Chron, romane
capétienne, et qui emportèrent dans la tombe l'illusion d'avoir ressuscité la patrie romane 1
Beaucoup ne retrouvèrent pas leurs morts. L'orphelin des Trencabel ne découvrit jamais les os de son père assassiné par Montfort. Les fils d'Irapéria cherchèrent vainement les restes infortunés de leur oncle Améric de Laurac, châtelain de Montréal, et les débris des quatre-vingts chevaliers pendus avec lui, comme des larrons, aux gibets de Lavaur, ni les cendres des quatre cents Cathares brûlés à côté dans un bûcher colossal, et que ne put arracher à la honte et à la flamme la victoire incomplète des comtes de Foix, à Saint-Martin de las Bordas. Leurs cendres avaient été le jouet des vents, et leurs cadavres suppliciés, la pâture des chiens et des vautours. Mais le puits de Lavaur avait fidèlement conservé les os de sa châtelaine, Giralda de Laurac, sœur d' Améric de Montréal. Elle était jeune encore, mère et même enceinte de nouveau, et matrone pieuse, charitable et chérie de ses vassaux. Jamais homme ne sortit de son ma* noir sans avoir été repu, dit un troubadour qui sans doute avait plus d'une fois reçu cette hospitalité patriarcale *. Son supplice donne la mesure de la valeur religieuse et guerrière de l'héroïne de Lavaur. Montfort la fit jeter toute vive et en travers dans un puits. Du fond de son humide tombeau, elle criait, pleurait, se lamentait, l'infortunée! Montfort étouffa ce gémissement sous une avalanche de gravois dont il combla la citerne, ce qui
produisit, même parmi les vainqueurs, car il n'existait plus de vaincus, un frémissement d'horreur. Douze ans après, les orphelins de Lavaur, s'il en survivait, et les fils d'Impéria durent rouvrir ce puits tragique. Ils en retirèrent le squelette de cette martyre ; ses chairs et l'enfant qu'elle portait dans son ventre avaient, hélas I été rongés par les lézards et les reptiles voraces de la piscine verdâtre, complices de ces féroces pèlerins. Ainsi périt la noble, la sainte , l'héroïque Géralda de Laurac. D'autres morts ne furent jamais retrouvés : de ce nombre, Philippa de Montcade, comtesse de Foix, et sa belle -sœur Esclarmonde de Foix, la grande vicomtesse de Gimoez, la sibylle des guerres romanes, et qui semble avoir disparu, comme Élie, dont elle eut l'intelligence prophétique, dans un tourbillon de feu. Toutefois, nous pensons que ces deux princesses n'étaient que mortes au monde et vivaient encore, mais uniquement pour Dieu, dans une caverne inconnue des Pyrénées.
Nous décorons le portique de cette histoire des statues équestres de ces trois princes pyrénéens. Nous sculptons le grand Roger-Bernard, comte de Foix, l'Olivier de la patrie romane, le paladin du Paraclet, ayant à ses côtés Ramon VII de Toulouse, et Ramon-Roger II de Carcassonne, ses pupilles et ses suzerains, tous les trois en heaume et en cotte de mailles trélissées *, avec leur longue épée de Ségovie, et sur leurs chevaux de bataille : groupe