personnages avaient été victimes.

Un chirurgien de François 1er, Guillaume Levasseur, obtint du pape Clément VII la permission de prendre une relique de saint Roch, à Arles. 11 s'y transporta en vertu d'un ordre du roi, qui lui défendait en même temps de laisser sortir la relique hors du royaume, et il l'apporta à Paris, où on l'invoquait dans les grandes calamités.

La reine Marie Leckzinska, femme de Louis XV, désira qu'une relique semblable existât à Versailles et la fit demander à l'archevêque d'Arles. Cette relique fut transportée avec beaucoup de solennité, le 24 février 1765, de la paroisse de Notre-Dame, où elle avait été déposée, dans la chapelle du Grand-Commun. Elle était portée parle curé de la paroisse, précédé de tout son clergé et suivi d'un grand concours de peuple. Elle fut reçue par les aumôniers de la Maison du roi, exposée sur l'autel, et la cérémonie se termina par le chant du Te Deum. Le lendemain, la reine, accompagnée du dauphin et de la dauphine, vint y entendre la messe et prier au pied des reliques du saint. Cette relique de saint Roch est restée exposée dans la chapelle du Grand-Commun depuis cette époque jusqu'à la Révolution.

Le 1er juillet 1786, eut lieu, dans les bâtiments du Grand-Commun, l'installation d'une institution de bienfaisance, sous le nom de Maison Philanthropique. Cette institution rendit de grands services aux pauvres de Versailles dans les dernières années du séjour de la cour. Son but était de secourir particulièrement : 1° les octogénaires; 2° les aveugles-nés; 3° les femmes en couches à leur sixième enfant ; 4° les veufs ou veuves chargés de

six enfants. Chaque octogénaire recevait 15 livres par mois; les aveugles-nés 12 livres par mois; les veufs et veuves chargés de six enfants et plus recevaient 4 livres par mois pour chaque enfant; les femmes à leur sixième couche obtenaient 48 livres une fois payées. Dans une seule année, 1788, le nombre des octogénaires secourus par la Maison Philanthropique fut de cinquante-trois, celui des septuagénaires de treize, celui des aveugles-nés de six, celui des veuves de six, et celui des femmes en couches de quarante. On peut juger par là combien de malheureux eussent été soulagés si l'institution eût pris les développements qu'elle aurait certainement atteints sans les événements de la Révolution. La cotisation annuelle de chaque membre était de 60 livres. En 1789, deux cents personnes des plus distinguées de la cour et de la ville faisaient partie de cette association, dont les assemblées générales se tenaient, les seconds dimanches de chaque mois, au Grand-Commun dans la salle dite des Maîtres.

Comme tous les édifices du domaine royal, le Grand- Commun resta inoccupé à la chute du trône. Il devint plus tard le siège d'une manufacture qui eut une grande renommée sous la République et sous l'Empire.

En 1793, la Convention voulant user de toutes les forces de la France pour résister à ses nombreux ennemis, ordonna une levée en masse. Le décret du 23 août, qui appelait tous les citoyens à la défense de la patrie, commençait ainsi :

Art. 1er. — Dès ce moment, jusqu'à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées.

Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront

les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront dos tentes, des habits, et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront le vieux linge en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'unité de la République.

Art. 2. — Les maisons nationales seront converties dn casernes ; les places publiques en ateliers d'armes ; le sol des caves sera lessivé pour en extraire le salpêtre.

Art. 3. — Les armes de calibre seront exclusivement remises à ceux qui marcheront à l'ennemi ; le service de l'intérieur se fera avec des fusils de chasse et l'arme blanche.

Art. 4. — Les chevaux de selle sont requis pour compléter les corps de cavalerie ; les chevaux de trait, autres que ceux employés à l'agriculture, conduiront l'artillerie et les vivres.

Art. 5. — Le Comité de Salut Public est chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour établir sans délai une fabrication extraordinaire d'armes de tout genre, qui réponde à l'élan et à l'énergie du peuple français. Il est autorisé, en conséquence, à former tous les établissements, manufactures, ateliers et fabriques qui seront jugés nécessaires à l'exécution de ces travaux, ainsi qu'à requérir pour cet objet, dans toute l'étendue de la République, les artistes et les ouvriers [qui peuvent concourir à leur succès. Il sera mis à cet effet une somme de 30 millions à la disposition du ministre de la guerre, à prendre sur les 498,200,000 livres en assignats qui sont en réserve dans la caisse à trois clefs. L'établissement central de cette fabrication extraordinaire sera fait à Paris, etc.

A cette époque, Bénezech, depuis ministre de l'intérieur, était commissaire du département au Comité central des habillements, campements et armements militaires. S'emparant de cet article 5 de la Convention, il résolut d'établir à. Versailles une manufacture d'armes. Il choisit pour son emplacement le Grand-Commun. Aidé du Gouvernement, il y appela des artistes, des ouvriers de toutes les parties de la France. Il en vint une colonie du pays de Liège. Boutet, arquebusier distingué de Ver-

sailles, fut chargé de la direction des travaux, et en peu de temps la manufacture de Versailles devint l'une des plus célèbres de la France.

L'ouverture des ateliers se fit le 7 octobre 1793. Nous transcrivons ici le curieux procès-verbal dressé à cette occasion par le Conseil général de la Commune :

« Du 7 octobre 1793, 2e de la République une et indivisible.

« Les membres composant la municipalité et le Conseil général de la Commune se rendent à six heures du matin au lieu des séances du Département (1), sur l'invitation qui leur en avait été faite par le Procureur-général du Département et par le citoyen Bénezech, Commissaire du département, au Comité central des habillements, campements et armements militaires.

« Les Représentants du peuple, Commissaires de la Convention, en mission à Versailles, les membres du Département, du District, de la Municipalité et du Conseil général de la Commune, les membres composant les Tribunaux et sociétés populaires, se rendent au ci-devant Grand-Commun pour y procéder à l'ouverture des ateliers d'armes, qui doivent être fabriquées dans cette ville au ci-devant Grand-Commun.

« Auparavant cette inauguration, les Représentants du peuple, les membres des Corps administratifs et judiciaires ont pris le signe de la Liberté, qui leur a été offert par le citoyen Bénezech. Tous, coiffés du bonnet rouge et ayant des tabliers, sont entrés dans les ateliers où ils ont trouvé les ouvriers prêts à se mettre en activité, et dans le même uniforme que celui qui vient d'être décrit.

« Tout à coup une partie des assistants s'arme du marteau de Vulcain, les autres de forets, de tarauds ; celui-ci d'un rabot, celui-là d'un ciseau : tous, en chantant des hymnes patriotiques, forgent le fer et travaillent aux armes qui doivent punir les tyrans et les despotes qui veulent porter atteinte à la liberté et à la souveraineté du peuple.

« Le bruit redoublé des marteaux, le feu ardent des forges, les chants énergiques des travailleurs, rendent cette cérémonie auguste

(1) Aujourd'hui le Palais de Justice.

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et vraiment républicaine. A la lin de chaque chant, les cris réitérée de, Vive lu République! Vive la Monlagne ! terminent le travail et les hymnes. »

A cette époque, et pour indiquer la destination nouvelle du bâtiment, on exécuta les ornements en faisceaux d'armes qu'on voit aujourd'hui autour de la porte de ce monument.

La manufacture d'armes de Versailles acquit bientôt une réputation européenne. Dans cette manufacture se fabriquaient les armes d'honneur, et, sous l'Empire, les armes de luxe que Napoléon donnait en cadeaux dans toutes les cours de l'Europe.

Transportée en 1814 dans les bâtiments de l'hôtel de Noailles (1), elle fut entièrement détruite par les Prussiens en 1815.

Pendant la longue lutte soutenue par la Frar.ce contre l'Europe coalisée, deux amis de l'enfance, Lancaster et licll, cherchaient paisiblement, en Angleterre, par des méthodes nouvelles, à faire participer à l'instruction primaire le plus grand nombre possible d'enfants du peuple .

Ces méthodes, que la guerre avait empêchées de pénétrer en France, y furent introduites au rétablissement de la paix, en 1814. Adoptées avec enthousiasme par les amis de l'instruction populaire, qui voyaient en elles le moyen d'instruire à peu de frais et rapidement un grand nombre d'enfants, elles furent non moins vivement combattues par ceux qui, à cette époque surtout, croyaient plus utile de restreindre que d'étendre l'instruction donnée au peuple. La lutte ne tarda pas à s'envenimer, et l'on vit bientôt le pays se diviser en partisans ou en

(1) Voir la rue de la Pompe.

150 HISTOIRE DE VERSAILLI:.».

ennemis de V enseignement mutuel, comme on le vit plus tard se diviser en ultras et en libéraux. Versailles n'échappa point à cette lutte générale. Une association pour la propagation de la méthode d'enseignement mutuel s'y forma dans les commencements de l'aimée 1819, et rencontra, parmi ses plus violents adversaires, l'administration municipale elle-même. Enfin, grâce à sa persévérance et aux démarches incessantes de son président, M. de Jouvencel, elle parvint à foncier une école modèle, et à l'établir dans une salle du Grand-Commun, accordée par le roi Louis XVIII, un peu partisan de cette méthode qu'il avait vue fonctionner en Angleterre.

L'installation s'en fit le 27 janvier 1820.

Vers la même époque, on établit dans les bâtiments du Grand-Commun une école de musique d'après la méthode d'enseignement mutuel, et l'on y transporta l'Ecole publique de dessin, placée précédemment rue des Réservoirs.

