‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 224 sur 922 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de Laon, et Guillaume, archidiacre de Paris, vinrent de Carcassonne, et se jetèrent sur le pays d'Olmès. Lavelanet, cette fois, fut emporté d'assaut: sa chute fit tomber les autres châteaux : leurs défenseurs les incendièrent et se replièrent sur Montségur, avec leur chef Ramon de Pérelha. Les croisés en dispersèrent les ruines fumantes, et suivirent pied à pied les chevaliers pyrénéens pour assiéger la citadelle patriotique assise dans les nuées *.

Gui de Montfort, maître de Lavelanet, déploya son ost comme un filet, de Montferrier à Belestar, et ferma les gorges de l'Ers et du Lectorier, de sorte que la montagne de Montségur se trouva cernée à sa base, au nord, au levant et au couchant. Mais elle respirait par le sud, et pour défendre la forteresse albigeoise, remplie de leurs femmes,de leurs enfants et de leurs vieillards, d'autres chevaliers accoururent soit par le vallon de la Fragosa (Fraou) qui descend de la Gerdagne, soit par les gouff'res druidiques dont les ravins, avec le ruisseau de Pissa-Vacca, tombent, près de Lordat, dans la vallée de l'Ariége. Nous pouvons connaître ces guerriers : ce sont sans doute les parents de Ramon de Pérelha. Le seigneur de Montségur, dans les plus grandes tribulations de la croisade, avait épousé dona Corba de Lantar. La guerre et la spoliation lui amenèrent sa fiancée : hymen mélancolique dont Texil fut le lit nuptial et qui n'eut d'autres flambeaux au désert que les flammes et les clartés mystiques du Para-

1. Pierre de Vaux-Cernay, ch. lxiii, page 21. Par une erreur de copiste, Lavelanet dans sa chronique est appelé Ananclet.

clet. Corba signifie corneille, nom lugubre, mais d'un augure religieux et prophétique. Corba descendait de cette héroïque et touchante Lampagie, j&Ue d'Eudes, duc d'Aquitaine, mariée à Munuzza, un chef révolté des Maures deTÈbre, et qui vaincue dans une bataille en Aragon, et prise auprès d'une cascade dans les Pyrénées, fut conduite, tenant la tête de son époux, auprès d'Abdérame, et envoyée, par cet émir vainqueur, comme un don inestimable de douleur et de beauté, dans les harems du calife de Damas. Jordan Hunold de Lantar, père de Corba, comptait parmi ses ancêtres les glorieux ducs d'Aquitaine, etce magnanime et infortuné Gaïifer, héros et martyr de la nationalité ibéro-romane au viii® siècle*. Ramon de Pérelha, en épousant Corba, retrempait son inimitié de la France dans une antiqu e haine carlovingienne. Marquésa de Marcafaba, mère de Corba, était la sœur de Bernard de Marcafaba, beaufrère du comte de Foix, d'Amauld de Villamur, seigneur de Saverdun, et d'Amiel de Palhers. Il ne leur.restait de leurs nombreux domaines que le pauvre bourg de Saint-Paoulde Jarrats, ou des Fontaines, voisin de Foix. Corba, par sa mère, était donc une fille des Pyrénées et son origine explique sa retraite à Montségur, avec ses parents expulsés du Lantarais et du Toulousain. La jeune faidite devint dame d'un camp de bannis et n'apportait à son époux qu'une dot funèbre mais glorieuse de martyres patriotiques. Elle lui donna un fils et quatre filles nés dans les déserts duThabor, Le fils reçut le

Page 1