Thrés. des chart. Toulouse
créa chevalier, soit que rexcommunicatioii eût dépouillé le comte de l'ordre de la chevalerie comme de tout le reste, soit que la chevalerie romane, populaire de sa nature, parût aux hommes du Nord inférieure à la chevalerie féodale de France. Le roi, comme une grâce, lui rendit la jouissance viagère du riche Agenais et de l'indigent et montagneux Rouergue. Enfin, après ces faveurs amères, il fut perm.is à ce triste prince, démembré de ses États, mutilé dans sa race, flagellé dans son corps, navré dans son cœur, troublé dans son esprit, de retourner, débris plaintif et désolé, dans sa capitale. Il revint avec ses capitouls compagnons de son martyre.
C'est alors qu'arriva le comte de Foix. Ces deux princes ne s'étaient pas revus depuis leurs adieux de Toulouse. Ils se retrouvaient vaincus et captifs, soit dans les bois du Limousin, soit à la cour de France. Quel changement dans leur fortune et les destinées du Midi I Leur douleur dut étouffer son rugissement. Mais quels longs et tristes regards I Quels éloquents et mornes silence ! car tout les épiait dans ces sinistres palais capétiens. C'est au château de Melun que la reine et le légat reçurent le comte de Foix. Il ratifia le traité de Saint-Jeandes-Verges. Mais ce n'était point assez : Blanche ménageait une surprise au chevaleresque prince ; elle prit Roger -Bernard au même piège que Ramon VII ; et comme elle avait ravi à l'un son Castel-Narbonnais, elle voulut enlever à l'autre son château de Foix. Dès que le comte fut entre ses mains, l'altière régente exigea que le château de
IJVIIE DEUXIÈME
Foix lui fût remis pour cinq ans, au lieu de celui de Lordat; après quoi, en échange de Foix, elle reprendrait Lordat pour rendre, cinq ans après, au comte, Lordat et Montgrenier. Le comte dut céder l'inexpugnable donjon de ses ancêtres *. Dès que l'avide reine l'eut obtenu, elle en usa avec le comte de Foix comme avec le comte de Toulouse, elle se donna des airs de largesse et des semblants de courtoisie chevaleresque et de magnanimité royale. Elle gratifia Roger-Bernard d'un revenu de mille livres de Tours ; mais ce revenu était prélevé sur les terres d'Arsens, de Preixan, d'Alairac et d'autres éparses dans le Carcassez; et ces terres étaient l'héritage de son aïeule Cécile de Carcassonne confisqué par la croisade. De sorte que les libéralités du roi de France se bornaient à rendre des miettes, et comme la poussière des vastes domaines injustement ravis aux comtes de Foix. Cette Espagnole en remontrait aux Gascons ; cependant elle ne poussa pas l'injure , comme pour le comte de Toulouse, jusqu'à créer chevalier le vainqueur de Montfort et le libérateur infortuné du Midi. Roger- Bernard, un genou en terre, et la main dans les mains du jeune roi, fit pour la première fois hommage-lige à la France. Othon-Arnaud de Castelverdun qui l'accompagnait fit aussi le serment de vasselage, et reçut une rente annuelle de cinquante livres tournois. Centulle d'Astarac, venu à Lorris, en reçut une de cent marcs ; c'est ainsi que l'habile régente, qui savait prendre et donner, ajoutait au