LA QUESTION DES SUBSISTANCES
Elle ne se pose guère avant la récolte de 1792. — Situation créée par la récolte de 1792 : l’affaire Murie-Durand.
Le problème du ravitaillement, en 1789, avait été l’une des causes principales de la révolution municipaie. Grâce aux mesures prises par le Comité local, grâce au régime de libre circulation des grains établi par la Constituante après la récolte de 1789, véritable bienfait pour une région d'importation comme le Bocage, Vire a vu s’évanouir le spectre de la famine.
Les récoltes passables de 1790 et 1791 permettent aux administrations nouvelles de ne pas connaître les craintes qui avaient marqué le premier semestre de 1789.
L’envoi des mercuriales hebdomadaires au ministère de l’intérieur (département des subsistances) ne comporte pas d’observation autre que celle, déjà formulée, qui est relative à la condition agricole de la région et aux méthodes locales de ravitaillement (2). En ce qui concerne l’avenir, pour attirer aux marchés les bladiers étrangers, on reprend l'affaire de la construction des halles, en train depuis 1786 : le 24 janvier 1792, le conseil général de la commune réclame le paiement du reliquat des sommes promises par l’ordonnance royale de mars 1786, soit 12.388 I. 17 s. ; et le 14 mai suivant, l’administration départementale ordonne à l’ancien adjudicataire des travaux de remettre en activité son
chantier.
(1) Inutile d’insister sur la multitude d’adresses, de proclamations aux contribuables, répandues par la municipalité, le district, la société patriotique, pour accélérer le recouvrement des impositions. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 721, f. 105, 106. — Arch. Vire, I 73, f. 18 (discours de Caïlly, 31 juillet 1790). Bibl. Vire, Le Courrier des Campagnes).
(2) On.rappelle que le pays ne produit pas d’orge, que la récolte en froment est insuffisante, que c’est le seigle qui permet, dans les meil-
leures années, d’équilibrer la consommation. — En 1790, la soudure est effectuée facilement : le 16 juin, la municipalité écrit à Flaust (qui l’informe d’un envoi de blé en Normandie) : « Le blé, quoique cher, ne
manque pas encore ici. » — De même, en avril 1791, elle rejette les propositions d’un marchand de Honfleur offrant du seigle à prenüre
dans le port de Caen. (Arch.-Vire, DN9, f 11; 77, 132).
Enfin, les subsistances autres que les céréales ne semblent pas avoir causé alors de grands soucis à la population (1).
Mais, la mauvaise récolte de 1792 remet au premier plan la question des subsistances. L'été pluvieux a gêné la maturité, retardé la récolte, et, dans plusieurs cantons, complètement perdu les sarrazins, désastre pour un pays où la « galette de sarrazin » rempiace fréquemment le pain. De nouveau, il faut songer à importer des grains des départements voisins (2).
Or, à ce moment, d’autres préoccupations ont motivé la formalité des passeports : de ce fait, la circulation est entravée.
Bien mieux, en exécution du décret du 16 septembre 1792, l’administration départementale, le 11 octobre, rend un arrêté interdisant le transport nocturne des grains : l’intention de gêner les accapareurs, dont on parle à nouveau, est manifeste. Mais, pour les Virois, le résultat est le suivant : les bladiers des districts de Saint-Lô, Mortain, Domfront, qui, normalement, alimentent le marché de Vire, et, à cet effet, voyagent de nuit, cessent leurs apports, préférant vendre « dans d’autres halles pour éviter les entraves ». Du 21 octobre au 2 novembre, le marché de Vire est réduit aux grains des laboureurs et bladiers des environs, en quantité dérisoire.
Ces constatations affolent la population. De nouveau, circulent des bruits d’accaparement ; des accusations malveillantes sont lancées, même contre des membres de la municipalité (3). En vain le district ordonne quelques visites domiciliaires dans des locaux désignés comme recelant des subsistances (4) ; en vain, la municipalité surveille plus que jamais les marchés (5) : on a peur de
(1) Le 4 février 1792, à la société patriotique, « Lemoine du Gassel a demandé la parole, et, à l’exemple de la section de la Croix-Rouge et des Jacobins de Paris, a fait la motion que l’on fît serment de s’abstenir de sucre et de café jusqu’à ce que ces deux denrées fussent revenues à un prix raisonnable. La motion, appuyée par que:ques membres, combattue par d’autres, a été ajournée à huitaine. » Nouvel ajournementile. 11" février, ‘Aprés quoi, “on…n'en parle plus. (Id; 1.73; 4-11 février 1792 ; D 2, f. 157. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 716, f. 120).
(2) L’administration départementale prend alors une série de mesures concernant les céréales (Arch. Calv., L 602, passim).
(3) Notamment contre Roger-Sorière et Desmarais (Arch. Vire, D 3, LOS 0e LRO IN A2 OMR) E
(4) Notamment à Neuville (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 722, f. 28). (5) Application stricte des arrêtés concernant les regrattiers ; inter-
diction de vente en dehors des limites du marché (Arch. Vire, D 3, TS ADPMID SDS):