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LA QUESTION DES SUBSISTANCES

manquer, le prix des denrées s’accroit ; au moindre incident l'agitation peut dégénérer en émeute.

C’est ce qui arrive le 23 octobre 1792 (1). Le septième bataillon du Calvados, levé dans le district de Vire, vient d’être rassemblé dans la ville et armé au moyen des fusils de la garde nationale ; soit deux circonstances peu favorables au maintien de l’ordre, car ces volontaires, oisifs et peu disciplinés, constituent un élément de trouble pour la petite ville (2), et, d’autre part, la milice locale. désarmée, est momentanément réduite à l'impuissance.

Or, ce jour, un certain Murie, de Paris, mais Virois d’origine, et son associé, J.-B. Durand, négociant, gendre de l’architecte Bonnel, sont en train, rue Girard, de charger 14.000 livres de beurre destinées à l’approvisionnement des hôpitaux de Paris. Autour des deux voitures, des citoyens s’attroupent, les commentaires vont leur train : on parle d’accaparement ; quelqu'un lance que Durand et Murie travaillent pour le compte de étranger. Il n’en faut pas plus pour provoquer une collision : on veut faire un mauvais parti aux « accapareurs ».

Prévenues à temps, la garde nationale et les autorités s’interposent. Les municipaux, connaissant le marché passé par Murie et Durand avec les hôpitaux, croient plus habile, pour éviter les fureurs de la foule, de faire incarcérer les deux acheteurs de beurre et promettent d'informer contre eux. Le peuple, auquei on. abandonne les deux charretées de beurre (3), n’insiste pas et la municipalité croit l’effervescence calmée.

Le lendemain matin, à 9 heures, les conseils généraux du district et de la commune tiennent une séance publique : à une très nombreuse assistance, où figurent beaucoup de volontaires, ils entreprennent de démontrer l’innocence des deux prévenus. Mais, c’est en vain qu’ils veulent passer à l’audition des témoins : la foule s’irrite de voir qu’on veut disculper des gens qu’elle considère comme des accapareurs ; elle déclare que les autorités veulent la tromper et se font les complices des coupables : on veut

(1) C’est à tort que R. SéGuiIN (Hist. de la Chouannerie, t. 1°’, p. 28) place cet événement en avril 1792. Voir sur ce sujet : Arch. Vire, D 3, f. 50-59 ; D 10, p. 54-58, 67-69 ;, D* 14. — Arch. Calv. L, district Vire. anc. 717, f.70-71 : L 602, 24-octobre, 1192=:Lr"Police"23:

(2) Dans les jours précédents, ils s'étaient signalés par des rixes et des déprédations. Delavente, procureur syndic, affirme que leurs chefs excusaient tout, parce qu’ils se ménageaient leurs suffrages, en vue de l’élection de l’état-major du bataillon.

(3) Durand et Murie demandèrent eux-mêmes l'abandon du beurre aux volontaires qui le vendirent à leur profit ; ils en retirèrent 2.400 I].

« affamer la ville » (1). En un instant, « tout est confondu » ; la multitude envahit l'emplacement réservé aux autorités, réclame la tête des deux prisonniers, insulte les administrateurs, les menace de mort. Déjà des volontaires se précipitent chez le maire qui habite à côté, pénètrent d’autorité dans sa maison, bousculent les membres de sa famille, saccagent tout. En même temps, circule de mains en mains une étrange liste de proscripuion où figure le nom des négociants et des citoyens les plus riches : il s’agit de leur faire un mauvais parti. Beaucoup de gens se cachent. Désarmée, la garde nationale s’efforce en vain de contenir les factieux. Les volontaires, maîtres de la cité, créent une sorte de comité pour les subsistances, taxent les grains à leur guise, menacent de leurs armes ceux qui repoussent leurs conditions. Le 26 octobre, jour de marché, ils continuent la série de leurs exploits, au grand dam des paysans qui se sont aventurés à Vire.

Soudain, on apprend l’arrivée de deux délégués du département : Lenormand, vice-président, et Bougon-Longrais, procureur-général-syndic : les autorités de Vire avaient, d'urgence, fait appel à l'administration supérieure pour les aider à rétablir l’ordre.

Cet événement imprévu des émeutiers, la notoriété des commissaires, créent une réaction salutaire : c’est dans le calme que se tient une nouvelle réunion publique, au cours de laquelle les deux délégués se font instruire des faits : immédiatement, ils prennent une mesure décisive : le septième bataillon quittera la ville. Chacun s’ingénie à hâter les préparatifs du départ qui a lieu le 29 au matin (2).

Le 2 novembre, en une troisième séance publique, les autorités donnent connaissance à la foule désarmée des lettres de Roland, ministre de l’intérieur, Cousin, administrateur des hôpitaux de Paris, et Louis-Philippe Dumont, représentant du peuple, qui affirment la réalité des marchés passés et le civisme du citoyen Murie « vainqueur du château des Tuileries le 10 août ». Le départ des volontaires ayant permis le retour au calme, on libère les deux prisonniers et on ne tente même pas de rechercher les coup bles (3). Le ministre et le département décernent aux autorités

(1) On affirma que « ces voitures étaient destinées pour Granville et, de là, pour les émigrés, que ledit Durand en avait fait partir bien d’autres ».

(2) Les volontaires ne protestèrent pas. Même, la compagnie des grenadiers refusa sa part du produit de la vente du beurre pillé, « pour donner à l’armée l’exemple des vertus militaires ». Plus tard, les volontaires adressèrent au ministre les 2.400 1. provenant de la vente.

(3) La municipalité prétendit qu’elle n’était pas en mesure de désigner les coupables et s’attira les reproches du département. Par la suite,

locales les plus vifs éloges pour la fermeté dont elles ont fait preuve au cours de ces journées orageuses.

Mais, le souvenir de ces instants pénibles hantera la mémoire des municipaux, et au cours de la longue disette qui caractérisera la période suivante, ils craindront sans cesse le renouvellement des scènes d’octobre 1792.

Caractères de cette crise. — Efforts pour y remédier : échanges d’assignats ; monnaie de billon ; billets de confiance.

Au cours de cette même période se développe en France une redoutable crise monétaire qui se répercute sur l’activité économique de la nation et nécessite l’emploi de mesures provisoires qui vont encore compliquer une situation extrêmement délicate.

Cette crise résulte d’abord d’un fait d’ordre économique : par suite de ses récoltes déficitaires, la France, pour établir la soudure, a dû, plusieurs années de suite, demander à l'étranger une notable partie des céréales nécessaires à sa consommation. Or, la crise industrielle qui sévit en France au même moment n’a pas permis de compenser cette importation de denrées par une exportation correspondante de produits fabriqués. Résultat : la France «x dû exporter des valeurs métalliques.

Or, presque toujours, la rareté des espèces métalliques produit dans la masse le phénomène curieux connu sous le nom de thésaurisation. Parce que le métal est rare, on finit par lui attribuer une vertu nouvelle et on a soin de le mettre en dehors de la circulation.

C’est ce qui arrive à Vire : obligée d’acheter au loin ses subsistances, la ville, atteinte par la crise industrielle, a dû diminuer ses disponibilités. Au moment où la reprise des affaires permet d’escompter la fin de la crise, les patrons, appauvris, n’ont plus l’avance nécessaire pour payer les salaires, et, dans la localité, ils trouvent difficilement prêteur.

Durand et Murie réclamèrent une indemnité de 11.469 1. 17 s. Sur avis favorable dü comité d’agriculture et de commerce, la Convention, le 16 septembre 1793, eujoignit à la municipalité de Vire de verser cette somme à répartir en sols additionnels sur les rôles de 1793. La municipalité refusa, et la Convention chargea le représentant Frémanger de proncncer sur place en dernier ressort. Le 10 mai 1794, Frémanger donne raison à la municipalité qui « a fait tout son devoir ». L’indemnité sera payée par Je Trésor (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 712, n. f. 3 octobre 1793 ; 736, f. 48. — Arch. Vire, D* 14. — GERBAUX et SCHMIDT, Procès-verbaux des comités d'agriculture el de commerce de la Constituante, de la Législative et de la Convention, t. IV, p. 125 et 143).

Pour remédier à la disette de numéraire, la Constituante, en avril 1790, donne à l’assignat cours de monnaie. Avec la garantie des biens nationaux, ce papier, à l’intérieur du territoire, peut inspirer confiance (1). À Vire, au début de 1791, c’est à peine si l'on donne une prime de 1,5 0/0 au métal (2). Et il est certain que, dans ce pays appauvri, la nouvelle monnaie a les meilleurs effets (3) : elle permet la reprise des affaires et rend à l’industrie une partie de sa vigueur passée.

Toutefois, les décrets d’avril et septembre 1790 n’ont créé que de grosses coupures : 2.000, 1.000, 500, 200, 100 et 50 I. Or, le commerce de détail, le paiement des salaires, l’achat des denrées de consommation courante, même l’acquittement des contributions exigent des coupures de valeur modique.

Chargée de payer les mois de nourrices des enfants trouvés de l'hôpital général, la municipalité de Vire se trouve, un jour, dans l'impossibilité de répartir les sommes envoyées à cet effet par le gouvernement (4). Quant à la « manufacture » qui reçoit des paiements en gros assignats, elle finit par subir, de ce fait, un préjudice important, les grosses coupures, dès août 1791, perdant 10 0/0.