En 1825, tout le Grand-Commun, sauf les salles où se trouvaient, sur la rue de la Chancellerie, les écoles que nous venons de nommer, fut donné à l'abbé Lœvenbruck, prêtre de la Congrégation des Missions de France, dont l'abbé Rauzan était le directeur, pour y fonder une institution d'enfants pauvres. Cette institution portait le nom de Saint-Joseph; elle fut placée sous la protection du duc de Bordeaux. L'année suivante, le directeur de cet établissement fit faire des travaux qui ôtèrent au Grand-Commun de son aspect monumental. Il fit enlever tout le comble du bâtiment, en changea la forme, et fit élever le petit étage au-dessus de la corniche principale. Des bruits injurieux contre la probité du directeur de cet établissement se répandirent à l'occasion de ces tra-

vaux : on l'accusait d'avoir fait des bénéfices considérables sur les plombs des combles et les immenses chenaux du Grand-Commun. Le Moniteur crut devoir répondre à ces bruits, et voici dans quels termes il le lit : « Depuis quelques années, un million avait été jugé nécessaire pour réparer le Grand-Commun, bâtiment trèsimportant et dans un tel état de dépérissement, qu'il fallait ou l'abandonner entièrement, ou y travailler sans délai. L'occupation de ce bâtiment pour le temps qui sera jugé convenable, a été demandée par un ecclésiastique estimable; son dessein était d'y former un établissement très-utile, destiné à y élever, pour une très-modique pension , des enfants peu aisés, et pour leur montrer différents métiers. Il s'est engagé à bien faire réparer cet édifice, à l'aide d'ouvriers qui sont à sa disposition, et par des arrangements ingénieux, pour la somme de trente et quelques mille francs. C'est ce qui a été fait. Ainsi, une très-grande économie a été opérée dans la dépense, un très-beau bâtiment a été restauré, et une très-bonne œuvre a été faite. » Telle fut la réponse du Moniteur. Elle ne satisfit personne et n'a jamais bien expliqué comment on avait pu, avec une somme de trente mille francs, exécuter une dépense évaluée un million ! Cette institution fut ensuite dirigée par l'abbé Bervange et cessa d'exister en 1830.

Jusqu'en 1832, l'hôpital civil recevait les soldats malades. A cette époque, le Gouvernement résolut de former à Versailles, séjour d'une nombreuse garnison, un hôpital militaire. On prit, pour l'établir, le Grand-Commun. Comme hôpital, ce bâtiment est assez bien choisi. Les quatre faces sont bornées au nord et à l'ouest par le Château ; au sud par la caserne des Bureaux de la Guerre

et l'hôtel des Postes , tandis qu'à l'est les constructions particulières de la rue des Récollets sont complètement * dominées par lui. Il est donc, par sa position, à l'abri des exhalaisons nuisibles, et l'air ainsi que la lumière peuvent y pénétrer de toutes parts.

L'hôpital se compose d'un rez-de-chaussée, où se trouvent placés tous les locaux destinés aux nécessités du service, tels que la pharmacie, les bureaux, cantine, dépense, magasins, etc., et de trois étages, où sont situées les salles des malades. Aux quatre angles du bâtiment, se trouvent les escaliers communiquant aux étages supérieurs.

Les salles sont, en général, petites, contenant au maximum vingt lits, réunis et espacés selon les prescriptions réglementaires. Celles qui régnent sur une même face de l'édifice communiquent directement entre elles, mais les quatre faces sont isolées par des vestibules. Toutes sont facilement accessibles à la lumière; le renouvellement de l'air y est entretenu par des fenêtres nombreuses, percées en regard les unes des autres, assez larges et assez hautes aux premier et deuxième étages, mais trop étroites et trop basses au troisième. Des ventilateurs ont été pratiqués au niveau du plancher, afin de chasser les exhalaisons qui s'amassent dans les couches inférieures de l'air; des châssis mobiles existent aux parties supérieures des fenêtres, afin de pouvoir assainir également les couches supérieures.

Les murs sont blanchis à la chaux, et leur épaisseur est telle que ni l'extrême froid ni l'extrême chaleur ne les pénètrent facilement.

Les latrines sont à une distance convenable des salles. Le système adopté satisfait à toutes les exigences d'hy-

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giène; c'est celui des fosses mobiles inodores. De gros tuyaux de conduite, partant dus trois étages, viennent aboutir au rez-de chaussée dans des tonneaux, avec lesquels ils sont soigneusement lûtes. On enlève les tonneaux tous les jours, pour les transporter immédiatement hors de l'établissement.

Les locaux destinés aux bains, à la buanderie, à la pharmacie, sont loin des salles de malades, auxquels ils pourraient nuire par les émanations qui s'en échappent dans certaines circonstances.

L'eau de cet hôpital est aujourd'hui de l'eau de Seine. On a mis à la disposition des convalescents l'ancien jardin des Récollets, auquel on se rend de l'hôpital par un pont dressé au-dessus de la rue des Récollets.

Jusqu'à présent le service des malades était fait entièrement par des infirmiers militaires; mais en 1867 on y a introduit des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui sont à la tète de ce service.

Cet établissement est fait pour recevoir huit cent soixante et onze soldats malades. Il renferme de plus une salle de vingt-trois lits pour les détenus, et une salle de dix lits pour les officiers. Neuf cents malades peuvent donc y recevoir les secours de la médecine et de la chirurgie, et le mouvement dans les temps ordinaires atteint rarement le chiffre de trois cents. En outre de la garnison de Versailles, les régiments casernes à Saint-Cloud, Rueil, Courbevoie, y envoient leurs malades, ainsi que le font , pour quelques affections particulières seulement, Saint-Germain, Rambouillet et l'Ecole de Saint- Cyr.

Depuis plusieurs années le Génie militaire fait exécuter des travaux de réparations à ce bâtiment. Ces répara-

tions, faites dans le goût de la construction primitive, lui rendront bientôt son premier aspect.

Paul Pellisson-Fontanier habita le Grand-Commun pendant son séjour à Versailles et y mourut le 7 février 1693.

Ami et défenseur du surintendant Fouquet, il fut renfermé à la Bastille à cette occasion. Tout le monde connaît l'histoire, devenue populaire, de l'araignée qu'il éleva dans cette prison, et qui fut chantée par Delille dans son poème de Y Imagination. Revenu plus tard dans les bonnes grâces de Louis XIV, il devint son historiographe.

Pellisson était né dans la religion protestante. En 1670, il fit son abjuration, entra dans le giron de l'Eglise catholique et ensuite dans les ordres. Chargé plus tard de la partie de la caisse des économats destinée à la conversion des hérétiques, il vint habiter Versailles. C'est dans cette fonction que la mort le surprit à l'âge de soixante-huit ans.

Sa mort rapide l'empêcha de recourir aux sacrements. 11 avait cependant communié quelques jours auparavant; il devait même se confesser le jour où il expira. L'esprit de secte ne manqua pas d'exploiter cette circonstance, et l'on répandit le bruit qu'il était mort dans les sentiments de sa première religion. Mlle de Scudéry, son amie intime depuis quarante ans, parvint à venger la mémoire de son illustre ami dans une foule d'écrits et de lettres adressés aux plus grands personnages de cette époque. Voici la lettre qu'elle écrivait quelques jours après la mort de Pellisson à Godeau, évêque de Vence, et qui donne quelques détails sur la manière dont il mourut :

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« N'attendez aujourd'hui que des larmes et des plaintes, monsieur, car la perte que j'ai faite est si grande et la douleur que j'en ai si vive, que rien ne la peut égaler ni exprimer. On peut dire sans flatterie que le roi y perd le plus zélé de ses sujets, le siècle un grand ornement, les belles-lettres un grand éclat, tous ses amis une àme héroïque et la religion un grand défenseur. Mais je crois perdre plus que. tout cela ensemble : car un ami de quarante ans de ce mérite-la, qu'on a connu dans la bonne et dans la mauvaise fortune, et trouvé toujours également digne d'admiration dans l'une et dans l'autre, est une perte que nulle autre ne peut égaler.

« Chacun a eu toute la surprise qui la pouvait faire sentir d'une manière plus dure ; car M. de Pellisson n'avait pas de fièvre, il dormait assez bien, il n'a pas gardé le lit un seul jour. 11 fut à la messe le dimanche gras, et le jour de la Vierge il écrivit au cardinal Janson une lettre de consolation sur la mort de sa sœur, qui était mon amie, et une au gouverneur de Philippeville pour le remercier des bons offices qu'il avait rendus à un de mes amis.

«Je vous dis tout cela, monsieur, pour vous faire connaître qu'il ne croyait pas mourir. 11 m'écrivait tous les jours l'état de son mal; mais lui ayant un peu empiré le vendredi au soir, il prit la résolution de se confesser le lendemain au matin et de recevoir Notre- Seigneur. 11 s'endormit tout habillé dans sa chaise. Mais ses gens trouvant son dormir trop long et trop fort, le réveillèrent; mais, hélas 1 il avait perdu connaissance, et mourut quatre heures après sans nulle violence. De sorte, monsieur, que sa maladie fut courte et la mort subite.

L'innocence de sa vie et un nombre innombrable de bonnes œuvres ne mettent pas ceux qui l'ont connu en peine de son salut ; mais un faux, dévot et de malins esprits suscités par l'enfer ont essayé de ternir la conversion la plus parfaite qui ait jamais été, et de répandre un grand bruit que ce qui l'avait empêché de se confesser, c'est qu'il était encore huguenot. Ce bruit si faux et si malin m'a donné beaucoup de peine pour défendre cet illustre ami dans la plus noire calomnie qui fut jamais. Grâces à Dieu, le roi et tous les gens sages ne l'ont pas cru. J'écrivis à madame de Maintenon, à M. le Chancelier, à M. Le Pelletier, à M. de Meaux, une lettre de quinze pages. Je vous enverrai l'ordinaire prochain une copie de sa réponse. Ce grand Evoque, le R. P. de la Chaise, tous les ii 11

Jésuites des trois maisons de Paris et enfin tous les honnêtes gens lui ont rendu justice; et j'ai trouvé une preuve incontestable pour sa foi sur le mystère de l'Eucharistie, et pour sa dévotion au Saint- Sacrement. On a trouvé parmi ses papiers de Versailles un traité qu'il faisait de ce mystère et qu'il espérait faire imprimer à Pâques. On l'a porté à M. de Meaux, et ses calomniateurs commencent d'être honteux de leur calomnie.

« On lui a fait un service à Versailles où il est enterré, un à l'abbaye de Saint-Germain où il y eut grand monde; l'Académie en fit dire un hier aux Billettes, où les plus illustres académiciens se trouvèrent, et l'Académie de Soissons en doit aussi faire cire un. J'aurais cent choses à vous dire, monsieur, mais les larmes m'aveuglent et la douleur me suffoque.

