‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 207 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

biel. Son maigre domaine, qui comprenait le hameau des Martis et les terres de Dieu, fut donné par le roi de France au chapitre de Carcassonne. Il touchait au camp de Nore, et le poète eût pu se rendre auprès du roi des faidits d'Hautpoul. Mais, déjà vieux, peu guerrier peut-être, et chantre élégiaque des cours d'amour, il ne put se séparer de ses héroïnes dont il consola l'infortune, et cette fidélité de l'exil ne manque ni de grâce touchante ni de tendre héroïsme *.

Miraval emmenait sans doute avec lui son chanteur Rayonna. Dans les jours heureux, le poète disait au pauvre jongleur : « Je te vois pauvre et mal vêtu, mais je te tirerai de l'indigence en te donnant un sirvente. Va le chanter dans le Carcassez : je ne t'en nommerai pas tous les preux barons; mais il y en a tant de si courtois. Rends-toi d'abord auprès de Pierre-Roger de Cab-Aret. Puis va trouver Olivier, qui te donnera des robes de fin drap de Carcassonne. Chante surtout des chansons à don Rertrand de Saissac, et, quoiqu'il n'aime guère à donner, il t'offrira pour l'amour de moi un cheval de belle encolure «. » Hélas I aucun de ces barons n'eût pu maintenant nourrir la faim ni revêtir la nudité du pauvre Rayonna.

C'est avec ce noble et triste cortège que le vicomte de Carcassonne vint une seconde fois demander l'hospitalité à l'Alcazar de Saragosse K Le roi don

1. Miguel de la Tour. Ram. de Miraval. 3. Mahul, Ramon de Miraval.

3. L'Alcazar et rAljaféria, deux des merveilles architeclurales du roi maure Abu-Giafar. Emile Begin.

Jaicme accueillit, comme il le devait, son jeune cousin et ces vieux chevaliers, compagnons de guerre et d'amour de son père et de son aïeul. Ils arrivèrent dans le temps où le jeune prince, ambitieux de renommée et impatient d'acquérir son titre historique de conquistador, préparait une expédition contre les Maures \ Politique encore plus que chevaleresque, et pour désencombrer ses États de ces exilés albigeois qui, pendant sa minorité, avaient été mêlés aux troubles de l' Aragon, il invita ces chevaliers à la conquête des Baléares. Ils acceptèrent et le suivirent à Barcelone, où la flotte catalane appareillait pour cet archipel africain. Singulière destinée de ces barons pyrénéens que le roi de France expulse jusqu'à l'Èbre et que le roi d'Aragon entraîne vers les côtes d'Afrique! Nous les suivrons bientôt dans ces guerres musulmanes. Arrêtons-nous au tombeau de Ramon de Miraval. Ses compagnons avaient laissé le troubadour malade, à Lérida. Il mourut dans un couvent de religieuses de Cîteaux. Les femmes furent fidèles jusqu'à la fin au tendre poète. Des mains de nonnes Tensevelirent sous le pavé de leur basilique. Elles expiaient l'iniquité de leur farouche abbé Arnaud Amalric. L'Ordre qui l'avait dépouillé de son castel accordait à l'exilé, par une amère compensation, l'hospitalité du sépulcre^. Et maintenant que nous lui avons rendu ce devoir funèbre, remontons vers les Pyrénées. Dirigeons-nous vers les Apres- Vallées >

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