‹ Histoire de Vire: Pendant la RévolutionChapitre 81 sur 108 · Nous n'avons ni preuves ni présomptions que des gens de · texte numérisé non relu

Nous n'avons ni preuves ni présomptions que des gens de

(1) Allusion à l’incursion vendéenne en Normandie. Voir p. 275-279.

(2) Il y a hausse sensible depuis septembre 1793. Voir le cours local, D699%n0 2:

(3) Au contraire, puisque ce sont les fédéralistes d’Ille-et-Vilaine qui, en juillet 1793, ont fait pascer de l’avoine aux Virois. (Voir p. 415).

notre district aient arrêté, dans nos foires et marchés, ainsi que chez les particuliers, des bœufs et des moutons pour les armées des brigands.

25. Nous ne connaissons pas de traîtres qui aient contrarie le vœu national sur les événements des 31 mai et 2 juin. Nous devons cependant vous dire que presque tous les citoyens ont été trompés sur les événements et sur les motifs qui les ont préparés, mais que, maintenant, l’erreur est bien dissipée. Tous applaudissent à ces événements et aux vues de la Montagne. Des traîtres ont subi Ja peine qui leur était due.

26. Dans notre district, il existe des patriotes ardents, mais peu d’exagérés, suivant ce que nous avons pu apprendre. Si, dans les renseignements que vont nous fournir actuellement les comités, nous en découvrons quelques-uns, nous vous les désignerons de manière à vous mettre à portée de les juger.

Certifié véritable par nous, administrateurs du directoire du district de Vire, le 5 pluviôse an II de la République française une et indivisible.

[Suivent les signatures.]

BazixX (Thomas-Michel), dit Bazin de la Blanquaire. Né à Vire le 9 novembre 1749. Décédé au même lieu le 15 avril 1824. Fils aîné de l’avocat virois J.-B. Bazin l’ainé, dit Bazin Martinière (1) et filleul de Thomas-Michel Demortreux, avocat, plus tard subdélégué de l’Intendant. — Avocat à Vire, il est, en juin 1790, l’un des fondateurs de la Société des Amis de la Constitution dont iF fera constamment partie. Elu officier municipal le 15 novembre 1791, réélu en tête de liste au renouvellement général de novembre 1792, conservé dans ses fonctions par les représentants Bouret (germinal an II) et Lozeau (floréal an II), il représente à Vire, avec son ami François Delavente, l’opinion républicaine la plus immuable. Non réélu aux élections de brumaire an IV, c’est sur son nom qu’en germinal an V se comptent les républicains, devant les efforts des royalistes « masqués ». Président de l’administration municipale de Vire, destitué en fructidor, comme tous les élus du Calvados, il est immédiatement rappelé à ses fonctions par ses collègues non « fructidorisés », à cause de son républicanisme certain. Réélu en germinal an VI, désigné comme électeur, il siège à l’administration municipale jusqu’à floréal an VIII, toujours animé du même zèle. il ne fait pas partie du conseil municipal désigné par l’arrêté

(1) J.-B. Bazin-Martinière (1718-1795), époux de Marie-Anne Murie, père de Thomas-Michel et Charles-Augustin, et de deux filles [dont lune épouse le 27 décembre 1796 Pierre-Louis Bônière, volontaire de 1791, capitaine réformé après blessures, devenu en l’an VIT lieutenant de la maîtrise des eaux et forêts de Vire, fils de Pierre Bônière, aubergiste de Vassy, assassiné par lès Chouans dans la nuit du 18 au 19 septembre 1795]. J.-B. Bazin, avocat à Vire, fut en août 1789 nommé membre du Comité national. Mais, dès 1790, il s’efface derrière ses fils — Il ne faut pas Je confondre avec J.-B. Bazin le jeune, également avocat. et époux d’une Marie-Anne Marie. Ce dernier est père de Jean-Michel Bazin, candidat des royalistes « masqués » en germinal an V,

préfectoral du 14 prairial an VIII-3 juin 1800 ; et bien qu'il ait voté « oui » aux plébiscites de l’époque du Consulat, il ne sera plus jamais appelé aux fonctions publiques.

Bazix (Charles-Augustin) (1) dit Bazin du Parc ; frère du précédent. Né à Vire le 9 novembre 1762 ; décédé au même lieu le 29 juillet 1830. — Avocat à Vire, secrétaire de la municipalité élue en février 1790, il est, en juin suivant, l’un des fondateurs de la Société patriotique dont il sera toujours l’un des membres les plus actifs. Electeur en août 1792, il est, en novembre suivant, élu administrateur du district de Vire et siège au directoire. Lors des épurations de 1794 et 1795, Bouret et Lozeau le maintiennent dans ces fonctions. — Le 28 nivôse an IV-18 janvier 1796, le Directoire exécutif le nomme son commissaire près Fadministration du canton rural de Vire. Electeur en germinal an Vi, élu administrateur du département en l’an VII, il préfère rester à son poste de commissaire du Directoire exécutif. Mais, doué de moins de constance que son aîné, il affecte, après brumaire, de se rallier étroitement à Bonaparte, est nommé conseiller municipal en mai 1800. Commissaire du gouvernement, puis procureur impérial près le tribunal de l’arrondissement de Vire, il réussit à dissiper les soupçons que motive son passé « jacobin (2), reste en fonctions jusqu’à la chute de l’Empire, se rallie à la Restauration qui le maintient conseiller municipal et procureur au tribunal de Vire. Le 10 février 1816, il signe la protestation locale contre le supplice infligé à Louis XVI. Il meurt dans la retraite au moment où éclate la révolution de 1830.