(1) L’étranger, qui n’a pas les mêmes raisons que le Français, d’avoir confiance dans la Révolution, accepte difficilement l’assignat. Mais il aimera micux se faire payer ses créances en produits français qu’en monnaie, d’où essor nouveau de l’industrie qui retrouve ainsi des débouchés. Par contre, pour ne pas payer pour le change une forte prime, Ja Krance a intérêt à ne pas importer : la production nationale va en bénéficier.

(2 Jamais on ne prononce le mot « dépréciation ». Cette faible prime indique que l’assignat suffit à la plupart des besoins. — Une difficulté initiale fut vite levée : des receveurs de caisses publiques, ayant lu lait. 6 du décret du 1%-13 juin 1790 (« Le revers de lassignat sera divisé en plusieurs cases dont la première recevra la signature de l’endosseur nommé par le roi, et les autres cases serviront aux autres endosseurs, s’il y a lieu »}), exigèrent j’endossement des collecteurs d'impôts. Une lettre de Montesquiou, président du comité des finances, le 15 novembre 1790, fit cesser une pratique qui, en se propageant, iisquait de nuire aux transactions (Arch. Vire, D 9, f. 35 et 38). — Il y eut alors peu d’assignats faux dans la région de Vire. J’en trouve deux Cas le Ma eee) 2 Did ESC ASE PDAID ER AAC)

(8) « Ce papier-monnäie sans l’émission duquel la France était à deux doigts de sa perte. » écrit la municipalité de Vire au comité des

finances de la Constituante (Arch. Vire, D 9, f. 35, 3 novembre 1790).

(4) Paiement trimestriel sur la base de 5 1. par mois et par enfant. Désormais, les demandes de fonds pour lhôpital portent cette recommandation : « que le paiement soit en assignats de la plus petite valeur, les gros se changeant difficilement à Vire, » (Ibid., f. 62),

Dès le 3 novembre 1790, la municipalité avait sollicité la création d’assignats de 25 et 12 ]. ; puis, le gouvernement, le 6 mai 1791, ayant créé 100 millions en assignats de 5 1. remplaçant une somme équivalente en grosses coupures, la municipalité s’efforce de réaliser un échange de 100.000 1. Mais, les nouveaux assignats ont si rapidement trouvé preneur que, de septembre 1791 à janvier 1792, de multiples démarches de Flaust constituant, et de Castel, de la Législative, aboutissent à un échange de 30.000 I. seulement (1).

C’est en vain que, pour compenser cette rareté de la petite monnaie, on a compté sur le billon provenant de la fonte des cloches des églises supprimées. Le 25 août 1791, le directoire du Calvados a bien promis d'accorder au district de Vire les 18 centièmes du billon provenant des cloches du département ; mais, toutes sortes de retards dans l’acheminement des cloches, la confection de la monnaie, sont cause qu’au 11 janvier 1792, Vire n’a encore reçu que 3.115 1. en monnaie de billon (2).

La situation devient grave (3). Le billon, les petites coupures donnent lieu à un agiotage effréné : le 1° janvier 1792, tandis que les assignats de 5 1. perdent 9 0/0, les gros assignats perdent déjà 18 0/0. Le 4, la municipalité déclare que la rentrée des impôts devient impossible pour les petits contribuables. A un moment où l’industrie pourrait refleurir, « les ouvriers vont se trouver sans ouvrage, faute de monnaie pour les payer. » (4) Les esprits se nontent : le partage des petits assignats provenant d’échanges

() De janvier à avril 1792, per Castel, on réalisera des échanges portant sur42/000 1 (Arch Vire, D'2,-f.160="D"9;f.35, 119; 121, 126, 127, POS MIS AS 5 M5 0 IS TM EDERI

(2) L’argenterie des églises et communautés supprimées était partie à la monnaie de Paris ie 10 août 1791. Mais, le 8 août 1792, on expédie à Caen encore 15 cloches. — Du 25 décembre 1791 au 21 octobre 1792, le district a reçu en tout 20.605 1. en billon (émission à Vire pour deux tiers, à Condé pour un tiers). (Arch. Calv., L, anc. 44, 25 août 1791 ; L, district Vire, anc. 739, 22 juillet et 8 août 1792. — Arch. Vire, D 9, D MS MOD N86 157039, 2D 0 %p-06,21721,23,133, 42,250).

(3) Les témoignages abondent à ce sujet. « Notre manufacture surtout en a un besoin inexprimable. » — Nécessité de l’échange « pour maintenir le calme et la tranquillité dans la ville, pour secourir la classe incigente ». — « Les ouvriers ne trouveront plus d'ouvrage, si on ne facilite à ceux qui le leur fournissent les moyens de les payer ». —

Nous sommes incendés d’assignats de haute valeur. Les autres sont à

un prix excessif par les besoins de la manufacture et l'effet de lPagio-

tage. »

(4) « La détresse affreuse de numéraire où nous nous trouvons. est telle qu’il est impossible de faire acquitter Îles contributions par les

ne peut avoir lieu sans l’organisation d’un service d'ordre par la garde nationale ; et même, le 11 janvier 1792, pendant que le bureau municipal opère une répartition de ce genre entre les naîtres Grapiers, un sergent-major de la garde en service, mécontent de ne pas obtenir la monnaie de 50 1., supprime les quatre sentinelles de la porte d’entrée ; la foule envahit la salle, les

municipaux sont insultés, menacés, des gardes nationaux donnant l'exemple ; l’opération doit être suspendue au milieu de la plus #rande confusion.

Le 15 janvier 1792, le maire expose au conseil que « la rareté du numéraire… et des petits assignats de cinq livres met entrave au commerce de la draperie et du papier ; il est impossible d'attendre la répartition des petits assignats de 5 1. par le département. » L'assemblée est d’avis qu’il est « impossible de faire travailler les misérables et même de continuer les aumônes ordinaires » (1).

Ces constatations amènent enfin la municipalité à consentir à l'établissement d’une caisse patriotique, émettant, en échange d’assignats, des bons dits de confiance, d’une valeur très minime. Déjà, devant la fortune prodigieuse que cette innovation rencontrait ailleurs, plusieurs Virois, le 31 août 1791, avaient demandé la création d’une caisse de ce genre ; et le 22 décembre, le maïre s’en était montré partisan : une commission d’études avait été nommée (2).

Le 26 février 1792, devant une nouvelle pétition des citoyens (3),

contribuables pour les petites lignes, et notamment pour les patentes. Notre fabrique est dans la plus grande détresse. » (La manufacture essaya d’obtenir de la trésorerie un échange personnel de 10.000 1.) (Arch. Vare DRM PE IST RD T0 InEs)

(DMATCh Vire DA2M158 159,100 "Arch Cal LL" district Vire, ANC 00 neo; ;

(2) Surirey et Roger-Sorière avaient proposé de signer eux-mêmes les billets. Surirey offrait un local pour l’émission. Pour épargner les frais d’un caissier, les juges du commerce offraient de se charger de l’administration de la caisse, avec les commissaires de la commune. (Arch. Vire D MAMIE T SLSS)

(3) Les Virois « cherchent à se procurer [les billets] des communes circonvcisines.… ; même, ils en prennent qui ne sont revêtus d’aucunes signatures ». — Dans la région, des bons furent émis à Condé-sur-Noireau, par Gervais Callais et Desprès, négociants ; à Saint-Sever, par Mette, aubergiste ; à Vire même par J.-B. Brochet, marchand rue Girard. [En vertu de la loi du 1° avril 1792, il fut, le 9 mai, soumis à une vérification par la municipalité et il lui fut fait défcase de continuer l’émission. Elle avait eu lieu de mars à mai 1792 et portait sur

la municipalité décide de passer à l’exécution ; le 1°” mars, le conseil général « considérant que la rareté de numéraire et d’assignats de petite valeur met entrave au commerce, empêche les citoyens de se procurer des objets de première nécessité, d’acquitter leurs contributions, de payer même leurs dettes ; qu’il serait avantageux pour les habitants et ceux qui viennent les approvisionner de faire des billets de confiance pour être échangés contre des assignats, que cet établissement remédierait à la rareté de numéraire et à l’agiotage qui se fait, a arrêté de faire des billets de confiance jusqu’à concurrence de la somme de 60.000 1. à échanger contre des assignats » et envoie Demortreux notable au département solliciter l’autorisation nécessaire.

Le 10 avril, la caisse fonctionne selon un règlement arrêté le 26 mars. Elle échange contre des assignats de 100 et 50 1. des bons de 20 et 10 sols ; contre des assignats de 5 1. des bons de 5 sols. Puis, le 26 mai, on ajoute une émission de 10.000 1. en bons de 2 sols 6 deniers. Le terme de remboursement est, sauf décision de l'Assemblée nationale, fixé au 1° juillet 1793 (1).

Ces billets reçoivent du public le meilleur accueil ; ils se répandent en dehors de la ville avec une rapidité extraordinaire (2).

Cependant, la Législative s’était émue de cette intense diffusion de papier-monnaie. Il était facile d’imiter ces bons et d’en répandre de faux (3). De plus, les fraudes ne sont pas rares (4). Aussi, le 1° avril 1792, elle avait interdit aux particuliers toute nouvelle

10.000 1. À la date du 7 juin 1794, il en restait encore 140 I. en circu- Jérome rich Vire SD 0168-10 DAI0 MD 7608, LM OFESlEE Arch.1Calv., L2-district Vire, -anc. 725,.f. 75)1].