«Le 21 février 1693 (1). »

Outre ses discours au roi en faveur de Fouquet, tribut d'amitié dont le style est noble, abondant, animé, et que Voltaire a justement placés dans le Temple du goût, Pellisson a écrit d'assez nombreux ouvrages d'histoire, de littérature et plusieurs autres traitant de matières religieuses écrits à Versailles : comme le traité de l'Eucharistie, Prières au Saint -Sacrement, etc. (2).

Pellisson fut enterré dans la vieille église, rue Sainte- Geneviève, près celle de Notre-Dame. L'acte de décès, inscrit sur les registres déposés à la mairie de Versailles, est ainsi conçu :

« Messire Paul Pellisson-Fontanier, chevalier-conseiller du roy en tous ses conseils ; maître des requestes ordinaires de son hôtel, abbé de l'abbaye de Gimond, diocèse d'Auch, âgé de soixante et huit ans, étant décédé en cette paroisse, le jour d'hier, septième février mil six cent quatre-vingt-treize, a esté inhumé dans le chœur de notre ancienne église, ce j'ourdhuy huitième du dit mois et an, par moi soussigné supérieur de la maison de la Congrégation de la

(1) Historiettes de Tallemant des Réaux ; édition Monmerqué et P. Paris.

(2) Voir VElude sur la vie et les œuvres de Pellisson, par F. L. Marcoc.

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mission de Versailles et cure du mesme lieu, en présence de Mgr Germain de Fauvrc-Ferrier, abbé de Saint-Vivant, et de Charles-François Fénot, commis du dit feu Pellisson, et de François Barril, maistre d'hostel du dit S. Pellisson, qui ont signé. « De Fauvre-Ferrier. — Barril. — Fénot. — Hébert, curé. »

Joseph Lieutaud, premier médecin du roi Louis XVI, habitait le Grand-Commun, et y est décédé le 11 décembre 1780.

Lieutaud est né à Aix en Provence, le 21 juin 1730. Il était le plus jeune de douze enfants. D'une constitution délicate, il fut remis de bonne heure aux soins de son oncle, Pierre Garidel, médecin et botaniste célèbre. Constamment en rapport avec ce savant botaniste, le jeune Lieutaud ne tarda pas à se livrer à l'étude des plantes. Ses nombreuses herborisations, tout en l'instruisant, fortifièrent son tempérament. Reçu docteur à la faculté d'Aix, il obtint la survivance des chaires de son oncle, et fut chargé de continuer la description de l'histoire naturelle de la Provence, commencée par Garidel. Nommé bientôt médecin de l'Hôtel-Dieu de la ville d'Aix, il délaissa un peu la botanique pour se livrer avec ardeur à l'étude de l'anatomie. Cette nouvelle étude devint pour lui une véritable passion, et il ne tarda pas à devenir l'un desanatomistes les plus célèbres du xvme siècle. Les mémoires de l'Académie des sciences contiennent les nombreux travaux qu'il envoya à cette société savante. Il publia aussi, pendant son séjour à. Aix, deux ouvrages, l'un sur l'anatomie, sous le titre d'Essais, et l'autre sur la physiologie, sous celui de Elementa physiologiœ.

Quoique éloigné de Paris, Lieutaud était en rapport continuel avec les savants les plus distingués de la capitale. Sénac, alors premier médecin du roi, avait été en

communication avec lui pour quelques travaux scientifiques. Désirant rapprocher de la cour un homme aussi distingué, il le fit nommer médecin de l'infirmerie royale de Versailles, en 1750.

A Versailles comme à Aix, Lieutaud continua ses travaux. Ses découvertes anatomiques et ses intéressantes observations continuèrent d'enrichir les mémoires de l'Académie des sciences. Tant de zèle et de travaux attirèrent sur lui les regards de la cour. En 1755, il est nommé médecin des enfants de France, et à peine Louis XVI est-il monté sur le trône, qu'il le fait son premier médecin. Déjà membre de l'Académie des sciences dès 1752, « la faculté de médecine de Paris, qui connaissait depuis longtemps le mérite profond et modeste de Lieutaud, voulut lui donner une marque de son estime en plaçant son nom parmi ceux de ses docteurs régents; et la société royale de médecine, non moins jalouse de lui prouver sa déférence, nomma des commissaires pour lui offrir le titre de président, qu'il accepta et qu'il a conservé jusqu'à sa mort (1). »

Quoique d'une constitution délicate, Lieutaud avait constamment joui d'une bonne santé, lorsque, le 6 décembre 1780, il fut atteint d'une fluxion de poitrine qui l'enleva en cinq jours. Le roi, qui avait une grande affection pour son premier médecin, voulut que ses obsèques fussent dignes de cet illustre savant, et son corps fut inhumé dans l'ancienne église, près Notre-Dame de Versailles.

Lieutaud avait hérité de la bibliothèque de Garidel, à la mort de son oncle arrivée en 1737. Il la transporta à

(1 ) Eloge de Lieutaud, par VicQ-d'AzvR.

MJE DE LA BIIILIOTIIÈQUE. 1G5

Versailles, lorsqu'il vint se fixer dans cette ville, et l'augmenta de tout ce que la science et même les lettres avaient produit de plus remarquable chez les anciens et chez les modernes. Cette riche collection attira l'attention de Monsieur, depuis Louis XVIII. Ce prince ami des lettres offrit à Lieutaud un prix considérable de sa bibliothèque. Par un acte de délicate générosité, tout en la lui achetant, il ne voulut pas en priver le savant et *ui en laissa la jouissance. A la mort de Lieutaud, cette bibliothèque fut transportée du Grand-Commun qu'il habitait, dans les appartements de Monsieur, au château. Toute la partie médicale de cette collection forme aujourd'hui le plus grand fond des livres de médecine de la bibliothèque de la ville de Versailles.

N03 3 et 5. — Caserne des Bureaux de la Guerre et hôtel de la Bibliothèque de la ville.

Nous avons déjà dit que la rue de la Surintendance occupe une partie du terrain sur lequel était placé l'ancien Versailles. Louis XIII avait fait construire une orangerie au pied de son palais, à l'endroit même où est aujourd'hui la Petite Orangerie. Entre cette orangerie, l'église de Saint-Julien, remplacée plus tard par le Grand- Commun, et les habitations du bourg de Versailles, se trouvait un assez grand espace sans culture. Ce fut là que Louis XIII fit établir son Potager. Ce Potager fut aussi celui de Louis XIV, jusqu'au moment où les agrandissements du château et les rues projetées de la nouvelle ville ne permirent plus de le conserver. Envahi par les rues de la Surintendance et des Récollets, il n'y avait plus, comme souvenir de son ancienne existence, qu'un terrain destiné d'abord au Commun de la reine, resté

depuis sans destination, et sur lequel on avait construit quelques baraques.

Sous Louis XV, on sentit la nécessité de réunir à Versailles les archives complètes des divers ministères, afin de faciliter la prompte terminaison des affaires. Un grand nombre de bureaux occupaient déjà plusieurs hôtels. Ces bureaux, séparés les uns des autres, étaient fort incommodes, et il leur devenait très-difficile de pouvoir correspondre entre eux. L'ingénieur Berthier, père du prince de Wagram, proposa alors au duc de Choiseul et au maréchal de Belle-Isle, ministres des affaires étrangères et delà Guerre, de réunir ces bureaux dans des bâtiments spéciaux. Son projet fut agréé, et l'on éleva sur l'ancien terrain du Potager de Louis XIII deux grands hôtels, destinés aux ministres de la guerre, des affaires étrangères et de la marine. L'hôtel de la Guerre fut commencé en 1759 et celui des Affaires étrangères en 1761.

Ces deux hôtels furent élevés sur les plans de Berthier. Comme il s'agissait d'y placer de précieuses archives, il ne fit entrer dans leur construction que des matériaux incombustibles. Tous les plafonds sont faits en voûtes plates composées de fer et de briques, et les murs, fort épais, sont revêtus de briques à l'intérieur. Le 26 juin 1762, le roi, accompagné du dauphin, vint pour la première fois visiter l'hôtel de la Guerre. Pendant que Louis XV se promenait dans les diverses parties de l'édifice, Berthier, voulant lui montrer la bonté du système qu'il avait employé pour sa construction, fit mettre le feu à une masse de bois et de paille accumulée dans une des salles. Le feu consuma entièrement ces matériaux sans se communiquer aux autres points du bâtiment, et le roi félicita l'ingénieur sur la réussite de cette expérience.

La porte de l'hôtel de la C.uerre est décorée de trophées et d'ornements militaires. L'espèce de niche accompagnée de deux pilastres rustiques d'ordre dorique, que Ton voit au fond de la cour, était ornée autrefois de divers sujets en bronze, représentant les faits mémorables des campagnes de Louis XV. Le grand salon de cet hôtel était décoré de tableaux de batailles et de sièges des règnes de Louis XIV et de Louis XV, peints par Lenfant et Cozette.

Jusqu'à la Révolution, cet hôtel renferma les différents bureaux et dépôts du ministère de la guerre. Depuis cette époque on en a fait une caserne d'infanterie, connue sous le nom de caserne des Bureaux de la Guerre. Cette caserne est disposée pour contenir quatre cent soixantequinze hommes.

L'hôtel des Affaires étrangères et de la Marine est contigu à celui de la Guerre, et communiquait à celui-ci. Ces deux hôtels, dans le plan de Berthier, ne formaient qu'une portion du projet général de réunion des minitères.

Les figures et les emblèmes de la porte de l'hôtel des affaires étrangères se rapportent à la politique générale et aux relations extérieures.

Les divers étages de ce bâtiment étaient consacrés à différents services. Dans l'étage le plus inférieur il y avait des ateliers d'imprimerie; au-dessus se trouvait le dépôt des Affaires étrangères ; le premier et le deuxième étage renfermaient-les bureaux de la marine; le troisième, le dépôt général de la marine; et sous les combles était le dépôt des machines de guerre ; plus tard on y transporta les ateliers d'imprimerie de l'étage inférieur.

Louis XV vint, en 1768, visiter l'hôtel des Affaires étrangères, comme il avait visité quelques années avant

celui de la Guerre. A cette visite se rapporte l'anecdote racontée par Firmin Didot dans son Essai sur la Typographie. Au moment où le roi entrait dans les ateliers d'imprimerie, une magnifique paire de lunettes placée sur une presse frappa son attention. Pour les essayer il prit un petit papier : c'était son Éloge ; mais dès la première ligne il s'arrêta, et, retirant les lunettes, il dit : « Elles sont trop fortes et grossissent trop les objets. » Par arrêt du Conseil d'État du 22 mai 1775, cette imprimerie fut supprimée et réunie à l'imprimerie Royale.

