LIVRE DEUXIÈME
ut CAHMNAL ROMAIN DE SAINT-AKGB AHRIVC AVFC UNE TROUPE DE DÉCHE- TISTES I.T UXE ARMÉE DE CROISÉS. — TKOIBLES DES ÉCOL^S DE PARIS — DISPERSION DES MAITRES. - QUATORZE SUIVENT LE LÉGAT A TOO^ LOUSE. ~ DEGRADATION DO COMTE hAMON DANS SA CAPITALE.
Au milieu de ces douleurs et de ces effrois, on attendait le cardinal qui devait y mettre le comble. Il suivit de près sa victime, le comte Ramon. Romain de Saint-Ange avait enfin pris congé de la reine Blanche et de la cour de France. Sa mission se trouvait achevée par l'écrasement des Albigeois. Il retournait à Rome par le Midi, pour triompher dans sa conquête, et consommer leur ruine par TétabUssement de l'inquisition et de l'université. Le proconsul descendait à travers les forêts du Limousin, à la tête d'une nouvelle armée de croisés, comme un nuage menaçant. Il amenait avec lui l'abbé de Grandselve et une phalange de théologiens, de décrétistes et de maîtres de grammaire, recrutés dans les tumultes de TUniversité de Paris! Ces troubles provenaient du légat et du saintsiége. Rome s'alarmait d'Aristote comme de l'esprit humain. Grégoire IX avait interdit les livres du stagyrite sur la Nature. De là des mécontentements sourds auxquels une rixe de cabaret mit le feu.
La veille du Mardi-Gras, des écoliers picards se prirent de querelle avec un tavernier, et par suite
maltraitèrent quelques habitants du bourg Saint- Marcel. Le prieur du Moustier, seigneur de ce bourg, se plaignit au légat et à l'évêque qui réclamèrent auprès de la régente. Blanche, avec V emportement irréfléchi des femmes y ordonna au prévôt de Paris de châtier l'insolence des Picards. La colérique nation fut daguée dans les rues, et des cada- . vres restèrent sur les pavés et dans les ruisseaux tachés de sang et de vin du bourg Saint-Marcel. Le recteur, irrité déjà de l'interdiction d'Aristote, et maintenant indigné de la violation de ses droits et du meurtre de ses clercs, demande hautement justice à la reine, au légat et à l'évêque. Sur le déni royal et sacerdotal, ce chef, plus furieux encore, s'exile de Paris, entraînant maîtres et écoliers qui s'éloignent et se dispersent, maudissant le légat romain, la superbe reine , et leur honteuse connivence. Paris, parcette exode scolastique, cessa d'être la nourrice de philosophie et de sapience , la fontaine des jardins f le puits dont les ondes vives arrosaient la face de l'univers^. Les maîtres les plus renommés se retirèrent avec leurs disciples, les uns à Reims, d'autres à Orléans, la plupart à Angers, qui devint la métropole de toute doctrine. Quelques-uns s'exilèrent jusqu'en Angleterre, en Italie et en Espagne. C'est ainsi qu'une émeute d'écoliers, mais qui se rattachait à la lutte générale de l'esprit humain contre la papauté, agita l'Europe. Un mouvement de Paris ébranlait déjà le monde.
Grégoire IX s'en émut sur son trône théocratique.