(1) Delavente (peintre) et Vesnié (sculpteur) établissent le modèle. Cailly rédige le règlement. Douze municipaux et juges du commerce signent les bons. Le caissiér est J.-B.-Louis Loyer. (Arch. Vire, D 2, POI 15-980 100)

(2) Lorsqu’en 1793-94 s’opéra la rentrée de ces bons, il en revint des paquets de villes éloignées comme Cambrai, Chatellerault, Montmorillon.

CArch-aVire, 031);

(3) Dans la région, on a arrêté : 1° le 7 juillet 1792 : Théodon, tisserand à Vire, pour distribution à Caen (acquitté). — 2° Le 10 juillet, Pierre Lechartier et fils, tanneurs à Montchamp, fabricants et émetteurs de faux bons de Vire, Caen et Chanu (condamnés à six ans de fer). — 3° Le 28 juillet : Georges Delavarde et sa femme, de Montbertrand, émetteurs de faux bons de différentes communes (six ans de fer au mari, six ans de réclusion à la femme, exposition à Vire aux

regards du peuple.) (Arch. Vire, I 86).

(4) « L’assignat représentait les biens nationaux ; le billet de confiance représentait l’assignat. Si billet de confiance et assignat cu laient en même temps, il semble qu’il n’y avait plus de limite à l’émission du papier. » (Jaurès : La Législative, p. 1.060).

émission et soumis à de fréquentes vérifications les caisses fondées par les corps administratifs.

Le 8 novembre 1792, la Convention prend une décision beaucoup plus radicale : devant le nombre considérable de billets répandus par les directoires, les municipalités, les particuliers et dont le caractère local est totalement oublié, elle décrète la mise en liquidation des caisses patriotiques.

Cette mesure vient atteindre la caisse viroise au moment où s'affirme son succès : déjà 53.475 1. de petites coupures de 20, 10, 5 sols et 2 sols 6 deniers sont en circulation. La confiance que leur accordent les citoyens est d’ailleurs justifiée par une gestion d’une intégrité incontestable. « Il existe, dit, le 12 décembre 1792, le commissaire vérificateur du district, la même quantité d’assignats que celle de billets patriotiques en émission, de manière qu’en supposant que tous les billets émis. rentrassent à la fois, les citoyens seraient tous assurés d’être remboursés sur-le-champ ; enfin l’ordre et l'exactitude ont régné dans la tenue de la caisse. » (1).

Le décret du 8 novembre ébranle la confiance des citoyens. La mesure a été prise si soudainement qu’elle paraît avoir eu pour résultat de frapper de discrédit toute monnaie de papier : l’assignat lui-même tombe à 65 0/0 alors que pendant les dix premiers mois de 1792, il avait valu en moyenne 75 0/0. Quant aux bons, « la confiance. a cessé à la première nouvelle du décret, et les marchands, les boulangers, les bouchers, les laboureurs qui les avaient reçus jusqu'alors, effrayés des embarras de s’en procurer le remboursement, ont fait refus d’en recevoir aucun ». « Un refus aussi unanime » a les « suites les plus fâcheuses dans une ville de manufacture où un nombre très considérable d’ouvriers ne peuvent, avec ces billets qu’ils avaient acquis à la sueur de leur

front, procurer à leurs femmes, à leurs enfants les denrées les plus nécessaires à la vie. »

La municipalité élue en novembre 1792 s’efforcera au moyen d’un bureau spécial, de favoriser l’échange de ces billets contre des assignats de minime valeur. Mais les bons nationaux de 15 et 10 sols, mis alors en circulation, sont en trop petit nombre. De plus, le billon nécessaire pour faire lappoint manque souvent (2). En vain, le 5 décembre 1792, la nouvelle municipalité réclame de la Convention nationale l’autorisation de « laisser dans le commerce les plus petits bons au-dessous de 10 sols » émis

Arch Cal L'districtMWire anc 723 0210

(2) Demande de billon à Caen le 6 décembre 1792 : « Le billon est de première nécessité par suite du discrédit total des bons de confiance »,

par les municipalités. Faute de monnaie, lopération de rentrée des bons de confiance va subir des retards considérables. Ce n’est que le 28 mars 1793 qu’a lieu le premier brûlement de bons de Vire : il ne porte que sur 28.850 1. Trois brûlements auront encore lieu le 1° août, le 18 novembre 1793 et le 17 juin 1794. Mais, le 23 juin 1794, il en reste encore pour 9.873 1. en circulation (1).

Caractères généraux. — 1. Maisons de charité. — 2. Secours à domicile. — 3. Ateliers de charité.

Nous avons pu, précédemment, constater l’importance de la question de l’assistance à Vire et le minime résultat des mesures prises à la fin de l’ancien régime, par suite de la mauvaise situation financière qui coïncide avec un prodigieux développement de la misère.

Devant cette « misère classée » (2), endémique, que l’ancien régime transmet en héritage au nouveau, comment vont se comporter ies autorités élues en 1790 (3) ?

A diverses reprises, la Constituante et la Législative montrent bien leur intention d’établir une législation générale de l’assistance considérée comme un service national (4). Mais, faute de temps, faute de moyens, elles en restent aux velléités. Et en attendant les réformes, les pouvoirs locaux n’ont qu’à sauvegarder les

institutions préexistantes.

Cette tâche n’est pas facile : les circonstances économiques, les

(1) Conformément à l’arrêté du Comité de salut public du 14 germinal an I], la municipalité versa les 9.873 1. entre les mains du receveur du district, les caisses publiques se chargeant de la rentrée du reliquat et de son annulation. (Id. ane. 725, f. 112. — Arch. NAT RD RS SN ED TO M2 ODA ADN 0 77-719;

FA EME (2) JaurËës : La Constituante, p. 274.

(3) Le décret du 14 décembre 1789 a confirmé toutes les prérogatives municipales en matière d'assistance (art. 50 et 51). La municipalité continue donc d'intervenir dans la direction de l'hôpital général, dans

celle des bureaux et ateliers de charité, comme sous l’ancien régime.

(4) La Constituante place « au rang des devoirs les plus sacrés de la nation l’assistance des pauvres dans tous les âges et toutes les circonstances de la vie ». La Constitution de ‘1791 promet « un établissement général de secours publics pour élever les enfants, soulager les pauvres infirmes et fournir du travail aux pauvres valides qui n’au-

raient pas pu s’en procurer ».

répercussions inattendues des nouvelles lois concourent au naufrage des œuvres d’assistance.

Chômage, appauvrissement général, raréfaction des subsistances, crise monétaire, diminution de la charité privée, tous ces maux des temps ont leur effet sur les institutions charitables.

Puis, les nouvelles lois religieuses font disparaitre les couvents d'hommes et les aumônes qui en émanaient ; par suite de lexigence du serment, elles provoquent des perturbations dans le personnel hospitalier. -

Enfin, ce qui est plus grave, l’exécution des lois portant suppression des droits et privilèges fiscaux prive, sans compensation immédiate, les maisons hospitalières d’une grosse partie de leurs revenus. Ainsi, c’est au milieu d’une situation inextricable qu’en matière d'assistance, doit se débattre l’administration locale.

Son intervention comporte trois formes : gérance des maisons de charité ; distribution de secours à domicile ; installation d'ateliers de charité.

1. À la veille de la Révolution, peu brillante était la situation des deux maisons charitables de Vire. L’Hôtel-Dieu a un personnel nombreux, dévoué, mais une quantité de lits tout à fait insuffisante pour la situation sanitaire de la localité (1) ; et, malgré une sévère économie, tout à l’honneur du prieur-administrateur Michel Guéret, les ressources sont trop faibles (2) pour qu’il y ait des excédents de recettes qui, seuls, permettraient d'envisager des améliorations utiles à la collectivité.

Quant à l’hôpital général, grevé de 1.476 I. 14 s. de rentes passives, gêné par de pieuses libéralités (sans profit pour les pauvres, un coûteux service de fondations en étant la lourde rançon), il présente peu de revenus fixes, trop de revenus casuels, sujets à toutes sortes de vicissitudes, et il n’équilibre son budget qu’au moyen du bénéfice réalisé sur les nourrices des enfants trouvés (3).

(1) I y a 42 lits. Le tableau de 1790 en réponse à l’enquête du Comité de mendicité affirme que, seule, une moitié des malades indigents de la ville peut avoir accès à l’Hôtel-Dieu. Cependant, on admet facilement les militaires de passage, car les frais d’hospitalisation sont remboursés par la caisse de leur corps (Arch. Vire, Q* 97).

(2) 9.127 I. 9 s. (loyer de plusieurs fermes, un quart de la dîme de Coulonces, un neuvième de celle de la Graverie, droit de coutume à la foire Sainte-Catherine). (Voir : la vente des biens nationaux à Vire et dans les communes voisines, p. 19).

(3) Revenus fixes : 2.947 1. 18 s. (fermage de Saint-Nicolas : 947 1. 10 s. ; rentes sur le clergé de France : 1.286 1. ; rentes hypothèques : 714 1. 8 s.). — Revenus casuels : 1° Havage sur les grains amenés au marché : 10.000 1. (moyenne) ; 2° droit d’une livre par tonneau entrant dans la ville : 1.800 1. ; 3° somme sur le produit du tarif : 100 1.

