LIVRE TROISIÈME ggi
bandes menaçantes dans les campagnes alors presque sans chemins et partout hérissées de buissons et de taillis. De sorte que cette miraculeuse paix de Paris n'était au fond que le trouble et le tumulte et le meurtre. Au meurtre judiciaire répondait le meurtre populaire : à la guerre chevaleresque succédait la guérilla patriotique et sauvage.
Les évoques de Toulouse lancèrent les officiers de l'inquisition après les magnanimes citoyens, les héroïques défenseurs de la métropole. Les Roaïx, les Maurand, les Arnaud-Bernard, traqués dans la grande cité, se retirèrent dans leurs châteaux du Lauragais. Relancés dans leurs manoirs féodaux, ils devinrent chefs de bande et rendirent à l'inquisition guerre pour guerre. Ces chevaliers, qui ne conservaient de leurs biens qu'une lance et un cheval, virent accourir autour d'eux leurs vassaux, leurs serviteurs, qui n'emportaient de leurs cabanes que leurs arcs flexibles de cormier durci au feu, et leurs longues flèches sifflantes de frêne affilées et amorcées d'un bec de fer. Il se forma des attï-oupements dans les bois ; des voix sinistres résonnèrent dans les lieux déserts. Des' hennissements farouches sortaient de la bouche des cavernes. Il s'organisa une espèce de chevalerie proscrite, de milice errante et sauvage pour le redressement des torts de la conquête.
La même proscription fit fuir les Hunold de Lantar, les Gourdon de Caraman, les Belissen de Fanjaus. Ces barons, suivis de leurs vassaux, erraient de forêts en forêts. Le nom ibère de Baziége indique qu'une forêtimmense formait la ceinture de
itiiiiih:
Toulouse dont les débris couvrent encore de vastes bois de chênes la plaine arrosée par l'Ers du Lauragais. Ces sombres ^arri^a^s* recelaient, surtout vers la montagne Noire et les Pyrénées, des grottes profondes, tanières d'animaux antédiluviens, dont la stalagmite recouvrait les squelettes gigantesques. L'ours et le lion des cavernes recueillaient dans leurs sépulcres hospitaliers ces proscrits de Rome. C'est là qu'ils campaient d'ordinaire, ils ne sortaient que sur le soir; mais souvent aussi ils tentaient en plein jour leurs hardies expéditions. Ils se tenaient à l'affût d'un sénéchal ou d'un chef cénobitique, rançonnaient les collecteurs des dîmes des évoques, traquaient, comme des loups, les agents de l'inquisition, enlevaient aux archers le ministre cathare que l'on menait au bûcher, attaquaient les étrangers usurpateurs de leurs manoirs héréditaires, et quelquefois avaient la bonne fortune de délivrer les belles Romanes, jetées avec leurs héritages paternels, aux capitaines du Nord, par le roi de France. On devine la joie, l'émotion, le triomphe, quand ils ramenaient dans leurs grottes une fille, une sœur, arrachée à quelque Jean le Drac, Pierre le Sanglier y Robert Sans- Avoir, ces vagabonds d'outre-Loire qui les tenaient captives et éplorées dans leurs donjons pyrénéens.
Les croisés et les moines dont leurs escalades nocturnes troublaient le sommeil dans leurs manoirs et leurs monastères crénelés, traitaient ces bannis avec un dédain mêlé d'effroi, de brigands, de