‹ Histoire de VersaillesChapitre 59 sur 99 · RUE DK LA CHANCELLERIE · texte numérisé non relu

RUE DK LA CHANCELLERIE

tout ils no fuient qu'un. Ils le furent bien aussi dans les regrets de leur première belle-fille, dont jamais ils ne purent se consoler. Telle fut la chancelière de Pontchartrain, que Dieu épura de plus en plus par de longues et pénibles infirmités, qui finirent par une hydropisie de poitrine, qu'elle porta avec une patience, un courage et une piété qui furent l'exemple de la cour et du monde. »

En 1789, l'hôtel de la Chancellerie était occupé par M. de Barentin, garde-des-sceaux de France. Abandonné après le départ du roi, on y établit en 1792 un atelier de sellerie, dans lequel on réunit près de deux cents ouvriers. C'est aujourd'hui une propriété particulière.

Le sol de la rue de la Chancellerie est beaucoup plus bas que celui de la place d'Armes. Sous Louis XIV, on avait bâti, au côté gauche de la rue, un mur pour soutenir les terres, et l'on y descendait de la place par deux rampes portant le nom de petites rampes. Lorsque l'on construisit, sous Louis XV, la caserne des Gardes-Françaises qui cachait une partie de la rue, la moitié de ce mur fut occupée par les caves de cette caserne. Il s'était établi dans tout le reste, à partir de la rue de la Bibliothèque, de nombreuses baraques nommées les baraques du Serdeau.

On appelait ainsi autrefois dans la maison du roi l'officier entre les mains duquel on mettait la desserte de la table du roi, lequel les portait dans une salle nommée salle du Serdeau, pour servir ensuite à la table des gentilshommes servants. Quand le roi demandait son dîner, le maître d'hôtel de service, les gentilshommes servants et le contrôleur-clerc d'office portaient les viandes du roi en grande cérémonie. Ils se rendaient, avant de les prendre, à la Bouche, où le Serdeau leur

donnait à laver. De là l'origine de ce mot, d'après quelques auteurs, et entre autres d'après Sainte-Marthe, qui dans son État de la France, écrit toujours ce nom sertd'eau. Duchat n'est point de cet avis; il croit que serdeau, dans la signification du lieu où l'on portait les viandes déjà servies sur la table du roi, vient de servitellum, diminutif de servitum, duquel mot servitum venait le vieux mot sert, qui signifiait autrefois les mets de la seconde table, auxquels succédait le dessert, qu'on appelait la troisième table. Servitum, servitellum, sertellum, serdellum, serdeau. Et comme on a donné le nom de dessert non-seulement aux viandes desservies de cette seconde table, mais surtout aux mets rafraîchissants succédant au dessert de la seconde table, il pense qu'on aura pareillement donné le nom de serdeau, nonseulement au lieu où se portait le sert qu'on avait présenté au roi, mais encore à l'officier entre les mains duquel se déposait le sert auquel le roi n'avait plus voulu toucher.

Quoi qu'il en soit de l'étymologie de ce nom, on appelait ainsi la desserte du roi, et la salle du Serdeau était placée au Grand-Commun. Il paraît que, sous Louis XIV, les gentilshommes servants qui devaient manger cette desserte ne le faisaient plus, ou que les plats nombreux de la table du roi étaient trop considérables pour leur appétit : toujours est-il que l'on prit l'habitude de vendre à l'extérieur, dans quelques baraques adossées à l'aile des Ministres, le surplus de la table du Serdeau. Cet usage s'étendit bientôt à tous les autres services de la maison, ainsi qu'à ceux des princes de la famille royale; en sorte que les plats à vendre, provenant de la desserte de la maison royale, devinrent si considérables,

qu'il s'établit tout le long de la rue de la Chancellerie des baraques dans lesquelles les habitants de Versailles trouvaient, après l'heure du dîner du roi, tout ce qui leur convenait en rôtis de toute espèce, volailles, poissons, etc., à des prix très- modérés. C'est ce que l'on appelait alors acheter au serdeau.

La caserne des Gardes-Françaises et les baraques de la rue de la Chancellerie ont été détruites, quand on fit la contre-allée bordant la place d'Armes de ce côté.

L'avenue de Sceaux est l'une des trois grandes rangées d'arbres partant de la place d'Armes et formant le magnifique point de vue du château. Forcée de s'arrêter au pied de la Butte-Gobert et des réservoirs de ce nom, cette avenue reçut le nom d'avenue de Sceaux, parce qu'elle aboutissait effectivement à un chemin (rue de Noailles), alors hors la ville, et allant directement rejoindre la route de Sceaux.