Le dépôt des Affaires étrangères était placé dans le local de la Bibliothèque actuelle de la ville. Ces archives occupaient dix grandes salles, couvertes d'armoires dorées et ornées de peintures représentant les principales capitales de l'Europe, exécutées par Van-Blarenberghe, en 1770. On y voit le Vatican et Saint-Pierre de Rome, Varsovie, Turin, Gênes, Berlin, Vienne, Naples, Madrid, Londres, Lisbonne, Constantinople et Parme. Dans la salle du milieu, portant le nom de Salle des Traités, on avait placé une large table de marbre incrustée dans le sol, autour de laquelle se réunissaient les ambassadeurs pour la signature des traités. Sur cette table furent signés : le traité du 15 mai 1768, par lequel le sénat de Gênes cédait à la France le royaume de Corse, avec ses forteresses, son artillerie et tous ses équipages de guerre; celui du 6 février 1778, entre la France et les États-Unis d'Amérique, signé, pour la France, par le secrétaire du Conseil-d'État Gérard, depuis Gérard de Rayneval, par Benjamin Franklin, Silas Deane et Arthur Lée, traité d'alliance par lequel la France reconnaissait officiellement l'indépendance des États-Unis; et enfin le fameux traité du 3 septembre 1783, dont les préliminaires fu-

rent signés dans le môme lieu, le 20 janvier de la môme année, qui était l'acte de reconnaissance de l'indépendance américaine par l'Angleterre elle-môme.

La garde nationale versaillaise s'assembla pour la première fois, le 30 septembre 1789, dans les cours des hôtels de la Guerre et des Affaires étrangères.

Les États-Généraux étaient réunis. Paris parlait d'envoyer un poste d'honneur de sa milice à l'Assemblée nationale. La municipalité et les bourgeois de Versailles firent demander au roi, par l'entremise du prince de Poix, gouverneur de la ville, l'autorisation de former une milice nationale, chargée de fournir une garde d'honneur à l'Assemblée. Le 2k juillet 1789, le roi accorda cette autorisation. Les citoyens de Versailles se réunirent pour procéder à l'élection de leurs chefs, et le 3 septembre de la môme année, le comte d'Estaing, encore tout couvert de la gloire de ses campagnes navales contre les Anglais , fut nommé commandant en chef ; le comte de Gouvernet, commandant en second ; Berthier fils, depuis prince de Wagram, qui venait de servir, en Amérique, sous Rochambeau, major général ; Lecointre et le Roy, lieutenants-colonels.

Berthier père et fils, tous deux gouverneurs des hôtels de la Guerre et des Affaires étrangères, logeaient dans ces hôtels (1). Le 30 septembre, la garde nationale vint s'y réunir pour la bénédiction des drapeaux.

La reine avait donné un drapeau à chaque division ; ces drapeaux étaient sans ornements. Berthier père sollicita la permission de faire mettre les armes et le chiffre de la reine sur le drapeau du quartier Notre-Dame, les

(1) La place de gouverneur de ces hôtels fut supprimée par une loi décrétée le 11 mars 1791.

armes et le chiffre du dauphin sur celui du quartier Saint-Louis, les autres drapeaux portant déjà d'un côté les armes du roi avec cet exergue : la Loi et le Roi , et sur le revers, les nouvelles armes de la ville avec ces mots : Garde nationale de Versailles.

La demande de Berthier avait été faite le lendemain de la réception des drapeaux ; mais avant que la réponse lui fût transmise, les événements avaient marché; les journées des 5 et 6 octobre avaient eu lieu, et la reine n'était plus à Versailles. Enfin le 11 octobre, le comte d'Estaing-, à Paris avec le roi, écrivit à Berthier la lettre suivante :

« J'ai eu l'honneur, Monsieur, de mettre hier sous les yeux de la reine la demande que vous m'avez chargé de faire au sujet de la peinture des drapeaux dont S. M. a honoré la garde nationale de Versailles. Votre proposition est aussi approuvée que l'exactitude et la promptitude avec lesquelles vous aviez fait exécuter les ordres de la reine lui ont été agréables. J'aurais désiré être autorisé à la démarche que j'ai faite par une délibération de la municipalité et de l'assemblée des capitaines et officiers de l'état-major. J'ai laissé apercevoir la proposition comme venant de vous. Mais cependant, sous ce dernier point de vue, la façon de penser de tous ceux dont j'ai pris sur moi d'être l'organe m'est trop connue, pour douter de l'empressement avec lequel ils inscriront sur leurs registres une formalité qui est déjà encore mieux gravée dans tous nos cœurs.

« La reine désire, Monsieur, que les armes et le chiffre du roi soient sur les trois drapeaux et à la première place. L'intention de S. M. est qu'autour de son chiffre, à elle, il y ait une inscription qui indique qu'elle se plaît à être appelée la première citoyenne de la France. L'autre côté des drapeaux doit être comme celui des drapeaux de couleur, et aux armes que la ville a adoptées.

« Je vous prie de faire soumettre par M. votre fils, et de ma part, à l'assemblée des capitaines et de l'état-major, ainsi qu'à la sanction de la municipalité, l'idée d'ajouter un mot à celui de citoyenne, qui indique ce que j'ai entendu dire par la foule des patriotes qui

HOB I>E LA JlIlîUOTHÈQUE. 174

voyaient S. M. caresser ses augustes enfants. Ces honnêtes et respectables citoyens se réjouissaient d'avoir dans leur reine une aussi bonne mère ! ne. pourrait-on pas mettre autour du chiffre qui exprime Marie-Antoinettet après les mots : première citoyenne, — et la meilleure des mères ?

« La lecture de ma lettre à l'Assemblée ne doit avoir lieu qu'après que M. le comte de Gouvcrnet et que MM. les lieutenants-colonels en auront été prévenus. Tout ce qui prouve la conservation des bontés de la famille royale, et ce qui est annoncé par le fds de celui qui nous a donné nos drapeaux, augmente d'intérêt dans un moment où les consolations sont si nécessaires.

« Estaing. »

Cette proposition fut adoptée avec acclamation par la municipalité et par la garde nationale, et l'on vit briller sur les drapeaux versaillais, autour du chiffre de la reine, cette devise : Première citoyenne, et la meilleure des mères.

Le séjour de Louis XVI à Paris rendait inutile l'établissement des ministères à Versailles, et par suite de leur départ, les hôtels de la Guerre et des Affaires étrangères restèrent vides. On laissa cependant dans une partie des bâtiments de ce dernier hôtel, les archives des colonies, dont l'établissement remontait à l'année 1776 (1).

Par son décret du 22 décembre 1789, l'Assemblée constituante avait divisé chaque département en districts, et les districts en cantons. L'administration du district de Versailles fut établie dans les bâtiments des hôtels de la Guerre et des Affaires étrangères, au mois de frimaire an II (octobre 1793), par arrêté du représentant Delacroix, en mission à Versailles.

(1) Edit du Roi, de juin 1776, portant établissement à Versailles d'un dépôt des papiers publics des Colonies. — Recueil d'arrêts. — Bibl. de Versailles.

En 1799, on plaça dans l'hôtel des Affaires étrangères un des établissements les plus intéressants et les plus utiles pour la ville.

Avant la Révolution de 1789, Versailles n'avait point de bibliothèque publique. En 1793, lorsque l'on confisqua tout ce qui appartenait aux princes ou aux émigrés, plus de deux cent mille volumes imprimés ou manuscrits furent réunis dans les salles du château. La plus grande partie de ces volumes, ainsi que les objets d'art et de curiosité provenant de la même origine, ont été portés à Paris , et tout aurait probablement disparu de Versailles, si une .heureuse institution n'avait donné naissance à la belle collection appartenant aujourd'hui à la ville.

La Convention nationale, par la loi du 7 ventôse an III (25 février 1795), créa dans chaque département des écoles centrales pour l'enseignement des sciences, des lettres et des arts, et arrêta qu'il y aurait auprès de chacune de ces écoles une bibliothèque publique, un cabinet d'histoire naturelle et un cabinet de physique. Versailles fut choisi pour y établir l'école centrale du département de Seine-et-Oise, et l'on prit parmi les livres et les curiosités accumulés dans le château, de quoi former une bibliothèque et un cabinet d'histoire naturelle et de physique.

La bibliothèque fut d'abord placée dans l'aile du midi du palais; puis, en 1799, elle fut transportée dans les salles occupées avant la Révolution par les archives des Affaires étrangères.

Environ 30,000 volumesla composaient à cette époque. Les ouvrages dont elle était formée, venus presque tous des bibliothèques du roi et des princes, étaient non-

seulement remarquables par leurs belles reliures, mais encore par la beauté et la rareté des éditions.

La bibliothèque devint la propriété de la ville en 1804, lors de la destruction de l'école centrale. L'accroissement pris par ce bel établissement tient, d'une part, au crédit alloué par le Conseil municipal pour achat de livres, et de l'autre aux envois d'ouvrages faits par les différents Ministères, envois devenus plus nombreux à mesure que la bibliothèque a pris une plus grande importance, et aux dons particuliers qui, eux aussi, ont augmenté en raison de la fréquentation d'un plus grand nombre de lecteurs.

Malgré les dix grandes salles formant autrefois les archives des Affaires étrangères, la bibliothèque commençait à devenir trop petite, et ne pouvait plus suffire au dépôt des livres qui s'y accumulaient constamment. Grâce ■eux soins attentifs de l'administration et du conseil municipal, sept nouvelles salles ont été ajoutées aux dix anciennes.

Ces nouvelles salles sont situées au premier, et communiquent aux anciennes à l'aide d'un escalier placé dans l'une d'elles. Elles renferment, outre les 6,000 volumes légués à la bibliothèque par feu M. Pernot, la collection des cartes de Louis XVI, et une riche collection musicale, peut-être unique dans sa composition, puisqu'elle contient une grande partie des œuvres dramatiques et religieuses des compositeurs français, depuis Louis XIV jusqu'à nos jours. De plus deux salles sont consacrées, l'une à l'archéologie et l'autre à l'ethnologie. Dans la première se trouvent des objets de prix, tels que crosses d'abbesses du xive siècle, en vermeil et en argent, ceintures en même métal, coupes, aiguières, etc., de la même époque; dans

la seconde, des armes, des bijoux, des vêtements, etc., des peuples sauvages de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océanie. Tous ces objets, faisant autrefois partie d'une collection formée par M. de Serrent, pour l'éducation des ducs d'Angoulème et deBerry, sont renfermés dans de très-belles armoires dorées.