La tâche qui incombe à l’autorité locale est triple : remaniement de ladministration ; intervention auprès des pouvoirs publics pour lutter contre la mauvaise situation financière ; amélioration du régime intérieur.

En ce qui concerne le personnel, il y a peu à s'occuper de l’Hôtel-Dieu : Michel Guéret et les Augustines restent en fonctions : c’est seulement le 26 mai 1792 que la municipalité demande au département si l’administration de l’Hôtel-Dieu est tenue de prêter le serment civique ; le département ne répond pas, on n’insiste pas, ce qui permet de gagner du temps (1).

Pour l’hôpital général, qui est sous la direction immédiate des officiers municipaux, on conserve le bureau de 1789, le nouveau bureau municipal y remplaçant Mauduit et ses échevins. Après diverses vicissitudes, l’administration, le 22 juillet 1792, comprend : le maire Flaust ; Bazin et Lecourt, du bureau municipal, membres de droit ; Alais, curé constitutionnel ; Surirey, J.-B. Dumont, François Alais, Vesnié et Desmarais, notables. Ce bureau se réunit tous les lundis (2).

Mais, en août 1791, le service intérieur dirigé par les sœurs de Saint-Louis subit une grave crise. En exécution de la loi, ka municipalité, en juin, a dû remplacer, en même temps que celui de l'Hôtel-Dieu, le chapelain réfractaire de l'Hôpital général. Cette mesure est mal accueillie par les sœurs de Saint-Louis. Aussi, la municipalité voulant réglementer l’exercice du culte à l’intérieur de la maison, les sept sœurs, le 18 juillet 1791, déclarent que « leurs fonctions ne leur étaient plus supportables » et démissionnent. En vain, la municipalité leur rappelle la loi du 14 octobre 1790 qui prescrit aux fonctionnaires de l’assistance et de l'instruction

4° dîme à Langrune : 124 I. ; 5° logement de la congrégation : 30 I. ; 6° droits de réception des officiers de judicature : 11 1. 6 s. ; 7° droit x Ia foire Saint-Nicolas : 35 1. ; 8° boucherie de Carême : 250 I. ; 9° donations et legs : très variables ; 10° quelques pensions (20 I. en 1790) ; 11° 1.000 1. accordées par le roi sur le don gratuit ; 12° produit de l’industrie de la maison : 4.200 1. Total : 20.600 1. environ. — Pour les enfants trouvés, l'Etat accorde 7 1. par tête et par mois. On trouve des nourrices a 5 1. Bénéfice annuel : 15.000 I. (Arch. Vire : Q* 97. Rapport du 17 juillet 1790).

(1) Les religieuses des hôpitaux furent exceptées des dispositions des décrets des 4 et 17 août 1792 portant évacuation des couvents. Le ‘ décret du 18 août 1792 permit de garder, à titre individuel, les religieuses au service des pauvres.

(2) Arch. Vire, II, 61. (Délibérations de l'hôpital général : 1757on VIII). Le receveur Houel, très regretté par la municipalité, cesse ses fonctions en août 1791, démission sans rapport avec le départ des sœurs de Saint-Louis (Arch. Vire, D 2, f. 134).

publique de donner, six mois d'avance, avis de la cessation de leurs fonctions : elles ripostent que, ne touchant pas de traitement, la loi précitée ne les concerne pas ; elles refusent de payer les nourrices et abandonnent la partie comptable et la direction commerciale de la maison. Delavente est bien obligé de requérir leur remplacement, et leur départ s'effectue le 18 août (1). Leurs remplaçantes sont installées le lendemain : ce sont deux ci-devant bernardines et une ci-devant bénédictine jouissant de leur petite pension ecclésiastique, et deux laïques, désireuses de se vouer au bien public (2). L’une d’elles, Mlle Delavente l’aîinée, sœur du procureur de la commune, va peu à peu prendre la prééminence dans des fonctions rendues délicates par linsubordination des pauvres et la détresse financière de la maison (3).

En effet, cette situation déplorable des budgets des hôpitaux arrive à son comble en 1791. Les décrets de la Constituante abolissant les privilèges fiscaux ont alors leur plein effet.

A Vire, l’hôpital général est le plus atteint, car l’Hôtel-Dieu a cette chance de tirer la presque totalité de ses revenus des fermages de ses terres. Or, la Constituante a bien songé à l’aliénation des biens hospitaliers, mais il y a ajournement de l’exécution. De plus, d’autres décrets assurent aux hôpitaux le paiement des

GPATCh Vire DESSERT OS CERTES Q* 97. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 721, f. 107.

(2) C’est Delavente qui a suscité ces vocations. Les trois sœurs : Anne- Marie Dupont (bénédictine de Vire) ; Françoise Canivet et Françoise Feuillet (bernardines de Thorigni) prêteront le serment prescrit par la loi du 14 août 1792. Mlle Bourdet, laïque, et les deux bernardines démissionnèrent le 25 avril 1793. Mlle Dupont sortira. le 25 mai 1794. Marie-Anne Delavente ne cessera ses fonctions que le 28 décembre 1796. — Quant aux sœurs de Saint-Louis, le 25 avril 1793, le conseil général de la commune donnera avis favorable à leur demande de pension ecclésiastique, « n'ayant que des éloges à leur faire, à leur opinion religieuse près ». (Arch. Vire, D 4, f. 23). Le 4 juin 1803, ces sœurs de Saint-Louis rentreront à l’hôpital général, rappelées par le vœu de la commission des hospices formulé le 10 août 1802. (Arch. Vire,

fonds des hospices : délib. de la Commission, reg., an VIII-1812, f. 31).

(3) Cazin : Notice sur les hospices… de Vire, dit, p. 74, qu’ « il fallut toute l’énergie du maire et du procureur de la commune, tout le zèle des membres du bureau provisoire pour faire face aux exigences de ce moment critique. La population indigente, accrue par la misère du temps, regardait comme obligatoires les secours. et les exigeait impérieusement, surexcitée par les grands mots : égalité, fratérnité. Au nom de la liberté, plusieurs pauvres quittèrent l’hôpital pour aller mendier en ville. Mais ils y revinrent par la faim : les maisons riches étaient désertes, les bourgeois et les marchands, inquiets pour leur propre avenir, n'avaient plus rien pour l’aumône, »

rentes qui leur sont dues, ainsi que des arrérages (1). L'Hôtel -Dicu ne perd rien de ce côté. Les seules recettes qui disparaissent de son budget sont le produit d’un droit à la foire Sainte-Catherine et ses dimes de la Graverie et Coulonces, soit 788 1. 15 s. (2).

L'hôpital général perd ses revenus casuels, soit la plus grosse part de ses recettes. La Constituante supprime les droits de havage le 9 mars 1790. Mais les paysans n’ont pas attendu ce décret pour refuser d’acquitter ces droits sur le marché de Vire (3) ; et, jusqu’à l’arrivée officielle de la loi, les préposés de l'hôpital général suivant les instructions de la municipalité, se contentent, sans observations superflues, de ramasser la quantité de grain que les campagnards veulent bien leur céder (4). L’application du décret au 9 mars entraine pour la maison une perte annuelle de 10.000 1.

En même temps, on constate une considérable réduction du produit du droit d'entrée d’une livre par tonneau : on fraude bien les aides ; on peut bien agir de même envers l'hôpital.

Enfin, c’est en vain qu’on écrit à la municipalité de Langrune pour obtenir le produit des deux dernières années de la dîme dont jouissait l’hôpital en cette paroisse. Jamais on n’aura de réponse (5). Or, cette recette, en raison de la législation nouvelle, cest supprimée à partir de 1791.

De même disparaissent : la somme à prendre sur le tarif ; les droits de réception des officiers de judicature ; le droit à la foire Saint-Nicolas, déjà refusé en 1789.

Quant à la somme accordée sur le ci-devant don gratuit, on n’y compte plus. Si l’on met à part le produit de l’industrie de Ja maison, les revenus casuels ne sont même plus suffisants pour acquitter les rentes passives (6).

Or, il y a d’autre part, diminution du produit de l’industrie

(1) Décrets des 23 octobre-5 novembre 1789 : 15 août, 15 octobre 1790 ; 7-12 février et 12 septembre 1792.

(2) Pour amortissement de diverses rentes dues à la maison, M. Guéret reçoit même alors 7.665 1. 5 s. 3 d. qu’il verse dans la caisse du district, l'Etat se chargeant désormais d'en servir l'intérêt. (Arch. Vire, DPI MOM9 71792 nE0net7)

(3) Le 19 février 1790, arrestation d’un laboureur de Maisoncelles qui, sur le marché, refuse d’acquitter le havage, excite les autres « à agir de même et à se défendre au besoin par la force ». :

(4) Darion du 8 avril 1790. (Arch. Vire, D 2, f. 5 et 30).

(5) Lettres des 27 octobre 1790, 7 et 9 janvier 1791. Certains débiteurs de rentes dues à l'hôpital mettent alors la plus insigne mauvaise volonté à payer les arrérages. (Arch. Vire, D 9, f. 34, 47, 52, 76, 96, 99).

