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renouvellement administratif de septembre 1791, les électeurs le nomment administrateur du Calvados ; et, le 12 septembre, il est le premier signataire de la pétition adressée par les électeurs au directoire du département pour réclamer des mesures contre les prêtres insermentés perturbateurs (1). Réélu l’an suivant, il est nommé président de l’administration départementale. Mais son mauvais état de santé le tient éloigné de ses fonctions : il évite
‘ainsi d’être compromis dans le fédéralisme (2). — Le 11 septem-
bre 1792, il avait été élu suppléant à la Convention : il est appelé à y siéger en remplacement de Claude Fauchet exécuté, et prend séance le 9 pluviôse an I1-28 janvier 1794. Le 29 nivôse-18 janvier précédent, il avait déposé au district de Vire ses titres de bachelier, licencié et docteur de Sorbonne, ses lettres de ci-devant vicaire-général, et renoncé solennellement « à exercer à l’avenir aucunes fonctions du ministère ecclésiastique » (3). — A la Convention, il joue un rôle effacé jusqu’à thermidor. Il s’efforce ensuite
‘de se tenir à égale distance du terrorisme et du royalisme, attaquant la mémoire de Robespierre le 9 thermidor an III-27 juillet
1795, mais défendant Robert Lindet après prairial an III. Le 6 messidor-24 juin, il s’oppose à la recherche des registres des sociétés populaires, où l’on veut trouver des coupables, puis, après la journée du 13 vendémiaire an IV, il demande la destitution des fonctionnaires publics qui ont abandonné leur poste au moment du péril couru par la Convention. — Les électeurs du Calvados le nomment alors membre du Corps législatif, et il siège aux Cinq- Cents jusqu’à mai 1798. Il est ensuite administrateur des hospices de Paris jusqu’à mars 1799. Après brumaire, le Sénat le nomme membre du Corps législatif (4) où il siège jusqu’à 1806. M. Kus-
* cinski dit qu’il est ensuite sous-inspecteur de la loterie de Meaux
jusqu’à 1809, puis inspecteur à Amiens jusqu’à 1814. On perd
‘ensuite sa trace. Il n’est mort ni à Vire ni à Maisoncelles-la-Jour-
dan où, en 1816, il figure encore sur les rôles de l’impôt foncier. Il n’a pas été possible de savoir s’il s’est marié.
LÉNORMAND (Pierre-Jean-René), dit Lenormand du Parc, né à Caen le 11 juin 1765 (5), fils de Jean-René Lenormand qui, par la
‘(1 Arch. Nat, F® 410-411, Calvados.
(2) Le 14 janvier 1793, il demande au conseil général du département de lui retirer la présidence. On lui donne Lévêque pour successeur.
(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 761, f. 28. M. Kusacnsxt (Dictionnaire des Conventionnels) n’a pas connu tous ces détails, que Lemoine semble avoir cachés à la Convention.
(@) M. Kuscinski (op. cit.), dit, p. 398 : « Lors de la répartition des
‘députés entre les départements, il fut classé dans le Loir-et-Cher, pré-
tendant avoir une propriété dans la commune de Gault. Des recherches faites par le maire de cette commune sur notre demande, il résulte qu’il n’y a jamais eu la moindre propriété et que son nom y est totalement inconnu. » Pour ma part, je pense qu’on a fait alors une confusion entre Gault et le mot Gassel, sans doute mal écrit, qui doit être le nom d’une terre possédée par Lemoine dans la région viroise.
(5) Et non à Condé, comme l’affirment certains biographes. (Arch, Caen, GG, Saint-Etienne, 59).
