‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 166 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

sinistre, fit indirectement cette tentative pour sauver l'héroïque faidit. Et quelques jours après, chose triste à dire, il accompagnait Ramon duFalgar qui voulait inaugurerson avènement par une chasse aux cathares çt terminer l'aventure de son prédécesseur Foulques. Foulques avait ravi à Pagan son château; Falgar résolut de lui arracher le seul bien qui lui restait encore, la vie. L'évêque et le comte se rendent à Castelnaudari, remontent sur le soir vers la Bessède et la montagne Noire, et la nuit étant venue, ils envahissent les cavernes pleines de cathares endormis. Ils reviennent à Toulouse avec cette grande capture dans laquelle se trouvaient dix-neuf parfaits et leur chef Pagan. Les croyants furent réservés aux Murs et les cathares au bûcher. Pagan, "chevalier des guerres romanes, guida ses compagnons dans les flammes comme autrefois dans les combats. Ce qu'il •avait soutenu par l'épée, il le confessa par le feu, il n'y avait de changé que le champ de bataille. Quand ces exécutions jstvaientlieu, les chevaliers albigeois, d'ordinaire, allaient chercher dans les forets voisines un évêque ou un diacre : ils l'introduisaient dans la ville, le menaient sur la place du supplice où, perdu dans la foule, l'homme 'de Dieu, d'un geste mystérieux, bénissait le patient, qui voyait dans le signe un gage de salut*. Mais cette fois

1. Manuscrit de l'Inq. de Toulouse : art. Lantar. C'est ainsi que la reine Marie-Antoinette reçut l'absolution d'un prêtre aposté sur son passage à une fenêtre de la rue Saint-Honoré. Voir aussi, dans les Mémoires de M^e de Lafayette, le touchant récit du supplice de Mme la maréchale de Noailles.

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Pagan dut remplir lui-même cet oCace funèbre, il put bénir ses compagnons dans le brasier : il leur versa le rafraîchissement du Paraclet. Ainsi périt à Toulouse cet infortuné chevalier, noble victime de sa fidélité envers le comte qui lamentablement livrait ainsi les serviteurs de sa dynastie, les défenseurs de Tindépendance romane.

Foulques, quelque temps avant sa mort, avait transféré Tordre des Dominicains du couvent de la rue Saint-Rome, au vaste monastère qu'il leur avait fait construire au Jardin de Garrigas, dans le capitoulat de la Daurade *. Ramon du Falgar continuant son œuvre, fit élever auprès du cloître, une vaste église, oii lui-même avait choisi son tombeau. Cette basilique, qui ne fut terminée qu'au bout d'un demi-siècle, existe encore avecsatour octogone, jadis surmontée d'une flèche aiguë. L'édifice est en brique d'un rouge sombre, comme badigeonné du sang d'un peuple, ou imbibé de la vapeur des massacres de son siècle. La Révolution française, terrible réparatrice des crimes du passé , décapita cette tour, et convertit la nef monastique en écurie militaire, de sorte que depuis soixante ans les chevaux triturent impassiblement, de leur ongle d'airain, dans l'infection de leur fumier, les ossements des inquisiteurs qui firent fouler les peuples du Midi sous les pieds dévastateurs des coursiers du Nord, et sous les bonds des croisades hennissantes. L'historien frissonnant découvre parfois sur la terre des ébau-

1. Probablement confisqué sur Bertrand de Garrigas, Tun des capitouls, retenu comme otage à Paris, et prisonnier du roi de France.

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