(6) 1.345 1. (Arch. Vire, Q* 971790 n°%%2/"et:3).

intérieure : n’ayant plus le grain du havage, on n’élève plus de pores ; la cire est hors de prix et rend stérile la vente des cierges ; le commerce de dentelles est déchu.

En juin 1790, alors que le nombre des hospitalisés tend à s’élever, on prévoit pour l’exercice en cours un déficit de 14.800 I. (1).

Dès le 9 mai précédent, la municipalité a réclamé à Lambert, contrôleur général des finances, une indemnité en compensation de la suppression du havage. Mais celui-ci répond un mois après € Il n’y a plus de fonds particuliers destinés à secourir les hôpitaux. Les circonstances ne permettent point de penser à en obtenir sur le trésor royal. Il convient d’attendre l’organisation prochaine des assemblées de département. auprès desquelles vous pourrez renouveler vos réclamations et faire valoir les motifs intéressants qui leur servent d’appui. »

N'ayant ainsi « recueilli qu’une pitié stérile » et un conseil qui n’est qu’ « une ressource tardive », inconciliable « avec les besoins provisoires d’un hôpital pauvre et même endetté », la municipalité se réunit le 7 juin. Delavente expose la situation. « La supérieure. implore des secours ; vingt fois, on a tenté d’exciter la commisération des riches en faveur des pauvres renfermés dans ce dépôt » Ces « démarches nombreuses » sont restées sans fruit. Il faut, conseille Delavente, s’adresser au comité de mendicité de la Constituante. Le député Flaust et deux Virois, Lemoine du Gassel et Louis-Philippe Dumont, alors à Paris, sont chargés de prendre contact avec ce comité et de l’intéresser à la cause de l’hôpital de Vire (2). En attendant le résultat de ces démarches, Surirey et Roger-Sorière, membres de la municipalité, prêtent les sommes nécessaires (3).

Le 17 juillet, les commissaires municipaux chargés d'établir la situation exacte de l’hôpital déposent leur rapport (4). Ils ont examiné les ressources sur lesquelles la maison peut encore compter : la principale est le bénéfice sur la pension des enfants trouvés, environ 6.708 1. pour le premier semestre de 1790. Mais, c’est en vain que, le 4 juillet, la municipalité a réclamé les

(1) On compte sur une dépense de 46.674 1. 15 s. Il y a alors 246 hospitalisés.

(2) ARC Vire D US AE ES CMD IR DIO MER ATOME

(3) 600 1. par Surirey, 1.000 par Roger (D 2, f. 66).

(4) 224 assistés, 3 pensionnaires, 7 domestiques et 7 religieuses. 45 enfants trouvés sont à l’hôpital ; 559 en nourrice à la campagne. En caisse : 7.330 1. 16 s. ; deïtes : 7.137 1. 16 s. (Arch. Vire, Q* 97).

25.775 1. 12 s. dues pour ce semestre : Lambert a répondu qu’il n’a pas de disponibilités ; il ne paiera qu’en septembre (1).

En conséquence, les commissaires proposent un emprunt de 6.000 1. pour « provisions urgentes » : la maison se soutiendra ainsi trois mois, en attendant le paiement des enfants trouvés. « Autrement, la dernière ressource serait d’ouvrir les portes et de congédier les pauvres affamés. » Le conseil suit cet avis et contracte un emprunt de 6.400 1, à rembourser quand l’Assemblée natiorale aura pourvu au remplacement du havage (2).

Mais l’an s’achève sans autre recette que le montant du premier semestre de 1790 pour les enfants trouvés (3).

Le 23 janvier 1791, la municipalité écrit au département « Notre hôpital renferme 237 personnes. Un nombre au moins égal mériterait d’y être reçu ; et, chaque jour, nous nous voyons avec douleur réduits à ne pouvoir y admettre une foule de nécessiteux que les besoins les plus réels assiègent… Dans des temps plus heureux, cette maison eut toujours beaucoup de peine à supporter les dépenses occasionnées par le nombre courant des pauvres ; comment donc pourrait-elle y suffire aujourd’hui, vu les pertes considérables que la Révolution lui fait essuyer, et qui menacent son existence ? » (4)

Un décret du 5 avril 1791, assurant aux maisons de charité une indemnité en compensation des pertes que leur cause le nouvel ordre de choses, rend un peu d’espoir. Le 22 juin 1791, la municipalité adresse au département un nouvel état de ses pertes. Le district donne avis favorable, puis, on n’en entend plus parler. La municipalité qui, dans l’espoir de toucher promptement cette indemnité, a négligé de profiter du décret du 8 juillet 1791, accor-

(1) On ajourne le paiement des nourrices. (Arch. Vire, D 9, f. 15 et 18).

(2) Arch. Vire, D 2, f. 65-66 ; D 9, f. 30. — Flaust, par lettre du 25 août, fit espérer le remboursement de 10.000 1. en remplacement du havage. Mais il ne put rien obtenir.

(3) Le bénéfice sur cet article est, dès lors, le revenu essentiel de la maison. A partir de janvier 1791 (2° semestre de 1790), le remboursement est effectué avec des retards minimes. D'autre part, il y a accroissement du nombre des enfants, les décrets autorisant l’admission de ceux des autres communes. Les recettes (et aussi les bénéfices) augmentent de ce chef. 1791 : 1° semestre : 24.866 1. ; 2° semestre 25.411 1. ; 1792 : 1° semestre : 26.243 1. ; 4° trimestre : 13.958 1. (I y eut, à la fin de 1792, admission d’un certain nombre d'enfants de volontaires du 7° bataillon du Calvados).

(4) Suit l’état des pertes : 13.166 I. (havage : 10.000 ; droits à l’entrée de la ville : 2.000 ; don gratuit : 1.000 ; dîme de Langrune : 126 droits de foire : 40 L.). On y ajoutera par la suite 444 1. pour droit de boucherie de Carême. (Arch. Vire, D 9, f. 55 et 67).

dant provisoirement, à titre de prêt, 3 millions aux hôpitaux, se trouve fort dépourvue (1). Elle multiplie les démarches pour obtenir son dû : en réponse, elle reçoit, les 18 et 26 décembre 1791; deux lettres du département et du Comité des secours publics l’invitant à faire connaître à nouveau l’état des pertes éprouvées par ses maisons de charité. Une nouvelle situation détaillée est établie et envoyée le 13 janvier 1792 (2).

Mais de nouveaux retards se produisent : la situation s'aggrave encore, les bâtiments tombent en ruines. En vain, la municipalité renouvelle ses appels (3).

Enfin, le 22 avril 1792, le ministre de l’intérieur lui annonce l’ordonnancement d’une somme de 1.000 1. compensant la rente sur le don gratuit ; le 13 juin, elle reçoit 1.380 1. pour arrérages de rentes sur le ci-devant-clergé de France en 1791 ; le 31 octobre, elle apprend que, pour remplacement de havage et dimes, elle obtient 10.189 1. 10 s.

Ces sommes permettent de réaliser quelques améliorations : on accorde un traitement de 50 1. au médecin et au chirurgien ; on réinstalle une manufacture de dentelles où les parents peuvent envoyer leurs enfants apprendre le métier, la maison fournissant les matériaux et le profit étant partagé entre elle et les ouvrières ; une directrice d’atelier est nommée, au traitement de 150 1. par

(1) Nombreuses lettres à ce sujet, notamment à Flaust, le 14 septem- Dre MtATrCh Vire AD 9 ME 095 ETUI ATEN 1)

(2) Il y a 260 assistés (dont 123 vieillards ou infirmes, 15 fous, 6 épi- «eptiques, 7 aveugles. Les autres peuvent travailler un peu). Il y a seu- “ment 183 lits : 24 hospitalisés n’ont comme couchage que des paillasses, sans couvertures. Le médecin et le chirurgien n’ont pas de traitement : ils ont perdu les privilèges dont ils jouissaient « à l'instar des ci-devant nobles » (exemption du droit d’entrée dans la ville, du logement des gens de guerre, de tutelle). Le chapelain reçoit 160 I. et, de plus, 150 1. pour messes fondées qu’il est obligé d’acquitter dans lPhôpital. Un ex-Camaldule de Saint-Sever instruit les petits garçons. Les administratrices n’ont aucun traitement spécial. 4 servantes à 50 1. ; 3 domestiques à 60 ; un boulanger à 100 1. ; un jardinier à 200 complètent le personnel nourri par la maison. Le service de la dette exige 1.815 1. par an. Il y a 731 enfants trouvés (509 à la campagne, 222 à Vire) ; il en meurt année commune 47. (Arch. Vire, D 9, LT MS ODA TO ln CSP MO OM) NC A2),

(3) Au départ du receveur Houel (août 1791), la situation était la suivante : Recette : 32.116 1. 13, 7 (y compris 8.000 L. empruntées) : dépense : 32.232 1. 15, 10. On réclame non plus 13.166 L., mais 13.610 1. à cause du droit de boucherie de Carême.

an ; un règlement est rédigé et l’atelier fonctionne dès octobre 1792 (1).

Mais l’augmentation du nombre des assistés, l’état déplorable des bâtiments dont « plusieurs parties menacent ruine », faute d’entretien depuis plusieurs années, nécessitent une mesure radi. cale, à laquelle la municipalité a songé dès le 12 mai 1792 : ïe transfert de l’hôpital dans un « asile plus vaste » (2).