BrouaArD (Etienne), dit Brouard de Grandmont, né à Vire le 29 août 1761 ; fils d’un marchand ancien juge-consul. Avocat à Vire en 1790, il est l’un des fondateurs de la Société patriotique. Volontaire au 2° bataillon du Calvados en juin 1791, il est nommé capitaine par ses camarades, Il fait campagne à l’armée du Nord ; a, en décembre 1793, des difficultés avec le représentant Duquesnoy qui le fait incarcérer à Maubeuge (3). Rendu à la liberté, il

(1) Il avait eu pour parrain Charles-Augustin Viel, écuyer, gendarme de Ja garde du roi, seigneur honoraire de la Graverie. — Le 15 avril 1793, il épousera la fille de Thomas-Michel Demortreux l’ex-subdélégué.

(2) Le 23 mars 1804, il avait rédigé une adresse du tribunal de Vire au premier consul, pour le féliciter d’avoir échappé à « la conspiration qui a menacé ses jours ». « Vous avez, dit-elle, assez vécu pour la gloire, trop peu pour l’affermissement de notre bonheur que vous avez si bien commencé. » (Arch. Nat., Fic III, Calv., 10). Néanmoins, le 26 octobre suivant dans une note confidentielle au ministre de la police, lc préfet du Calvados s'exprime ainsi : « Bazin, procureur impérial, a beaucoup d’esprit ; il a été employé depuis le commencement de la Révolution : ami intime des deux autres [Bônière et Lebailly, juges au tribunal de Vire}, mais plus franc et par conséquent moins dangereux. Ces trois hommes sont considérés comme les chefs du parti révolutionnaire dans un pays où ce système n’est pas encore oublié. Ces individus peuvent bien regretter encore le temps où leur parti était tout puissant, mais ils ont sûrement trop d'esprit pour afficher leurs sentiments. » (Arch. Nat., F7, 3.661-3, Calv., an VIII-1820).

(3) ArchVire Id FM ete26:

conquiert d’autres grades, réapparaît au début de l’an IV comme adjudant-général à Vire même, et lutte contre la Chouannerie. Après quoi, il fait campagne à l’armée d’Italie, s’embarque avec celle qui part pour l'Egypte, reste à Malte avec Vaubois, s’oppose à la reddition (1), y est fait prisonnier. Il prendra part aux campagnes de Napoléon, deviendra baron de l’Empire, La Restauration le nommera au commandement de la division de Nantes ; inais, au retour de l’île d’Elbe, il accepte de siéger à la Chambre des Cent-Jours. Par la suite, il est maréchal de camp sans emploi. I! meurt à Paris le 23 avril 1833.

CaAILLY (Charles), né à Vire, le 16 juin 1753 ; décédé à Caen le & janvier 1821. Fils d'Hervé Caïilly, avocat en l’élection de Vire, ii est lui-même avocat lorsqu’en août 1789, ses concitoyens le nomment membre du Comité national de Vire. Mais, en février 1790, n’étant pas éligible, il ne peut faire partie de la nouvelle municipalité. — En juin suivant, il fonde la Société des Amis de la Constitution, y joue un rôle prépondérant, faisant adopter des motions hardies, rédigeant lui-même les adresses à l’Assemblée nationale (2). — En décembre 1790, il est élu notable et juge suppléant au tribunal du district ; puis, le 25 iuin 1791, électeur ; enfin, en janvier 1792, commandant de l’un des bataillons de la garde nationale. — Au renouvellement général de novembre 1792, il est élu juge titulaire au tribunal du district de Vire. Il s’efforce alors de rénover la Société populaire, sait habilement, aux lendemains du fédéralisme, l’aiguiller vers la Montagne. Au cours du premier semestre de l’an II, il donne beaucoup de sa personne, est notamment l’orateur du club à la fête locale de la Raison (29 janvier 1794) (3). Tant de zèle a sa récompense : à la fin de ventôse, les représentants l’appellent à la présidence du tribunal criminel du Calvados. Mais, en floréal an ITI-mai 1795, le représentant Lozeau rappelle à ce poste l’ancien titulaire Germain Dubosceq, autre Virois, qui en avait été écarté pour sa participation au fédéralisme. Comme compensation, Caïilly, en prairial, obtient la présidence du département du Calvados. Aux élections d’octobre 1795, les électeurs le maintiennent à l’administration centrale du Calvados qu’il préside. Mais, en janvier 1796, il quitte ces fonctions, le gouvernement l’ayant nommé commissaire du Directoire exécutif près le tribunal civil et criminel du Calvados. Candidat à la législation en germinal an V, il n’est pas élu et est en butte aux attaques des royalistes (4). — En germinal an VI-avril 1798, les

(1) Voir de lui : Mémoire contre le général Vaubois, commandant en chef de l'ile de Malte, Paris, fructidor an VIII, 90 p.

(2) Notamment celles du 22 septembre 1790, sur les conditions de cens : du 13 décembre 1791, sur les émigrés et insermentés ; du 1‘ juillet 1792, sur la contre-révolution. (Arch. Nat., D IV 21 ; D XL’ ; D XL".

(3) Ch. Caizzy : Discours prononcé le jour de la fête de la Raison. Vire, an Il, in-4°, 20 p. Il fut très attaqué à ce sujet. (Voir p. 330, n. 1).

(4) C’est tout à fait à tort que la notice du dictionnaire ROBINET, ROBERT et LECHAPLAIN (t. 1, p. 315) l’accuse de royalisme à cette époque. En réalité, les royalistes le dénonçaient alors comme un jacobin. (Voir Arch. Nat. Fic III, Calv., 12, une pièce sur les élections de l’an VI où Cailly est malmené par un royaliste),

électeurs républicains l’envoient siéger au Conseil des Anciens. « Ajourné » après le coup d'Etat de brumaire an VIIL, il est, le 22 germinal an VIII-12 avril 1800, nommé vice-président du tribunal d'appel de Caen. Il devient sous l’Empire président de chambre, se rallie aux Bourbons, conserve son poste. Bien mieux, le 31 août 1816, en sa qualité de premier des présidents de chambre de la cour royale de Caen, c’est lui qui est chargé de l'installation de la Cour prévôtale du Calvados, institution « terrible », affirmet-il lui-même dans son discours de ce jour, mais « elle ne l’est que pour... ces êtres vils et méprisables qu’on a vu à toutes les époques et à toutes les crises, prendre un masque imposteur.…. et toujours prêts à servir les fureurs d’un parti. (1) ! Séguin fils a bien soin de faire remarquer que Cailly mourut « muni des Sacrements de l'Eglise » (2).