La bibliothèque de la ville de Versailles contient aujourd'hui plus de 60,000 volumes. Elle est ouverte tous les jours, de onze à quatre heures, les dimanches et fêtes exceptés, et elle entre en vacances du 20 août au 1er octobre. Pour faciliter sa fréquentation aux ouvriers et aux employés qui ne peuvent y venir dans la semaine, on a essayé depuis le 1er janvier 1867 de l'ouvrir le dimanche.

Quoique les Ministères fussent retournés à Paris après le départ de Louis XVI, les archives des colonies, dépendant du ministère de la marine, étaient toujours restées à Versailles, dans les bâtiments de l'hôtel des Affaires étrangères et de la Marine, jusqu'en 1838 ; celte même année elles furent définitivement transportées à Paris. La Ville s'empressa de faire l'acquisition de l'hôtel qu'elles venaient de quitter, où se trouvait déjà placée sa bibliothèque, et lui donna le nom d'hôtel de la Bibliothèque.

Ce vaste bâtiment lui permit alors d'y placer diverses institutions municipales : le Mont-de-Piété, fondé par décret du 31 mai 1807 ; — la Caisse d'épargne, autorisée par ordonnance du 26 mai 1833; — une Ecole des beauxarts ; — un Cours de géométrie et de mécanique; — et un Cours de dessin pour l'ornementation. Enfin, la société d'Agriculture, — les sociétés des Sciences naturelles et médicales, — des Sciences morales, — et d'Horticulture de Seine-et-Oise, y occupent chacune un local.

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En 1842 on relit à neuf, sous la direction de l'arcliilecte Paris et dans le style de la construction primitive, la façade de la Bibliothèque sur la rue.

N°7. — Ancien hôtel de Mademoiselle sous Louis XIV.

Cet hôtel fut bâti, en 1682, par mademoiselle de Monlpensier, fille de Gaston frère de Louis XIII. A sa mort, arrivée en 1693, il passa, ainsi que ses autres biens, entre les mains de Monsieur, duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

En 1699, le duc d'Orléans acheta de la veuve de Charles Colbert, marquis de Croissy, tous les bâtiments et terrains entourant cet hôtel, et toute cette propriété passa par succession à la famille d'Orléans. Elle portait le nom de Pavillon cl Orléans.

En 1792, le duc Louis-Philippe-Joseph [Egalité), obligé, par suite d'un concordat avec ses créanciers, à mettre en vente des fonds et des immeubles jusqu'à concurrence de son passif, vendit cette propriété, le 7 avril, à M. Bernard Lamarque, chirurgien à Versailles, pour la somme de 70,300 livres.

Dans cette maison est mort, le 30 mai 1858, le comte Charles de Bombelles , né à Versailles le 6 novembre 1784.

Fils du marquis de Bombelles, qui fut successivement soldat, diplomate, et mourut évoque d'Amiens en 1822, le comte de Bombelles suivit son père en émigration, prit du service en Autriche, et, au retour des Bourbons en France, fut appelé par le roi Louis XVIII au commandement du 5e régiment d'infanterie légère. Après la révolution de 1830, il se retira en Italie.

« La haute naissance du comte de Bombelles, dit un

de ses biographes (1), et son mérite bien connu de M. de Metternich, lui valurent d'être nommé grand-maltre de la Cour et de la maison de l'archiduchesse Marie- Louise^). Ce titre, en lui conférant sa haute position dans les duchés, lui imposait le devoir d'être continuellement auprès de la princesse, de l'assister de ses conseils dans toutes les circonstances ; d'être chargé de la haute direction de la Cour, de la maison et de toutes les affaires politiques, militaires et administratives des duchés; en un mot, d'être le dépositaire de l'autorité souveraine. » Mission qu'il remplit avec un grand dévouement.

Après la mort de Marie-Louise, M. de Bombelles revint en France, et dans ses dernières années se fixa à Versailles, où il était né et où il mourut.

LT N° 9. — Petit Séminaire.

C'était autrefois l'hôtel de la Surintendance des bâtiments. Dans la distribution des terrains de Versailles, celui occupé par cet hôtel avait été primitivement donné au duc de Mortemart; mais depuis le séjour du roi à Versailles, l'ancienne Surintendance, dont nous allons parler, étant devenue beaucoup trop petite pour les besoins du service, Louis XIV reprit ce terrain au duc de Mortemart, avec indemnité, et fit construire, en 1683, cette nouvelle Surintendance.

Pendant tout le temps qu'il fut surintendant des bâtiments, Mansart habita cet hôtel.

11 existait autrefois dans ce bâtiment une galerie dans laquelle on déposait, pendant l'hiver, la plupart des ta-

(1) Notice sur l'administration de M. le comte de Bombelles, par Chaillot.

(2) L'ancienne impératrice des Français était alors duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla.

bleaux des appartements du château, ces tableaux étant remplacés dans cette saison par les tapisseries des Gobelins. Cet hôtel renferme aujourd'hui le petit séminaire diocésain.

On y a ajouté une chapelle bâtie sur les dessins de l'architecte Douchain.

Pendant tout le cours de la révolution, Mme d'Angiviller habita cet hôtel, et elle y est morte en 1808.

Mme d'Angiviller avait épousé en premières noces M. de Marchais, premier valet de chambreduroiLouisXV. Elle était jolie et avait beaucoup d'esprit. Elle était très-aimée de Mme de Pompadour, faisait partie de sa société intime et était l'une des actrices les plus intelligentes de la troupe qu'avait formée la maîtresse du roi, pour jouer dans les petits appartements. Plus tard Mme de Marchais se retrouve encore jouant avec son mari sur le théâtre que le comte de Clermont avait établi dans son château de Berny.

En parlant des différentes personnes qui composaient la troupe de Berny, voici ce que dit de Mme de Marchais M. Jules Cousin, dans son ouvrage sur le comte de Clermont :

« Quant à M. et Mme de Marchais, trois mémorialistes, Mme Cam pan, Marmontel et Suard, se disputeront l'honneur de nous les présenter.

« J'ai beaucoup vu dans ma jeunesse, dit la première, Mme de Marchais, femme du premier valet de chambre du roi ; c'était une personne fort instruite et qui avait les bonnes grâces de Louis XV, étant parente de Mme de Pompadour. M. de Marchais, riche et fort considéré, avait servi, était chevalier de Saint-Louis et réunissait à la charge de premier valet de chambre le gouvernement du Louvre. » Mme de Marchais était étonnamment petite; elle avait un pied de poupée et une tête énorme, ornée des plus beaux cheveux II 12

cendrés que l'on pût voir ; ajoutez à ces agréments infiniment d'esprit, une instruction étendue, beaucoup de goût et d'entregent, et vous comprendrez sans peine que cette dame ait disputé à Mme Geoffrin, à Mme Doublet et à la marquise de Lambert, la dictature officieuse de la république des lettres et la conciergerie de l'Académie française. Elle avait été pendant quinze ans la trèsimpérieuse maîtresse de M. d'Angevillc, nommé en 1774 directeur des bâtiments du roi, et devint un beau jour sa très-soumise épouse, quand la mort de M. de Marchais la laissa libre de disposer de sa main. Selon la coutume des femmes en général, et des muses en particulier, elle ne sut pas vieillir et lutta contre les ravages du temps avec une énergie désespérée. « Elle vivait encore à Versailles dans les premières années du règne de Napoléon, ajoute Mme Campan, mais ne sortait plus de son lit; elle avait conservé son goût pour la parure, et était, quoique couchée, frisée et coiffée comme ou l'était vingt ans auparavant. Une prodigieuse quantité de blanc et de rouge ne laissait voir à la faible clarté de jalousies baissées et de 1 idéaux tirés par-dessus, qu'une espèce de poupée dont les discours étaient encore pleins de charmes et d'esprit. »

CÔTÉ DROIT

N° 2. — Grands bâtiments dépendant du palais, construits par Mansart, en 1678; ils servent aujourd'hui de logements aux employés du château. Autrefois un grand escalier en pierre, abattu lors de l'établissement du musée historique, partait de la porte d'entrée faisant face à celle de l'Hôpital militaire, allait jusqu'au premier étage de l'aile du château donnant sur la cour, et ouvrait dans la galerie de cette aile. C'était l'escalier de communication du Grand-Commun au château. Le service de la Bouche se faisait par là. Les plats préparés dans les cuisines du Grand-Commun étaient portés par cet escalier dans un réchauffoir placé près de la salle à manger, et ensuite servis sur la table du roi et des princes.

N° k. — Entrée delà cour du pavillon de Monsieur.

Sous Louis XIV, c'était le logement de la surintendante de la Maison de la reine. Sous Louis XVI, ce pavillon était habité par Monsieur, depuis Louis XVIII. De là le nom de pavillon de Monsieur.

Au bas de ce pavillon, sur la cour, se trouve l'entrée d'une galerie communiquant avec les appartements du château. Une triste histoire arrivée en ce lieu, en 1762, montre à quel degré d'aberration peut arriver l'esprit de l'homme tourmenté par des idées ambitieuses.

