LIVRE QUATRIÈME 40i
chant que du temple ; car, selon le précepte de saint Paul, les Albigeois se réjouissaient dans leurs maisons par des hymnes, et s'égayaient même dans leurs travaux par des chansons et des ballades. Le cathare était instinctivement poète et musicien, et l'apparition de sa doctrine est essentiellement liée au mouvement musical et poétique du Midi. Au surplus, daas cette solennité, quel concert d'orgues et de harpes eût égalé le cantique formé par le dialogue du vieil évêque, avec les prières des diacres, les sanglots des femmes, les sourds murmures des guerriers et jusqu'au retentissement belliqueux des armures, vouant à l'Évangile proscrit et à la patrie expirante cette cime de la terre voisine du ciel ?
Cette cérémonie ne fut, avons-nous dit, qu'une seconde consécration de Montségur au Paraclet. Guillabert prit sans doute pour texte un passage analogue à la solennité, peut-être celui-ci qui contenait tant de consolations et d'espérances, et tiré de l'Apocalypse, l'épopée prophétique des derniers temps : — Et moi Jean, je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel d'auprès de Dieu, ornée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis une grande voix qui venait du ciel et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il y habitera avec eux ; ils seront son peuple, et Dieu sera lui-même leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus : et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail, car ce qui était auparavant sera passé. Et celui qui était assis
sur le trône dit : Voici, je vais faire toutes choses nouvelles : Puis, il me dit: écris-le, car ces pa- Toles sont véritables et certaines (Ap. xxi).
Ainsi pour ce grand vieillard, tout pareil a celui de Pathmos, cette cime sauvage de Montségur était la cité mystique ou plutôt la haute montagne d ou l'œil ravi découvrait la Sion céleste, construite d'or et de cristal, dont la muraille était de jaspe, et les portes de perle. Montségur est rimage de cette cité de l'Esprit. Dieu en est le soleil, et le Christ en est la lune. Leur gloire Téclaire : il n'y a point de nuit- il n'y entrera rien de souillé, ni personne qui s'abandonne à l'abomination et au mensonge; mais ceux-là seuls qui sont écrits au Livre de 1 Affneau. Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. La mort règne partout : la violence etle crimesedisputent la terre. Les saints périssent chaque jour. Guillabert rappela les derniers martyrs , depuis ce magnanime Pagan de la Bessède jusqu'aux diaconesses du Lauragais, la noble Bérengère de Gavarret, et s a . compagne, Aicelina de Hauterive, dont les bûchers s'allument déjà. Il parla sans doute des exilés d Aragon, de l'héroïque orphelin de Garcassonne et de ses compagnons revenus de la conquête des Baléares et qui roulaient, comme un nuage orageux, derrière les Pyrénées. Il put montrer , comme une ligne obscure, à l'horizon de l'est, la Montagne- Noire, le camp des Ramondens, sur les terres de Dieu et derrière ce sombre rideau, reculé vers le nord, le donjon de Penne,et le camp des faidits du Rouergue et du Quercy. Mais Montségur est la cime sainte, le siège du sacerdoce, le trône de l'Esprit. Les nations