PETITES -ECURIES
Ce bâtiment, comme celui des Grandes-Écuries, fut élevé de 1679 à 1682. On sait pourquoi il reçut le nom de Petites-Écuries. Dans son Versailles immortalisé, Monicart lui fait dire :
Après avoir rendu visite Au lieu pareil,, qui fait mon opposite,
Et que tu viens ensuite ici,
Je te sais d'avance éclairci Que je suis écurie, et même la petite,
Nom qui ne cadre pas pourtant Au nombre de chevaux dont souvent je fourmille; Car ma grande voisine en a quelquefois tant, Que lorsque j'ai chez moi le trop de sa famille, Mon nombre atteint le sien, et paraît aussi grand ;
Et de cette sorte, passant,
Outre les chevaux d'attelage, Pour qui mes bâtiments sont d'ordinaire usage, — Et dont tu peux voir dans ces lieux
Un rare et nombreux assemblage,
Qui fait plaisir aux curieux, —
Je me vois tous les jours garnie Du trop de ces coureurs dont ma sœur est fournie.
La construction du bâtiment des Petites-Écuries est entièrement pareille à celle du bâtiment des Grandes :
Comme avec elle j'ai même proportion,
Je ne parlerai point de ma dimension.
J'ai pareils ornements et semblable avantage
D'une enceinte où l'or pur brille sur mon grillage ;
Et dans mes bâtiments même construction.
Une façade en demi-lune A chacune de nous est pareille et commune.
Leur abord et leurs fondements Sur la route publique ont leurs alignements. Notre semblance enfin au dehors est si vive,
Que, de près, comme en perspective,
Nous trompons le plus beau des sens, Qui nous confond d'abord, si de voir nos dedans
On ne fait pas la teritative.
En entrant dans ma cour, on me distingue alors
Par le fronton de l'avant-corps, Qui de ce que je suis donne une marque forte: Car on y voit plus bas, au-dessus de la porte,
Un cocher du cirque romain Conduisant trois chevaux de son habile main (1).
Ce groupe est du sculpteur Lecomte. La porte au-dessus de laquelle il se trouve donne entrée à une écurie dont l'extrémité opposée offre une autre porte de même grandeur. L'on voit, sur le fronton de cette dernière une très-belle sculpture de Girardon :
J'omettais, chose principale
Que porte un de mes ornements, Qui fait voir qu'à ma sœur je suis en titre égale : C'est qu'à l'un des frontons de mes beaux logements,
Dont la face est orientale, Alexandre en relief y dompte Bucéphale (2).
Les autres sculpteurs des Petites-Écuries furent : Briquet, Leclerc, Raon, Langlois, Meunier, Arcis, Girard et Houzeaux, qui fit les vases placés sur le mur de l'avenue de Paris.
Pour donner une idée de la richesse des écuries du roi
(1) Versailles immortalisé.
(2) Ouvrage cité.
l'ETlTES-ÉCUlUKS. -135
Louis XIV, il faut lire la description faite à l'occasion de la visite des ambassadeurs de Siam, dans le Mercure galant, 1686.
Il arriva au marquis de Beringhen, premier écuyerdu roi, commandant de la Petite-Écurie, qu'on nommait par abréviation M. le Premier, une aventure fort singulière, qui mit en émoi toute la Petite-Écurie et même toute la cour : « Le jeudi 7 mars 1707, dit Saint-Simon, Beringhen , premier écuyer du roi, l'ayant suivi à la promenade à Marly, et en étant revenu à sa suite à Versailles, en partit à sept heures du soir pour aller coucher à Paris, seul dans son carrosse, c'est-à-dire un carrosse du roi, deux valets de pied du roi derrière, et un garçon d'attelage portant le flambeau devant lui sur le septième cheval. Il fut arrêté dans la plaine de Bissancourt, entre une ferme qui est sur le chemin, assez près du bout du pont de Sèvres, et un cabaret dit le Point-du-Jour. Quinze ou seize hommes l'environnèrent et l'emmenèrent. Le cocher tourna bride, et ramena le carrosse et les deux valets de pied à Versailles, où dans l'instant de leur arrivée le roi en fut informé, qui envoya ordre aux quatre secrétaires d'État à Versailles, à l'Étang- et à Paris, où ils étaient, d'envoyer à l'instant des courriers partout sur les frontières avertir les gouverneurs de garder les passages, sur ce qu'on avait su qu'un parti ennemi était entré en Artois, qu'il n'y avait commis aucun désordre, et qu'il n'était point rentré.