Le C janvier, jour des Rois, un garde-du-corps de service au château, nommé Lachaux, de la compagnie de Luxembourg, est trouvé baigné dans son sang et frappé de plusieurs coups d'une arme tranchante, à l'extrémité de la galerie. On l'interroge sur la cause de ses blessures. 11 raconte alors que deux inconnus sont venus le trouver pour lui proposer de les faire entrer au grand couvert; qu'il leur fit d'abord observer qu'ils n'étaient pas dans une tenue convenable pour y être admis. Qu'ayant cependant insisté, et lui ayant fait entrevoir une récompense considérable, s'il satisfaisait leur désir, cela les lui avait rendus suspects. Que dans le dessein de les faire arrêter, il les avait engagés à le suivre, en leur disant qu'il allait tâcher de les contenter; mais que ces inconnus, pénétrant ses intentions, s'étaient jetés sur lui et l'avaient mis dans l'état où on le trouvait. A la première nouvelle de cet événement, tout fut en alarme dans Versailles et dans Paris. On rechercha partout les coupables, et plusieurs personnes furent arrêtées. On voyait déjà dans cette aventure le renouvellement de l'attentat de Damiens. Toutefois, le garde du corps, pressé de questions sur toutes les circonstances de cette mystérieuse attaque, n'était pas toujours d'accord avec lui-même. Eufin, embarrassé

d'expliquer certaines invraisemblances de son récit, il finit par avouer qu'ilavait imaginé cette fable pour se faire un mérite de sa vigilance, et qu'il s'était mis lui-même dans l'état où il fut trouvé, pour donner plus de vraisemblance à ses paroles et s'attirer des faveurs d'autant plus grandes qu'on aurait cru échapper à un plus grand danger.

C'était là sans doute une cruelle comédie, qui méritait d'être sévèrement punie; mais la punition qu'elle reçut était-elle vraiment en rapport avec la faute ? et ne valaitil pas mieux pardonner cette espèce de folie que de déployer une rigueur excessive et, on peut le dire, inutile?

Traduit devant le tribunal du Châtelet de Paris, il fut, par jugement du 27 janvier, condamné à faire amende honorable au parvis Notre-Dame, devant le Louvre et devant l'Hôtel-de-Ville , et à être roué en place de Grève , après avoir été préalablement appliqué à la question. Dans l'arrêt d'appel que rendit quelques jours après la chambre de la Tournelle, la peine fut un peu amoindrie , et comme il était gentilhomme , au lieu d'être roué, il fut pendu. La condamnation fut exécutée le 4 février, et lorsqu'il fit les trois amendes honorables, il portait sur un écriteau, placé devant et derrière lui, ces mots : fabricateur d'impostures contre la sûreté du roi et la fidélité de la nation. Si pareille loi existait encorej aujourd'hui, que de morts nous aurions vues depuis un demi-siècle !

N° 6. — Pavillon dépendant du château.

Ce pavillon est Y ancien hôtel de la Surintendance des bâtiments du roi, construit en 1670; c'est l'une des plus anciennes maisons de Versailles. Cet hôtel servait à

l'habitation des surintendants. Louvois y mourut en

La mort de Louvois fut un événement si important, et donna lieu à tant de commentaires, qu'on nous permettra de nous y arrêter quelques instants.

Depuis un certain temps, Louvois, jusqu'alors si puissant, baissait dans la faveur du roi, et tout le monde s'attendait à une disgrâce prochaine du ministre. C'est dans ces circonstances que, le 15 juillet 1691, il a, chez madame de Maintenon,une vive altercation avec Louis XIV. Cette scène est ainsi racontée, dans une note écrite par le duc de Luynes, sur le manuscrit de Dangeau (1) :

« Nous avons déjà vu ce qui s'était passé au siège de Mons, et le mauvais gré que le roi sut à M. de Louvois de trouver le prince d'Orange si près de lui. On prétendit aussi qu'il imputa à ce ministre la levée du siège de Çoni. Ajoutez à cela le bombardement de Liège, auquel le roi s'était opposé, parce que des ennemis de Louvois ou de bons citoyens avaient fait entendre à S. M. que son ministre entretenait la haine de ses voisins par les cruautés qu'il faisait éprouver partout. Il avait insisté sur le bombardement, qui se fit le 4 juin. Le roi avait déclaré précisément qu'il n'en voulait rien faire, et enfin ce ministre fut obligé d'avouer qu'il n'était plus temps de s'en dédire, parce que les ordres en étaient donnés. Cette explication se passait chez Mme de Maintenon. Le roi, qui d'ailleurs était mal disposé par ce que nous venons de dire, et parce qu'en général toutes les choses violentes lui répugnaient, fut indigné de tant de précipitation et lui laissa ;voir son ressentiment. M. de Louvois, qui n'était pas accoutumé à être contredit, au lieu de chercher à se justifier, répondit au roi assez brusquement et jeta son portefeuille sur la table du roi. Le roi se leva et prit sa canne. Mme de Maintenon, craignant l'effet de la colère de S. M., se mit entre elle et son ministre, mais le roi la rassura, en lui disant qu'il n'avait eu nulle intention. »

(1) Journal de Dangeau, publié par MM. Soulié, Dussieux, de Chenevières, Mantz et de Montaiglon.

M. de Louvois se retira, et rentra chez lui tout ému. Cependant, le lendemain 16, il alla, comme à l'ordinaire, chez le roi pour travailler avec lui; mais à peine eut-il commencé la lecture d'une dépèche qu'il se sentit indisposé, se retira dans son appartement et mourut au bout de quelques instants, malgré les soins rapides qui lui furent donnés.

Une mort aussi prompte et dans de pareilles circonstances fît généralement croire à un empoisonnement. Dangeau et Saint-Simon en parlent dans ce sens :

« Le 16 juillet, dit ce dernier, j'étais à Versailles... Sortant le même jour du dîner du roi, je le rencontrai (Louvois) au fond d'une très-petite pièce qui est entre la grande salle des gardes et ce grand salon qui donne sur la petite cour des Princes; M. de Marsan lui parlait, et il allait travailler chez Mme de Maintenon avec le roi, qui devait se promener après dans les jardins de Versailles, à pied, où les gens de la cour avaient la liberté de le suivre. Sur les quatre heures après midi du même jour, j'allai chez Mme de Châteauneuf, où j'appris qu'il s'était trouvé un peu mal chez Mme de Maintenon, que le roi l'avait forcé de s'en aller, qu'il était retourné à pied chez lui, où le mal avait subitement augmenté ; qu'on s'était hâté de lui donner un lavement, qu'il avait rendu aussitôt, et qu'il était mort en le rendant et demandant son fils Barbezieux, qu'il n'eut pas le temps de voir, quoique celui-ci accourût de sa chambre.

« La soudaineté du mal et de la mort de Louvois fit tenir bien des discours, bien plus encore quand on sut, par l'ouverture de son corps, qu'il avait été empoisonné. 11 était grand buveur d'eau, et en avait toujours un pot sur la cheminée de son cabinet, à même duquel il buvait. On sut qu'il en avait bu ainsi en sortant pour aller travailler avec le roi, et qu'entre sa sortie de diner, avec bien du monde, et son entrée dans son cabinet pour prendre les papiers qu'il voulait porter à son travail avec le roi, un frotteur du logis était entré dans ce cabinet et y était resté quelque moment seul. Il fut arrêté et mis en prison. Mais à peine y eut-il demeuré quatre jours, et la procédure commencée, qu'il fut élargi par ordre du roi,

ce qui avait déjà été l'ail jeté au feu, et défense de faire aucune recherche. Il devint même dangereux de parler là-dessus, et la famille Louvois étouffa tous ces bruits, d'une manière à ne laisser aucun doute que l'ordre très-précis n'en eût été donné. »

Puis, comme si ce n'était pas encore assez de foutes ces insinuations pour prouver l'empoisonnement, Saint- Simon ajoute l'histoire suivante du médecin de Louvois, qui, dit-il, lui fut racontée par un gentilhomme attaché à la maison de ce ministre :

« Il m'a conté, dit Saint-Simon, étant toujours à Mme de Louvois depuis la mort de son mari, que Séron, médecin domestique de ce ministre, et qui l'était demeuré de M. de Barbezieux, logé dans sa même chambre au château de Versailles, dans la Surintendance que Barbezieux avait conservée quoiqu'il n'eût pas succédé aux bâtiments, s'était un jour barricadé dans cette chambre, seul, quatre ou cinq mois après la mort de Louvois; qu'aux cris qu'il y fit on était accouru à sa porte, qu'il ne voulut jamais ouvrir; que ces cris durèrent presque toute la journée, sans qu'il voulût ouïr parler d'aucun secours temporel ni spirituel, ni qu'on pût venir à bout d'entrer dans sa chambre ; que sur la fin on l'entendit s'écrier qu'il n'avait que ce qu'il méritait, par ce qu'il avait fait à son maître, qu'il était un misérable indigne de tout secours; et qu'il mourut de la sorte en désespéré, au bout de huit ou dix heures, sans avoir jamais parlé de personne ni prononcé un seul nom. — A cet événement, les discours se réveillèrent à l'oreille; il n'était pas sûr d'en parler. Qui a fait le coup? c'est ce qui est demeuré dans les plus épaisses ténèbres. »

Ce récit de Saint-Simon et les détails circonstanciés dans lesquels il entre, semblent ne point devoir laisser de doutes sur la nature de la mort de Louvois. Aussi les historiens, tout en admettant avec une certaine circonspection les insinuations de Saint-Simon, n'ont-ils jamais repoussé complètement l'idée du poison. Une phrase de son récit, si elle était vraie, serait surtout la preuve cer-

184 EISTOIRE DE VERSAILLES.

taine de l'empoisonnement, c'est celle-ci : — On sut par V ouverture de son corps qu'il avait été empoisonné. En effet, si les médecins ont constaté la présence du poison, il ne peut plus y avoir d'incertitude que sur la main qui a commis le crime et sur la personne qui Va commandé. Eh bien, cette affirmation de Saint-Simon est tout à fait démentie par l'ouverture du corps de Louvois, et si les historiens n'ont pas été plus affirmatifs, c'est qu'ils n'ont pas eu connaissance de ce document enfoui dans un livre de médecine, où ils étaient bien éloignés d'aller chercher une pièce si importante.

Dionis était le chirurgien de Louvois. C'était un chirurgien fort instruit, dont nous avons déjà eu l'occasion déparier. Il publia plusieurs ouvrages, encore recherchés aujourd'hui pour les observations curieuses qu'ils renferment. Dans l'un de ces ouvrages, intitulé : Dissertation sur la mort subite (1), voici comment il raconte la mort de Louvois :

« Le 16 juillet 1691, M. le marquis de Louvois, après avoir dîné chez lui et en bonne compagnie, alla au conseil. En lisant une lettre au roi, il fut obligé d'en cesser la lecture, parce qu'il 5e sentait fort oppressé; il voulut en reprendre la lecture, mais ne pouvant pas la continuer, il sortit du cabinet du roi, et, s'appuyant sur le bras d'un gentilhomme à lui, il prit le chemin de la Surintendance, où il était logé.