CASTEL (René-Richard) (3), né à Vire le 6 octobre 1758, fils de J.-B., directeur de la poste aux lettres, et de Marie-Anne Huillard d’Aigneaux. Destiné à prendre la succession de son père (4), il reste à Vire où il épouse le 23 septembre 1783 Suzanne-Angélique Debieu, fille de feu Louis-Guillaume, Sieur du Homme, officier du point d'honneur. — Survient la Révolution : Castel a trente ans, le désir de montrer son activité. En août 1789, il est nommé membre du Comité national de Vire, y joue un rôle prépondérant, qui, aux élections municipales de février 1790, le désigne aux voix des « patriotes ». Il est élu maire contre Michel Mauduit, le maire d’ancien régime (5). En juin suivant, il contribue à fonder la Société des Amis de la Constitution. Nommé électeur, il est, dès juillet 1790, élu procureur-syndic du district de Vire. Dans ces fonctions, il se montre plein de patriotisme et rigoureux observateur de la loi (6). — En septembre 1791, il est élu député à la Législative, se fait admettre dès le 5 octobre aux Jacobins de Paris (7). C’est alors qu’insensiblement, il se met à évoluer :

(1) I avait, au préalable, proclamé la nécessité d’oublier « les ‘haines et les divisions » et de se rallier autour du roi qu’il compare à « Henri le Grand ». (Procès-verbal d'installation de la cour prévôtale du Calvados, séante à Caen, 31 août 1816, in-4°, 7 p.).

(2) Ms. t. III, 1821. Les Ephémérides normandes de G.-J. LANGE décla-

rent (t. 1‘, p. 29) qu’il « s’acquitta toujours de ses diverses fonctions avez zèle et impartialité ».

(3) Le prénom Louis, souvent indiqué par les biographes, ne figure pas à l’état-civil. Le parrain était René-Richard Huillard d’Aigneaux.

(D Son père mourut le 13 mars 1792, alors que René-Richard était député à la Législative. Le directeur de la poste fut un instant J.-B. Castel dit des Pérelles, filleul et neveu du père de René-Richard.

(5) D. F[RIoN], éditeur de la 5° édition du poème les Plantes (Paris, 1839), échafaude, p. 11 et 12, une ridicule histoire concernant le rôle de Castel comme maire et comme délégué à la fête de la Fédération. Il n’y a pas un mot de vrai là-dedans.

(6) Voir ses réquisitoires dans Arm. GASTÉ : René-Richard Castel, pro-

cureur-Syndic du directoire du district de Vire (1790-91), Caen, 1879, 136 p.

(7) AurarD : La Société des Jacobins, t. TI, p. 162.

bientôt les Virois l’accusent de s'occuper de botanique et de chimie plus que de ses fonctions de député ; en juillet 1792, sur motion de P.-J.-R. Lenormand, le club de Vire prononce sa radiation pour feuillantisme (1). — Castel rentre à Vire en septembre 1792, Quoique jeune, il se tient dès lors à l'écart de la politique (2). C’est alors qu’il compose son poème les Plantes (3), paru en 1797 avec un succès remarquable, — Mis en vedette, Castel entrera dans l’Université impériale, et même, grâce à Fontanes, deviendra inspecteur général. La Restauration, à laquelle il se rallie, en fait un inspecteur des écoles royales militaires. Il meurt en 1832 à Reims, emporté par la première épidémie de choléra (4).

DELAVENTE (Vincent-Jean-François), né à Vire le 24 mars 1740, fils aîné de François Delavente, peintre renommé dans la région. Avocat distingué, il est élu, en août 1789, membre du Comité national et y joue un rôle prépondérant. En février 1790, les citoyens actifs le choisissent comme procureur de la commune. Dans ces fonctions délicates, Delavente manifeste la fermeté de son caractère, le plus vif souci de l’intérêt général et une réelle intransigeance dans l’application de la loi (5). — Aux élections d’octobre 1791, il est nommé procureur-syndic du district, en remplacement de Castel, élu à la Législative, Dans ces nouvelles fonctions, il requiert l’application rigoureuse des décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires. — Réélu en novembre 1792, il conserve la même attitude. Cependant, le 4 décembre 1793, à la suite d’une enquête sommaire, relative à laffaire Polinière, le représentant Jeanbon Saint-André le destitue, ainsi que quatre administrateurs du district (6). Leur innocence est reconnue peu après ; aussi, lors des épurations d’autorités constituées effectuées en mars 1794, le représentant Bouret nomme Delavente aîné juge au tribunal du district de Vire. Il y est maintenu par le représentant Lozeau ; et,

#Q) Arch. Vire, 1 73, 4 juillet 1792.

(2) Il est rarement question de lui. Il n’a pas été incarcéré comme suspect, a cautionné en germinal an IT la veuve Dumont de la Rochelle, sortant de prison. [l figure dans plusieurs listes aux côtés de gens d’ancien régime qu’on frappe de taxes ou de corvées supplémentaires. Cependant, il est inscrit à la compagnie des grenadiers de la garde nationale.