L'avenue de Sceaux se trouvant, comme le reste du quartier, beaucoup plus basse que la place d'Armes, en était autrefois complètement séparée.

Sous Louis XIV, on avait fait, pour y arriver, une rampe avec des marches, pour le passage des piétons. Lorsque, sous Louis XV, le quartier Saint-Louis prit plus d'importance, on élargit la rampe, on supprima les marches, et les voitures purent aussi y passer, mais avec difficulté, à cause de la Rampe. Dans l'année 1800, on opéra l'élargissement et l'adoucissement de ce passage dangereux. Enfin en 1840, lorsque l'on put abbattre le pâté de baraques élevées dans ce lieu, et continuer la

portion de l'avenue de ce côté de la place jusqu'au château, cette descente fut tout à fait adoucie et mise dans l'état où elle est aujourd'hui.

L'avenue de Sceaux se dirige du nord-ouest au sudest, de la place d'Armes à la rue Saint-Martin. Elle a 753 mètres de long, sur 70 mètres 50 centimètres de large.

En 1810, on a construit un abreuvoir à son extrémité, du côté de la rue Saint-Martin. Cet abreuvoir est un bassin rond en pierres de taille. Une inscription latine, gravée sur une plaque de marbre noir, élevée sur le mur de derrière, indique que la ville l'a fait faire sous l'administration de M. Pétigny. Un lavoir public placé derrière ce mur a été aussi construit, à la même époque.

En 1793, l'avenue de Sceaux prit le nom à'avenue des Patriotes. Elle reprit, en 1806, celui de Sceaux. Ses quatre rangées d'arbres ont été replantées, comme celles de l'avenue de Saint-Cloud, en 1772. La foire dite de Saint-Louis se tient chaque année, au mois d'août, sur cette avenue.

En 1733, le duc de Noailles fit placer une grille à l'extrémité de l'avenue, afin de la séparer du chemin de Sceaux, et fit clore de murs le bas de la butte de Gobert. Ces divers travaux, dit Narbonne (1), coûtèrent 4,320 livres.

CÔTÉ GAUCHE

N° 1 . — Bains de la princesse de Conti .

Cette maison était, sous Louis XIV, l'une des dépendances de l'hôtel de la princesse de Conti [2), dont nous avons déjà parlé. Elle fut construite par cette princesse,

(1) Ouvrage cité.

(2) Hôtel de la Mairie.

AVENUK DE SCEAUX. 393

dans un angle de son beau jardin, pour y faire une salle de bains.

Monicar, dans son Versailles immortalisé, après avoir décrit l'hôtel du Grand-Veneur, parle de celui de la Princesse, et s'exprime ainsi :

Mais c'est celui-ci que tu vois

Dont la divine chasseresse (1)

Pour sa retraite aurait fait choix;

Puisque ta brillante princesse (2),

Qui l'a mis sur pied autrefois,

Se trouve, comme la déesse,

D'un rare mérite et de poids;

Prudente, sage, chaste et belle,

Et d'aussi bonne maison qu'elle.

Examinant de plus ce lieu par le menu ;

11 lui serait bien convenu, Quand la belle déesse, après son exercice, Eût désiré laver dans l'eau son beau corps nu : Elle aurait en ce lieu, tout prêt pour cet office, Un bain propre et superbe, et placé de façon Qu'il n'est pas lieu d'y craindre aucun autre Actéon,

Ni que quelque mortel y jette

Une œillade trop indiscrète.

Outre les bains qu'elle y avait placés, la princesse de Conti avait fait arranger cette petite maison pour s'y délasser, dans la réunion de quelques intimes amis.

« Le Dauphin, fils de Louis XIV, dit Narbonne (3), aimait avec passion la chasse au loup, et le roi entretenait exprès pour lui un très joli équipage de chasse, que l'on appelait Louveterie. C'était le plus ordinairement dans ce petit pavillon des bains de la princesse de Conti, sa sœur de père, qu'il venait se reposer à ses retours de chasse. L'est dans ce pavillon, ajoute-t-il, que se faisaient les parties secrètes. Il a depuis appartenu au comte deCharolais. »

(1) Diane.

(2) De Conti, fille de Louis XIV et de mademoiselle de la Vallière.

(3) Ouvrage cité.

Cette maison a bien changé d'aspect depuis cette époque ; c'est cependant une de celles qui conservent le mieux, à l'intérieur, les traces de leur première destination.

Les peintures d'ornement du plafond de la principale pièce existent encore, et portent, de distance en distance, le chiffre de la Princesse, M. -A. (Marie-Anne).

Il serait bien à désirer que les propriétaires respectassent et fissent réparer artistement ces peintures, dans les embellissement qu'ils feront peut-être subir à cette maison, aujourd'hui occupée par un marchand de vin.