« En passant par la galerie qui conduit de chez le roi à son appartement, il dit à un de ses gens de me venir chercher au plus tôt. J'arrivai dans sa chambre comme on le déshabillait. Il me dit : « Saignez-moi vite, car j'étouffe. » Je lui demandai s'il sentait de la douleur plus dans un des côtés de la poitrine que dans l'autre ; il me montra la région du cœur, me disant : « Voilà où est mon mal. » Je lui fis une grande saignée en présence de M. Séron, son médecin.

(1) Paris, 1710.

RUE DE LA yiitUoTllÈOUE. 185

Un moment après il me dit : « Saignez-moi encore, car je ne suis « point soulagé. » M. cTAquin et W.Fagon arrivèrent, qui examinèrent l'état fâcheux où il était, le voyant souffrir avec des angoisses épouvantables; il sentit un mouvement dans le ventre comme s'il voulait s'ouvrir ; il demanda la chaise, et peu de temps après s'y être mis, il dit : «Je me sens évanouir. » 11 se jeta en arrière, appuyé sur le bras, d'un côté de M. Séron, et de l'autre d'un de ses valets de chambre. Il eut des râlements qui durèrent quelques minutes, et il mourut.

« On voulut que je lui appliquasse des ventouses avec scarifications, ce que je fis ; on lui apporta et on lui envoya de l'eau apoplectique, des gouttes d'Angleterre, des eaux divines et générales ; on lui fit avaler tous ces remèdes, qui furent inutiles, puisqu'il était mort, et en peu de temps ; car il ne se passa pas une demi-heure depuis le moment qu'il fut attaqué de son mal jusqu'à sa mort.

« Le lendemain, M. Séron vint chez moi me dire que la famille souhaitait que ce fût moi qui en fît l'ouverture. Je la fis en présence de MM. d'Aquin, Fagon, Duchesne et Séron.

« En faisant prendre le corps peur le porter dans l'antichambre, je vis son matelas tout baigné de sang ; il y en avait plus d'une pinte qui avait distillé pendant vingt-quatre heures par les scarifications que je lui avais faites aux épaules; et ce qui est de particulier, c'est qu'étant sur la tab'e, je voulus lui ôter la bande qui était encore à son bras de la saignée du jour précédent, et que je fus obligé de la remettre, parce que le sang en coulait, ce qui gâtait le drap sur lequel il était.

« Le cerveau était dans son état naturel et très-bien disposé; f estomac était plein de tout ce qu'il avait mangé à son dîner ; il y avait plusieurs petites pierres dans la vésicule du fiel; les poumons étuient gonflés et pleins de sang; le cœur était gros, flétri, mollasse et semblable à du linge mouillé, n'ayant pas une goutte de sang dans ses ventricules.

« On fit une relation de tout ce qu'on avait trouvé, qui fut portée au roi après avoir été signée par les quatre médecins que je viens de nommer, et par quatre chirurgiens, qui étaient MM. Félix, Gervais, Dutertre et moi.

« Le jugement certain qu'on peut faire de la cause de cette mort est l'interception de la circulation du sang; les poumons en

étaient pleins, parce qu'il y était retenu, et il n'y en a point dans le cœur, parce qu'il n'y en pouvait point entrer ; il fallait donc que ses mouvements cessassent, ne recevant point de sang pour les continuer; c'est ce qui s'est fait aussi, et ce qui a causé une mort si subite. »

Telle est l'opinion des hommes de l'art; c'est à une apoplexie pulmonaire qu'ils attribuent avec juste raison la cause de la mort, et l'on ne voit nulle part qu'ils aient parlé d'empoisonnement, ainsi que l'affirme Saint-Simon . D'ailleurs Louvois était menacé depuis longtemps de cette affection ; il éprouvait fréquemment des oppressions, que les médecins cherchaient à combattre en lui donnant les eaux de Forges, qu'il allait prendre tous les matins dans l'Orangerie, où le suivaient ses commis pour ne pas discontinuer son travail ordinaire (1).

Il résulte de ces faits que Louvois a été frappé d'une attaque d'apoplexie pulmonaire, et qu'il faut reléguer au rang des fables^tous les bruits d'empoisonnement répandus à sa mort, et recueillis avec avidité par le caustique Saint-Simon.

L'appartement occupé par Louvois était au premier étage de l'hôtel de la Surintendance. 11 est habité aujourd'hui par l'aumônier du château. Cet appartement a vue sur le parc, du côté de la Petite-Orangerie. Cela explique le passage de Saint-Simon, dans lequel il parle de la promenade de Louis XIV, le jour de la mort de son ministre : « Quoique je n'eusse guère que quinze ans, je voulus voir la contenance du roi à un événement de cette qualité. J'allai l'attendre, et le suivis toute sa promenade. Il me parut avec sa majesté accoutumée,

(1) Dionis, outrage cité.

mais avec je ne sais quoi de leste et de délivré, qui me surprit assez pour en parler après, d'autant plus que j'ignorais alors, et longtemps depuis, les choses que je viens d'écrire. Je remarquai encore qu'au lieu d'aller voir ses fontaines et de diversifier sa promenade, comme il faisait toujours, dans ces jardins, il ne fit qu'aller et venir le long de la balustrade de l'Orangerie, d'où il voyait, en revenant vers le château, le logement de la Surintendance où Louvois venait de mourir, qui continuait l'ancienne aile (1) du château sur le flanc de l'Orangerie, et vers lequel il regarda sans cesse toutes les fois qu'il revenait vers le château. »

Le corps de Louvois fut transporté aux Invalides. Voici son acte de décès, tel qu'il est inscrit sur les registres de la paroisse Notre-Dame de Versailles :

« Le seizième jour de juillet, mil six cent quatre-vingt-onze, est décédé au château, dans l'appartement de la Surintendance, très haut et puissant seigneur, Mgr Michel-François Le Tellier, marquis de Louvois, ministre et secrétaire d'Etat, surintendant des bâtiments, des fortifications, des arts et manufactures de France, grand-maître des postes, vicaire vénérai de l'Ordre de Saint-Lazare, commandeur et chancelier des Ordres du Roi, âgé de cinquante-deux ans, dont le corps ayant d'abord été apporté en cette église paroissiale, a été ensuite transporté à Paris, dans l'hôtel royal des Invalides, pour être inhumé dans l'église; ses entrailles laissées à Meudon aux RR. PP. Capucins, et son coeur porté aux Capucines de la rue Saint-Honoré, par moi, soussigné, supérieur de la maison de la Congrégation de la Mission de Versailles et curé de la même ville, en présence de MM. Henry Moreau et François Maricourt, qui ont signé.

Mokeau, de Maricourt, Prêtres de la Congrégation de la Mission.

HÉBERT, curé.

(1) L'aile du Midi, construite en 1679, s'appelait l'Ancienne aile, et celle du Nord, élevée en 1685, Yaile Neuve.

Le 10 août 1723, la mort vint encore frapper dans cet hôtel un ministre tout-puissant.

A la mort de Louis XIV, en 1715, la cour ayant quitté Versailles, le château et ses dépendances restèrent vides. En juin 1722, le jeune roi vint de nouveau habiter Versailles. Quelque temps après, le 22 août, le cardinal Dubois fut déclaré premier ministre. Il s'établit alors dans cet ancien hôtel de la Surintendance, qu'il occupa en entier. Narbonne, déjà commissaire de police à Versailles, dit qu'il y tenait un état de prince, et qu'outre le nombreux domestique qui l'entourait, il avait tous les jours table ouverte et finement servie pour trente ou quarante personnes.

Depuis longtemps le cardinal était en proie à des maladies cruelles, résultat de ses excessives et continuelles débauches; à peine pouvait-il marcher et monter en voiture. Une vanité ridicule lui inspira cependant le désir de paraître à cheval à une revue générale de la Maison du roi, que Louis XV passait à Meudon, afin d'y jouir des honneurs militaires dus à un premier ministre. Le mouvement du cheval empira considérablement son mal.

« Le samedi 7 août 1723, dit Saint-Simon, il se trouva si mal que les chirurgiens et les médecins lui déclarèrent qu'il lui fallait faire une opération qui était très-urgente, sans laquelle il ne pouvait espérer de vivre que fort peu de temps, parce que l'abcès ayant crevé dans la vessie le jour qu'il avait monté à cheval, y mettrait la gangrène, si elle n'y était déjà, par l'épanchement du pus, et lui dirent qu'il fallait le transporter sur-le-champ à Versailles pour lui faire cette opération. Le trouble de cette terrible annonce l'abattit si fort qu'il ne put être transporté en litière de tout le lendemain dimanche 8; mais le lundi 9 il le fut à cinq heures du matin.

« Après l'avoir laissé un peu se reposer, les médecins et les chi-

rurgicns lui proposèrent de recevoir les sacrements et de lui faire l'opération aussitôt après. Cela ne fut pas reçu paisiblement; il notait presque point sorti de furie depuis le jour de la revue ; elle avait encore augmenté le samedi sur l'annonce de l'opération. Néanmoins, quelque temps après, il envoya chercher un récollet de Versailles, avec lequel il fut seul environ un quart d'heure. Un au ■> grand homme de bien et si préparé n'avait pas besoin de davantage. C'est d'ailleurs le privilège des dernières confessions des premiers ministres. Comme on rentra dans sa chambre, on lui proposa de recevoir le viatique; il s'écria que cela était bientôt dit, mais qu'il y avait un cérémonial pour les cardinaux, qu'il ne savait pas, et qu'il fallait envoyer le demander au cardinal de Bissy, à Paris. Chacun se regarda et comprit qu'il voulait tirer de longue; mais comme l'opération pressait, ils la lui proposèrent sans attendre davantage. 11 les envoya promener avec fureur, et n'en voulut plus ouïr parler .