L’exécution de la loi du 4 août 1792, portant dissolution des communautés religieuses, lui permet de jeter son dévolu sur l’enclos des Ursulines de Vire, rue du Haut-Chemin. Il « réunit à l’étendue et à la salubrité... un bâtiment vaste et commode. » Le 29 septembre, le conseil général, à l’unanimité, en décide l’acquisition. On affectera au paiement le produit du seizième de la revente des biens nationaux pour lesquels la ville a soumissionné, et, de plus, on demandera aux administrations supérieures l’autorisation de lever 3.000 1. de sols additionnels. Le 29 octobre, l’acquisition est faite, sans surenchère, au prix de 30.600 I. (3).

Ainsi, lors du renouvellement municipal de novembre 1792, la situation est aussi peu défavorable que le permettent les circonstances. Les maisons charitables de Vire ont subi tout l’effet des malheurs des temps, toute la répercussion de la législation nouvelle, si funeste à ces établissements. Mais grâce à la sévère économie de leurs gestionnaires religieux et laïques, grâce à la vigilance, au désintéressement des municipaux, ces maisons subsistent, alors qu'autre part, il en est qui arrivent à la ruine totale. Les intérêts des pauvres ont été sauvegardés.

9. Cependant, les restrictions imposées par les circonstances à l’assistance hospitalière ont entrainé la nécessité de laisser en dehors de son action un grand nombre de malades et d’infirmes. D'où, progrès de la notion du secours à domicile.

Ce n’est pas absolument une nouveauté pour l’administration locale : devant l'insuffisance des hôpitaux, on a, surtout depuis le ministère de; Turgot, fait fonctionner. des bureaux de charité distribuant des secours aux pauvres incapables de travailler. Celui

(1) Arch. Vire, D 9, f. 138 ; D 10, p..4, 5, 16, 60, 72, 76 ; D° 14, 1792, n° 5 ; II, 61, f. 85, 86, 87, 90. — Arch. Calv., L 143 et 386.

(2) Arch. Vire, D 2, f. 188 ; D 3, f. 87. L’actuel hôpital « situé dans l'enceinte des habitants, évidemment trop petit, ne peut être augmenté ».

(3) Ce prix modique permit de ne pas aliéner les locaux de l’ancien hôpital, qu’on destina à l'établissement d’un nouvel hôtel de ville. (Arch. Vire, D, 3, f. 60, 64, 67 ; D 10, p. 47. — Arch. Calv., IV, Q, 316, n°5 229-244).

i56 LE NOUVEAU RÉGIME (1790-1792)

d'août 1789, établi par le Comité national, n’est que le dernier en date (1).

Mais l’échec de ces établissements provient de la façon dont s’alimente leur caisse : elle centralise les libéralités des riches de la localité. Aussi, les ressources sont en raison directe de la prospérité locale, c’est-à-dire en raison inverse des nécessités. Le Comité de mendicité de la Constituante saisit bien ce vice : c’est »ourquoi il déclare que la bienfaisance doit avoir surtout ces revenus nationaux. Mais ce principe reste sans applvation immédiate : aussi, les années 1790-92, au cours desquelles la localité n’a plus assez de ressources pour les œuvres de bienfaisance, alors que la participation de l'Etat est encore illusoire, constituent, au point de vue des secours publics, une dangereuse période de transition, caractérisée par l’accroissement des besoins et la diminution des moyens d’y remédier.

Cette situation est singulièrement mise en lumière par les tableaux de 1790 en réponse à l’enquête du Comité de mendicité (2). Créé par la Constituante et réuni le 2-février 1790;"ce comité avait projeté de rassembler les éléments d’une vaste enquête sur le paupérisme et le fonctionnement des institutions de cha: rité en France. L’organisation de cette enquête est l’un des premiers travaux des assemblées départementales réunies en juillet 1790.

Le 21 août, le Conseil général de la commune de Vire songe à répondre au vœu du Comité de mendicité. Pour faciliter les opérations d’un « travail assez considérable », on partage la ville en six sections, chacune d’elles recevant comme commissaires enquêteurs deux membres du Conseil. Un délai de dix jours leur est accordé pour l’exécution. L’enquête a dû être menée avec tout le sérieux désirable (3) ; il n’y a pas de raisons de mettre en doute ses résultats.

(1) Il a fonctionné conformément aux instructions de Turgot : état des pauvres soigneusement rédigé, maison par maison (moins la catégorie des « pauvres honteux » qu’on supprime) ; distribution de secours en médicaments et denrées de première nécessité.

(2) Voir : H. PRENTOUT : Les tableaux de 1790 en réponse à l'enquête du Comité de mendicité (Calvados), (RévoY. franç., t. LIN, p. #11-428) [M. Prentout a particulièrement examiné les tableaux du canton de Vire]. — Les tableaux de 1790 en réponse à l’enquête du Comité de mendicité et leur utilité (Bull. d'hist. économ. de la Révol., 1913).

(3) Les commissaires sont : Lemonnier Loisonnière ; Porquet Belsendière ; Marquer ; Duval Yver ; Duboscq Roberdière ; Guéret du Rocher ; Desmarais ; Lechat ; Hamel ; Gillard ; Dubourg-Lemoine et Levergeois. [Hs ont participé à l’enquête d’août 1789 pour Je Comité national|.

(ATCH Vire DR et 7)

Or, Vire comporte 2.004 feux. Mais, par suite de leur pauvreté, 1.207 familles formant un total de 4.526 personnes, ne paient aucune contribution (1). 1.731 individus (non compris les enfants trouvés) ont besoin d’assistance (2). Le nombre des pauvres malades s’élève, année commune, à 900. Celui des mendiants et Vagabonds est d'environ 120. D’où, insuffisance évidente de l’hôpital général, où 250 personnes remplissent 183 lits, et de l’'Hôtel-Dieu, où quelques-uns des 42 lits sont occupés par des militaires de passage.

Un exposé des causes de la pauvreté et des moyens d’y remédier complète cet état. Il ‘est suffisamment explicite pour être adopté, le 17 septembre suivant, par les commissaires des autres communes du canton de Vire, réunis à ceux de la ville pour la rédaction en commun d’un nouveau cahier de doléances (3). La manufacture Jocale, déclare-t-il, ne peut plus occuper tous les ouvriers de la ville, alors que dix ou douze ans auparavant, elle donnait du travail même aux ouvriers des campagnes. Depuis la Révolution, la majcure partie des gens riches a cessé de donner du travail aux pauvres. Les ateliers publics étant interrompus, les manœuvres ne trouvent plus d'occupation. Les impôts indirects écrasent le père de famille. L’Hôtel-Dieu ne suffit pas à la moitié des besoins des malades. — Il faudrait établir des ateliers de charité sur les chemins vicinaux pour faciliter les échanges entre la ville et la campagne ; faire de grandes routes de Vire à Tinchebray. Vire à Pontfarcy, Vire à Avranches par Saint-Pois et Brécey. Ces ateliers seraient communs aux chômeurs de la ville et de la campagne. — On pourrait aussi encourager la manufacture locale, diminuer les impôts qui l’écrasent, la mettre en mesure d’occuper un plus grand nombre de bras ; encourager la culture par des primes de défrichements où seraient employés les nécessiteux du canton. — Deux bureaux, communs à la ville et à la campagne, rendraient de grands services : l’un, dit de charité, pour les infirmes et les malades, fournirait, soit dans des asiles, soit à domicile, des secours en linge, remèdes, nourriture. « Ce serait un grand

(1) 200 familles ne paient que la valeur d’une ou deux journées de travail. Aux élections de mai 1790, le tableau comportait 746 citoyens actifs.

(2) 263 vieillards, 238 infirmes et 1.244 enfants en bas âge, issus de ces pauvres. (Le tableau comporte une erreur d’addition sans importance pour les conclusions).

(3) Saint-Martin-de-Tallevende n’a pas rédigé de tableau, mais ses commissaires assistent à la réunion cantonale. Au total, les 15 communes du canton, avec 19.702 habitants en 4.597 feux, comptent 3.287 individus ayant becoin d’assistance ; 1.138 pauvres malades, année commune ; 132 mendiants et vagabonds. (Arch. Vire, D 9, f. AO TE

préservatif contre la mendicité dont la source ordinaire est l’épuisement des familles ruinées par les maladies. » — L'autre, dit de bienfaisance, fournirait, à prix coûtant, le bois de chauffage, les outils, les matières premières nécessaires à l’agriculture, au commerce, à la manufacture, Il consentirait des « avances d’argent à de pauvres commerçants qui ne peuvent attendre l’échéance des billets à eux consentis et les escomptent avec perte ».

Mais il y a loin de ces projets pleins d’intérêt à ce qui peut être réalisé immédiatement. Les fonds manquent plus que jamais ; la charité privée n’existe plus ; la charité confessionnelle se réduit aux 48 1. que se partagent les pauvres assistant à la cérémonie du « lavabo » le vendredi saint. La suppression des aides ct de la gabelle fait disparaître une rente de 218 1. 16 s. réservée jadis aux pauvres sur ces droits. L'hôpital général, qui a fonctionné comme bureau de charité, a désormais bien de la peine à acquitter la rente de 119 1. consacrée par lui aux épileptiques et écrouelleux de la ville. Le seul crédit vraiment assuré pour les secours à domicile est une minime allocation de 72 |. par an, faite par la municipalité sur ses disponibilités. Seul, le pouvoir central peut remédier à la situation.

