‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 173 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Aladaïs de Garcassonne. C'était le temps où les poétiques manoirs de l'Albigeois étaient fréquentés par don Pedro II, roi d'Aragon, et ses deux cousins, Ramon-Roger, vicomte de Garcassonne, et Roger- Bernard, infant de Foix, génération moins féodale, épurée par le catharisme et marquée au front d'un signe funèbre. Mais à ces princes, Aladaïs préféra Ramon, fils de Jordan, vicomte de Saint-Antonin, un type de grâce poétique et chevaleresque. Leur poème sentimental comprend les neuf premières années du siècle. L'idylle alors plonge dans l'ouragan de la croisade.

L'évêque du Puy ravage Saint-Antonin. Ramon- Jordan, Pelfort de Rabastens, Rattier de Caussade, les chevaliers du Quercy et de l'Albigeois s'enferment dans le manoir de Penne autour d'Aladaïs, douce reine des cours d'amour, devenue une héroïne de guerre. Sa Roche imprenable est le boulevard de l'Aveyron : elle résiste quatre ans à tous les efforts des croisés ; ses défenseurs partent pour combattre Montfort dans les plaines de Toulouse. La bataille de Muret a lieu, bataille funeste, où le vicomte Ramon Jordan, assure-t-on, est mort à côté du roi d'Aragon. Aladaïs, à ce coup, sent fléchir son cœur et chanceler son inexpugnable donjon. Elle abandonne ses tours, et veuve cette fois de cœur, va pleurer dans un désert *. Mais dans le Midi ravagé un seul désert est à l'abri de la guerre : c'est Montségur. Elle emporte ses enfants, et suivie d'Escarona de Rabastens et d'Obisca de Caussade,

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