‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 136 sur 922 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

et inhumé dans l'église de Saint- Jean-de-Latran, sépulture digne d'un chef des croisades. Son cœur seul revint en France, et fut porté au monastère des Hautes -Bruyères, nécropole des Montfort. Amauri lui-même y avait, seize ans auparavant, conduit le cercueil de Simon, son père, sur la tombe duquel il avait fait sculpter sa statue de pierre. On dressa sa propre figure contre un pilier en face, on en creusa l'épaule, par derrière, et dans l'entaille, on glissa furtivement , et comme se dérobant au regard paternel, le eœur d' Amauri, du faible connétable de France, du vaincu de Garcassonne et du Caire. Ainsi finit ce sanglant aventurier, et dans le cloître en ruine des Hautes-Bruyères, les bêtes sauvages ont dévoré les restes des chefs féroces de la croisade qui dévorèrent le Midi.

051GANISATI0N UILITAIRE DE LA CONQUÊTE. — CHBFS FRAKÇAIS DE CASTRES, LOMBERS, SAISSAC, LIMOUS, CHALABRE , MIREPOIS. — VILLES DÉMANTE- LÉES. — MURAILLES DE TOULOUSE,

Mais Gui de Montfort, frère de Simon, mort naguère devant Varilles, Gui de Montfort, le vaillant et tenace aventurier, tué par Roger-Bernard sur ce sol héroïque où Préconius était tombé sous l'épée d'Adcantua, laissait deux fils. L'un, né en France, portait le nom du monarque alors

régnant, de l'illustre aïeul de saint Louis; Tautre, né dans le Midi, -avait eu pour parrain son fameux oncle ou plutôt son sanglant fantôme. Philippe, fils d'Elvige d'ibelin, que Gui avait épousée en Orient, reçut en apanage le grand fief de Castres ou de l'Albigeois au sud de Tarn pour lequel il prit l'engagement de servir le roi avec dix chevaliers. Luimême venait d'en prêter l'hommage, la main dans les mains du jeune monarque, dans le fameux parlement du. parvis de Notre-Dame de Paris. Une vieille tour, entière mais toute lézardée, subsiste encore de son château construit, comme son nom l'indique, sur un ancien camp romain, et confisqué sur Bernard, héritier de l'antique maison romane des Guillabert de Castres. Il chassa de sa ville tous les habitants suspects d'Albigisme, c'est-à-dire d'hostilité à la France et à l'Église romaine. C'étaient en général des ouvriers tisseurs de laine ; ils passèrent l'Agoût et allèrent fonder au delà de ce fleuve, dont leurs teintures souillent encore les eaux, un faubourg qui reçut le nom de Villa-Godo ouVille desGoths, car c'est ainsi que les Francs désignaient très-justement les Cathares, en haine des Wisigoths, leurs ancêtres. Philippe construisit en amont de l'Agoût, qui descend du chaos du Sidobre, comme un fort détaché vers l'orient, le château de Roquecourbe, ainsi nommé de son rocher dont la masse cambrée simule la figure d'un lion, majestueusement accroupi sous sa crinière flottante de lierre. C'était comme un colosse naturel du lion de Montfort, ou plutôt du lion de France, chargé de tours, symbole de la royauté féodale, tenant

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palpitante dans ses griffes sa triste conquête albi^ geoise *.

Simon, le plus jeune fils de Gui de Montfort et de Béatrix ou Brianda de Monteil-Adhemar, veuve de Lambert de Groissy ou de Turey, eut avec sa mère le château et le territoire de Lombers, au nord de Castres. Lombers, ancien autel du Dieu Il-Omber, sous le nom duquel les Ibères adoraient le soleil, était une métropole du Paraclet, et là comme à Lombrive, à Lavelanet, à Fanjaus, le culte de l'esprit s'était rallumé des cendres d'une religion héliaque. On voit encore, sur son rocher escarpé, les ruines de son château illustré par les poètes, les cours d'amour, et surtout par le synode où, quelque temps avant la croisade, le catharisme et le catholicisme se mesurèrent en présence de l'évêque d'Albi, du légat pontifical et des princes méridionaux, juges et tenants du tournoi théologique. L'hérésie, comme de raison, fut' vaincue, et la condamnation fut bientôt suivie de la conquête du poétique et chevaleresque manoir sur Bernard de Boissezon. Simon comme Bernard le tint en fief du roi d'Aragon. Don Pedro II remplit ces forêts de ses chasses et de ses amours avant d'aller héroïquement périr à Muret. Ce vaillant prince s'indignait sans doute de subir, comme baron de Lombers, la suzeraineté sacerdotale de l'évêque d'Albi. La guerre cathare l'avait délivré de l'humiliant hommage qu'il lui faisait tous les ans, le jour de l'Assomption de la sainte Vierge,' d'un épervier

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