« On eut peine d'abord à se persuader que ce fût un parti ; mais la réflexion que M. le Premier n'avait point d'ennemis, que ce n'était point un homme en réputation d'argent bon à rançonner , et qu'il n'était arrivé d'accident de ce genre à pas un de ces gros financiers, fit qu'on en revint à croire que ce pouvait être un parti.
« C'en était un, en effet. Un nommé Guetem, violon de l'électeur de Bavière;, lors de la dernière guerre qu'il faisait alors avec les Alliés contre la France, s'était mis dans leurs troupes, où, passant par les degrés, il était devenu un très-bon et très-hardi partisan, et par là était monté au grade de colonel dans les troupes de Hollande. Causant un soir avec ses camarades, il paria qu'il enlèverait quelqu'un de marque entre Paris et Versailles. 11 obtint un passeport des généraux ennemis, et trente hommes choisis, presque tous officiers. Ils passèrent les rivières déguisés en marchands, ce qui leur servit à poster leurs relais. Plusieurs d'eux étaient restés sept ou huit jours à Sèvres, à Saint-Cloud, à Boulogne; il y en eut même qui eurent la hardiesse d'aller voir souper le roi à Versailles. On en prit un de ceux-là le lendemain, qui répondit assez insolemment à Chamillart qui l'interrogea, et un des gens de M. le prince en prit un autre dans la forêt de Chantilly, par qui on sut qu'ils avaient un relai et une chaise de poste à la Morlière, pour y mettre le prisonnier; mais alors il avait passé l'Oise.
« Ils avaient laissé passer le chancelier, qu'ils n'osèrent arrêter en plein jour, et manquèrent le soir M. le duc d'Orléans, dont ils méprisèrent la chaise de poste. Lassés d'attendre et craignant d'être reconnus, ils se jetèrent sur ce carrosse, et crurent avoir trouvé merveilles quand ils virent à la lueur du flambeau un carrosse du roi et ses livrées, et dedans un homme avec un cordon bleu par dessus son juste-au-corps, comme le Premier le portait toujours.
« Il ne fut pas longtemps avec eux sans apprendre qui ils étaient, et leur dire aussi qui il était. Guetem lui marqua toutes sortes de respect et de désir de lui épargner tout ce qu'il pourrait de fatigue. 11 poussa même les égards si loin, qu'ils le firent échouer. Ils le laissèrent reposer jusqu'à deux fois ; ils lui permirent de monter dans la chaise de posle dont j'ai parlé, et manquèrent un de leurs relais, ce qui les retarda beaucoup. Outre les courriers aux gouverneurs des frontières, on avait dépêché à tous les intendants et à toutes les troupes dans leurs quartiers; on avait détaché après eux plusieurs gardes du roi, du guet même, et toute la Petite-Écurie, où M. le Premier était fort aimé, s'était débandée de tous côtés. Quelque diligence qu'on eût faite pour garder tous les passages, il avait traversé la Somme, et il était à quatre lieues par delà Ham, gardé par \rois officiers sur sa parole de ne point faire résistance, tandis que
PEIITB8-ÉCÏÏRIB8. 137
les autres s'étaient mis en quèle d'un de leurs relais, lorsqu'un marécbal-des-logis arriva sur eux, suivi à quelque dislance d'un détachement du régiment de Livry, puis d'un autre, de manière que (luetem, ne se trouvant pas le plus fort, se rendit avec ses deux compagnons, cl devint le prisonnier du sien.
« M. le premier écuyer, ravi d'aise de sa recousse, et fort reconnaissant d'avoir été bien traité, les mena à Ham, où il reposa le reste du jour, et, à son tour, les traita de son mieux. Il dépêcha à sa femme et à Chamillart. Le roi, fort aise, lut à son souper les lettres qu'il leur écrivait.
