LIVRE TROISIÈME
faisons halte au pied du Canigou. Voici venir une autre faidite : celle-ci arrive dans son cercueil, sur son char funéraire. C'est le convoi lugubre et chevaleresque d'Ermessende, comtesse de Foix. ^ Ermessende n'avait pas choisi sa sépulture à Boulbonne, nécropole des comtes de Foix. Elle avait voulu reposer dans le sépulcre de ses ancêtres, au monastère de Costoga*, dans le Vallespir (Vallis'aspera). Le char mortuaire, parti de Tarascon, longea les montagnes de Thabor, se dirigeant vers l'orient, escorté par les seigneurs de Lordat, de Rabat, de Castel-Verdun, officiers des comtes. Les barons de Lantar, Arnauld de Villamur et Amiel de Pailhers, seigneurs de Saint-Paoul de Jarrats, conduisirent le deuil vers Lavelanet. Les proscrits de Montségur virent défiler lentement dans la vallée d'Olmés^ la pompe funèbre. Prosternés sur la cime cathare, ces bannis accompagnèrent de leurs larmes et de leurs prières la grande faidite, la pieuse patronne* du champ d'asile de Castelbon, la douce héroïne de l'indépendance nationale, la martyre sainte frappée au cœur et morte de la mort de la patrie romane. Leurs regards suivirent le muet et morne cortège jusqu'à ce qu'il eût disparu dans les tortueux défilés du Chercorb pour gagner, par les gorges glacées du Bugarach, les vallées arides du Roussillon. Mais pourquoi la noble princesse s'enfuyait-elle si loin pour son tombeau? Ne se croyaitelle pas en sûreté à Boulbonne, auprès de son beau-père, de son époux et de son fils, parmi tant