Mais, de ce côté, le secours escompté se fait attendre. C’est seulement le 23 décembre 1790 que le Conseil du département peut répartir une minime somme de 15.200 I. mise à sa disposition pour cet objet. La part de Vire est de 2.000 1. Le 8 février 1791, la municipalité révise l’état des pauvres et partage cette somme entre les 833 personnes les plus nécessiteuses (1).

C’est tout. En vain, le 22 juillet 1792, le conseil général réclame une avance sur le montant de la. prochaine distribution (2) : il faut attendre la répartition, effectuée le 16 novembre 1792 par le conseil général du département, d’une somme de 80.000 1., destince pour moitié aux pauvres infirmes. La part du district de Vire sera de 5,500 1. seulement, le département ayant considéré que le réveil de l’industrie locale constituait une atténuation au

(1) Arch. Calv., L, 600, 23 décembre 1790. — Arch. Vire, D 9, f. 57 OO 7292 e RO

(2) Le même jour, le nouveau bureau de l'hôpital, constitué en bureau de charité, doit répartir les aumônes reçues pour la municipalité par l’abbé Saillofest de la Tigerie, chapelain de Saint- Roch. Mais « diverses causes, dit-il, nées de la Révolution, ont suspendu, pour ne pas dire supprimé, les charités que les personnes aisées étaient dans l’usage de faire régulièrement pour subvenir aux besoins de la classe indigente dans le cas de maladie. » (Id., D 3, f. 6 ; D 10, p.22). l

Paupérisme (1). C’est la municipalité élue en novembre 1792 qui répartira le crédit accordé à Vire.

3. Les mêmes embarras pécuniaires infirment l'institution des ateliers de charité.

La Constituante, qui a pris à Turgot l’idée que le travail est « la rierre de touche de la vraie indigence » et reconnu comme un devoir de « fournir du travail aux pauvres valides qui n’auraient pu s’en procurer », reste favorable à cette innovation de l’ancien régime. Le pouvoir central fournit les fonds que répartissent les administrations départementales. Les municipalités établissent les projets de travaux et en surveillent l’exécution.

Celle de Vire, administrant une ville où les chômages sont fréauents, s'intéresse tout spécialement à ces ateliers. Mais la pénurie financière, les retards dans l’envoi des fonds qui n’arrivent pas toujours au moment le plus opportun, entravent l’exécution de ses projets.

Cest le 13 mai 1790 qu’elle reçoit les 1.800 1. accordées le 16 janvier par la commission intermédiaire. Avec une telle somme, on ne peut, malgré des offres de sirvice considérables (2), entreprendre d’ouvrages copieux : on améliore seulement la place du château, le chemin des Vaux, le chemin du manoir à la rue aux teintures. De pressantes démarches faites près de la commission intesmédiaire permettent d’obtenir sur le reliquat de lPexercice (768 deux-autres crédits de 7371-11 s 7 d' et 400,1: .

Le retour de lhiver rend nécessaires de nouvelles demandes de fonds. Le 26 décembre 1790, le conseil général du département accorde 3.000 I. à la ville ; mais, malgré de multiples réclamations, Ja s-mune n’est touchéé qu’en février 1792, quatorze mois aprè: la répartition des fonds ! La répartition suivante n'aura lieu que

(1) Arch. Calv.,, L 602, 16 novembre 1792. Le 22 juillet 1792, la municipalité avait dit : « Dans ce moment, il n’y a pas de misère comme en hiver, car la manufacture de draps occupe beaucoup de bras et la belle saison offre un secours qui cessera avec elle. » Le 16 novembre, . le département retient que « les manufactures. occupent beaucoup de bras, les pauvres trouvent facilement du travail, la population étant peu dense ». Seul, le district de Bayeux, « pays fertile », obtient moins que celui de Vire.

(2) « La multiplicité des ouvriers qui demande à travailler montre l'extrême insuffisance de vos ressources actuelles comparées avec la quantité et les besoins de ces hommes vraiment malheureux qui sollicitsnt du travail. » (Réquisitoire de Delavente, 7 juin 1790). (Arch. Vire, D 2, f. 43). — En principe, l'obligation de la contribution du tiers subsiste pour ia commune intéressée ; mais, en pratique, il n’y eut pas observation de cette prescription, le Comité de mendicité ayant pre clamé que l'assistance devait être « nationale », et non municipale.

ie 16 novembre 1792, le district de Vire obtenant 5.500 1. seulement.

C’est la municipalité elle-même qui surveille l'emploi de ces maigres crédits, refusant de confier la direction des ateliers à des adjudicataires « toujours avides de profit aux dépens de la bonté ces ouvrages ». Le sous-ingénieur Grépinet de Saint-Maurice établit les devis, donne des conseils et n’accepte pas d’honoraires. Les membres du Conseil général se partagent la surveillance des chantiers. L'absence de frais de direction permet de réaliser une économie de 33 0/0 dont bénéficient les pauyres. On cherche à en admettre aux chantiers le plus grand nombre possible au moyen d’un système de courtes journées faiblement rétribuées. Les salaiics varient de 5 à 12 s. par jour, selon la capacité des ouvriers (1).

Quant aux travaux ainsi exécutés, ils sont peu importants : il aurait fallu des crédits plus amples pour entreprendre ceux que la municipalité, primitivement, avait présentés (2). Quelques menus travaux de voirie, d’édilité, une rampe d’accès des moulins des Vaux à la ville, c’est à peu près tout. Du moins, les deniers unt été utilisés avec le maximum d’avantages pour ceux qu’il S’agissait de secourir.

Ainsi donc, en matière d’assistance, la pénurie financière a tout paralysé. Avec des moyens réduits, devant des besoins accrus, les autorités locales ont énergiquement lutté. La population, en cette matière, a pu apprécier le désintéressement de ses élus.

Situation créée par la Révolution : désorganisation de l’enseignement. — Intervention des autorités : mesures provisoires, en attendant la réforme générale de l’enseignement. — Collège ; école des garçons ; école des filles ; enseignement libre.

Au moment où les Constituants annoncent leur intention d’édifier une grandiose organisation d'éducation nationale avec « instruction gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispen-

(1) Arch. Calv., L 600, 26 décembre 1790 ; district Vire, anc. 739 n. f. 30 novembre 1791 et 21 février 1792 ; L 602. Arch-Vire OMS 1790, n°° 5 et 6 ; D 2, f. 43, 45, 46, 108, 106 (erroné), 107, 169, 172 ; DES 2 DE PES NCUEGIE

(2) Il aurait fallu 8.000 1. pour faire un pont à la place de la planche des Vaux et améliorer la rampe de cet endroit à la rue des Cordeliers. (Arch. Vire, D 10, p. 20 et 84).

sables pour tous les hommes » (1), les administrations locales doivent s’efforcer de conjurer une crise redoutable qui atteint la plupart des établissements scolaires.

Cette crise est la répercussion même des décrets nouveaux : là où, comme à Vire, le personnel enseignant appartient à l’état ecclésiastique, il est mis dans l'alternative de prêter serment ou ‘abandonner ses fonctions : d’où, disparition d’une partie de ce personnel qu’on ne peut remplacer que par des moyens de fortune.

D’autre part, il y a crise de recrutement en ce qui concerne les clèves eux-mêmes : le Collège, nous l’avons vu, était une « pépirière d’ecclésiastiques » ; or, à cette époque, les vocations ecclésiastiques se font rares et le Collège perd ainsi une notable partie de son effectif. De plus, « l'instruction gratuite ayant été annoncée aux citoyens, beaucoup de parents attendent, pour faire étudier leurs enfants, que l’organisation de cette partie intéressante de linstruction publique ait été définitivement arrêtée, »

Il est clair que les autorités locales’ ne vont rien édifier de nouveau (2) : faute de fonds, on ne va même pas songer à réaliser, communalement, la gratuité promise et attendue. En s'inspirant des pratiques de l’ancien régime, on va seulement rechercher des palliatifs pour maintenir provisoirement ce que l’ancien régime a légué au nouveau.

C’est du Collège qu’on se préoccupe tout d’abord. D’après les lettres patentes de 1747, l’ancienne municipalité avait le droit de nomination du personnel ; et, dès le jour de son installation, la nouvelle municipalité a cru pouvoir procéder, dans les formes habituelles, au remplacement d’un professeur décédé (3).

L’an suivant, elle n’aura pas de raisons d’agir autrement quand

(1) Constitution de 1791, titre premier.

(2) La seule nouveauté, nécessitée par les circonstances, est l’admission des laïques dans l’enseignement. En vue de l’organisation future, -dont on parle sans cesse, la municipalité, le 13 avril 1791, s'associe AUX démarches faites par Caen à l'effet d'obtenir « un grand établissement d’enseignement public ». (Arch. Vire, D 9, f. 77-78 ; D 10, p. 64 et 71). __ Dès le 22 septembre 1790, dans une adresse à la Constituante, la société patriotique de Vire avait dit : « N'oubliez pas la génération qui elle mérite tous vos soins. Une éducation nationale, substituée

s’élève à ces leçons indigestes, sans but et sans principes, formera de vrais citovens. » — Le 13 décembre 1791, elle dira : « Il est temps d’arra-

cher des âmes neuves aux préjugés du vieux temps. L'éducation publique est encore dans les mains d'hommes asservis aux routines antiques. Chaque moment qui s'écoule est précieux les premières impressiôns sont les plus durables. Que nos enfants sucent avec le lait les principes de la liberté et de la Constitution: » (Arch. Nat, D IV, 21 ; D XL 1)

(3) Remplacement de Laîné, professeur de sixième, décédé, par P. Dupont. (Arch. Vire, D'É2Pelie 10):

il s’agira de remplacer les professeurs destitués pour défaut de serment.