« Le 29, M. le Premier arriva à Versailles sur les huit heures du soir, et alla droit chez madame de Maintenon, où le roi le fit entrer, qui le reçut à merveille, et lui fit conter toute son aventure. Quoiqu'il eût beaucoup d'amitié pour lui, il ne laissa pas de trouver mauvais que tout fût en fête à la Petite-Ecurie, et qu'il y eut un feu d'artifice préparé. 11 envoya défendre toutes ces marques de réjouissance, et te feu ne fat point tiré. Il avait de ces petites jalousies ; il voulait que tout lui fût consacré sans réserve et sans partage. Toute la cour prit part à ce retour, et le Premier eut tout lieu, par l'accueil public, de se consoler de sa fatigue.
« Le projet de Guetem et de ses officiers n'était rien moins que d'enlever Monseigneur ou un des princes ses fils. »
Le 12 novembre 1729, le corps de Blouin, gouverneur de Versailles, mort.de la veille dans son appartement du château, fut exposé dans la Petite-Écurie, et porté de là à la paroisse Notre-Dame, où on lui rendit les plus grands honneurs funèbres. Il fut ensuite inhumé dans le chœur de la vieille église.
Les fonctions de gouverneur de Versailles, depuis la construction du château, avaient toujours été remplies par le premier valet de chambre du roi. Sous Louis XIII, le valet de chambre Arnault, parent du père Joseph, obtint cet emploi. Lorsque Arnault mourut, Louis XIV nomma pour le remplacer Bontemps, son premier valet de chambre. En 1701, à la mort de Bontemps, Blouin,
autre premier valet de chambre, lui succéda dans le gouvernement de Versailles et de Marly. Blouin avait, comme Bontemps, la confiance du roi, et connaissait les secrets intimes de Louis XIV et de madame de Maintenon :
« C'était, dit Saint-Simon, un homme de beaucoup d'esprit, qui était galant et particulier, qui choisissait sa compagnie dans le meilleur de la cour, qui régnait chez lui dans l'exquise chère, parmi un petit nombre de commensaux grands seigneurs, ou de gens qui suppléaient d'ailleurs aux titres, qui était froid, indifférent, inabordable, glorieux, suffisant et volontiers impertinent. Ce fut un vrai personnage, qui se fit valoir et courtiser par les plus grands et par les ministres; qui savait bien servir ses amis, mais rarement, et n'en servait point d'autres, et ne laissait pas d'être en tout fort dangereux et de prendre en aversion sans cause, et alors de nuire infiniment. »
Quoi qu'il en soit de ce portrait, que Saint-Simon a peut-être exagéré un peu, car il n'était pas de ses amis, Blouin s'occupa beaucoup de la ville de Versailles. Ce fut lui qui fit construire le bâtiment de la Geôle, et y plaça le tribunal du bailliage et la prison. C'est à lui que l'on doit l'organisation de la police, de l'éclairage, et de la plus grande partie du pavage de la ville. Il fit établir le marché sur un plan plus régulier qu'il n'avait été jusqu'alors, et fit construire le bâtiment du Poids-le-Boi, où se tenait alors un marché à la farine fort important; et si l'on en croit Narbonne, nommé par lui commissaire de police, et ayant, en cette qualité, des rapports fréquents avec lui, Blouin, par la facilité qu'il avait de voir le roi presque à toutes les heures de la journée, et comme premier valet de chambre et comme gouverneur de Versailles et de Marly, rendit de nombreux services, non-seulement à beaucoup de personnes de la cour, mais encore à un grand
PETITES ÉCUR1 130
nombre d'habitants de Versailles. Un homme si fort avant dans les bonnes grâces du roi dut recevoir de lui de larges gratifications. Il cumulait en effet aux appointements de sa charge de premier valet de chambre ceux des gouvernements de Versailles et de Marly, du gouvernement de Coutances; et le roi lui avait donné en outre le beau haras du Pain. C'est ce qui fait dire à Saint-Simon indigné :
