‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 113 sur 922 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

branler au gré de vos passions, et qui me contraint de traîner ma volonté par terre, pour en faire (3omme fumier et litière, selon votre appétit : mais poussé de cette crainte bénigne et généreuse de la misère de mes sujets, et de la ruine de tout mon pays, désirant de n'être censé le mutin, l'écervelé, et le boute-feu de VAquitainey je me plie à cette extrémité, autrement je serais une muraille sans brèche et hors d'escalade contre les audaces de mes ennemis *. » Magnanime langage où palpite le cœur de ces vieux Gaulois, de ces antiques Ibères, non avilis par Rome, et qui voulaient porter le ciel au bout de leurs lances. Un ciel croulait, en effet, le ciel cathare, et l'héroïque prince qui seul en soutenait le poids, entouré de prostrations et de ruines, restait debout, noble et fier.

Le comte cependant se calma; on entra en négociation, et Ton conclut un traité dont nous ne résumons que la substance, et où le tabellion sacerdotal trouve encore moyen, après cette magnanime harangue, de lui faire demander grâce au pape et au roi de France. «Nous voulons bien déférer, lui faiton dire, aux conseils du comte de Toulouse, mon seigneur, et aux vôtres, maître Pierre de Golmieu. Conséquemment, en ce qui touche l'hérésie, les libertés de l'Église, la restitution des dîmes ecclésiastiques, les excommunications, le maintien de la paix, l'expulsion des routiers, le rétablissement

1. Perrin, 138, Albéric II, 538. Perrin a traduit, en français du xvio siècle, ce magnanime discours, en conservant l'accent ibère, et dont le début surtout respire une certaine emphase espagnole.

des faidits, la possession des églises que mon père et moi nous avons saisies depuis le commencement de la croisade, sauf le fait de Pamiers, nous nous en remettons à la volonté du vénérable père et seigneur cardinal-diacre Romain de Saint-Ange, légat du siège apostolique. Nous nous en référons également à sa miséricorde pour notre pénitence ; et pour toutes les autres choses, tant celles qui regardent l'Église que celles qui concernent le roi et notre terre, nous nous en référons à la grâce du seigneur cardinal et de l'illustre roi de France. Nous le jurons sur les saints Évangiles, et nous donnons pour gages de nos serments à vous, maître Pierre de Golmieu et monseigneur Mathieu de Marly, deux de nos châteaux, savoir Lordat et Montgrenier. Nous ferons jurer à nos hommes de garder la paix, et nous en donnons pour garants avec nous, nos frères Améric et Loup de Foix, et notre vassal Othon-Arnauld de Castelyerdun *. »

Le noble comte dut frémir d'indignation en entendant la lecture de ce traité qu'il signa pourtant, mais qu'il n'observa qu'à demi. Jamais on ne lui reparla de sa pénitence; jamais il ne fit la chasse aux routiers, c'est-à-dire aux proscrits ; et toujours, au contraire, sa garde et sa cour furent peuplées de faidits des bois. Il consentit au fait de Pamiers, c'està-dire que le Castellar, réclamé par l'abbé de Saint- Antonin, fut désormais cédé au roi : Pamiers devint à l'avenir un des camps avancés de la France. Roger-Bernard était le tuteur de son cousin le vi-

Page 1