LIVRE QUATRIÈME «S
chevèrent, en se mêlant, malgré leur horreur du sang, aux dernières et décisives batailles. Ainsi vaincus sans eux lorsque, n'étant plus catholiques, ils n'osaient pas se déclarer albigeois, les princes furent vainqueurs par eux, lorsqu'ils se déclarèrent franchement les champions de l'Église du Paraclet. Le patriarche Guilhabert rentra dans Toulouse où Ramon de Pérelha ramena sans doute le sacerdoce de Montségur. Toutefois nous ne voyons pas ce chevalier, à côté des comtes de Foix, ni dans les murs de Toulouse oii périt Montfort, ni sur le champ de bataille de Baziége, ni au dernier siège deCastelnaudari. Il était probablement remonté à Montségur pour garder les vieillards, les femmes, les enfants, les berceaux et les tombes de la montagne sainte : cette mission pieuse convenait à son héroïsme en quelque sorte sacerdotal. Enfin, le comte Ramon-Roger, après douze ans d'exil, rétablit dans leurs foyers, les faïdits victorieux. Mais ô joie et amertume de la victoire ! Le vieux comte de Foix périt en rétablissant dans Mirepois les fils de Bélissen, et Pierre-Roger leur chef succomba quelques jours après en ramenant son frère Isarn dans son manoir de Fanjaus. Cette ironie du sort était une grâce mystérieuse du ciel. Ils mourrûent dans l'ivresse du triomphe et dans l'illusion de la renaissance de la patrie romane. Heureux ceux qui se couchèrent alors dans leurs sépulcres glorieux I Ils ne furent pas expulsés de nouveau des champs et des toits paternels, et rejetés pour toujours dans l'exil, le désert et la mort. Cette douleur suprême était réservée au seigneur de Montségur. Il était rentré
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3d8 LES ALBIGEOIS ET L'LNQUISITION
dans ses châteaux de Pérelha, la Roca, Lavelanet, incendiés et à demi détruits par la guerre. Mais le roi de France vint bientôt ressaisir Pamiers, et rétablir Gui de Lé vis dans les tours de Mirepois. Après avoir de nouveau dépossédé les Bélissen, le maréchal de la croisade essaya sans doute aussi de reconquérir les terres du seigneur de Montségur, qui lui avaient été données par Montfort. Ramonde Pérelha dut combattre pour la conservation de ses foyers. Il rouvrit ses bourgs ù tous les faidits ; avec leur secours il parvint à s'y maintenir encore deux ou trois ans; il y offrit un asile assuré aux Amis de Dieu. Le pays d'Olmès vit encore fleurir en liberté réglise du Paraclet. Mais enfin le traité de Paris les dépouilla pour toujours. Le maréchal, aidé des Français, s'empara de la Roca, de Lavelanet, des bourgs, de la plaine ; mais il n'osa suivre le chef des faidits sur le Thabor.
SECONDE ÉXIGItATION SUR LES MONTAGNES DO TBADOI.
C'est en 1229, vingt ans après la première liégire, que s'effectua cette seconde émigration sur les montagnes du Thabor. Ce second exil fut bien plus douloureux car il était sans espoir ; beaucoup de larmes furent versées en remontant les pentes de Serralongue : sur la cime, elles redoublèrent quand on se retourna pour jeter un dernier regard loialaiii