(3) Dans sa préface, il dit : « €et ouvrage a été composé dans l’intervalle de l’an 1° à l’an V. Il m’a souvent consolé en m’occupant. » Mais, dans l’édition de 1811 (Paris-Deterville), il dira : « Cet ouvrage a été composé dans ds temps malheureux. Il m'a souvent consolé en m'occupant. » Il aura cinq éditions de 1797 à 1839.

(4) Voir la notice de la Grande Encyclopédie. Sauf D. Ffrion], complètement erroné, les biographes de Castel ne parlent guère que de son rôle littéraire. {Voir : CaziN : Les Virois illustres. — C.-A. Séguin, ms. : t. III, 15 juin 1832. — Inauguration des monuments élevés en l'honneur de Castel et Chénedollé, 12 sept. 1869, Vire, 1869].

(5) Il n’hésite pas à entrer en désaccord avec la municipalité. Ex. : le 13 septembre 1791, au sujet du remplacement des frères des écoles chrétiennes, insermentés.

(6) Voir p. 272-273. — Ils furent même incarcérés pendant 24 heures.

sous le Directoire, comme directeur du jury d’accusation ou comme président du tribunal, il sera un redoutable adversaire pour les fauteurs de contre-révolution (1). Maintenu juge au tribunal par le premier consul, il meurt à Vire le 28 octobre 1801.

DELAVENTE (François), frère du précédent. Né à Vire le 15 juillet 1744. Artiste peintre comme son père, il se laisse tenter par la politique, prenant part, en juin 1790, à la fondation de la Société des Amis de la Constitution dont il sera membre jusqu’à la disparition en 1795. Elu officier municipal en novembre 1791, procureur de la commune en novembre 1792, il montre les mêmes qualités que son aîné. En mars 1794, il est maintenu en fonctions par Bouret avec le titre d’agent national. Mais, en mai 1795, le représentant Lozeau le confine dans les fonctions, désormais vagues, de notable, lui donnant comme successeur le très modéré Brenet. — En novembre 1795, le Directoire exécutif, renseigné par le district de Vire, choisit Delavente jeune pour son commissaire près l’administration municipale de Vire intra-muros, fonction délicate, les élus de brumaire an IV étant des tièdes. Delavente les empêche de sombrer dans la réaction ; puis, après le succès républicain des élections municipales de mars 1797, en plein accord ‘avec le président Bazin-Blanquaire, il lutte contre les fauteurs d’ancien régime. Lévêque, commissaire du Directoire exécutif près l’administration centrale du Calvados, considère Delavente comme le meilleur de ses subordonnés, lui confie des missions de police en dehors même du ressort de l’administration municipale de Vire. — Cette remarquable unité d’une carrière bien remplie rend sans doute Delavente suspect après brumaire. Tout comme son ami. Bazin-Blanquaire, le gouvernement du premier consul le laisse à l'écart. I meurt à Vire le 9 octobre 1812, sans fonctions publiques depuis floréal an VIII (2). :

DEMORTREUX (Thomas-Michel), né à Vire en 1721. Avocat au bailliage de Vire et au Parlement de Paris, subdélégué de l’intendant de Caen pour l'élection de Vire, il se rallie à la Révolution, En novembre 1790, les électeurs le nomment président du tribunal du district de Vire (3). Il est réélu en novembre 1792 ; mais, suspect de modérantisme, il est écarté par le représentant Bouret en mars 1794, En octobre suivant, le représentant Bollet le remet

(1) C’est lui qui, en juillet 1796, malgré l’amnistie accordée aux Chouans, donne l’ordre d’incarcérer le fameux Chouan Drudes de Campagnolles, émigré rentré, couvert par la complaisance de l’autorité militaire.

(2) Inutile de souligner l’inexactitude de la notice de C.-A. Séguin qui confond ensemble les deux Delavente.

(3) Le même Séguin confond Thomas-Michel Demortreux avec Thomas- Robert-François Desmortreux (1741-1813), principal du Collège en 1790- 92, prêtre jureur. Il déclare que le principal est devenu président du tribunal ! — Le second fils de Thomas-Michel est Charles-Michel, né à Vire le 1‘ juillet 1761, prêtre jureur élu curé constitutionnel de Roullours le 11 avril 1791, membre du club, abdicataire en mars 1794. nommé bibliothécaire de Vire le 16 octobre 1798, décédé à Vire le 24 juin 1849.

en fonctions. Il reste à l’écart sous le Directoire et meurt à Vire le 30 novembre 1798.

DEMORTREUX (Laurent-Thomas), Sieur de la Poterie, fils du précédent, né à Vire le 23 mars 1756, décédé à Sannerville près Caen le 24 juin 1831 (1). Avocat au Parlement de Paris, subdélésué-adjoint en 1789. Capitaine de la garde nationale de Vire en 1790, il refuse d’être officier municipal. En novembre 1791, il refuse d’être maire, se contentant d’être notable. Electeur en 1791 et 1792, il est nommé administrateur du district en novembre 1792, mais est absorbé surtout par ses fonctions de chef de légion, puis d'agent militaire du district pour les levées de 1793-94. Il a été, de plus, député du canton de Vire en juin 1793 à l’assemblée générale des départements réunis à Caen en résistance à l’oppression. Aussi, bien que membre assidu du club, il est laissé de côté par Bouret à l’épuration de 1794. En novembre 1795, il refuse le poste d'administrateur municipal. En novembre 1796, il devient substitut du commissaire du Directoire exécutif près les tribunaux du Calvados (2), garde ce poste jusqu’au coup d’Etat de brumaire, devient ensuite commissaire du gouvernement près le tribunal du Calvados, procureur-général sous l’Empire, membre du Corps législatif en 1807 et baron de l’Empire.

