LIVRE DEUXIÈME
et de cette prostration générale des barons méridionaux, au milieu desquels il restait seul, haut et ferme et inexpugnable comme son rocher de Foix couronné de son donjon crénelé. Son âme chevaleresque fut non moins révoltée des promesses que des menaces. « Je n'abandonnerai, s'écria-t-il, ni ma foi ni mon parti. On croirait que je cède â la crainte plus qu'à la raison. Il faut que je sois vaincu non par la séduction ni par les armes, mais par la vérité. Je verrai venir ce monde de pèlerins de la croix dont on me menace. Je les en ferai repentir ; ils connaîtront la justice de ma cause. J'espère en mon Dieu*. » Le comte Roger-Bernard ne se rendit point à Toulouse où l'attendaient le lieutenant du roi et le vice-légat du pape, entourés de tous les barons du Midi.
Alors les deux commissaires, accompagnés de l'archevêque de Narbonne, des évêques de'carcassonne et de Toulouse, de plusieurs chefs cénobitiques, du maréchal d'Albigeois et des autres conquerants, marchèrent vers le comte de Foix. Laissant Muret sur leur droite , dont le haut et rouge clocher circulaire à flèche aiguë indiquait dans le lomtam, comme une colonne sanglante, le funeste champ de bataille, ils traversèrent la Garonne et gagnèrent la vallée de l'Ariége. Ils aperçurent, sur leur gauche et sur ce fleuve, deux villes cathares, Hauterive et plus haut Cincte-Gabelle, au confluent gracieux de l'Ers. Sur leur droite, se cachait le monastère de Calers « dans son tiède vallon bordé