Entre cette maison et les bâtiments des Petites-Écuries, il y a eu probablement, pendant quelques années, une petite salle de spectacle ; car on trouve, aux Archives générales de l'Empire, un arrêt du 23 mars 1772, concernant une indemnité accordée pour la démolition d'une salle de comédie élevée dans l'avenue de Sceaux, près de la Petite-Écurie du Moi, à Versailles, et fixant ladite indemnité à 23, 388 livres (1).

N° 3. — Sous Louis XIV, en 1703, cet emplacement était occupé par la Compagnie des Galiotes, employée à entretenir sur les canaux Kde Versailles des galères, des navires et d'autres semblables bâtiments (2).

Sous Louis XV, c'était une auberge en renom, dont l'enseigne était : A la Fleur-de-Lys. Sous Louis XVI, on y construisit une salle de concert très-grande, en forme de rotonde.

Cette maison, et toutes celles de ce côté de l'avenue jusqu'à la rue de Limoges, ont été abattues en 1854, pour y construire une caserne, occupée par l'artillerie à

(1) Secrétairerie d'État. Lois de finances. E. 3630. {^Description de Versailles, par Félibien des Avaux, 1703.

pied de la garde. Elle peut contenir 1,463 hommes et 764 chevaux.

CÔTÉ DROIT

Sous Louis XIV , le n° 2 de l'avenue de Sceaux était l'hôtel de Messieurs les trésoriers des Bâtiments du Roi ; — le n° 2 bis, le magasin pour les quatre fermes, et l'habitation des contrôleurs; — le n° 4 et le nD 6, l'hôtel des Fermes du Roi; — et le n° 8, l'hôtel Seignelay.

En 1751, l'état-major des chevau-légers de la garde du Roi acheta ces divers hôtels, les réunit ensemble, et, avec l'agrément du Roi, y fonda une École militaire, pour de jeunes surnuméraires, qu'on y admettait en payant pension.

Les chevau-légers donnèrent plusieurs fêtes dans cette école, entre autres le 21 octobre 1757, à l'occasion de la naissance du comte d'Artois , depuis Charles X. Cette fête se fit surtout remarquer par le luxe qu'on y déploya. Un très beau feu d'artifice, tiré sur la partie de l'avenue de Sceaux placée devant l'école, en fut le signal. Des illuminations magnifiques décoraient les bâtiments. Un bal, où se réunit tout ce que Versailles renfermait de plus élégant, eut lieu dans une immense salle dressée dans l'intérieur des cours et décorée avec un goût exquis :

« Le bal dura jusqu'à huit heures du matin, dit la Gazette de France. 11 y eut la plus nombreuse assemblée, et Ton y distribua avec profusion toutes sortes de rafraîchissements. Le bon ordre qui a régné dans cette fête, joint à la politesse et aux attentions des chevau-légers, n'en a pas fait le moindre agrément. »

En 1768, les chevau-légers firent arranger, à leurs frais, la contre-allée de l'avenue, en face de leur hôtel;

ils y firent placer des bancs de pierre, et elle devint la promenade favorite du quartier, sous le nom de Terrasse des Chevau-Légers.

Cette belle École militaire des Chevau-Légers a subsisté avec distinction jusqu'au 30 septembre 1787, époque de la réforme delà maison du Roi.

Sous la fin du règne de Louis XVI, les hôtels des chevau-légers furent vendus à divers particuliers, et, sur une partie de leur terrain, on forma l'impasse qui porte aujourd'hui le nom d'impasse des Chevau-Légers.

N° 8. — En 1787, après la réforme de la maison du Roi, on plaça dans cet hôtel les gardes-du-corps de Monsieur.

N° 10. — Ce bâtiment fut d'abord, sous Louis XIV, l'hôtel de la Marine et des Galères. Après 1710, il devint l'hôtel du duc de Béthune. Enfin, après 1734, c'était le bureau des voitures de la Cour.

Louis XIV, voulant récompenser les services de la dame de Beauvais (1), première femme de chambre de la reine sa mère, et ceux de Louis de Beauvais, capitaine des chasses de ses parcs, leur accorda , par lettrespatentes, le privilège exclusif des voitures publiques de Paris à Saint-Germain, Versailles et autres lieux de résidence royale, moyennant la somme annuelle de 12,000 liv., payables à la recette de son domaine de Versailles.

Ces lettres sont du mois d'août 1685.

Ces voitures, nommées indifféremment voitures de la

(l)Si l'on en croit la correspondance de la princesse Palatine, mère du régent, cette dame de Beauvais avait été la première maîtresse de Louis XIV.

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