‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 211 sur 922 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

d'être la servante, rapace à Toulouse, du Vatican, et la rivale , victorieuse à Bouvines , de l'Allemagne. Il revenait d'Orient, où il avait montré, dans Jérusalem et jusque dans la mosquée d'Omar, un sultan philosophe de l'Occident ^ De sorte que le traité de Paris avait été conclu, et le comte de Toulouse odieusement spolié , par Blanche de Castille et Romain de Saint- Ange, pendant que ses deux protecteurs naturels, le roi d'Aragon et l'empereur d'Allemagne, étaient occupés aux guerres musulmanes. Toutes ses sympathies d'homme et de prince l'attiraient vers le comte Ramon, représentant comme lui de l'esprit nouveau, du génie poétique et chevaleresque, sans parler de l'antagonisme impérial contre la théocratie romaine. Peut-être aussi étaient -ils instinctivement unis par le pressentiment funèbre de la tragique destinée des deux maisons de Toulouse et de Souabe dévorées par la dynastie de France, au service des rancunes inexorables de Rome. La Provence usurpée par le pape devint un pépin de cette pomme de discorde qui divisait le Pontife et le César ; Frédéric, roi de la Provence Trans-Rhodane, fit gracieusement cession à Ramon VII du comtat Venaissin, et de la noble cité d'Avignon, cession qui devait être pour la ville mutilée une consolation de la perte de ses murailles, et pour le prince une compensation du

1. Makrizi, Bihliolh. des Croisades. 4e part. Petit, chauve, et myope, ce César de l'Occident, comme esclave, n'eût pas valu deux cents drachmes, disaient les Arabes.

, démembrement de ses États par le roi de France*.

^ Mais c'est dans les communes que le comte Ramon trouva les secours les plus effectifs et les sympathies les plus tendres. Il devint populaire par ses malheurs : on le regardait comme le martyr de la cause méridionale. Plus Rome et la France l'accablaient, se le renvoyaient comme un jouet douloureux, forceaient cruellement le pauvre prince à verser le sang de ses sujets, plus son peuple, chose touchante, se serrait tendrement autour de lui, et l'entourait de dévouement et d amour. Des villes et des provinces indépendantes se donnèrent au comte délaissé, comme par une espèce d'enthousiasme chevaleresque du malheur. Marseille la première se prononça; Marseille qui l'avait accueilli dans son port, et avait rouvert les portes de la patrie au jeune infant dépouillé par le concile de Latran, Marseille, après la mort.de Barrai, son dernier vicomte, s'érigeant en république en offre la seigneurie viagère à Ramon VII. Le comte a le courage de l'accepter, et se rend en Provence avec une escorte magnifique de ses barons, parmi lesquels nous remarquons le comte de Rhodez, le vicomte de Lautrec, Olivier de Termes, Jordan de Lantar, Ramon de Durfort, Ramon de Gaussade, Bernard de Villeneuve, Arnaud et Deodat de Barasco, la fleur de la chevalerie romane et cathare. Il fit dans Marseille une entrée triomphale, et descendit au Cimetière (église) de Notre-Dame des Aiguilles 2, où le

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