« Le roi donna 3,000 livres d'augmentation à Saint-Herem, gouverneur et capitaine de Fontainebleau, qui en avait déjà une pareille, pour qu'il eût 0,000 livres de pension, comme avait son père. En mémo temps il chargea la province de Normandie de 12,000 livres d'appointements pour le gouverneur de Coutances, en faveur de Blouin, un de ses premiers valets de chambre, à qui il a donne le haras de Normandie qu'avait Monseigneur. Il est vrai que, pour un valet qui avait d'autres pensions, et avec elle la pécuniaire intendance de Versailles et de Marly, c'était peu que le double d'un seigneur fort mal dans ses affaires. »
Le duc de Noailles était l'un des grands seigneurs qui faisaient la cour à Blouin. De la part du duc, ces assiduités n'étaient pas tout à fait désintéressées. On avait pu voir, sous les deux derniers gouvernements de Versailles, quelle importance cette charge donnait à celui qui la possédait. Le duc de Noailles désirait la faire entrer dans sa famille. Il s'insinua si bien dans les bonnes grâces de Blouin, il en fit tellement son ami, qu'il le décida à demander la survivance de gouverneur de Versailles pour son fils le comte"de Noailles. Voici comment :
Le roi avait quatre premiers valets de chambre. Lorsque Bontemps mourut, Louis XIV conserva au fils la charge de premier valet de chambre, et Blouin fut nommé gouverneur de Versailles. Bontemps le fils avait
toujours espéré que ce gouvernement lui reviendrait après Blouin. En 1719, il profita de l'absence de ce dernier, obligé de passer quelque temps aux eaux de Forges, pour obtenir, par l'entremise d'une des maltresses du duc d'Orléans, régent, la survivance du gouvernement de Versailles. Malheureusement pour lui, il s'empressa de le publier partout avant de s'être fait expédier ses lettres de provision. A cette nouvelle, Blouin, assez mal avec Bontemps fils, et d'ailleurs poussé parle duc deNoailles, accourut à Paris. Grâce aux amis qu'il avait dans la maison même du Régent, il se présenta un matin à lui dans sa chambre, tandis qu'il était encore au lit, le supplia de révoquer la nomination de Bontemps à la survivance du gouvernement de Versailles, et lui proposa de nommer à sa place le comte de Noailles, second fils du duc, âgé d'environ quatre ans. Le Régent, parrain du jeune comte, n'hésita pas un seul instant. Il révoqua la nomination de Bontemps, et fit expédier les lettres de survivance au comte de Noailles.
Le roi était à Rambouillet quand Blouin mourut. Les premiers valets de chambre, habitués à regarderie gouvernement de Versailles comme appartenant à leur corps, intriguèrent vivement auprès de Louis XV pour faire casser la survivance du comte de Noailles, et faire nommer un des leurs. Mais le duc de Noailles, ayant eu vent de ce complot, courut le lendemain à Rambouillet, vit aussitôt le roi, 'qui confirma la nomination de son fils, et revint le même jour à Versailles se mettre, pour le jeune comte encore mineur, en possession du gouvernement, et recevoir pour lui les compliments des diverses autorités delà ville.
Depuis ce moment jusqu'à la Révolution de 1789,1e
l'ETITES-ÉGUIUES. Ml
gouvernement de Versailles resta constamment dans la famille de Noailles (1).
En 17G3, le célèbre poète comique italien Goldoni vint habiter les Petites-Écuries.
Charles Goldoni avait acquis une très-grande réputation dans sa patrie, où il avait reçu le surnom de Molière italien, lorsque les comédiens italiens, établis à Paris, jouèrent sa pièce intitulée : l'Enfant d'Arlequin perdu et retrouvé. Le succès qu'elle obtint donna aux premiers gentilshommes delà chambre du roi l'idée de faire venir l'auteur pour alimenter de nouveautés ce spectacle. Ils lui firent proposer un engagement pour deux ans, avec des appointements honorables. Il accepta, partit avec sa femme, et arriva à Paris dans le courant de 1761. Il eut bientôt pour société et pour amis la plupart des gens de lettres et des artistes célèbres. Les deux années de son engagement s'écoulèrent rapidement pour lui. Attaché de plus en plus à Paris, il ne savait s'il devait retourner en Italie, aller en Portugal, où on lui offrait des avantages, ou rester en France. C'est dans cet état d'indécision que Goldoni fit la connaissance de mademoiselle Sylvestre.
