Dom Vaissette
Il fallut relever les foyers paternels. Les manoirs étaient à demi détruits, les terres ravagées, les races décimées par quinze ans de guerre. On compta ses morts; on rassembla ses ossements. Combien nerevînrent jamais de l'exil ni des batailles 1 Ramon- Roger de Carcassonne avait péri par le poison dans un fond de tour ; Pierre II, roi d'Aragon, dans le tumulte aveugle, la mêlée nocturne de Muret. Le vicomte et le roi étaient regardés comme des martyrs, et le monarque invoqué comme un saint de la patrie. Le comte Ramon-Roger de Foix avait trouvé le trépas en arrachant Mirepois aux croisés. Il avait sa tombe à Bolbona. Ramon VI, comte de Toulouse, expira dans sa capitale, mais il n'obtint jamais un tombeau. L'ordre miséricordieux de Saint- Jean de Jérusalem, dans le cloître duquel il tomba, ne put donner à ses os, battus de la pluie et du vent, l'hospitalité du sépulcre. Tous les deux moururent avant l'achèvement de la victoire, mais saluant la délivrance prochaine \ D'autres, tels qu'Arnauld, vicomte de Castelbon, et Bernard V, comte de Comrainges, rendirent le dernier soupir en plein triomphe ; ce dernier pourtant sous la menace de l'invasion du roi de France. Toute une première génération avait péri dans l'exil, les combats, les massacres. La seconde, dont Roger-Bernard est le héros , eut le bonheur de voir le triomphe , mais pour assister au martyre. Heureux, mille fois heureux ceux qui moururent alors dans ces trente mois qui séparent la croisade de l'invasion