suite, vint résider à Condé-sur-Noireau (Calvados), Avocat à Condé en 1790 et officier de la garde nationale, il est, en juin 1791, électeur de cette ville, et, malgré son jeune âge, il devient, le 3 octobre suivant, administrateur du district de Vire ; ses collègues le nomment même président de cette administration. Membre de la Société viroise des Amis de la Constitution depuis le 27 juin 1790, il y joue un rôle important (1), provoque la formation d’une filiale à Condé, et, le 29 juillet 1792, préside dans cette ville une réunion au cours de laquelle 339 citoyens signent une adresse contre Louis XVI (2). — Réélu électeur par le canton de Condé le 27 août 1792, il est nommé membre de ladministration du Calvados, rejoint son poste dès le 24 septembre 1792, est nommé vice-président du département. En cette qualité, il est l’un des signataires de l’adresse du 30 mai 1793, première manifestation insurrectionnelle contre la Convention. Avec son homonyme, le président des Carabots (3), il fait partie de la délégation des autorités et sections de Caen qui se rend à Paris le 3 juin pour faire connaître les intentions du Calvados contre « les proscripteurs, les anarchistes et les factieux ». Rentré à Caen, il est, le 9 juin, le premier inscrit sur la liste des volontaires qui doivent marcher « vers » Paris. Le 15 juin, il gagne Evreux avec le premier détachement des forces départementales ; le 13 juillet, il assiste à l’équipée de Brécourt. Après la déroute du fédéralisme, il se cache à Tallevende-le-Grand, près Vire, chez le père de sa femme, Faucon de Saint-Germain, président de l’administration du district de Vire (4). De sa retraite, il ne cesse d’affirmer qu’on a surpris sa bonne foi et compose sa défense (5), tandis que sa femme Elisabeth Faucon réclame sa grâce au Comité de Législation (6). Au club de Vire, Charles Caïlly expose son cas, et, le 23 mars 1794, Charles-Augustin Bazin intercède près du représentant Bouret en faveur du proscrit (7). — C’est seulement en septembre 1794 que Lenormand ose sortir de sa retraite : il revient à Condé, y est nommé capitaine des grenadiers de la garde nationale. Le représentant Porcher songe même à le nommer maire, puis se ravise (8). De nouveau, Lenormand attend son heure ; elle survient avec le coup
(1) C’est lui qui a, le 4 juillet 1792, fait rayer Castel pour feuillantisme.
(2) Arch. Nat, D XL, 7.
(3) Sur cette homonymie, ignorée de VAULTIER (Souvenirs de l’insurrection normande.…), voir p. 252, n. 2.
(4) Inventaire sommaire des archives départementales postérieures à 1799. Période révolutionnaire, Série L, Supplément, t. 1°", ville de Condésur-Noireau, p. 223.
(8) Précis exact des motifs qui ont déterminé l'insurrection du Calvados, et des faits qui l’ont accompagné, s. 1. n. d., 8 p. Bibl. Vire,
* E III, 1.252]: $ l (6) Dès le 13 brumaire an II-3 novembre 1793. (Arch. Nat. D ENS 7):
(7) Arch. Vire, I 74, f. 50, 57, 72, 74, 77.
(8) Vendémiaire an IV. En remplacement de Davoult, parent d’émigré. On nomma finalement le pasteur Gourjon. ({nvent… Arch Condé,
d'Etat de fructidor an V : l’administration centrale du Calvados étant « fructidorisée », Lenormand est nommé président de l’administration nouvelle. Dans ces fonctions, il montre une rigueur extrême contre l’ancien régime. En germinal an Vi-mars 1796, il est, malgré les réacteurs (1), élu membre du Conseil des Cinq- Cents. Rallié à brumaire, il entre, le 4 nivôse an VIII-25 décembre 1799, au nouveau Corps législatif, dont il sera secrétaire Île 21 janvier 1801. Il en sort en 1802, est nommé receveur principal des droits réunis pour l’arrondissement de Vire, bien que considéré par le préfet comme un « jacobin reconnu » (2). Il prend sa retraite en 1815 ; très riche, il figure sur la liste des éligibles établie le Y août 1815. Il meurt à Saint-Germain-de Tallevende Je 21 juillet 1824.
LE Nouvez (Pierre-Auguste), né à Falaise le 15 février 1767. Officier de marine avant la Révolution, il se fixe à Vire en 1794 à la suite de son mariage avec la fille de Surirey, ex-maire de cette ville. Capitaine des grenadiers de la garde nationale de Vire, il participe à la répression de la Chouannerie. Electeur en germinal an V, administrateur municipal en germinal an VI, il démissionne avant les élections de l’an VII. — En prairial an VITI-mai 1800, il est nommé premier adjoint de Vire, succède, en avril 1807, au maire Duboscq de la Roberdière, décédé. En mai 1815, il est élu représentant de l'arrondissement de Vire à la Chambre des Cent- Jours. La seconde Restauration lui donne un remplaçant à la mairie de Vire. Bien qu’éligible, il cesse alors de jouer un rôle. Après la Révolution de 1830, il est élu député de l’arrondissement de Vire en juin 1831, siège dans l'opposition (3), puis démissionne. 11 meurt à Vire le 12 avril 1850.