Le principal et quatre professeurs n’avaient pas attendu la loi du 22 mars 1791, relative au serment des membres de l’enseignement : dès le 30 janvier 1791, ils prêtent serment dans la forme prescrite par le décret du 26 décembre 1790 (1).

Mais, les trois autres professeurs ne suivent pas leur exemple le procureur-syndic Castel et la société des amis de la Constitution (2) décident le conseil général de la commune à les faire remplacer, sans attendre l’arrivée officielle du décret du 23 mars 1791 qui interdit aux réfractaires l’exercice des fonctions d’enseignement.

Un concours a lieu le 4 avril dans les formes prescrites par les lettres patentes de 1747 : dès le lendemain, après serment, deux ecclésiastiques et un laïque prennent rang dans le personnel (3).

Mais, quelques jours après, le corps électoral du district élit comme curé de Notre-Dame de Vire, Alais, professeur de rhétorique ; comme curé de Jurques, Lelièvre, professeur de philosophie ; de plus, la municipalité nomme Dupont, professeur de sixième, aux fonctions de chapelain de l'hôpital général.

Provisoirement, on peut assurer le service en géminant les classes, mesure rendue possible par la diminution du nombre des élèves.

Toutefois, cette diminution s’accentuant, le traitement des professeurs, constitué au moyen des rétributions scolaires, finit par être considérablement réduit. Aussi, à côté de leur fonction d’enseignement, les professeurs ecclésiastiques acceptent volontiers de remplir des services cultuels : certains, Desmortreux, Dupont, Queillé, deviennent vicaires ou chapelains à Vire. Ce cumul leur permet de subsister.

Quant au personnel laïque, appuyé par la municipalité auprès des pouvoirs publics, il obtient des allocations à titre provisoire (4), bientôt rendues insuffisantes par la disparition totale des élèves.

d) Desmortreux (principal), Lelièvre, Alais, Queillé, Dupont.

(2) Castel intervient dès le 20 février 1791. « L'assemblée diffère ce sujet de délibération. » Le club intervient le 27 mars. (Arch. Vire, D 2, f. 106 et 109 : D 9, f. 65).

(3) Le laïque est Chalaust, membre du club, élu professeur de troisiñme. Les ecclésiastiques sont Hélie et Hubert. Ils succèdent à Rouvyer, Brenet et Le Brun, insermentés,

(D Chalaust, marié et père de famille, obtient ainsi 300 1. « jusqu’à l’organisation définitive de lPinstruction publique ». Le 14 novembre 1792, la municipalité demande à la Convention l’amélioration du sort

En effet, la décadence de la maison prend fin en 1792 : les locaux sont déserts et le principal se retire à Villers-Bocage où la municipalité lui écrit, au bout de quelques mois, pour « savoir ses intentions relativement à cette place dont il ne s’est pas démis et qu’il ne remplit pas » (1).

L'enseignement primaire éprouve des difficultés analogues.

Pour ïce garçons, le service est assuré par les frères des écoles chrétiennes ; pour les filles, par les sœurs de la Providence, et, accessoirement, par les Ursulines,

Cest en vain que, le 29 juin 1791, Delavente, procureur de la commune, invite les uns et les autres à prêter le serment exigé des membres de l’enseignement. Le lendemain, personne ne $e présente au rendez-vous assigné.

Devant l’impossibilité de remplacer immédiatement tout ce personnel, la municipalité tergiverse, refuse même d’écouter Delavente qui, le 13 septembre suivant, réclame les mesures que comporte la situation. Les frères sont d’ailleurs populaires ; le 24 décembre 1791, on en a la preuve au club même : « Un citoyen est venu à la société, dit le procès-verbal, et, en termes indécents, a parlé des frères faits et institués dans cette ville pour l’éducation de la jeunesse. Ce citoyen a été rappelé à l’ordre ; sa conduite a été blâmée ; et, après une observation et une leçon d’un membre de la société qui a démontré que ce citoyen avait tort de se répandre en injures contre les frères, les assistants ont applaudi à la lecon qu’a donnée le digne membre ; et celui qui avait mal parlé s’est retiré ‘confus de sa pétition. » (2)

Ce sont les frères eux-mêmes qui tirent d’embarras la municipalité : à la rentrée de 1791, ils ne reprennent pas leurs classes. Aussi, le 4 décembre 1791, Delavente, devenu procureur-syndic, se fait l’interprète des parents qui réclament « en faveur de leurs cnfants l’ancien et précieux secours de l'instruction publique » (3) ;

des professeurs « patriotes » du Collège. (Arch. Calv. L, district Vire, anc. 709, n°“ 249 et 281. — Arch. Vire, D 10, p. 64, 71, 73).

(1) Arch. Vire, D 10, p. 50.

CAD ire D 52 EDMONTON nf = Leseireres des écoles chrétiennes n'étaient pas impopulaires : au contraire, on les estimait, on les aimait. On n’avait pas perdu le souvenir des services qu’ils avaient rendus sous l’ancien régime. Ils avaient représenté les progrès contre la routine, et contre la routine ecclésiastique. Quoiqu’ils eussent refusé le serment civique, c’est à regret que la Législative les comprit dans la loi du 18 août 1792 qui supprimait toutes les congrégations, « même celles qui, vouées à l’enseignement public, ont « bien mérité de la patrie. » (A. AuLarD : Napoléon et l'instruction pu-

blique. Révol. franc., 1910).

(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 1 OnENE

il requiert le remplacement de tous les insermentés de l’esseignement primaire. La municipalité veut bien avouer que de telles personnes « doivent être présumées inspirer à la jeunesse des principes contraires à la Révolution », mais elle présente alors des objections d'ordre financier : le département étant seul en mesure de salarier les nouveaux maîtres, c’est lui qui doit effectuer le remplacement. Le district est ainsi obligé d’en référer au département qui attend le 8 février 1792 pour donner l’ordre de procéder au remplacement (1).

Sous les auspices du Conseil général de la commune, un concours a lieu, comportant « lecture, écriture, arithmétique ». Le 7 avril, Gosselin, maitre d’écriture, est proclamé élu : il entretiendra l'immeuble des frères en bon état, choisira un adjoint agréé par la municipalité et payé par lui sur les revenus provenant des frères. Il lui est défendu d’avoir des pensionnaires, de quitter son poste, sauf avertissement trois mois d’avance. Il est subordonné au Conseil général dont deux membres, Desmarais et Lemonnier sont chargés de surveiller l’enseignement. L’emploi du temps comporte : lecture, écriture, orthographe, arithmétique, catéchisme et étude de la Constitution. Le 10 avril, Gosselin entre en fonctions.

A la même époque, les sœurs de la Providence exercent encore les leurs, par suite de « la difficulté de trouver des sujets pour les remplacer et le désagrément de laisser les filles sans instruction ». On attend que « des filles respectables par leurs mœurs et animées de l’amour de la patrie aient offert de se dévouer aux soins de l'instruction ». Mais Bazin, officier municipal, veut sortir de l’équivoque : le 3 septembre 1792, il fait décider qu’on invitera, une dernière fois, les sœurs à prêter serment. Cette décision leur est communiquée : elles persistent dans leur refus (2). Le département, informé, donne l’ordre de les remplacer (3). Un concours

(1) Les frères, ayant jadis tenté de créer un pensionnat, avaient un passif de 4.000 1. La municipalité, au préalable. voulait sauvesarder les droits des créanciers. District et département furent d’avis que les frères devaient supporter ces dettes, comme venant d’un objet contraire au titre de leur établissement. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 708, f. 127. n° 507: — Arch. Vire, D 9, f. 127).

(2) « Le public, leur écrit la municipalité. murmure contre vous pour le refus que vous. avez fait [du serment], contre nous de vous Jaissersen place MAL AD NI TOMITA EDS SMS EDEN De

(3) « Le vœu unanime de nos concitoyens est fortement exprimé pour que [leur expulsion] ait lieu dans le plus bref délai, d'autant plus que les classes doivent être ouvertes le 1° octobre prochain. » (La municipalité au département). (Arch. Vire, D 3, f. 36 ;: D 10, Det):

portant surtout sur la lecture, a jieu ie 6 octobre. Jeanne-Marguerite Villeroy est élue et choisit son adjointe parmi les deux autres candidates (1). Ainsi Penseignement public est sauvegardé.

Quant à l’enseignement privé, exercé par plusieurs personnes, on s’en préoccupe le 13 octobre suivant : Demortreux montre la nécessité d'arrêter « une instruction qui ne peut que nuire à ceux ou à celles qui la reçoivent » ; le Conseil décide d’astreindre au serment ces instituteurs privés ; de plus, ils devront se munir de patentes. Les 16 et 17 octobre, la municipalité recoit le serment de cinq d’entre eux (2).

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