‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 234 sur 922 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ment. Le petit bourg de Gaillac est fier de ses dixhuit cloches, dont les clameurs assourdissantes pourchassent incessamment dans les nuées, les doux esprits rêveurs des Cathares, ennemis, on le sait, de ces bruyantes capsules de bronze, qu'ils appelaient élégamment les trompettes du prince de l'air *. Ramon de Pérelha aperçut enfin, dans la brume du soir, le clocher aérien de Saint-Quirc, entouré de son cimetière planté de cyprès : c'est au pied de son monticule qu'est le Pas ^de las Portas, rendez-vous de Guilhabert de Castres.

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LE PAS DE LAS PORTAS. - LES CHEVALIERS ISARN DE FAXJAUS, RAMON SANCHE DE RABAT, PIERRE DE MAZEROLLBS. - LES CHATEAUX DE SAINT- YBARS, DE MASSABRAC ET DE PALHERS.

Le Pas de las Portas a perdu son nom avec les poternes qui fermaient Saint-Quirc du côté du couchant. Le ruisseau de Calers qui borde cette entrée du bourg, lui a substitué une nouvelle appellation, de moitié avec le signe de la victoire romaine dont on a exorcisé ce sol hérétique. Il s'appelle aujourd'hui la Crmz del Baladot, la Croix du Petit

^ 1. Gaillac, à la Révolution, a dû hériter des cloches de l'abbaye de Calers, ce qui explique l'existence, dans un si petit bourg, d'un si magnifique carillon.

Fossé. C'est, à la jonction de trois chemins, nn carrefour triangulaire, d'environ vingt pas d'étendue, mais évidemment rétréci, au centre duquel s'élève une croix rustique, sous un massif d'arbustes composé (juin 1853) d'un prunelier aux fruits verts, d'une aubépine défleurie, et d'un églantier en fleur, brodant de ses roses agrestes, ce dôme de verdure asile d'un rossignol. Invisible sous le feuillage, il soupirait langoureusement : on eût dit, selon une superstition pseudo-cathare, l'àme d'un troubadour, exilée pour ses folles chansons, dans la gorge de cet oiseau, et, pour avoir nié le divin mystère de la croix, expiant son erreur par de mélodieux sanglots, dans ce riant calvaire. Nous étions nousmême profondément ému à Taspect de ce lieu désert, et au souvenir des grands proscrits du xni« siècle. C'est là que Ramon de Pérelha s'arrêta sur le soir; c'est là qu'à demi caché par l'ombre de la nuit et des bois, il attendit en silence, au milieu de ses écuyers descendus de leurs chevaux ; tandis que l'un de ses compagnons peut-être, du haut du monticule du cimetière de Saint-Quirc, immobile, interrogeait dans le lointain, le cours de l'Ariége rapide, et les collines du Lauragais d'où venaient les prêtres albigeois.

Ils traversaient le fleuve, amoindri par la canicule, au-dessous d'un gros boiirg muré dont le clocher eflîlé forme un gracieux paysage au confluent de l'Ariége et de l'Ers, nommé, de cette jonction des eaux, Tramesaïgas (Inter ambas aquas). C'est Cincte-Gabelle, assis au pied d'un monticule fortifié, comme l'exprime encore son nom romano-can-

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