Doucet (3), comte de Pontécoulant (Gustave), né à Caen le 9 novembre 1764 ; fils de Louis-Armand, maréchal de camp (4), il embrasse la carrière des armes, devient officier des gardes du corps, puis se met à voyager. — La Révolution le trouve à Pontécoulant : sa popularité dans cette minime paroisse en fait un délégué du tiers-état à l’assemblée du bailliage de Vire (5). Désormais, il est le type du gentilhomme rallié aux idées nouvelles (6), affectant même de.ne pas porter ses titres nobiliaires. Electeur en 1790, il préside l’assemblée électorale du district de Vire. Réélu en juin 1791, il est, en septembre, nommé suppléant à la Législative et administrateur du département du Calvados. Président de cette administration, il y joue, après le 20 juin 1792, un rôle assez peu net (7). En septembre 1792, il est néanmoins élu député

(1) I avait épousé à Vire le 20 août 1788 « noble demoiselle Marie- Anne-Louicse-Thérèse de Crennes, 18 ans, fille de feu Pierre Savinien de Crennes, écuyer, seigneur du Tourneur, conseiller du roi, lieutenant particulier au bailliage de Vire, et de Marie-Anne-Claude Porée de Valhébert ».

(2) Le commissaire est Charles Caïilly.

(3) Il signe toujours « Doulcet » et non « Ledoulcet », forme employée par quelques biographes.

(4) Sa mère est Marie-Anne Pajot d’'Hardivilliers. Sa sœur épousa Emmanuel de Grouchy, le subordonné de Napoléon en 1815. Enfin, il a lui-même épousé Marie-Anne-Elisabeth Marais.

(5) Tandis que son père figure à l’assemblée de la noblesse du grand bailliage de Caen.

(6 D’où la haine que lui vouent les gens d’ancien régime de la région. (Voir p. 200, l’affaire Doulcet-Achard).

(7) Attaqué, le 15 avril 1793, par les sections. il aura soin de répandre qu’il a été seul, avec Dumont, à ne pas signer la protestation du Direc-

du Calvados à la Convention. — Envoyé en mission dans le Nord, il assiste au siège de Lille et ne rentre à la Convention que le 1* décembre 1792. Le procès du roi l’oblige alors à prendre parti. Bien que, dans ses lettres aux Virois, il prétende à l’indépendance, il est clair qu’il figure au nombre des Girondins, propageant la légende de la Montagne « royaliste » qui sacrifie Louis XVI pour favoriser la candidature de Philippe-Egalité (1). Invité à donner son avis, il vote pour la culpabilité du roi, mais ajoute : « Je veux la ratification par le peuple ; je fixe l’époque de la ratification... au moment où tous les citoyens seront réunis en assemblées primaires pour prononcer sur la Constitution que vous avez à leur proposer. » (2) Il se prononce enfin, non pour la mort, qui favoriserait d'Orléans, mais pour la détention pendant la guerre et le bannissement à Ja paix. — Considéré comme membre de la « faction », il accentue cette attitude, le 10 mars suivant, en attaquant le ministre Garat, à propos des molestations dont avaient été l’objet, le 26 février, Condorcet et Gorsas (3). — Aussi, le 15 avril, il est au nombre des vingt-deux représentants dont les sections réclament la destitution. Il est défendu par son collègue et ami Louis-Philippe Dumont, mais ne peut prononcer le grand discours qu’il avait préparé à ce sujet (4). — Epargné le 2 juin, il s'attend, à cause de ses relations avec les révoltés du Calvados, à être appréhendé (5). Charlotte Corday le choisit comme avocat ; mais la lettre d’avis, paraît-il, ne le touche pas : craignant d’être

toire du Calvados contre la journée du 20 juin. Et il est certain qu’il n’a pas signé, lui président, une pièce qui n’engageait que le Directoire seul. (Voir cette pièce : Arch. Nat., DXL 7). Mais ses Souvenirs affirment (t. 1°", p. 125 et 390-392) que c’est lui qui prit l’initiative de cette protestation, et la rédigea. Mais il est certain qu'il ne l’a pas signée, quoiqu’en disent les Souvenirs.

(1) = Voir p.229:

(2) Opinion de Gustave DouLcEet, député du Calvados, sur la peine à infliger à Louis Capet, ci-devant roi des Français, imprimé par ordre de la Convention nationale, Paris, veuve Lejay, 1793.

(3) Gustave DouLcET, membre de la Convention nationale, à Dominique Garat, ministre de la justice, et par intérim, de l’intérieur, Paris, 10 mars de l’an II de la République, in-8°, 15 p. Il accuse Garat d'inertie dans la recherche des fauteurs de désordres. « Ces individus sont à Paris. Je les nommerais si je voulais. Vous. devez les connaître mieux que moi. Il faut être tout à fait Cicéron ou tout à fait Catilina ».

(4) Gusrave DouLcEeT, député du Calvados, sur la pétition présentée au nom de la majorité des sections de Paris, dans la séance du 15 avril 1793 contre 22 représentants du peuple, Paris, 1793, 30 p. [Il y proteste contre l’appellation « Pontécoulant », alors que tous le connaissent sous le nom de Doulcet. Il affirme qu’il n’est pas fédéraliste : on l’attaque parce qu’il a voté le décret c’accusation contre Marat}. [Les Souvenirs re reproduisent pas tout le texte : ils omettent le passage où Doulcet se vante de n'avoir pas signé l’adresse du Calvados contre le 20 juin].