Mademoiselle Sylvestre était lectrice de la Dauphine, mère des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Petitefille d'Israël Sylvestre, le célèbre graveur de Louis XIV, et fille de Louis Sylvestre, premier peintre du roi Auguste de Pologne, et électeur de Saxe, cette demoiselle avait été chargée à Dresde d'une partie de l'éducation de la Dauphine, et jouissait en France auprès d'elle du crédit que ses talents et sa conduite lui avaient mérité :
« Mademoiselle Sylvestre, dit Goldoni dans ses Mémoires, qui
Cl) Voir pour tous les détails le Journal de Narbonne.
savait bien l'italien, et qui était foncièrement bonne, serviable, obligeante, eut la bonté de s'intéresser à moi. Je lui avais parlé de mon attachement pour Paris et du regret avec lequel je me voyais forcé de l'abandonner ; elle se chargea de parler de moi à la cour où je n'étais pas inconnu, et huit jours après elle me fit partir pour Versailles. Je m'y rends immédiatement ; je descends aux Petites- Écuries du roi, où mademoiselle Sylvestre vivait en société avec ses parents, tous employés au service de la famille royale. »
Goldoni installé à Versailles, mademoiselle Sylvestre s'empressa de parler de lui à la Dauphine. Cette princesse, qui avait souvent vu représenter à Dresde les pièces de Goldoni, s'y intéressa, et n'ayant point de place à lui donner dans sa maison, parvint à l'attacher au service de Mesdames filles du roi, en qualité de leeteur et de maître de langue italienne. Placé ainsi à la cour, Goldoni se fixa définitivement en France, où il mourut le 8 janvier 1793, âgé de quatre-vingt-six ans.
La bibliothèque de Versailles possède un portrait de Goldoni, dessiné par mademoiselle Sylvestre, et donné par madame André, sa petite-nièce.
Sous Louis XV et sous Louis XVI, le bâtiment des Petites-Écuries renferma, comme sous Louis XIV, un grand nombre de chevaux et de voitures du roi. Beaucoup de chevaux de la Petite-Écurie étaient destinés aux chasses du roi, et pour les habituer à voir sans crainte les sangliers, on en élevait dans cette écurie. Il parait que ces animaux s'échappaient souvent dans la ville, car le ministre se plaint, le 11 juin 1779, à M. le duc de Coigny, de ce qu'on les laisse courir dans les rues de la ville, et qu'attaqués par les chiens qui les mettent en fureur, ils renversent tout sur leur passage (1).
(1) Arch. générales, Secret. d'Etat, E. 3610.
PETITES-ÉCDBIE8. 14.'}
A la Révolution, les Petites-Écuries, abandonnées eoniine les autres bâtiments royaux, devinrent une caserne de cavalerie. En 1803, la coupole du salon de l'écurie centrale menaçait de s'écrouler, comme celle des Grandes-Ecuries; elle fut jetée par terre et reconstruite suivant le système de charpenterie de Philibert Delorme, par le capitaine du génie André, chargé à cette époque du casernement du département de Seine-et-Oise (1).
Sous l'Empire et sous la Restauration, les Petites-Ecuries ont été occupées de nouveau par les employés des Ecuries de l'empereur et du roi, et par les chevaux et les voitures du Souverain. En 1830, les Ecuries du roi, à Versailles, ayant été supprimées, on logea dans les bâtiments les employés du Musée historique. Les voitures du mariage de l'empereur et du sacre de Charles X, ainsi que d'autres équipages précieux, étaient restés dans les remises des Petites-Écuries; ils en furent enlevés en 1848, et placés plus tard à Trianon. Depuis cette époque, ce bâtiment sert de caserne à un régiment de cavalerie.
