‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 155 sur 922 · Gai. Christ., t. T. — Thrés. des Charles · texte numérisé non relu

Gai. Christ., t. T. — Thrés. des Charles

LIVHE TROISIÈME * 275

le Midi les plus sanglantes représailles. Par là prit fin la nonciature de ce fatal légat, qui après avoir, par le traité de Paris, scellé l'asservissement des cités romanes, les livra, enchaînées et mourantes, à l'inquisition. A ce fléau, il faut en ajouter un second. La croisade qu'il avait amenée du Nord avait détruit jusqu'aux semences de la terre ; il en résulta, l'année suivante, une famine : ce fut le dernier adieu du cardinal Romain de Saint- Ange *.

Le légat, se détournant de la route d'Italie, avait remonté le Rhône, pour tenir le concile d'Orange. Deux choses le retinrent quelques instants au pied des Alpes. Il acheva la réorganisation du marquisat de Provence, détaché de Toulouse, et rattacha définitivement au Saint-Siège cette épave magnifique de la croisade. A cette question territoriale se joignait une question ecclésiastique et religieuse. La Provence était le berceau des Vaudois. C'est du Val-Gyr que, cent ans auparavant, était sorti l'impétueux Pierre de Brueys. Ses disciples existent encore dans les vallées de la Drôme et de la Durance. Leurs églises également se retrouvent éparses dans tout le Midi. L'inquisition les signale à Pamiers, Albi, Montauban, dans les plaines de Toulouse et de Carcassonne. Ils sont partout mêlés aux Albigeois. Seulement les Albigeois chevaleres* ques sont dans les châteaux , les Vaudois républicains dans les cités. Ils se partagent les ateliers et les cabanes. Cathares et léonistes, divisés sur la doctrine, s'accordent sur la politique et s'unissent dans

i. Guil. de Pull., ch. xl.

lil! !

les consulats romans. Le fier légat, après Técrase- ' ment des Albigeois, voulut probablement balayer les Vaudois moins odieux, et dut charger Aymar de Poitiers, lieutenant du Saint-Siège, de mettre le pied sur cette ruche importune plutôt que redoutée d'abeilles bibliques des Alpes. Puis il continua sa route par la plage ligurienne, et rentra dans Rome comme le pacificateur des Gaules. Grégoire IX Taccueillit comme le vainqueur de Tinsurrection la plus vivace, la plus tragique et qui avait usé dix légats, vingt croisades et un million d'hommes armés. L'heureux et superbe proconsul y triompha ' de l'Orient et de l'Occident, du catharisme dont l'extermination, sans loyauté comme sans merci, accusera sa mémoire jusqu'à la fin des siècles, et du léouisme, qui, renaissant dans le calvinisme plus vigoureux, et survivant à six cents ans de martyre, s'assied tranquillement aujourd'hui en face du Vatican, et regarde avec pitié, du haut du Gapitole, la honteuse, la tardive, mais incomparable ruine de la théocratie romaine.

Foulques, évoque de Toulouse, de retour dans sa métropole, convoqua les condamnés, dans la chapelle de Saint-Jacques. C'était un oratoire construit dans le cloître Saint-Étienne avec les débris d'un temple romain. Des colonnes de marbre noir antique en supportaient la voûte romane sur des chapiteaux sculptés de feuilles d'olivier, symboles d'une paix funèbre*. L'évêquie, du haut de la

f . Cette chapelle a été démolie en 1812. Du Mège, Hisl. des inst, de Toulouse, t. I, ch. iv.

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