&) Voir sa lettre : Au citoyen Lenormand, président de la Société populaire de Caen, samedi à 7 R. soir, s. 1. n. d., in-8°, 2 p. [écrite au moment du 2 juin]. Bibl, Caen,

arrêté, il ne rentrait plus à son domicile (1). Ce n’est cependant que le 3 octobre suivant que son arrestation est décidée, avec celle des « Soixante treize » qui avaient protesté contre le 2 juin. — D’abord caché chez Dumont, il se réfugie en Suisse [il y aurait connu Louis-Philippe, le futur « roi des Français », fils de ce Philippe-Egalité, jadis si violemment dénoncé (2)]. — Rappelé par le décret du 18 frimaire an III, il rentre à la Convention le 18 ventôse an III-8 mars 1795, joue un grand rôle dans les débats relatifs à la restitution des biens des condamnés [décret du 14 floréal an III-3 mai 1795], défend Robert Lindet accusé par Henry-Larivière le 9 prairial-28 mai. Membre du Comité de salut public du 4 mai au 2 septembre 1795, président de la Convention le 4 juillet 1795, il est l’un des plus notables Conventionnels. — En vendémiaire an IV, il est élu par plusieurs départements, opte pour le Calvados et siège aux Cinq-Cents qu’il préside en germinal an IV. Mais, peu à peu, il a évolué : le 18 fructidor anV-4 septembre 1797, son nom figure sur la liste des députés à proscrire. Les efforts de ses collègues du Calvados Dumont et Gauthier, qui affirment la réalité de son républicanisme, lui évitent la déportation. Epargné, mais vexé, il demande et obtient, le 22 fructidor, un congé de huit mois, le reste de la législature, pour aller prendre les eaux en Suisse (3). — Il ne sort de la retraite qu'après le coup d'Etat de brumaire, se rallie au premier consul, est nommé préfet de la Dyle [Belgique annexée], s’y montre pendant cinq ans un remarquable administrateur. Après quoi, il est chargé de diverses missions, notamment avec Sébastiani en Turquie (1805-1807), puis en Normandie et en Belgique. Sénateur depuis 1805, il refuse, en février 1814, de délibérer sur la déchéance de Bonaparte et le retour des Bourbons. Louis XVIII, le 5 novembre 1814, le nommera cependant pair de France. Mais Doulcet se rallie aux Cent-Jours : le 14 juiilet 1815, il sera considéré comme pair démissionnaire. Il sera renommé le 3 mars 1819, siégera encore sous la Monarchie de juillet. La Révolution de 1848 l’amène à la retraite définitive. Il meurt à Paris (4) le 3 avril 1853.

Dugosco (Germain), né à Vire le 24 décembre 1750 ; fils de Michel-Joseph, drapier (5). En 1789, il est avocat au bailliage de Vire, est élu membre du Comité national, y joue un rôle important. En février 1790, il est élu officier.municipal, démissionne le

(1) UN COLLECTIONNEUR NORMAND [Ch. RENARD] : Charlotte de Corday et Doulcet de Pontécoulant, Caen, 1860. — CamPaArDoON : Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, Paris, 1862 (t. 1°", p. 79, n. 2 et p. 85).

(2) Voir les Souvenirs.

(3) Voir le Moniteur. Les Souvenirs, qui ne parlent pas de cette demande de congé, produisent une longue lettre, p. 370-391, où Doulcet indique à Lenormand pourquoi il a renoncé à paraître aux Cinq-Cents.

(4) Certains biographes le font mourir à Pontécoulant. L’état-civil de cette commune ne fait aucune mention de son décès.

(5) Et de Marie-Anne Alais, d’une famille de drapiers. Son frère J.-B. Duboscq le jeune, né le 31 décembre 1751, a été négociant en laines, juge-consul, puis président du tribunal de commerce de Vire de 1791

11 novembre suivant, parce que les électeurs l’ont nommé juge au tribunal du district de Vire. Entre temps, il a participé, en juin 1790, à la fondation de la société locale des amis de la Constitution. — Electeur le 26 août 1792, il est nommé par ses collègues de l'assemblée électorale du département, président du tribunal criminel du Calvados et prend possession de son poste le 13 octobre 1792. En cette qualité, il signe le manifeste du 30 mai 1793 contre la Convention, fait partie du comité insurrectionnel, veut marcher « à Paris », mais recoit l’ordre de « rester à son poste ». Destitué pour sa participation au fédéralisme, il est, grâce à la société populaire de Vire (1), l’un des premiers amnistiés. Bien mieux, le 2 germinal-22 mars 1794, le représentant Bouret, procédant à l’épuration des autorités constituées, nomme Duboscq membre du directoire du district de Vire. Là, l’ex-fédéraliste affecte le ralliement le plus complet à la Montagne. — En floréal an III-mai 1795, le représentant Lozeau le rappelle à la présidence du tribunal criminel du Calvados. En vendémiaire an IV-octobre 1795, le corps électoral du département, qu’il préside, le continue dans ses fonctions à ce tribunal. De nouveau électeur en germinal an VI-mars 1798, il est élu membre du Corps législatif, mais préfère rester au tribunal criminel du Calvados. L’an suivant, de nouveau, les électeurs le nomment député ; il accepte enfin et va siéger aux Cinq-Cents. Rallié à Bonaparte après brumaire, il entre au nouveau Corps législatif le 4 nivôse an VIII-25 décembre 1799. Il meurt le 8 août 1807.

Dumoxr (Louis-Philippe), né à Bernières-le-Patry, près Vire, le 17 novembre 1765 ; fils de propriétaires exploitants (2), il fait des études, et en 1789, est avocat à Vire. Electeur du canton de Vassy en 1790, 1791, 1792, membre de la Société patriotique de Vire, engagé volontaire en 1791, il est, le 15 septembre de cette année, nommé administrateur du Calvados, fait partie du directoire départemental, et seul, refuse de signer la protestation du directoire contre la journée du 20 juin (3). — Elu député à la Convention, il suit son ami Doulcet dans le parti de la Gironde, se prononce pour la culpabilité de Louis XVI, pour la ratification par les assemblées primaires ; et lui qui s'était moqué de ceux qui craignaient de sacrifier le roi, il se contente de voter la détention

(1) Intervention de Caïlly à Caen en ventôse an Il-mars 1794, près des représentants. Le 3 germinal-23 mars 1794, G. Duboscq qui « a souffert sept mois de captivité pour une erreur arrachée à la bonne foi de son patriotisme », remercie la société de Vire de son intervention : « Vous n’avez pas peu servi, dit-il, à me rendre à la liberté. » (Arch. Vire, I 74, 1 0h 12 MO)

(2) Demi-frère de J.-B. Dumont, né en 1749, agent forestier à Vire, puis membre du directoire du district de Vire (juillet 1790-novembre 1792), juge de paix du canton de Vassy (1795-1800). — Demi-frère d’Omer-François Lefourmentier, né en 1752, vicaire de Saint-Cornier (Orne) avant 1791, curé constitutionnel de Vassy en 1791, abdicataire le 7 germinal an II-27 mars 1794 ; receveur de la loterie nationale à

Caen en 1800 ; préposé à la recette particulière de l’arrondissement de Caen en 1808.