(1) Voir Mémoire sur la reconstruction de la coupole des Petites-Ecuries, à Versailles, par le capitaine du génie André. — In-4°.
Le quartier Saint-Louis n'existait pas sous Louis XIV. Lorsque le roi eut décidé qu'une ville s'élèverait autour de son palais, le village fut presque entièrement acheté par lui, et sur son emplacement il fit construire plusieurs dépendances importantes et donna le reste du terrain pour y bâtir, suivant les plans et alignements donnés par le surintendant des bâtiments. Cette partie de la ville prit le nom de Vieux-Versailles, par opposition à celle construite de l'autre côté du château, appelée la Ville- Neuve. Le Vieux- Versailles était circonscrit dans l'espace compris entre la rue de la Surintendance (de la Bibliothèque), la rue de l'Orangerie jusqu'à la rue Royale, l'avenue de Sceaux et la rue de la Chancellerie. Cette portion de la ville était alors limitée par deux dépendances du château qui empêchaient son agrandissement. La première était le Potager, placé derrière la rue de l'Orangerie, depuis la pièce d'eau des Suisses jusqu'à la rue Satory ; la seconde était le Parc-aux-Cerfs.
Quand Louis XIII acheta la seigneurie de Versailles et
y fit construire un petit château, c'était surtout pour
être plus facilement au milieu des bois dont ce lieu était
entouré, et pour s'y livrer au plaisir de la chasse qu'il
Il 10
140 HISTOIRE DE VERSAlLLl£rf.
aimait passionnément. Aussi l'un de ses premiers soins fut de faire élever près de son habitation les animaux pouvant servir à ses plaisirs. C'est pour cela qu'il choisit, dans les bois couvrant alors le sol de la ville, un emplacement dans lequel il pût réunir des cerfs, des daims et d'autres bêtes fauves. Il le fit entourer de murs, y fit construire quelques habitations de gardes, et ce lieu reçut le nom de Parc-aux-Cerfs.
Le Parc-aux-Cerfs comprenait tout l'espace situé entre la rue Satory depuis la rue de l'Orangerie, la rue des Rossignols et la rue du Sud, la rue Saint-Martin depuis la rue du Sud jusqu'à l'avenue de Sceaux, et la rue de l'Orangerie jusqu'à la rue Satory. Ce Parc-aux-Cerfs fut d'abord conservé par Louis XIV, et la ville se composa du Vieux-Versailles et de la Ville-Neuve, ne formant qu'une seule paroisse, celle de Notre-Dame. Quelques années après son séjour à Versailles, vers 1694, Louis XIV, voyant les habitations s'élever avec rapidité dans la ville qu'il venait de créer, songea à son agrandissement.
Nous avons déjà dit que la Ville-Neuve était bornée au nord et à l'est par le château et l'étang de Clagny; il n'y avait donc aucune augmentation possible de ce côté. Le Parc-aux-Cerfs fut alors sacrifié. Louis XIV fit abattre les murs, arracher les arbres, détruire les maisons des gardes, niveler le sol, et l'on y traça des rues et des places. Des terrains furent donnés, surtout à des gens de la maison du roi, mais on n'y vit cependant s'élever sous son règne que quelques rares habitations.
Louis XIV mort, Versailles resta pendant quelques années comme une ville abandonnée ; aucune construction ne s'y fit. Lorsque Louis XV y eut de nouveau fixé son séjour et que la cour y fut revenue, on vit affluer de
toutes parts de nouveaux habitants. Leur nombre, à la mort de Louis XIV, était de 24,000; il fut presque doublé dans les quinze premières années du règne de son successeur. Des maisons se construisirent de tous côtés dans le Parc-aux-Cerfs, et les habitants de ce quartier fuient bientôt très-nombreux. On sentit alors la nécessité de diviser la ville en deux parties égales et de créer une nouvelle paroisse. On réunit à cet effet le Vieux-Versailles et le Parc- aux- Cerfs, et en 1734 on en fit une paroisse, sous le nom de Saint-Louis. L'établissement du quartier ou paroisse Saint-Louis date de cette époque 1734.