MaLo (Jacques), né à Tocqueville (Manche), le 10 février 1757. Selon Chalmé (4), il était en 1778 garçon meunier à Dampierre (Calvados), lorsqu'il fit connaissance d’un Cordelier qui le fit entrer à la communauté de Vire. Il y était frère questeur lorsque la Constituante vota le décret du 15 février 1790 abolissant les vœux monastiques. Seul des Cordeliers de Vire, il réserve sa décision, les autres sortant du couvent. Les commissaires du département le nomment gardien de l’enclos : il y séjourne jusqu’à l’aliénation de l’immeuble (5). Titulaire d’une pension ecclésiastique de 300 1., il lui faut songer à vivre. Vire n’a pas d’impri-
(1) Ils le dénoncent ainsi que Cailly et Bertrand de l’Hodisnière, comme ayant « envoyé des émissaires effroyables dans tous les cantons afin d’effrayer les gens de bien par leurs menaces ». (Arch. Nat., Filc II, Calv., 12, pièce du 19 floréal an VI).
(2) Lettre confidentielle au conseiller d'Etat Réal, 4 brumaire an XIII. (Arch. Nat., F7, 3.661-3).
{3) Au moment de la campagne électorale, ses adversaires firent courir le bruit qu’il était « républicain ». D’où : l’adresse présentée à M. Le Nouvel, député de l'arrondissement de Vire, par divers électeurs fonctionnaires pour le prier de dérmentir certains bruits qui l’accusaient de républicanisme ; et la réponse de M. Le Nouvel niant toute idée de républicanisme, 16 juin 1831, in-4°, 4 p., s. 1. n. d.
(4) Bibl. Vire, ms. C 861 9°, p. 467.
() Arch. Vire, P 96. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 721, f. 83.
merie (1) : en collaboration avec un certain Lallemand, chirurgien, Malo fonde la « Société typographique viroise ». — En même temps, il se mêle à tous les événements locaux : il est au premier rang lors de l’affaire Doulcet-Achard, lors du complot de juillet 1790 contre le directeur des aides. L’un des promoteurs de la société locale des Amis de la Constitution, il étonne ses confrères aux séances par ses motions hardies concernant le mariage des prêtres, le divorce (2). Ses presses sont au service du club, imprimant les diverses adresses, chansons, pièces de circonstance émanant des Amis de la Constitution. Enfin, en janvier 1791, il fonde le Courrier des Campagnes, journal hebdomadaire à un sou, franchement « patriote », bataillant en faveur de la constitution civile du clergé, de la vente des biens nationaux, — Cependant, Malo, en novembre 1791, cède imprimerie et journal (3) à un jeune homme, Thomas-Richard Clouard (4), car il vient de s’enrôler au 2° bataillon des volontaires du Calvados. Parti caporal, il est, l’an suivant, lieutenant au 3° bataillon de chasseurs francs, à l’armée du Nord (5).
Au printemps de 1793, il passe à l’armée des Côtes de Cherbourg, en qualité de capitaine au 22° chasseurs dit de la Brétesche. Il n’imite pas la réserve de son colonel, et, grand admirateur de Wimpffen (6), il fait partie de l’armée qui marche « vers Paris ». Après l’affaire de Brécourt, il prend la fuite, gagne la Bretagne, puis la Gironde avec les députés proscrits, est incarcéré à Bordeaux, acquitté enfin le 6 germinal an 11-26 mars 1794 (7). — Mais il doit refaire sa fortune : rengagé comme simple
(1) Depuis la disparition d’un certain Jean Decesne qui avait exercé au XVII siècle. (R. SÉGUIN : Essai sur l’histoire de l’industrie dans le Bocage, p. 453).
(2) Arch Vire 1073; f 21/22: 23.
(3) Le n° 44 (2 décembre 1791) indique que le « présent Courier » (sic) continuera de paraître tous les vendredis. Mais il est probable que sa carrière s'est terminée avec le départ de Malo, car on n’a pas de trace de numéro postérieur au 44°.
(4) Qui les dirigera pendant quelques mois, jusqu’à son enrôlement au 7° bataillon du Calvados, en octobre 1792. — L’associé de Malo, Nicclas Lallemand, part lui-même comme chirurgien avec ce bataillon.
(5) Léon HENNET : Etat militaire de la France pour l'année 1793 (Soc. hist. Révol.), Paris, 1903, p. 200.
(6) « Vous avez, écrit Puisaye à Wimpffen le 4 juillet 1793, dans Île capitaine Malo un homme bien essentiel et qui vous est attaché. » (R.-N. SAUVAGE : Le fédéralisme en Normandie : journal du quartiermaitre du 6° bataillon bis des volontaires du Calvados, Caen, 1909, p. 117 et 123).