« La Faculté, qui voyait le danger imminent du moindre retardement, le manda à M. le duc d'Orléans, à Meudon, qui sur-lechamp vint à Versailles, dans la première voiture qu'il trouva sous sa main. Il exhorta le cardinal à l'opération, puis demanda à la Faculté s'il y avait de la sûreté en la faisant. Les chirurgiens et les médecins répondirent qu'ils ne pouvaient rien assurer là-dessus, mais bien que le cardinal n'avait pas deux heures à vivre si on ne la lui faisait tout à l'heure. M. le duc d'Orléans retourna au lit du malade et le pria tant et si bien qu'il y consentit. L'opération se fit donc sur les cinq heures, en cinq minutes, par La Peijronie, premier chirurgien du roi en survivance de Maréchal, qui était présent avec Chirac et quelques autres médecins et chirurgiens des plus célèbres. Le cardinal cria et tempêta étrangement. M. le duc d'Orléans rentra dans la chambre aussitôt après, où la Faculté ne lui dissimula pas qu'à la nature de la plaie et de ce qui en était sorti, le malade n'en avait pas pour longtemps. Il mourut précisément vingt-quatre heures après, le 10 août, à cinq heures du soir, grinçant les dents contre ses chirurgiens et contre Chirac, auxquels il n'avait cessé de chanter pouille.

« On lui apporta pourtant l'extrême-onclion. De communion, il ne s'en parla plus, ni d'aucun prêtre auprès de lui, et il finit sa vie dans le plus grand désespoir et dans la rage de la quitter. »

Narbonne fait une singulière observation à propos de la mort du cardinal Dubois. Il dit qu'au moment de sa mort, et le lendemain, pendant qu'on le portait de la Surintendance à l'église de Notre-Dame, il s'éleva une furieuse tempête, accompagnée de vents d'une violence extraordinaire, qui se fit ressentir à plusieurs lieues autour de Versailles.

Le lendemain mercredi au soir, il fut porté de Versailles à Paris, dans l'église du Chapitre de Saint-Honoré, où il fut enterré quelques jours après.

L'acte de décès qui se trouve sur les registres de l'église de Notre-Dame de Versailles est ainsi conçu :

L'an mil sept cent vingt-trois, le onzième du mois d'août, le corps de S. E. Mgr Guillaume Dubois, cardinal de la sainte Église Romaine, archevêque duc de Cambray, prince du Saint-Empire, comte du Cambresy, premier ministre d'État, âgé de soixante-sept ans, décédé le jour précédent au château de Versailles, a été transporté en Téglise collégiale de Saint-Honoré de Paris, par nous, supérieur de la Congrégation de la Mission de la maison de Versailles, et curé de la même ville, en présence de MM. Claude-Jacques Pattu, écuyer, commissaire de la marine et intendant des Maisons et Affaires de sadite Émincnce; de MM. Denis de l'Estang, écuyer de sadite Éminence, et de MM. Duchesne et de la Villette, gentilshommes de sadite Éminence.

Pattu. — de l'Estang. — de la Villette. — Poupexclin . — Duchesne.

BA1LLY.

L'ancien hôtel de la Surintendance resta inhabité après le départ de la Cour, en 1789. Pendant la Révolution, le château étant devenu dans une de ses parties une annexe des Militaires invalides, on établit dans cet hôtel, pour un nombre déterminé de leurs enfants, en 1799, un Institut militaire. Depuis que ce bâtiment fait

KUE DE LA. BIHLIOTHÈguE. 191

de nouveau partie de la liste civile, il sert à loger les employés du château.

N0* 8 et 10. Hôtels du duc de Chevreuse, ou de Luynes.

Dans la distribution des terrains de la rue de la Surintendance, Louis XIV donna toute la partie depuis la Surintendance dont nous venons de parler, jusqu'à la grille de l'Orangerie, aux deux beaux-frères, les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers :

« Ces deux hommes si opposés en actions communes, mais continuelles, dit Saint-Simon, qui ont cependant passé leur vie ensemble, sans se quitter, dans la plus intime et la plus indissoluble union, et jamais interrompue un seul instant. Ils vivaient dans les mêmes lieux, logeaient ensemble à Mari y, et fort proche à Versailles; mangeaient continuellement ensemble, et il n'y avait jour qu'ils ne se vissent deux, trois et quatre fois. En un mot, cette union était telle, que l'intimité de l'un, même l'admission à une société particulière, ne pouvait être avec l'un qu'elle ne fût en même temps avec l'autre, et pareillement avec leurs épouses. »

Le terrain de ces hôtels était d'abord plus grand; mais en 1685, Mansart ayant besoin d'un emplacement considérable pour faire la Grande-Orangerie, on fut obligé de prendre une portion du terrain de l'hôtel de Chevreuse pour construire les logements des jardiniers. On trouve, en effet, dans le registre des dépenses des bâtiments du roi, la note suivante :

« Du 13 février 1685, donné à M. le duc de Chevreuse, pour le dédommager de 276 toises ou environ de terre en superficie, qui ont été prises dans la place qu'il a à Versailles, pour y construire les logements des jardiniers de S. M. — 10,040 livres. »

En 1769, ces hôtels furent loués par madame du Barry pour y loger ses gens.

Ces deux hôtels ont été vendus par la famille de Luynes,

et appartiennent aujourd'hui à deux propriétaires. En 1804, ils étaient occupés par une école secondaire.

Nog 12 et 14. — Hôtel du duc de Beauvilliers, sous Louis XIV, et du contrôleur général des finances, depui 1724 jusqu'en 1789.

Le duc de Beauvilliers fit élever cet hôtel en même temp que le duc de Chevreuse, son beau-frère, faisait construire le sien . C'est là que Mme de Maintenon se lia avec Fénelon et avec madame Guyon. M. le duc de Noailles raconte ainsi cette liaison dans son Histoire de Saint-Cyr (1) :

« Les duchesses de Beauvilliers, de Chevreuse et de Mortemart, toutes trois filles deColbert, formaient, avec leurs maris et quelques âmes pieuses et pures, comme un petit groupe à part, qui vivait retiré au milieu de la Cour , et s'était soigneusement tenu à l'écart tant qu'avaient duré la faveur de Mme de Montespan et l'éclat des passions du roi. Mme de Maintenon avait fait de ce cercle étroit sa société habituelle et intime. « Elle dînait de règle, dit « Saint-Simon, une et quelquefois deux fois la semaine à l'hôtel de « Beauvilliers ou de Chevreuse, entre les deux sœurs et les deux « maris, avec la clochette sur la table, pour n'avcir point de valets « autour d'eux et causer sans contrainte. » Fénelon, devenu précepteur de M. le duc de Bourgogne, dont M. le duc de Beauvilliers était gouverneur, avait été bientôt admis dans ce sanctuaire, et ne tarda pas à y devenir maître des esprits et des cœurs et le directeur des consciences.

« Le charme de son caractère, joint à la piété la plus douce et la plus élevée, ne tardèrent pas non plus à séduire Mme de Maintenon, qui s'attacha vivement à lui, lui donna toute sa confiance, et prenait souvent ses avis pour sa propre direction et sa conduite. Elle l'introduisit à Saint-Cyr, le consulta plusieurs fois dans le gouvernement de cette maison, lui fit faire des instructions aux demoiselles et aux religieuses, et lorsqu'il fut nommé archevêque de Cambrai, elle voulut que ce fût à Saint-Cyr qu'il fût sacré, où

(1) Saint-Cyr, Histoire de la Maison royale de Saint-Louis.

HUE DE LA lilllLlOTHÈQUE. 193

il le fut en effet par les mains do Bossuet, en présence des petits-fils de Louis XIV. ("o fut donc à l'hôtel de Beauvilliers que Fénclon rencontra Mme Guyon. Un goût commun de spiritualité et de mysticisme les rapprocha bientôt. « Leur esprit se plut l'un à l'autre, « dit Saint-Simon, et leur sublime s'amalgama. »

« Ce fut aussi à L'hôtel de Bcauvilliers que Mme de Maintenon vit assez souvent Mme Guyon.

« Les entretiens s'y étaient changés peu à peu en des conférences pieuses, où Mme Guyon exposait sa doctrine sous les formes les plus élevées et les [dus propres à la faire goûter par des âmes tendres et pures. Tout concourait alors à exciter l'enthousiasme pour elle ; l'empire de sa parole, le spiritualisme raffiné de s doctrine, le penchant qu'ont souvent les âmes pieuses à suivre le voies nouvelles dans la dévotion et à sortir des routes battues, puis sa grande vertu, sa modestie, le mystère même, rien enfin ne lui manquait, pas même le relief de la persécution et de la calomnie. Mme de Maintenon, qui assista à quelques-unes de ces conférences, en fut édifiée, et eut la pensée de faire jouir Saint-Cyr des instructions de cette personne, qui avait le don d'inspirer le désir de la perfection à tous ceux qui l'entendaient.

« Ce n'est pas qu'elle eût un goût personnel très-prononcé pour

elle et sa doctrine La faveur qu'elle accordait à Mme Guyon

était plutôt l'effet de son estime pour ses amies, et surtout de la grande confiance qu'elle avait en Fénelon. »

Saint-Simon raconte que lors de la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne, il passait entre le canal et les jardins, et entrant dans cet hôtel par la porte de l'Orangerie, il venait adoucir la douleur du duc de Beau. villiers en s'entretenant avec lui des vertus et des grandes qualités de son pupille.

Al'époque du système de Law, une dame Chaumont (1), ayant fait une grande fortune dans les actions de la banque, acheta cet hôtel des héritiers du duc de Beau- Ci) Narbonne raconte que cette dame Gbaumont avait gagné dans les actions 120 millions.

villiers. Lorsque arriva la banqueroute, cette dame fut taxée à une somme très-considérable, et une partie de ses biens vendue. Le 19 février 1723, le roi fit acheter cette maison, et par lettres-patentes du 19 mars 1724, elle fut réunie au château, et destinée à servir d'habitation au contrôleur-général des finances. Le premier des contrôleurs-généraux qui l'habita fut Dodun, et le dernier Necker.

Le 23 juin 1789, à l'issue de la fameuse séance royale dans laquelle le roi ordonnait la séparation des trois ordres, les députés du tiers se rendirent dans cet hôtel du contrôleur-général., pour prier Necker de conserver le ministère qu'il voulait quitter. Une foule de peuple les accompagnait ; elle envahit la rue de la Surintendance, et, par ses acclamations, félicitait le contrôleur-général de n'avoir pas assisté à la séance royale.

Aujourd'hui, on y a placé la Mess (1) des officiers de l'infanterie de la garde impériale.

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