LIVRE QUATRIÈME
son lion dont le rugissement faisait crouler les plus fortes tours. Ramon de Pérelha, Berenger de Lavelanet, Alzeu de Massabrac, Pons Adhémar de Rodelha, Isarn de Fanjaus, Pierre-Roger et Arnauld- Roger de Mirepois, et la maison héroïque de Lantar, défendirent TArche sainte de la patrie romane et de la foi cathare. Simon ne fut pas plus triomphant que Gui ; le lion des Montfort redescendit une seconde fois vaincu des cimes du Thabor. • Quand les évêques se rendirent à Rome pour presser le pape de reconnaître Montfort comme légitime seigneur du Midi entièrement conquis, Montségur protestait inexpugnable dans les nuées. Le comte de Foix l'affirme d'un mot rapide, mais incontesté, devant le concile de Latran. La forteresse albigeoise, dans la ruine générale, demeura donc inviolée, et resta jusqu'à la fin comme une oasis inaccessible, une île aérienne d'honnenr et de liberté*. Ainsi Montségur fut le pivot immuable de laréac-
1 . La chronique romane. Dom Vaïssette affirme que Montfort pntMonségur. II se fonde sur les paroles de l'évêque de Toulouse au concile de Latran. Foulques, en effet, assure que Montségur a été rasé et ses habitants brûlés. Mais le comte de Foix réplique aussitôt à l'évêque qu'il existe encore des hérétiques à Montségur (ny avia de présen). Montfort ne brûla donc que les bergers et les cabanes du hameau de l'Ers. S'il eût pris le donjon, il n'eut point rasé cette citadelle incomparable qui le rendait maître de tout le pays d'Olmès et de la région des Forêts (Saltuum). Plus tard Simon n'eut pas le temps d'escalader Montségur, assailli lui-môme par les deux Ramons, à la tête des faidits de Provence et de Catalogne qui lui arrachèrent coup sur coup Beaucaire et Toulouse, la victoire et la vie.
tien et de la résurrection romane. Cependant après la catastrophe de Muret, un autre camp de proscrits s'était formé derrière les Pyrénées. Le vieux comte Ramon-Roger avait perdu le comté de Foix, mais Roger-Bernard son fils conservait la vicomte de Gastelbon, du chef de sa femme Ermessende. Ermessende se retira avec son époux dans son manoir natal autour duquel elle réunit les exilés sur les bords de la Noguéra Palharésa. C'est môme alors, quand tout semblait perdu, que la vicomtesse, abjura le catholicisme, ainsi que son père le vicomte Arnauld, entre les mains de Guilhabert de Castres qui s'était rendu au milieu des faidits de Catalogne. Ainsi la délivrance du Midi eut pour héroïnes deux princesses de la maison de Foix, Esclarmonde et Ermessende, l'une et l'autre admirablement converties par Guilhabert de Castres, pour la fondation de ce double refuge pyrénéen. Montségur évidemment servit de modèle à Castelbon. Montségur était un asile sacerdotal, Castelbon un asile laïque et guerrier. Castelbon fut plus nombreux, plus illustre par la conjuration des princes. C'est là qu'au retour de Rome, les comtes de Toulouse et de Foix se rencontrèrent avec les comtes de Commenges, de Conserans, de Palhars, et les barons exilés. C'est de là qu'ils partirent, à la suite de Ramon VI, et pendant que Roger-Bernard de Foix, à l'avant-garde, conduisait sur Toulouse le camp de Castelbon, le comte Ramon-Roger, son père, descendait à la tête du camp de Montségur. La victoire des princes fut celle des évêques qui l'avaient si merveilleusement préparée, et qui l'a-