(3) Le 1% mai 1793, il obtient du département l’attestation qu'il n’a pas signé cette adresse, (Arch. Calv., L 603).

pendant la guerre et le bannissement après la paix, se faisant, dans son pays, le propagateur de la légende de la Montagne

« royaliste » (1). — Le 13 avril, il vote la mise en accusation de Marat ; le 15, il défend Doulcet mis par les sections au nombre des vingt-deux députés à proscrire (2). — Après le 2 juin, il se

tient coi, n’est pas proscrit, quoiqu’ayant donné asile à Doulcet : on le considère comme « un crapaud de marais » (3). Il passe inaperçu jusqu’après thermidor. Le 30 frimaire an III-20 décembre 1794, il attaque Vadier ; le 30 ventôse-20 mars 1795, il accuse Garat d’avoir favorisé le 31 mai et d’avoir fait l’apologie des massacres de septembre. Mais, le 1° prairial-20 mai, il défend courageusement Robert Lindet (4), et le 10 vendémiaire an IV-2 octobre 1795, dans son rapport à la Convention sur l'assassinat de Pierre Bônière, de Vassy, victime des Chouans, il reproche violemment à l’assemblée sa politique de clémence à l’égard des contre-révolutionnaires (5). — Réélu par le Calvados en octobre 1795, il siège aux Cinq-Cents, y joue un rôle effacé jusqu’au 18 fructidor. Il prend, ce jour, la défense de Doulcet, mis sur la liste de proscription : « depuis six ans, son nom est, comme le mien, en tête de la liste de proscription formée par les royalistes de l'Ouest. S'il est ici condamné, ce sera un jour de fête et d’allégresse pour les royalistes de son département » (6). Doulcet est rayé de la liste.

Sorti des Cinq-Cents le 1° prairial an VI-20 mai 1798, Dumont, le 18 prairial-6 juin, est nommé payeur-général du Calvados (7). Après brumaire, il est, le 24 juin 1800, nommé receveur général des contributions directes du Calvados en remplacement d’un ancien Virois, Crespin. Grâce à la protection de Doulcet près du

(1) Louis-Philippe DUMONT, député du Calvados à la Convention nationale, opinant sur cette question : Quelle peine infligera-t-on à Louis XVI, ci-devant roi des Français ? Imprimé par ordre de la Convention, Paris, 1793. — voir p. 230.

(2) Louis-Philippe DuMonT, député du Calvados : À mes concitoyens [22 avril 1793] s. I. 1793, in-8°, 12 p. [Bibl. Vire, inséré dans le ms. B 122].

(3) Voir les Souvenirs de DouLcer, t. 1°, p. 227.

(4) « Mon département, dit-il, a été exposé à la dévastation par les bommes qui avaient usurpé l’autorité après le 31 mai. Robert Lindet y a été, et pas un homme n’a péri. »

(5) Voir p. 385 et 387,

(6) Moniteur. « Il parla avec chaleur, disent les Souvenirs de DoUuULCET, de son dévouement aux principes républicains, des preuves nombreuses qu’il en avait données ; il alla même peut-être beaucoup au-delà de la vérité dans cette démonstration... » — Les Souvenirs de DouLcer (t. IT, p. 421-434) reproduisent une longue lettre que Dumont aurait écrite à Doulcet en Suisse, où Dumont se montre hostile à ce qui s’est fait après le 18 fructidor. — Le 29 vendémiaire an VI-20 octobre 1797, Dumont s'était opposé à la motion tendant à priver les ci-devant nobles de la

qualité de Français.

(7) Le 19 mars 1798, on lui avait d’abord proposé le poste d’agentforestier à Caen.

consul Le Brun, Dumont garde ce poste, malgré les menées de Crespin (1). Mais, par la suite, après toutes sortes de contestations et d’irrégularités, Dumont est obligé . d'abandonner ces fonctions (2). Il devient payeur à l’armée du Portugal, puis rentre dans la vie privée, retournant à sa maison natale, au hameau de Carsel en Bernières-le-Patry. 11 y meurt le 11 juin 1853, restant, avec son ami Doulcet, l’un des derniers survivants de la Convention. /

FLausT (Pierre-Marie-Jean-Baptiste), né à Rouen le 19 octobre 1762, fils de Jean-Baptiste, « savant avocat et jurisconsulte » (3). Entré tôt dans la magistrature, il est lieutenant-général au bailliage de Vire au moment de la convocation des Etats généraux. Ses fonctions lui font jouer alors le premier rôle et il est délégué à l’assemblée générale du bailliage de Caen qui le nomme député du tiers-état. — Rentré à Vire après la dissolution de la Constituante, il est, dès novembre 1791, nommé maire de cette ville. Réélu en novembre 1792, maintenu lors des épurations Bouret (mars 1794) et Lozeau (mai 1795), il reste en-fonctions jusqu’au renouvellement municipal de novembre 1795. Il administre bien la ville, s’occupant peu de politique ; il ne fait même pas partie de la société populaire locale : c’est un modéré. — En novembre 1795, il quitte Vire, s’installe à Saint-Sever (Calvados) dans ses propriétés. Dans sa nouvelle résidence, on l’accuse de jouer un rôle occulte. Il passe pour avoir « abandonné les cercles républicains », pour avoir des relations avec son cousin, le fameux chouan de la Mariouze dit Moustache. Très important lors des élections de mars 1797, il est, en mars 1798, « séquestré » par le commissaire du Directoire exécutif Lechaptois (4). Il quitte alors Saint-Sever, réside à Paris, revient après brumaire. En avril 1809, il est nommé maire de Saint-Sever, garde ses fonctions sous la première Restauration et les Cent-Jours, puis, est destitué par arrêté préfectoral du 13 janvier 1816. Il rentre dans la retraite et meurt à Saint-Sever le 20 février 1824 (5).

