‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 126 sur 922 · LIVRE DEUXIÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈMK

que le belliqueux légat, précédé par l'épouvante, fit son entrée dans Toulouse en triomphateur sacerdotal. Il suivit de près sa victime, le comte Ramon, qu'il avait fait relâcher du Louvre, et marchait devant lui pour orner spn triomphe méridional. Déjà Pierre de Golmieu, son vice-légat, avait naguère solennellement réconcilié la grande ville éperdue à l'Église romaine. Le cardinal voulut inaugurer son retour, et consacrer son départ suprême, par une pompe d'humiliation plus hautaine encore en renouvelant, devant la cathédrale de Saint- Estèbe de Toulouse, le prodigieux scandale de spoliation et de flagellation déployé devant Notre-Dame de Paris. Il fallait que le comte fût dégradé, avili, devant son propre peuple, et dans sa propre capitale, dans le siège antique de la gloire de ses ancêtres, et que la métropole du catharisme fût témoin du triomphe de la théocratie romaine. En conséquence, devant la basilique de Saint-Étienne, commencée par Ramon IV, mais tronquée par la croisade, comme la destinée de ce prince, et à rélégant chevet de laquelle les vainqueurs ont attaché depuis une ignoble maçonnerie, comme ils ajoutaient aux libertés consulaires du Midi, la féodalité et la barbarie du Nord, on dressa un immense échafaudage où prirent place, dans leur pompe sacerdotale et guerrière, le légat, le vice-légat, le lieutenant du roi, les évêques du Midi, les conquérants de l'Albigeois, les consuls des villes, et les barons pyrénéens, hormis sans doute le comte de Poix qui cachait noblement sa douleur dans ses

*3ft LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

rochers de Tarascon *. Ramon VII, en présence des chevaliers, des citoyens et du peuple toulousain, comparut à ce tribunal ; le cardinal récapitula tous les articles du traité; le comte en jura de nouveau l'exécution, et prêta l'hommage aux commissaires de l'Église romaine et de la dynastie capétienne. De lascène de Notre-Dame, on ne lui épargna que les verges, dont il n'eût peut-être pas été facile de lui infliger la honte devant un peuple frémissant et éploré^ Car sa popularité redoublait dans le malheur; on le regardait avec raison comme lé martyr de sa race ; et tous ses opprobres se tournaient à son front en auréole. Alors Romain de Saint-Ancrp Pierre de Golmieu et Mathieu de Marly, au nom' du pape et du roi, remirent officiellement Ramou VII en possession de son comté restreint par le traité de Paris.

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