Le vie. Ram. Jord. de Saiut-Antonin
306 LES ALBIGEOIS ET L'IiXQUISITION
Caverne, qui porte encore le nom de la fameuse pénitente de Magdala, vit la tendre solitaire, entourée de sa colonie de veuves et de vierges, groupées ou isolées dans les antres d'alentour, uniquement occupées de prière, de tissage, de couture, de médecine, d'hygiène pour les blessures du corps et du cœur, et fut toute parfumée de leurs douces vertus mystiques. Sa bouche obscure s'ouvre au levant sur la rive droite de l'Aveyron, un sentier serpentant sur la berge abrupte les conduisait jusqu'au lit profond du fleuve *. Son gouffre et les arbustes de ses bords leur fournissaient leur aliment et leur breuvage. Les trente mois de repos qui s'écoulent entre l'expulsion des Montfort et l'invasion de Louis VIII sont l'âge d'or de cette charmante et sombre Thébaïde, d'où le chœur des hymnes cathares, s'entre-répondant de grotte en grotte, monte depuis le gouffre du Gave jusqu'aux cimes les plus aiguës des donjons dans les nuées, flottant comme l'encens de leurs cantiques dans le ciel. Mais la croisade royale trouble ces grottes: les saints se taisent dans leurs rochers : ils sont gardés par les faidits des bois, et par les sept manoirs qui découpent et barrent Tétroit, tortueux et anfractueux corridor de l'Aveyron. Ces ossuaires antédiluviens dont le sol funèbre recelait à leur insu les débris fossiles de biches, de chevrettes, d'antilopes, leurs gracieux symboles, verront s'éteindre ces douces et nobles hermites du Paraclet. Ne seront-elles pas aussi les restes d'un monde dé-
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truit ? Ne périront-elles pas submergées par un ouragan de haine, sous un déluge de sang ? Six siècles passeront, et une science aride, fouillant ces cryptes sépulcrales, retrouvera, sans les reconnaître, les ossements infortunés des saintes Cathares, mêlés aux carcasses des bêtes sauvages qui les ont rongées : ceux du chien fidèle qui gardait leur grotte, du coq qui chantait le réveil de l'aube, des colombes, des perdrix compagnes de leur solitude, du poisson leur aliment habituel, les cendres de leur foyer, des débris de vases, des ustensiles, des amulettes. Parmi ces dernières reliques, une surtout éclaire d'un jour inattendu, par son ingénieux symbolisme, le mystère de ces nécropoles. C'est un poisson gravé sur un humérus d'oiseau déterré dans une des grottes de Bruniquel. Le poisson est l'emblème du christ cathare et son nom grée formait l'anagramme du Fils de Dieu. Sculptée sur l'aile d'une aigle, cette figure exprime évidemment l'alliance de l'église Johannite et de la maison féodale de Penne. Tout indique, dans cette amulette, un joyau mystique et funèbre de la grande archidiaconesse de l'Aveyron *.
1. Les paléontologues réclament cette relique comme un dessin de VHomme jmmitif qui, probablement, cultivait peu le symbolisme religieux. M. F. Garrigou, Bruniquel.