(1) Arch. Calv., Dossier Dumont (28 pièces). C’est alors que Dumont, depuis longtemps divorcé, épouse Esther David, juive convertie, également divorcée.

(2) Voir : Défense du Sieur DUMONT, ex-receveur général du Calvados contre le Sieur Loisilière, Caen, Leroy, 1810, in-4°, 23 p., et plusieurs autres brochures de la même époque sur le même sujet : « cause de mes malheurs ».

(3) J.-B. Flaust, né à Vire le 17 janvier 1711, décédé à Saint-Sever le 22 mai 1783, fils de M° Georges Flaust, procureur au bailliage de Vire, fut avocat au Parlement de Rouen. Il est l’auteur de l'explication de la coutume et jurisprudence de Normandie dans un ordre simple et facile, Rouen, 1781, 2 vol., in-f° ; 2° édition, 1785.

(4) Voir : Arch. Vire, D 13, f. 39.

(5) Son fils Alphonse, en septembre 1832, sera condamné à 15 jours de prison et 100 fr. d’amende pour avoir fait exécuter, à Vire, le 6 août 1832, un « charivari » à l’adresse du préfet du Calvados Target. [« Le chant de la Marseillaise, dit la défense, n’était qu’une désapprobaticn de la conduite politique du préfet et qu’un rappel à la marche qu'il eût dû suivre »]. (Procès fait aux auteurs de l’aubade donnée à Vire à

GAUTHIER (Pierre), né à Condé-sur-Noireau le 6 décembre 1758. Avocat à Condé en 1789, électeur de ce canton en 1790, 1791, 1792 et en Pan III. Elu administrateur du district de Vire en juillet 1790, il fait partie du directoire, en sort le 30 octobre 1791, venant d’être nommé par le roi commissaire près le tribunal du district. — Elu administrateur du Calvados en septembre 1792, commissaire national près le tribunal du distrfét de Vire en novembre, il doit, le 9 août suivant, conformément au décret du i4 juin 1793, renoncer aux fonctions d'administrateur (1), Membre du club de Vire de 1790 à 1795, il en est le président au début de 1794. Bouret, puis Lozeau le maintiennent à son poste de commissaire national près le tribunal du district de Vire. — En octobre 1795, il est élu membre du Corps législatif, va siéger aux Cinq-Cents jusqu’à mai 1798 (2). Il rentre ensuite dans l’ordre judiciaire comme membre du tribunal du Calvados. Il en devient président le 12 avril 1800. Puis le 12 mai 1811, il est nommé président de la cour impériale de Caen. La Restauration le continue dans ses fonctions. Il meurt le 10 octobre 1829, alors qu’il est « doyen des présidents de la cour royale de Caen ».

LEMOINE (Joachim-Thadée-Louis), dit Lemoine du Gassel, né à Vire le 27 août 1745 ; fils de Louis Lemoine de la Durandière, conseiller au bailliage de Vire, il fait des études très complètes et entre, ainsi que son frère Pierre-Louis, dans l’état ecclésiastique. — A la veille de la Révolution, il est vicaire-général du diocèse de Périgueux et titulaire du prieuré de Saint-Sauveur de l’île de Ré. Il séjournait à Vire, lorsque les citoyens actifs de cette ville, qui connaissent son ardeur pour les idées nouvelles, le nomment officier municipal aux élections de février 1790. Il invoque d’abord « son état qui l’appelait dans un diocèse étranger », puis, devant les instances de ses concitoyens, il accepte l’élection et se fixe à Vire où, le 28 février suivant. il fait déclaration de ses bénéfices (3). En juin, il est l’un des fondateurs de la société locale des Amis de la Constitution, fait campagne en faveur de la vente des biens du clergé, réclame, le 17 décembre 1790, la prompte aliénation de ceux du district de Vire (4) ; acquiert, en février 1791, les aumônes de la cure de Maisoncelles. En juin 1791, c’est lui qui, en qualité de président de la Société des Amis de la Constitution, recoit Claude Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados, effectuant sa première visite épiscopale (5). —. Au

M. Target, préfet du Calvados, et qualifiée de charivari par le ministère public, Saint-Lô, 1832, in-4°, 54 p.).

(4) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 770, f. 31.

(2) 11 y prononce l’opinion de GAUTHIER (du Calvados) sur le projet de résolution relatif à la répression des brigandages qui s’exécutent sur les grandes routes. (Séance du 11 nivôse an VI), Paris, impr. nat., an VI, in-8°, 6 p. — Le 18 fructidor an V, Gauthier prend la défense de Doulcet de Pontécoulant.

(3) Il renouvellera cette déclaration le 28 septembre 1792, avec serment conforme à la loi du 14 août 1792. Traitement ecclésiastique 2.628 1. (Arch. Vire, D 3, f. 29 ; P 96).

(4) Arch. Calv., L, district Vire, anc. FABLE ;

(5) L'abbé CHARRIER (Claude Fauchet, t. 1°’, p. 303) affirme, à tort, que le président était alors Castel.

Page 1