Réformateurs de la France et de V Italie^ 1. 1, p
s'offrit à ses yeux I Les ordres du cardinal de Saint- Ange n'avaient été que trop exécutés. Trois cents maisons étaient abattues, les remparts démolis, les tours rasées. La noble cité pleurait mutilée au bord du fleuve. Ses héroïques podestats étaient sans doute morts ou proscrits. Trente de ses principaux chevaliers étaient exilés en Terre sainte. Les engins de guerre qui l'avaient défendue avaient été ravis par le vainqueur. Le reste du peuple, errant comme un troupeau sur ces décombres, avait été pressuré, écrasé, par une amende de sept mille marcs d'argent*; mille pour l'Église catholique qui refleurissait dans ce deuil universel, et six mille pour le roi de France qui les employait à construire, sur l'autre rive du Rhône, le fort de Villeneuve, destiné à comprimer les frémissements convulsifs de l'héroïque cité mourante. Ces murailles féodales, construites sur le terrain de l'abbaye de Saint-André, et croulantes sur les ruines du monastère disparu, ne protègent même plus de leurs débris un bourg rustique hanté par des pâtres et des bohèmes.
Les deux commissaires descendirent le fleuve jusqu'à Beaucaire. Un sénéchal du roi occupait tranquillement ce château naguère si tumultueux, où l'infant de Toulouse, assiégeant à la fois et assiégé, repoussa Montfort rugissant, et lui arracha ce donjon défendu par Lambert de Croissy qui faillit en décorer les créneaux de son cadavre. On voit encore, surson rocher, la tour en ruine d'où