LIVRE DEUXIÈME
comte de Carcassonne. Il était trop généreux pour ne pas réclamer en faveur de son jeune et héroïque pupille si odieusement dépouillé par la croisade. Mais sans doute on se hâta de lui fermer la bouche. Il ne fut rien stipulé pour lui, dans le traité de Paris, non plus qu'au concile de Latran. Montfort avait tué son père ; les croisés s'étaient partagé son héritage ; Carcassonne était occupée par le roi de France. Il y avait d'un côté trop de crimes et de l'autre trop de malheurs. Cette infortune immense parut sans doute irréparable. On étouffa de part et d'autre le souvenir de cet orphelin, cousin pourtant des rois de France et d'Aragon, et on le scella dans son exil comme dans un tombeau.
LE COMTE DE FOIX SE REND EN FRANCE. — ARRIVÉE A LA CODR DE LA JEDNE JOANA, INFANTE DE TOULOUSE. — RETOUR DU COMTE RAMON VU. — MORT d'eRHESSINDE, COMTESSE DE FOIX.
Au mois de septembre suivant, le comte de Foix se rendit en France. Les barons méridionaux dont les commissaires avaient reçu le serment allèrent en personne confirmer leur hommage entre les mains du roi. Désormais ces seigneurs, qui jusquelà ne s'étaient transportés qu'à Toulouse, siège de leur suzerain, s'enfoncèrent à travers l'océan de forêts du Limousin, sur leurs coursiers haletants,
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220 • LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITrON
pour visiter, dans sa lointaine métropole, le grand monarque capétien. De ce nombre furent Centul d' Astarac etOthon-Arnauld de Castelverdun,le fidèle compagnon du comte de Foix. Mais nous avons oublié une jeune exilée qui les devança dans le Nord : c'est la petite infante de Toulouse enlevée à sa mère et à sa terre natale, blonde faidite que Mathieu de Marly envoyait captive, sous la pompe d une escorte chevaleresque, à la cour de France L'infante était lîée en 1220 au milieu des chants de victoire du Midi, et comme la colombe qui annonçait la fin du déluge de sang. Aussi son père et son aïeul, rétablis dans leur métropole, lui avaien^ ils donné le doux nom de Joana, grâce de Dieu C'était le nom béni de l'Église du Paraclet, qui triomphait avec la cause romane, et celui de son aïeule paternelle, Jeanne Plantagenet, la vaillante sœur de Richard Cœur-de-Lion. Présages trompeursl Espérances cruellement déçues I Cette enfant objet de tant de tendresse, fut, hélas I pour sa maison et son pays, un instrument de douleur, de spoliation et de ruine. Arrachée à sa mère, dona Sancha d'Aragon, et remise au sénéchal de Carcassonne pour être envoyée en France, la jeune princesse éplorée traversa les montagnes du Rouergue et de l'Auvergne, descendit les rives de la Loire, et par les landes du Gatinais, s'avançait lentement vers Pans. La cour capétienne vint jusqu'à Fontainebleau à la rencontre de l'héritière de la maison de Saint-Gélis. Blanche de CastiUe, le jeune roi et ses frères, et le comte de Toulouse, tiré de sa prison du Louvre, s'avancèrent, pour la recevoir, jusqu'au