LIVRE TRUlSIÈiME
gouffre des abbayes. Ces abbayes jamais ne disaient asseZy ni jamais ne relâchaient rien, en cela encore semblables au sépulcre *. Aussi les moines furentils les instigateurs les plus forcenés de la croisade, et les barons dépossédés, les plus implacables ennemis des monastères. Tous ces chevaliers] proscrits, qui ne purent se résoudre à suivre dans l'exil le vicomte de Garcassonne, se réfugièrent sur les domaines du comte de Foix et se réunirent aux faidits de la terre du Maréchal, campés sur les croupes du Thabor, vers les sources de l'Ers pyrénéen.
Les seigneurs d'Aniort, de Quérigut, de Pierrepertuse, hébergèrent une dernière fois dans leurs donjons leur maître fugitif, et, par les ports de la Cerdagne, le jeune vicomte se retira dans la Catalogne. Puicerda fut la porte de son exil, Urgel fut sa première halte sur ce sol étranger, mais sympathique et fraternel. Caries peuples des deux versants étaient du même sang, et leurs deux princes étaient fils de deux sœurs, Marie et Agnès de Montpellier. Ramon-Roger, de Garcassonne, descendant la vallée de la Sègre jusqu'à l'Èbre, alla chercher dans Saragosse l'hospitalité de son cousin don Jaicme, roi d'Aragon ^. Ils étaient du même âge : le monarque avait vingt-quatre ans, le vicomte vingt-deux. Le même orage les avait enveloppés presque dans le berceau : tous les deux avaient perdu leur père dans la croisade.
L'infant avait été captif; le vicomte errant, exilé.