LIVRE QUATRIÈME
le Fils et le Saint-Esprit. Puis, déroulant le volume divin, il lut un passage adapté sans doute à la solennité. Après cette lecture, il développa le texte sacré : la prédication albigeoise n'était point un discours oratoire à la manière des Grecs et des Latins; c'était une simple paraphrase de l'Écriture interprétée dans un sens toujours spirituel. L'évêque se tut, et les assistants se mêlant au culte, comme dans l'église primitive, se levèrent, et s'inclinant trois fois profondément, murmurèrent à trois reprises : « Père, hénissez-nousî La troisième fois, ils ajoutèrent : Priez Dieu pour nous, pécheurs! Priez-le qu'il fasse de nous de bons chrétiens I Priez-le qu'il nous accorde une bonne fin! » Le vieux patriarche, les évêques, les diacres et les parfaits étendant la main sur la foule prosternée et silencieuse, répondirent à chaque appel : « Que le Seigneur vous bénisse ! Et la dernière fois : Dieu veuille faire de vous de bons chrétiens, et vous accorder une bonne fin!» Puis toute l'assemblée récita à haute voix l'oraison dominicale en langue vulgaire, d'après le texte grec (Math. VI, 9), mais au lieu de notre pain quotidien, disant, dans le sens mystique et cathare, notre pain super-substantiel, l'aliment de l'âme, la parole qui sort de la bouche de Dieu. Après l'amen, le ministre reprit : « Adorons le Père, le Fils et le Saint- Esprit! — Que la grâce de notre Seigneur Jésus- Christ soit avec nous tous, répondit l'auditoire. Ensuite, l'un des auditeurs, Ramon de Pérelha peut être, continuant, confessa, selon l'usage, et hautement, les péchés du peuple. Et Guilhabert, les évêques, les diacres et les parfaits, élevant la voix :
lOa LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
que le Seigneur veuille vous pardonner vos péchés ! On remarquera que la confession était publique et collective, et que l'absolution était donnée, non pas au nom du prêtre, mais au nom de Dieu, contrairement aux usages de l'Église romaine*. Enfin le patriarche bénit une dernière fois l'assemblée, et donna le baiser de paix aux évêques qui le rendirent aux diacres et aux parfaits, et ceuxci à la multitude des croyants : aux hommes seulement, et en l'appliquant en travers sur la bouche^ par un sentiment de chasteté. Pendant ce temps, î'archidiaconesse transmettait le baiser aux femmes qui l'échangeaient entre elles de la môme manière, et ce signe de l'amour pur scellait et clôturait la cérémonie : la charité complétait l'adoration.
Tel était l'office ordinaire : le culte cathare, plus populaire que sacerdotal, rappelle par son antique simplicité, l'église primitive, et tout au moins remonte au III' siècle. Toujours est-il antérieur à l'adoption de la musique, qui n'y figure que par une mélopée ou récitation mélodique naturelle à la langue romane. Chose singulière, cette église orientale et gnostique rejette la musique importée dans le christianisme par le gnosticisme oriental. L'église de l'Esprit repousse le plus incorporel et le plus aérien des arts^. Toutefois elle ne bannit le
1. Je Fabsous d'office de tous ses péchés. Absolution d'Abeilard par Pierre le Vénérable, abbé de Gluny, épist 21.
2. Voir, sur l'introduction de la musique dans l'église de Milan. Saint Augustin, Confessions, ix, 7, x. 33.