(7) Dans son apologie, Malo prétend qu’il a soigné alors Barbaroux, atteint de la petite vérole. Son attachement pour Cussy lui a valu six mcis de détention dans un cachot. — Ed. FRÈRE (Manuel du bibliographe normand, t. II, Rouen, 1860, p. 272), donne indication de la pièce suivante : Jugement rendu par la commission militaire séante à Bordeaux, qui acquitte Jacques Malo, ci-devant Cordelier, imprimeur et militaire depuis la Révolution, natif de Tocqueville domicilié à Bordeaux, le 6 germinal an 11. Bordeaux, Lafforest, s. d., in-f°, plano.
cavalier au 12° hussards, à l’armée des Pyrénées-Orientales, il reste sans avancement. Le 29 pluviôse an III-17 février 1795, il obtient un congé d’un an pour raisons de santé, vient à Vire régler ses affaires (1), puis gagne Paris pour intriguer.
Le 1* prairial an II-20 mai 1795, il est à la Convention lorsque les émeutiers l’envahissent : lorsqu'il voit que ceux-ci vont être vaincus, il se précipite au premier rang de ceux qui les repoussent (2). Ainsi remis en vedette, il regagne ses grades. Sous le Directoire, on le charge de réorganiser l’ancienne « Légion de police » qui devient le 21° dragons. Chef d’escadrons, il commandait par intérim ce régiment, le 23 fructidor an IV-9 septembre 1796, au camp de Grenelle, lorsque les amis de Babeuf tentent d'entraîner la garnison de ce camp dans le mouvement contre le gouvernement. Sorti de sa tente « en chemise », Malo saute à cheval, charge les émeutiers à la tête d’une petite troupe, en prend 52 et disperse le reste (3). Cet exploit lui vaut de l’avancement, avec maintien à la tête du 21° dragons. — Malo songe maintenant qu’il est temps de donner des gages à un autre parti jouant le rôle d’agent provocateur, il entre en relations avec le groupe royaliste La Villeurnois-Brottier-Duverne de Presle, introduit à l'Ecole militaire les membres du complot et les fait empoigner par ses dragons dissimulés derrière des matelas (11 pluviôse an V-30 janvier 1797). Une loi du 14 pluviôse an V-2 février 1797 déclare qu’il a bien mérité de la patrie (4) : il est nommé général de brigade peu après. Mais ses coups de barre successifs, à droite, à gauche, l’ont rendu suspect : c’est un arriviste. « Libera nos à Malo ! », tel est le cri qui l’accueille en public (5). Le Directoire, qui le trouve compromettant, trouve le moyen de le destituer le 12 fructidor an V-29 août 1797 (6). Il meurt obscurément vers 1801 (7), laissant sous le titre : Malo, chef de brigade au
(Arch 1Calv;"1fdistrict Vire, ranc AIME AIM 728 056 Arch. Nire HT ef lie
(2) A la cérémonie en mémoire de Féraud, Louvet dira : « Sur les pas d’Auguis… quelques braves s’élancent : c’est Malo, victime longtemps dévouée à l’échafaud pour cause de fédéralisme ; il est fédéraliste encore, car il combat pour la Convention, » (Moniteur, XII, p. 1.042). Malo affirmera plus tard : « Je précipitai de la tribune Romme qui prononçait les décrets de révolte et de destruction... »
(3) DeBrnour : Recueil des actes du Directoire exécutif, t. II, p. 54, n. 2 ; 589, n. 3. — Moniteur : 24 fructidor an IV : Rapports de Cochon et de Foissac-Latour.
(® DEBipour : op. cit., t. IV, p. 760-763, 783. — Cnassin : Les pacifications de l'Ouest, t. III, p. 26.
(5) Rapporté, d’après la Lanterne magique républicaine, par C.-A. Séguin (ms. t. III, 1797) et par Chalmé (ms. C 861).
(6) DeBiDour : op. cit, t. IV, p. 761, n. 1, dit que la majorité du Directoire le trouva « trop dévoué à Carnot », et ajoute qu’il fut exilé.
(7) Chalmé, d’après la Feuille du jour, du 3 avril 1797, affirme qu'il s'était marié très richement,
21° dragons, à ses concitoyens (1), une véritable apologie de sa conduite politique, s’élevant surtout contre l’accusation d’avoir été un « homme de sang ».